‹ Correspondance. Publiée par Valentine de LamartineChapitre 4 sur 16 · DOCK · texte numérisé non relu

DOCK

A monsieur Emile de Girardin

Monceau, 20 novembre 1839.

Mon cher ami, je ne suis ni gravement malade ni mort,

mais c'est tout comme. Ainsi cela ne vaut guère la peine d'être démenti. Le fait est que je suis depuis six mois possédé d'une névralgie de la tête qui me rend semblable à ceux qui ne sont plus ; par-dessus cela, accablé de difficultés et d'affaires dont je ne vois pas une bonne solution. Je n'ai pas pu réaliser en entier l'emprunt nécessaire au rétablissement de mes affaires. Je n'ai trouvé que peu et mal. Cependant j'essayerai d'aller encore à la Gbambre un an, si la névralgie s'atténue. A présent je ne serais capable de rien, pas même d'assister aux débats.

Je vous ai fait envoyer l'autre jour un article d'un journal obscur (1), que j'ai inspiré et dicté en me promenant avec le rédacteur à Saint-Point. Qu'en pensez-vous ?

Je ne sais rien. Je lis à peine. Je ne puis lire tout un journal ni écrire plus de dix lignes, et quelles lignes !

Adieu et merci de votre bon intérêt. Ma femme y est bien sensible. J'ai voulu répondre moi-même pour vous mieux rassurer. Cependant si vous apprenez que je suis mort, un jour, ne soyez pas trop surpris, et surtout ne vous affligez pas pour moi : la vie est trop bète pour des hommes de sens. Et la politique, qu'en dites-vous? Je ne vois plus la Presse. Abonnez-moi donc, et je vous porterai mon denier à Paris. Je ne sais à qui m'adresser ici.

Tout à vous.

Mille affectueux souvenirs et regrets à madame de Girardin. Je lis Hortense Mancini, j'en suis très content: mais il me faut un jour pour dix pages.

(1) De la Reconstitution des 221 (premier article, 16 novembre 1839, inséré dans le Journal de Soône-et-Loire). V. La France parlementaire , t. II, p. 2T1.

DGGXI A monsieur Emile de Girardin

Mâcon, 30 novembre.

Mon cher Emile,

L'auteur du premier article sur les 221 dans le Jour mil de Saône-et-Loire vient d'en faire un second (1) et en fera un troisième dans peu de jours sur la même question. Il vous prie de le reproduire en entier aussitôt qu'il vous arrivera et vous remercie bien vivement de la publicité que vous avez donnée à ce document qui retentit bien loin. Il espère que ses conclusions, à la portée des esprits élevés, seront approuvées par vos amis.

Tout à vous.

On vous l'enverra en épreuve de manière à ce qu'il vous arrive mercredi soir à Paris. Gardez place dans la Presse de jeudi.

DCGXII A monsieur Emile de Girardin

Mâcon, 3 décembre 1839.

Mon cher Girardin, L'auteur des articles du Journal de Saône-et-Loire vous a envoyé le second, il vous enverra le troisième (2) vendredi 6, de manière à ce que vous puissiez lui donner place lundi dans vos colonnes.

(1) De la Reconstitution des 221 (deuxième article, 4 décembre 1839). V. La France parlementaire, t. Il, p. 280.

(2) De la Reconstitution des 221 (troisième article, 7 décembre 1839). V. La France parlementaire, t. Il, p. 287.

Jl est hardi, et je le trouve plus tort de vues que les précédents. Osez l'insérer malgré les 221. Rapportez-vousen à ce qu'ils en diront plus tard.

Celui-ci sera le dernier, et l'auteur vous remercie de la brillante hospitalité donnée par vous à ses pensées.

DGGXIII

A monsieur le marquis de la Grange

Député.

Château de Monceau, ô décembre 1839.

Mon cher ami.

Merci du bon souvenir : il n'y a pas une de vos lignes qui ne soit comme dictée par ma propre pensée. Nous avons le même sensorium, par conséquent la même impression sur les choses.

Je ne puis ni écrire, ni arriver, ni savoir au juste quand je pourrai partir. Je suis malade, depuis six mois, d'une gastralgie nerveuse sur l'estomac, la tète anéantie, perclus de la pensée et de l'action; de plus ruiné à ne pas avoir de quoi faire le voyage et vivre là-bas. J'espère encore que tout cela s'arrangera avant la session, que le rhumatisme s'adoucira, que nos vins se vendront, que les prêteurs me prêteront, et que je vous verrai le 22 décembre ou le 1er janvier. Mais Dieu est le maître ! En mon absence voyez et agglomérez nos amis, c'est le moment de faire corps ou nous serons foulés aux pieds par tout le monde dans la poussière générale. Ecrivez dans ce sens dans quelques journaux. Les 221, les 221, les 221 debout, et en observation ! Peu importent cent défections, elles reviendront, soyez-en sûr.

Voici mon deuxième article, anonyme toujours. Je ne

veux pas passer officiellement pour faire du journalisme, mais qu'on me devine, cela m'est égal. Lundi, je vous' enverrai le troisième et dernier article Au nom du ciel, tâchez de le faire insérer en entier dans un journal quelconque. .

Oubliez vos travaux littéraires, et venez au secours du pays. La patrie est en danger : les honnêtes gens en permanence !

Moi, je ne peux rien que servir en volontaire dévoué dans le régiment. Je vous dirai pourquoi. Prenez la présidence des 221, on place au bureau importante. Arrivez vite à Paris, commencez à vous réunir, ne fût-ce que cinq à six, et nous irons vous grossir. Donnez ma parole qu'aussitôt arrivé, je me réunis à vous.

Bonsoir. Ma force ne va pas au delà de dix lignes, mais je dicte tant qu'on veut ; en trois heures j'ai dicté ces trois articles. A revoir.

DCGXÏV

A monsieur Dubois

A Saint-Laurent, près Cluny.

Paris. 28 décembre 1839.

Mon cher voisin et ami, ...Rien de nouveau ici que la lâcheté et la corruption générale. Je voulais au moins reconstituer quelque chose de stable et d'indépendant dans la Chambre, un petil caillou au milieu de ce lac de terre et d'eau. Grand retentissement, grand applaudissement dehors, mais ceux-là mêmes que je voulais dignifier et sauver conspirent les premiers contre moi : les 221, M. .Mole, plus haut, plus bas, partout, conjurent contre leur réunion. Il n'y a rien

à faire d'un pays sans caractère civil. Il faut être patient comme le bon Dieu, si l'on veut espérer quelque chose pour la vraie liberté.

Quant à mon ambition, j'en ris ici comme à Saint-Point. Je serais bien fàcbé que le pouvoir me vînt avec de tels instruments, qu'en ferais-je ? Je n'en ai qu'une seule, c'est de me tenir à l'écart de tout pouvoir dans un temps où on ne peut l'emprunter qu'à des complaisances honteuses et l'employer qu'à des nullités. Si jamais je le désire, c'est quand il y aura un grand usage à en faire. Mais quand ?...

Adieu et amitié.

DGGXV

A monsieur le comte de Virieu

Lyon .

Paris, 13 janvier 1840.

Je viens de lire tes douze pages. Merci. Ma foi ! cette foisci tu dis d'or. Tu n'as jamais parlé si juste- et si profond dans le sens réel des choses. Ton opinion sur le fond de la question, c'est-à-dire sur la marche logique des événements, est vraie. Les choses mauvaises portent en elles leur conséquence, voilà ta pensée; rectifier le plus possihle ces mauvaises conséquences, c'est l'œuvre des hommes de bien, voilà la mienne : elles s'associent à merveille.

Huant à ta tactique, les faits étant admis, et à ton coup d'œil sur la situation parlementaire immédiate et le rôle latéral que je veux y prendre, nous sommes cent fois plus d'acfcord que tu ne le crois. Tiens, prends et lis, voilà mon troisième article aux Corinthiens (1). Tu y verras poindre ta pensée autant que je puis la dire. Elle a fait un effet énorme et un grand ravage ici. Crois-tu que je pense aux 221 ? Ah ! pas le moins du monde. J'y prends un point d'appui et un point de départ, voilà tout, c'est le rivage sur lequel on met le pied pour pousser le navire au courant. Us n'ont en masse ni vues, ni courage d'esprit, ni indépendance suffisante, bien que parmi eux il y ait beaucoup

(1) De la Reconstitution des 221.

de tout cela et beaucoup de probité et de vertu, probité surtout.

Tout est confusion dans la Chambre maintenant, et nous n'en sommes plus là. Le roi et ses aboutissants ont peur d'une majorité spontanée et indépendante et me décomposent ce corps d'armée à qui mieux mieux. M. Mole lui-même, qui sort d'ici il y a un quart d'heure, n'est rien moins que bien. .M. (iuizot cabale. M. Thiers se repent et a eu une entrevue secrète avec moi, chez moi, un soir ceci pour toi seul). Rien ne serait si aisé que de faire un gouvernement un peu propre de trois ans. Cela ne se fera pas. Pour moi personnellement tu connais ma pensée : on ne doit jamais être ministre sans une absolue nécessité de son pays.

Si jamais, dans un avenir inconnu, je le suis, ce ne sera qu'à cette condition trois fois constatée. Il n'y a honneur que là. et il n'y a force d'action que là. Sans cela à quoi sert d'être ministre? .MM. Sauzet, Salvandy, Dufaure, Cunin, Teste, ne le sont-ils pas?

Tiens, voilà aussi une assez bonne improvisation de moi, faite hier à mon corps défendant, sur l'Orient (1). La Chambre, qui abomine ma pensée énergique sur ce sujet, m'a écouté avec répugnance, mais enfin m'a écouté- par force defermeté, d'élocution et de volonté, jusqu'au bout. Maintenant elle est très en colère contre moi. Mais cela passe, et. en gardant le silence longtemp; . ce qui convient aux névralgies, sa sympathie revient. Elle m'aime quand je m'abaisse, et me prend en grippe et en colère quand je monte. La moyenne n'est pas haute. Je vais remarcher seul quelques mois.

Rien de neuf au reste. Je lâche de conclure un emprunt qui me tasse nager huil ans ici. Dans huit ans, de deux choses l'une : ou j'aurai hérité el vendu mes œuvres pour

(1) Sur la question d'Orient, Séance du 1 1 janvier 1X10. V. La France parlementaire, t. II, p. 294.

ANNÉE 18't-O. 43

5 ou 600,000 fr. en tout, ou je vendrai Monceau 800,000 fr., et je serai des deux façons debout encore.

Quant à toi, je ne comprends pas ta situation. Il faut nous voir pour en causer et nous consulter. Adieu, je vais un peu moins mal, mais bien mal encore depuis les froids, et mon âme est aussi triste que mon corps est malade. Prions Dieu et attendons de lui! Adieu encore

DGCXY1

A monsieur Ronot,

Avoue'' à Mâcon.

Paris, 3 février 1840.

Mon cher ami, il n'y a plus ni Chambre ni hommes, toul est en poussière: qu'en sortira-t-il? Dieu le sait ! mais rien de longtemps . Les systèmes vieillissent comme les hommes : le notre s'use, et moi-même je m'en décourage un peu. 11 y a longtemps que je vous le dis, cela ne vaut rien pour agir, et l'action est la vie des peuples. Honte aux siècles critiques !

Oui je combats seul et ferme votre ennemi, le garde des sceaux. Il a dit qu'il se retirerait devant ce discours, si la Chambre ne lui en faisait réparation. Or c'est demain que nous vidons face à face le différend devant la commission des crédits supplémentaires. Je parlerai plus haut encore. L'amitié m'inspire. Adieu.

Je n'ai pu le servir, je voudrais le venger.

DCCXVII A monsieur Emile de Girardin

8 février 1840.

Voulez-vous, mon cher ami, me garder une bonne colonne, mardi ou mercredi, dans la Presse, pour un speech qu'on me prie de faire à la réunion des abolitionnistes anglais, français et américains, dans un banquet qui leur est offert (1) ?

Je viens d'en faire le canevas. Je vous l'enverrai. Gela est tout à fait conservateur et en harmonie avec les colons sensés. Leur propriété et leur indemnité sont reconnues. Gela ne jure donc pas avec votre journal.

Tout à vous.

DGGXVIII

A monsieur de Champvans

A Màcon.

Paris, février 18i0.

L'idée est bonne, voici le mot. Je vous demande pardon pour la brièveté, je suis très malade toujours.

Vos articles m'ont ravi. Ils sont habiles, fermes et écrits. Vous avez été dans le juste en tout point, et tout seul.

Ici rien, tout est mort. Les 221, d'abord très disposés a s'unir, en ont été empêchés par en haut et par leurs pro-

(1) Ce discours sur l'abolition de l'esclavage fut prononcé le 10 février 18-i0. V. la France parlementaire, t. II, p. 307.

près chefs animés de pauvres sentiments. Je me brouille insensiblement avec eux.

Le ministère tombera, je crois. Cependant, tant que nul parti n'est prêt à saisir le pouvoir, nous ne poussons pas à sa chute. Je veux pour ma part faire tomber seulement M. Teste.

Soutenez la loi des sucres telle qu'elle est, et dites que le cri poussé contre le projet n'est que la clameur des intéressés. La France perd cinquante millions par an à cette protection absurde.

Adieu et mille compliments et amitiés sincères.

UCGX1X A monsieur de Champvans

Paris, 20 mars 1810.

Monsieur et cher aide de camp,

Faites insérer ces lignes du Siècle, cela couvrira un peu l'impopularité du moment. C'est le seul des journaux conjurés qui me traite poliment et qui me ménage. A-t-il peur déjà de cette dictature de M. Thiers, et se réservet-il une retraite ?

Je suis accablé. J'ai parlé hier trois heures et avanthier quatre heures contre et avec M. Thiers (1). Cela a été vif des deux parts. A la Chambre on dit que je n'ai pas encore si bien parlé. A peine cela fini, il faut reparler au comité, à la réunion, et négocier le cabinet, plus une horrible névralgie. Où en est Mâcon ? Après l'article du Siècle ou avant, insérez le mot ci-joint.

Tout à vous.

L'armée ralliée tient bon jusqu'ici, mais...

(1) Sur les fonds secrets (24 mars 1840) et Réplique à M. Piscatory (25 mars 1840). V. La France parlementaire, t. II, p. 314 et suiv.

DCCXX

A monsieur Ronot

A Mâcon.

Paris, mars 1840.

Merci, mon cher ami, d'une voix amie criant courage! au milieu de la mêlée. Elle est finie. La révolution recommence, non au profit de nos grandes idées libérales, populaires, fraternelles, mais au profit du despotisme corrupteur des roués de 1830. Cela fait pitié pour une si belle nation. Mais elle est comme quelques belles femmes du même pays, elle aime trop les roués.

Merci de vos éloges exagérés par l'amitié. Vous n'avez vu que la lutte théâtrale de la tribune. Elle a été précédée d'une lutte corps à corps dedans qui a été plus vive et bien plus dramatique encore.

J'ai eu neuf discours contre M. Thiers dans cette affaire, et vingt ou trente pour tenir ferme nos amis et les diriger.

Malgré la défaite, qui ne vient d'aucune défection ni trahison de nos amis, mais du manque de cabinet, le dernier jour, et d'une prudence excessive de quelques hommes, la Chambre m'est fanatiquement sympathique en ce moment. Le second jour j'ai réellement été porté sans toucher terre dans la salle des conférences, et je n'ai pu me dégager des groupes où l'on me serrait les mains cl ou même on me les a plusieurs fois baisées.

Je n'ai cependant montré aucun talent que très commun ; mais le ton d'honnête homme et de haute franchise plaît aussi au pays. S'il a ses vices, il a sa vertu, c'est le courage.

Adieu, à revoir. Votre ami.

DCCXXI

A monsieur de Champvans

A Mâcoii.

Paris, 1840.

On m'envoie, et je vous envoie un morceau assez remarquable sur moi de V Univers de ce matin.

Voyez si cela ne peut pas être bon à insérer, en citant 1" 'Univers qui a crédit sur les électeurs légitimistes, et pour les autres qui attachent toujours du prix à ce que les journaux parlent de leur député local. Ils doivent .être satisfaits sous ce rapport depuis deux mois, car à Paris le bruit et la faveur publique sont grands, entre nous.

Je ne vais pas à la Chambre sans avoir des marques ardentes de fortes et très nombreuses adhésions; c'est de la force pour les crises futures. J'y crois. La révolution est faite pour moi. Le coup d'Etat de la presse contre la Chambre et contre la royauté et la Chambre des pairs s'est accompli. C'est bien la faute de la dissolution Mole. Je l'ai bien senti alors. C'était le moment de remettre le pouvoir à M. Thiers et à la coalition, qui auraient succombe sous le fardeau.

Aujourd'hui une minorité de quarante voix d'ambitieux opprime à la fois la couronne, les pairs et la vraie majorité de la Chambre. M. Thiers n'est plus un ministre parlementaire, c'est une personnification de la force extra-parlementaire de la presse, c'est le dictateur de l'ultra-révolution. Il ne peut plus être un ministre, il est condamné à être une tyrannie. Cette tyrannie le poussera lui-même et ne le lâchera qu'en brisant son instrument.

Voilà comment je vois les choses, et les hommes émihents voient de même : ou avilissement de la représenta-

tion, ou trouble, ou majorité par intimidation, ou la guerre avec ses retours et ses irritations : voilà la condition inévitable des années à passer.

Je suis si occupé et si souffrant que je ne puis rien écrire encore ; plus tard ! En attendant broyez ceci, si vous voulez, mais en vous montrant très libéral, très populaire, et en adoucissant extrêmement les mots, les choses, les impressions, quant à M. Thiers et à son règne.

Adieu et à revoir.

P. -S. Dites-bien à M. Dejussieu imprimeur à Màcon de faire attention à ce qu'on ne nous enlève pas le Journal, notre seule force là-bas avant peu. On fera tout pour cela. Nous nous arrangerons pour le prendre, s'il le fallait.

DCCXXII

A monsieur de Champvans

Paris, 1850.

La panique s'est mise en effet dans l'armée de l'opposition, hier matin, malgré mes efforts; et le résultat pitoyable d'une Chambre et d'une gauche surtout qui se livrent au pouvoir quand même a eu lien.

J'ai essayé, sans succès, de dire encore quelques mots à la tribune, et, quoique je sois ce qu'on appelle le favori actuel de la Chambre, j'ai échoué. Je n'ai pas pu, comme je l'espérais, avoir un coup d'éclat dans un discours pour l'amendement, à la fin. Il n'a pas été discuté. On a l'ait silence, et la réunion de tous les transfuges nous a tués. Le château a voté et travaillé contre nous.

Cependant sur 180 (221) présents à Paris, 130 sont] restés fermes et résolus jusqu'au bout. Ce n'est pas mal, et, pour dire le vrai, les autres n'ont pas fait défection

par intérêt personnel, mais par peur d'une manœuvre politique trop énergique et trop périlleuse pour leur organisation.

M. Barrot et la gauche sent disparus honteusement et ralliés au ministérialisme sans condition. Il n'y a plus de gauche.

La droite a voté pour Thiers. Berryer, son ami, lui a fait une position dans son discours d'avant-hier.

Maintenant il n'y a rien à faire qu'à se licencier et à attendre des forces et des occasions du temps.

Si nous avions vaincu, je vous appelais à Paris sur-lechamp. La situation était trouvée dans une presse plus sonore que celle de Mâcon. Je trouve cependant que votre journal se signale très bien.

Dites à Dejussieu que je lui griffonnerai la situation dans deux colonnes quand on y verra clair.

Moi personnellement je n'ai rien perdu dans ce combat de trois semaines. Le mot de la Chambre hier était : Nous sommes tous vaincus, excepté M. de L.

Ne donnez pas mon petit mot d'hier à M. Jaubert (1) imprimé aux électeurs, mais simplement dans le journal, surtout la partie libérale et la fin.

Bâclez un article avec tous ces éléments, si vous voulez. Mille amitiés.

DGGXXIII

A monsieur le comte de Virieu A Lyou.

Paris, mardi, 1er avril 1840.

Je t'écris peu, je suis trop malade et trop surmené d'af-

(1) Réplique à MM. Odilon -Barrot et Jaubert. Séance du 26 mars 1840. — V. La France parlementaire, t. Il, p. 333.

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