CCLXXIII
Monsieur Léon Vanier, éditeur, 19, Quai Saint- Michel
Paris, le 1" Janvier 1890 *.
Voilà déjà plusieurs fois que je vous écris pour vous proposer des arrangements que vous sembliez désirer, témoin vos paroles chez mon propriétaire de la rue de Vaugirard — et pas de réponse.
Force m'est donc de vous écrire encore une fois, pour vous exposer plus nettement encore sur quelle base j'entends que nous marchions, après accord, de concert dorénavant.
(1) Voyez dans Dédicaces (CL Œ. C, III, 146) la pièce à Léon Vanier :
Vous voulez tuer le veau gras...
(2) Verlaine projetait alors de publier cet ouvrage sous la firme de La Plume. On trouvera dans le fascicule du 15 janvier 1890 de cette revue, un bulletin de souscription relatif à Dédicaces.
* 2 £f. papier d'hôpital, encre noire, recto du !«' f. Au verso du 2« f., cette adresse : Monsieur Léon Vanier^ Libraire Edi' imWt 19, Quai Saint-Michel, Paria.
l64 CORRESPONDANCF DE PAUL VERLAINE
!•* Supprimer tout de suite des traités devenus dérisoires ; les remplacer par de plus normales et de plus souples obligations mutuelles. Tout le monde y gagnera.
2^ M'envoyer le plus tôt possible copie des traités touchant mes œuvres, autres que ceux concernant Les Mémoires d'un Veuf, Fêtes Galantes, Romances sans paroles, Poètes Maudits, Parallèlement, traités dont j'ai les doubles ou copies.
Je ne vous cache pas que j'ai des offres de par ailleurs, mais je reste jusqu'à nouvel informé, fidèle à la parole que je vous ai offerte : « Tablons sur la préférence » puisque vous vous êtes réclamé de la préférence.
Je pense que ces très sortables ouvertures vous détermineront à entrer avec moi en des pourparlers qui aboutiront en arrangements définitifs, ou, tout au moins solides et vraisemblables.
J'attends donc votre très prochaine réponse, ou visite après un mot de rendez-vous ici, deux ou trois jours d'avance.
Alors nous parlerons de la préface aux Poèmes Saturniens, qui est faite (1) et de mon prochain livre, Bonheur, fini d'hier même.
Paul Verlaine.
Hôpital Broussais, 31, salle Lasègue, 96, rue Didot.
(1) Cette préface, infiniment curieuse, a paru sous le titre : Critique des Poèmes Saturniens, dans la Revue d'aujourd'hui^ le J.5 mars 1890. (Cf. Œ, P., II, p. 245.)
LETTRES A lAON VANIEn 165
Dimanche, 2 mart 1890 *.
Monsieur Vanier, Libraire- Editeurf 19, Quai Saint- Michel, Paris.
J'habite présentement, 125, Boulevard Saint- Michel, Hôtel des Mines, chambre n** 4, où je vous prie de m'envoyer les copies de traites qui me Jiuuiquent.
P. Verlaine.
Jeudi de la Mi-Carème [14 mars] 1890 **.
J'attends les traités, ou copie d'eux.
Je tâcherai de passer chez vous pour avoir les uns ou l'autre.
Comptant sur vous, je suis
Votre, P. V.
Mercredi matin, 24 septembre [1890] ***. Mon cher Vanier,
Alité, mais sain d'esprit, je travaille aux premières pièces d^ Inçectiwes. Demain après-midi, aurez bien
•If. papier à lettre, vergé, encre noirâtre, recto du 1^' f.
** Carte postale mauve et blanche, encre noire ; au recto, adresse : M. Léon Vanier , éditeur, 19, Quai Saint-Michel. E. V.
*** 1 f. papier blanc, réglé, encre noire, recto, date incomplète.
une centaine de vers contre (j'espère), une somme de plusieurs thunes. En attendant, Mademoiselle Krantz, qui est digne de toute confiance, que j'aime beaucoup, qui m'empêche de faire des sottises et qui prend soin de moi et de mes affaires d'une façon admirable, veut bien se charger d'aller quérir de vous cent sous qui me sont indispensables. Merci d'avance et à demain, après-midi.
P. Verlaine.
CCLXXVII Dimanche, 7 [décembre 1890] *, 6 heures moins le 1/4.
Mon cher Vanier,
Je suis arrivé trop tard pour vous prier d'un service, le dernier avant notre entente définitive au sujet de Bonheur et la remise du manuscrit entre vos mains (1). S'agit, comme bien pensez, des 25 francs, reliquat du prix de Jadis et Naguère. Or, je vous ai raté ce dimanche soir et je vous serais des plus obligé — car j'ai besoin de tous mes soldats, en vue de la grande bataille de Bonheur (un nom de Victoire) et des combinaisons destinées à
* 1 f. papier blanc, vergé, encre violette. Date complétée par Vanier, (Un reçu de vingt-cinq francs « pour solde de compte de Jadis et Naguère », daté du 8 décembre, était épingle à la lettre).
(1) Le contrat relatif à ce livre ne fut passé que le 7 février suivant. L'ouvrage devait paraître, primitivement, chez l'éditeur Albert Savine. Voyez la correspondance avec ce dernier.
LHTTHKg A lAoN VANIBR iC?
mo sauver, enfin I — de remettre entre les mains de Monsieur Alain Dosvaux (1) que vous connaissez pour lui avoir envoyé la Ballade pour éclaircir un point d'histoire, (2) contenue dans le Décadent, et qui est votre voisin de la rue Saint-André des Arts, ladite somme qu'il doit m'apporter aussitôt, moi marchant difficilement et soulîrant.
J'ai changé d'adresse et suis actuellement aux Batignolles, rue Biot, hôtel Biot, 15 (3).
A vous et à très bientôt pour causer sérieusement.
Paul Verlaine.
En cas d'absence vôtre, quand se présentera M. Desvaux qui passera chez vous demain lundi, vers 9 heures, veuillez laisser la somme chez vous pour lui être remise (4).