A M. ROBIN
A MONSIEUR ROBIN '
Essonne, an VII.
Je vous renvoie votre parapluie; il nous a servi jusqu'à rentrée cTEssonne où nous
1 M. Robin, commissaire des poudres à Essonne, et voisin de M. de Saint-Pierre, fut pendant vingt ans son ami. Il a eu la bonté de nous confier ces lettres qui renferment quelques détails pleins d'intérêt.
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avons trouvé le cabriolet de madame Didot qui venait au-devant de nous. Ma Virginie était disposée à faire le tour du monde dans les crottes avec moi. Son petit cœur était tout plein de la joie de ses jeux avec Théodore quelle compte bien revoir. Son premier soin en arrivant a été d^en demander la permission à sa mère. Quant à moi , j^ai été fort agréablement surpris en apprenant que ma bonne compagne avait passé la journée sans fièvre; votre raisin a sans doute contribué à la calmer, car elle Favait presque tout mangé. La soirée s^st passée très-agréablement parmi les jeux pleins de gaieté de Paul et deVirginie, suivis du doux repos de leur mère qui s1est endormie sur les neuf heures. Peut-être Fatmosphère pluvieuse et chaude y a-t-elle contribué aussi en relâchant ses nerfs.
Remporterai donc quelques espérances avec moi. Pavais besoin de ces distractions. Ma maison ne me coûtera pas cher si elle me donne quelques momens de plaisir. Cependant, pour ne pas perdre Foccasion de la louer , je joins ici une affiche que je vous prie de recommander au citoyen Marceau. .Tespère être de retour le 8 de la décade pro-
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chaîne. Peut-être tous nos malades seront-ils en bonne santé. Conservez bien la vôtre ainsi que celle de votre digne compagne. Sénèque disait qu'il prenait soin de sa santé en pensant qu'une jeune vie (celle de Pauline sa femme) était greffée sur la sienne. J'en peux dire autant. Je suis un vieux arbre qui porte déjeunes rameaux ; mais vous et votre épouse , quoique jeunes, en portez à la fois d^anciens et de nouveaux, puisque vous soutenez à la fois vos parens et vos enfans.
De Saint-Pierre.
A MONSIEUR ROBIN
Je vous prie 7 très - obligeant ami , de vous informer au bureau des hypothèques à Corbeil , si Ton a fait la transcription de quelque contrat de vente de biens à Essonne et aux environs par le citoyen Léger Didot , et dans le cas où ces transcriptions seraient faites, de vouloir bien me faire passer la date des contrats et les noms des notaires qui les ont reçus.
Je vous écris à la hâte. Le notaire sort de chez moi. J'ai pensé que dans ce service vous voudriez bien employer ^ otre zèle accoutumé.
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Quelles tristes distractions au milieu de mes études célestes! Je compte vous voir sous quinze jours. Plusieurs locataires et acquéreurs se présentent pour ma maison d\Essonne. J'irai jouir auprès de vous des premiers jours du printemps. Mandez-moi si je vous ai lu mon drame de Zoraïde , je remporterais. Embrassez votre chère famille pour moi. La mienne se porte bien. Je vous salue.
Votre ami,
De Saint-Pierre.
Taris, 11 ventôse an VIII.
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A MONSIEUR ROBIIN
Je n'ai point trouvé , obligeant ami , à mon retour de la campagne , votre réponse à la lettre que mon voisin s'était chargé de vous remettre de ma part. Je vous priais par cette lettre de vous informer à Corbeil s'il existait, au bureau des hypothèques , des inscriptions sur Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, et, dans ce cas, d'en faire un extrait et de me Tenvoyer. Je suis au moment de conclure avec M. Le Petit de Maurecourt, moyennant deux contrats de i5,ooo livres de capital , et lorsqu'il est prêt à me fournir toutes les sûretés que je lui demande , il est bien juste que
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je lui donne de mon côté toutes celles dont il a besoin pour l'acquisition de ma maison.
MM. Callais et Vallée sont venus me voir; celui-ci m'a apporté la Pluralité des Mondes de Hughens où je trouverai un peu à glaner. Il y a quelques erreurs physiques contre lesquelles je m'étais déjà mis en garde : telle est entre autres l'obscurité qu'il attribue aux mers des planètes ; mais d'un autre côté il y a plusieurs aperçus dont je tirerai parti. J'en ferai usage en refaisant en entier mon préambule et mon premier livre des Harmonies solaires, où il y a d'ailleurs beaucoup de choses qui ne sont point à leur place ; ce sera pour la cinquième fois que je le recopierai. La première des beautés d'un ouvrage est son ensemble ; je ne dois rien négliger pour la perfection du mien , car il fait mon bonheur.
J'ai rapporté deBrévanes, où j'ai été passer deux jours chez un ami, un redoublement de rhume; mais j'ai trouvé à mon retour que ma Virginie et mon Paul étaient débarrassés de celui qui les tourmentait : ainsi il y a compensation.
Nous embrassons tous votre aimable famille.
De Saint-Pierre.
Paris , ce 2 prairial an VIII.
COKKESPONDANCF.
A MONSIEUR ROBIN
Paris, ce 17 prairial an VIII.
J'ai reçu vos deux dernières lettres, trèsobligeant ami; vous me servez sur les toits : i^est. une compensation de la Providence qui sème des fleurs au milieu de mes épines. Le citoyen Cousin, notaire de la succession, auquel j'ai communiqué les inscriptions prises sur mes biens, m'a fermement assuré que le conservateur des hypothèques s'était étrangement trompé en portant les inscriptions des cohéritiers sur mes biens propres, puisqu'on
ne lui avait donné d'autre charge que de les établir sur les biens de la succession Didot où nous avons tous des droits égaux. C'est, dit-il, ce qui est évident par le modèle d'inscriptions que le conservateur a entre les mains; je vous prie, si vos affaires le permettent, de prendre à ce sujet quelques informations.
C'est assez vous parler de mes embarras. Occupons - nous un moment de vos peines. J'en sens toute l'amertume par l'état où se trouve votre chère compagne; il me rappelle celui où j'ai vu la mienne si long-temps, et la position où se trouvent mes chers enfans qui ont bien besoin d'une mère. Je suis obligé d'en faire de temps en temps les fonctions ; mais j'espère que la Providence conservera aux vôtres leur chère nourrice. Assurez-la de mes plus tendres respects.
Vous avez un esprit philosophique qui me plaît tout-à-fait; vous tournez très-adroitement en ridicule les systèmes philosophiques qui me mettent souvent de mauvaise humeur, parce que je suis quelquefois tenu d'y répondre , du moins, à mon avis, à cause de ma qualité de membre de la section de morale dont ils tachent de renverser les fon démens
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Le bon Ducis, à qui j'ai communiqué vos lettres, a senti redoubler en lui le désir d'en connaître l'auteur. Ne doutez donc pas qu'il ne se rende à votre fête Homérique du 10 messidor , quoiqu'il parte demain pour Versailles où il va passer deux mois.
Pour moi j'espère, d'ici à ce temps-là , avoir bien avancé la copie du préambule et du livre de mes Harmonies solaires que je refonds en entier. En attendant , si votre promenade se dirigeait vers mon ancienne habitation, demandez, je vous prie , au jardinier pourquoi il ne m'envoie pas des œufs de me? poules et de mon orge , des fraises , des cerises, des artichauts et d'autres légumes. Il pourrait m'en faire un bon panier et me renvoyer à mon adresse par le coche d'eau. Il s'occupait aussi, a-t-il dit au citoyen deMaurecourt , à me pécher du poisson. Tout cela me viendrait à propos. Je n'ai plus que quelques usufruits à retirer de ma maison; la propriété si entravée m'en reste malgré moi.
Mon ami, il faut se faire un asile champêtre dans son propre cœur jusqu'à ce que nous parvenions à l'asile céleste; là, il n\ a point d'impositions contre Lesquelles on n-
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clame en vain , ni d'inscription en hypothèques pour des dettes qui ne sont pas les nôtres. Nous soldons tout cela sur la terre en nous débattant contre les mauvais raisonneurs , les intrigans et nos propres passions. Je vous embrasse de tout mon cœur.
Votre ami,
De Saint-Pierrf.
J'embrasse vos chers enfans ; les miens sont en parfaite santé. Le notaire m'a dit qu'il avait outre-passé ses droits. Je vous en remettrai le montant à votre premier voyage.