‹ Correspondance; publiée sur les manuscrits originauxChapitre 2 sur 44 · SONNET · texte numérisé non relu

SONNET

Beauté des femmes, leur faiblesse, et ces mains pftlei Qui font souvent le bien et peuvent tout le mal^ Et ces yeux où plus rien ne reste d'animal Que ce qu'il faut pour compatir aux fureurs mâlea !

Et toujours, maternelle endormeuse des râles. Même quand elle ment, cette voix ! Matinal Sourire, ou chant bien doux à vêpre, ou frais signal. Ou beau sanglot qui va s'abattre au pli des ch&les !

Hommes durs ! Vie atroce et lâche d'ici-bas !

Ah ! que du moins, loin des baisers et des combats

Quelque chose demeure un peu sur la montagne,

Quelque chose du cœur enfantin et subtil, Bonté, Respect ! Car qu'est-ce qui nous accompagne, Et .vraiment, quand la mort viendra, que reste-t-il !

Paul Verlaine.

[Stickney], 27 octobre [18]75 *.

Mon cher Blémont,

Peu surpris du résultat annoncé. Peu désolé aussi. Relativement à ceux que vous dites, c'est de

(1) Ed. de 1874. Pièce intitulée : Beams (Cf. Œuvres compl., I, 191).

(2) Ce poèn'e a paru dans Sagesse (Cf. Œ. C, I, 210).

* Papier vergé, encre noire, 4 ff., recto. Les vers ont é\i écrits sur un papier différent.

LETTRES A ÉMILC DLÉMONT 7

la pire cochonnerie, relativement à moi, c'est do la sottise triple et quadruple. C'est seulement dommage que Lemerre, qui au fond est un bon homme, se laisse mener par des braves gens, qui, d'ailleurs, se moquent de lui ot l'exploitent. Mais cela n'est pas mon affaire, et grand bien leur fasse 1

Croyez-vous, quand le Parnasse paraîtra, qu*il me soit possible de m'en faire, au moins, servir les livraisons ? (1) Consultez Lemerre : en ceci, du moins, le Conseil des Quatre n'est pas intéressé. Vous me renseigneriez.

Ci-joint une pièce de vers. Je travaille assez : deux volumes en train et un (grand) qui s'élabore. A bientôt autres fragments.

Quelles nouvelles du camp d'Agramant ? Y a-t-il quelque volume lisible à l'horizon ? Où en est votre acte avec Valade, — qui écrit peu, en effet ? —

(Dites-lui qu'il n'est qu'un cochon, mais que je lui serre la main tout de même).

Tâchez de reprendre mes vers chez Lemerre, et gardez. Reprenez aussi ma lettre, que vous m'avez écrit avoir laissée chez lui et où mon adresse était. — Dites-lui de ne donner cette dernière à personne,

(1) La troisième série du Parnasse contemporain ^ parut, en 1876. Verlaine qui avait brillamment collaboré aux deux précédents volumes, ceux de 1866 et de 1869, n'y figure pas. Voyez d'ailleurs, sur les divers collaborateurs du Parnasse, un article du poète : A propos du livre de C. Mendès sur le Parnasse contemporain, publié dans les Œuvres complètes (IV, p. 253) et, surtout, les excellentes études de Louis-Xavier de Ricard : Petits Mémoires d'un Parnassien. Le Temps^ 13 nov., 3 et 6 déc. 1898.

de l'un ou de Vautre sexe. Il serait même à propos de répandre un bruit inauguré depuis quelque temps, que je serais en Irlande, près Belfast, dans une famille qui se dispose à voyager.

D'ailleurs, je compte avoir bientôt, à Boston même, une place plus lucrative. Mais rien n'est encore bien décidé. En attendant écrivez toujours

Et soyez moins rare.

Votre bien dévoué, P V.

Page 1