‹ Correspondance, précédée d'un supplément aux mémoires de sa vie par L. Aimé-MartinChapitre 99 sur 119 · LETTRE DE M. DUCIS A M. ROBIN · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. DUCIS A M. ROBIN

Paris, le 18 messidor an VIII.

J'ai un peu tardé, citoyen , à vous remercier, ainsi que madame votre épouse, de la réception si aimable et si amicale que vous nVavez faite. C'était au milieu de la verdure , des fleurs , des eaux et des ombrages que vous deviez placer les busles d'Homère et de Jean- Jacques, qui nous en ont tracé des tableaux

1 Cette lettre est indispensable pour expliquer un passage de la lettre préeédente , sur la fête d'Homère célébrée chez M. Robin.

si frais et si charmans. C'était dans votre solitude d'Essonne qu'ils devaient trouver leurs temples. Nous nous souviendrons toujours, Bernardin de Saint-Pierre et moi j que nous avons porté leurs couronnes , que ce sont vos enfansquiles ont posées sur leurs têtes, et deux jeunes amis qui ont lu devant eux les endroits les plus touchans de leurs ouvrages. Nous n'oublierons pas votre chère compagne, le berceau roulant , l'enfant endormi , les regards de la mère , la petite Virginie de Bernardin , jouant avec vos petits Paul sur des herbes fleuries ; nous n'oublierons pas madame votre sœur, si jolie et si intéressante : ainsi les grâces et tous les âges ont offert leur hommage à vos deux grands hommes. Je croyais les voir sourire aux caresses des petites bouches et des petites mains qui les pressaient si joliment et avec tant de charmes. Il me semblait qu'il ne leur manquait que des bras pour les serrer contre leur sein.

Que vous êtes heureux, citoyen, de trouver dans votre famille, dans l'amitié, dans la vertu, dans l'étude, dans l'amour de la nature et de la retraite, toutes les jouissances qui \ sont cachées ! Votre fête était simple

ig2 CORRESPONDANCE

comme les beautés de Tlliade et d'Héloïse. Nous en respirions l'esprit dans une émotion douce et dans un silence religieux. Agréez , je vous prie , ma reconnaissance de tout le plaisir quelle m'a fait et qu'elle m'a laissé. Mes respects, s'il vous plaît, à votre chère compagne, à madame votre sœur. Je m'incline dans leurs bosquets devant Homère et Rousseau , et j'embrasse toute votre petite famille.

Salut, estime et amitié.

Ducis , De flnstitut national.

A MONSIEUR ROBIN

Paris, ce >o fructidor an VIII.

y kl lu avec beaucoup d'intérêt , mon estimable ami, l'itinéraire de votre voyage. Je vous ai plaint plusieurs fois pendant ces grandes chaleurs qui nous accablaient ici. Peut-être n'en étiez-vous pas incommodé sur la croupe de vos montagnes. J'ai rencontré au salon votre aimable belle-sœur et son mari , qui m'ont fait part des nouvelles que leur avait mandées le citoyen Caliais. Je me suis rappelé le voyage des deux pigeons que je vous

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