‹ Correspondance. Publiée par Valentine de LamartineChapitre 3 sur 16 · IV · texte numérisé non relu

IV

Je serai encore ici, Monceau ou Saint-Point, très longtemps, et peut-être toujours, car j'ai eu des revers, et j'éprouve des gênes de fortune telles que je suis à hésiter si je ne me retirerai pas de la vie publique. En ce moment il me serait de toute impossibilité même d'aller passer trois mois à Paris. Je me remue pour arranger tout cela; mais, si je ne réussis pas, mon parti est pris, je me retire. Il n'y a rien à dire contre l'impossible, c'est la voix de Dieu. Il m'en coûtera beaucoup.

Monceau et Saint-Point sont encore charmants à rette époque de l'année. Ton lit est fait dans l'un et dans l'autre. Nous passons la vie à courir à cheval depuis le matin jusqu'au soir pour suivre mes affaires et mes vendanges; le soir, un coin de feu, des journaux vides et des lectures plus substantielles. Nous n'avons personne ou rarement du monde. Cependant je finis ma courte épitre pour aller recevoir dix-huit électeurs qui dînent chez moi aujourd'hui.

Adieu. Un mot. Rappelle-moi à la mémoire de ta mère si elle a gardé le nom d'un enfant où les souvenirs de Bienassis ont grandi et vieilli sans s'obscurcir et sans perdre de leur fraîcheur et de leurs charmes. Dis à ta charmante femme combien je désirerais enfin lui être présenté par la main d'un ami comme toi. J'espère que ce jour viendra, surtout si je recouvre un peu de liberté de mouvement. Il y aura bien de mon loisir pour Bienassis, car il y a beaucoup de mon cœur. Adieu encore, et pense à nous.

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