‹ Correspondance; publiée sur les manuscrits originauxChapitre 3 sur 44 · ÉCRIT EN · texte numérisé non relu

ÉCRIT EN

Amour,

J'ai naguère habité le meilleur des châteaux

Dans le plus fin pays d'eau vive et de coteaux :

Quatre tours s'élevaient sur le front d'autant d'ailes,

Et j'ai longtemps, longtemps habité l'une d'elles.

Le mur, étant de brique extérieurement.

Luisait rouge au soleil de ce site dormant,

Mais un lait de chaux, clair comme une aube qui pleuro

Tendait légèrement la voûte intérieure.

O diane des yeux qui vont parler au cœur,

O réveil pour les sens éperdus de langueur,

Gloire des fronts d'aïeuls, orgueil jeune des branches.

Innocence et fierté des choses, Couleurs Blanches !

Parmi des escaliers en vrille, tout aciers

Et cuivres, luxes brefs encore émaciés,

Cette blancheur bleuâtre et bien douce, à m'en croire,

Que relevait un peu la longue plinthe noire,

(1) Amour {Œuvres Compl., II, p. 8). On sait que cette pièce dut figurer dans Sagesse. (Voyez l'édition des « Maîtres du Livre », Paris, Crès, 1911, in-18). On lira un commentaire de pes veps dans Mes Prisons [Couvres Compl.^ IV, p. ^22).

S'emplissait tout le jour de silence et d'air pur

Pour que la nuit y vînt rêver de pûle azur.

Une chambre bien close, une table, une chaise,

Un lit strict où l'on pût dormir juste à son aise.

Du jour suffisamment ot do l'espace assez,

Tel fut mon lot durant les longs mois là passés,

Et jo n'ai jamais plaint ni les mois ni l'espace,

Ni le reste, et, du point de vue où je me place,

Maintenant que voici le monde de retour,

Ah vraiment, j'ai regret aux deux ans dans la tour !

Car c'était bien la paix réelle et respectable.

Ce lit dur, cette chaise unique et cette table,

La paix où l'on aspire alors qu'on est bien soi.

Cette chambre aux murs blancs, ce rayon sobre et coi.

Qui glissait lentement en teintes apaisées

Au lieu de ce grand jour diiîus de vos croisées !

Car, à quoi bon le vain appareil et l'ennui

Du plaisir, à la fin, quand le malheur a lui,

(Et le malheur est bien un trésor qu'on déterre)

Et pourquoi cet effroi de rester solitaire.

Qui pique le troupeau des hommes d'à présent,

Comme si leur commerce était bien suffisant ?

Questions ! Donc j'étais heureux avec ma vie,

Reconnaissant de biens que nul, certes, n'envie.

(0 fraîcheur de sentir qu'on n'a pas de jaloux !

O bonté d'être cru plus malheureux que tous !)

Je partageais les jours de cette solitude

Entre ces deux bienfaits, la prière et l'étude,

Que délassait un peu de travail manuel.

Ainsi les Saints ! J'avais aussi ma part de ciel.

Surtout, quand, revenant au jour, si proche encore.

Où j'étais ce mauvais sans plus qui s'édulcore

En la luxure lâche aux farces sans pardon,

Je pouvais supputer tout le prix de ce don :

N'être plus là, parmi les choses de la foule,

S'y dépensant, plutôt dupe, pierre qui roule,

Mais, de fait, un complice à tous ces noirs péchés.

N'être plus là^ compter au rang des cœurs cachés,

10 CORRESPONDANCE DE PAUt VERLAINE

Des cœurs discrets que Dieu fait siens dans le silence, Sentir qu'on grandit sage et bon, et qu'on s'élance Du plus bas au plus haut, en essors bien réglés, Humble, prudent, béni, — la croissance des blé» !...

— D'ailleurs, nul soin gênant, nulle démarche à faire ; Deux fois par jour, ou trois, un serviteur sévère Apportait mes repas et repartait muet ;

Nul bruit. Rien dans la tour jamais ne remuait Qu'une horloge au cœur clair qui battait à coupa larges. • — C'était la liberté (la seule !) sans ses charges,

— C'était la dignité dans la sécurité 1 — O lieu presque aussitôt regretté que quitté. Château, château magique où mon âme s'est faite, Frais séjour oîi se vint apaiser la tempête

De ma raison allant à vau-l'eau dans mon sang,

Château, château qui luis tout rouge et dors tout blanc,

Comme un bon fruit de qui le goût est sur mes lèvrei

Et désaltère encor l' arrière-soif des fièvres,

O sois béni, château d'où me voilà sorti

Prêt à la vie, armé de douceur et nanti

De la Foi ,pain et sel et manteau pour la route

Si déserte, si rude et si longue, sans doute.

Par laquelle il faut tendre aux innocents sommets.

— Et soit aimé l'Auteur de la Grâce, à jamais 1

Octobre [18]75..

GLXVI

[Stickney], le 19 novembre [18]75 *.

Mon cher ami,

Je réponds poste pour poste, voub voyez. Aujourd'hui étant samedi, c'est-à-dire jour de congé, je

* Papier vergé, encre noire, 4 ff., texte au recto.

vais pouvoir causer un peu plus au long avec vous.

Tout d'abord, merci dos démarches auprès du High and mighty Publisher (1) en question. La perte des vers n'est pas grande, et il en peut faire ses choux gras, s'il lui plaît, en garnir son salon des rctoqués, ou tout autre usago (propreté ou non). Mon deuil est assumed (2), et je vous décharge de la commission pleinement.

Merci de votre bonne opinion sur mes vers de l'autre jour. Vous ai-jc dit que j'avais deux volumes en train : Sagesse, dont la pièce susdite est l'ouverture, et Amour, dont deux fragments ci-joints (3) ? Et un volume en plan, titre indécis, mais ce sera sur la Vierge. Une espèce d'épopée, de récit tout d'une haleine, quatre h cinq mille vers, ou plus.

Amour.

O mon Dieu, vous m'avez blessé d'amour,

Et la blessure est encore vibrante.

0 mon Dieu, vous m'avez blessé d'amour !

(1 ) « Haut et puissant Éditeur. » Lisez : Alphonse Lemerre. On devine dans cette lettre que Verlaine envoya des vers destinés au troisième recueil du Parnasse contemporain, et que non seulement on ne voulut point les insérer, mais qu'on les lui égarât. Il fut un temps, on le voit dans la correspondance avec Lepellotier, où le pauvre « Lelian » était tenu fort à dédain par ses confrères.

(2) Pris.

(3) Ils ont été recueillis non point dans Amour, mais avec les poèmes de Sagesse (I, p. 432, i et ii). L'Artiste les a reproduits en fac-similé, d'après la version autographe originale.

O mon Dieu, Votre crainte m'a frappé, Et la brûlure est toujours là qui tonne, O nxon Dieu, votre crainte m'a frappe !

O mon Dieu, j'ai connu que tout est vil, Et votre gloire en moi s'est installée. O mon Dieu, j'ai connu que tout est vil.

Noyez mon âme aux flots de votre Vin, Fondez ma vie au Pain de votre table Noyez mon âme aux flots de votre Vin !

Prenez mon sang que je n'ai pas versé, Prenez ma chair indigne de souffrance, Prenez mon sang que je n'ai pas versé !

Voici mon front qui n'a su que rougir Pour l'escabeau de vos Pieds adorables.

Voici mon front qui n'a su que rougir.

Voici mes mains qui n'ont pas travaillé Pour les charbons ardents et l'encens rare. Voici mes mains qui n'ont pas travaillé !

Voici mon cœur qui n'a battu qu'en vain Pour palpiter aux ronces du Calvaire, Voici mon cœur qui n'a battu qu'en vain I

Voici mes pieds, frivoles voyageurs Pour accourir au cri de votre grâce.

Voici mes pieds, frivoles voyageurs !

Voici ma voix, bruit maussade et menteur,

Pour les reproches de la pénitence,

Voici ma voix, bruit maussade et menteur !

Voici mes yeux, luminaires d'erreur Pour être éteints aux pleurs de la prière, Voici mes yeux, luminaires d'erreur !

— • H6Ia8 ! vous Dieu d'amour et de pardon, Quel est le puits de mon inpfratitudc.

Hélas I vous Dieu d'amour et de pardon,

Dieu de terreur et Dieu de sainteté, Hélas ! ce grand abtmo de mon crime, Dieu de terreur et Dieu de sainteté,

Hélas, vous Dieu de joie et de bonheur Toutes mes peurs, toutes mes ignorances, Hélas ! vous Dieu de joie et de bonheur.

Vous connaissez tout cela, tout cela

Et que je suis plus pauvre que personne.

Vous connaissez tout cela, tout cela,

Mais ce que j'ai, mon Dieu, je vous le donne I

Juillet [18]75.

Je ne veux plus aimer que ma mère Marie. Tous les autres amours sont de commandement. Nécessaires qu'ils sont, ma mère seulement Saura les allumer aux cœurs qui l'ont chérie.

C'est par elle qu'il faut chérir mes ennemis. C'est pour elle que j'ai voué ce sacrifice. Et la douceur de cœur et le zèle au service, Comme je la priais elle les a permis.

Et comme j'étais faible et bien méchant encore. Aux mains lâches, les yeux éblouis des chemins, Elle baissa mes yeux et me joignit les mains Et m'enseigna les mots par lesquels on adore.

C'est pour elle que j'ai voulu de ces chagrins. C'est par elle que j'ai mon cœur dans les Cinq Plaies, Et tout cet humble effort vers les croix et les claies Comme je l'invoquais, elle en ceignit mes reins.

Je ne veux plus penser qu'à ma mère Marie, Siège de la sagesse et source des pardons, Mère de France, aussi, de qui nous attendoni| Inébranlablement, l'honneur de la patrie.

Marie Immaculée, amour eailelitiel,

Logique de la Foi cordiale et vivacej

En vous aimant qu'est-il de bon que je ne fasse.

En vous aimant du seul amour. Porte du Ciel ?

Août [18]75.

Je pense que je partirai bientôt d'ici pour une situation plus rétribuante, en ville, c'est-à-dire à Boston. J'attends de jour en jour une lettre de cette dernière « sous-préfecture », pour être fixé sur l'époque, qui peut être très prochaine, et ne dépaspassera pas Noël, en tous cas. J'ai assez d'anglais à présent pour aspirer à un peu plus dans un peu mieux, bien que je n'aie aucunement à me plaindre d'ici, où je suis en bons termes, cordiaux, amicaux, et où l'on fait de très gracieux efïorts pour me retenir. Mais Varrrgent avant tout, vous savez, surtout quand on a des économies à faire. Et puis, à Boston, ce sera un peu plus distrayant (1). « La campagne'à

(1) A en croire le texte d» la lettre à Lepelletiër, du 10 avril 1875, la vie à Stickney n'était cependant point sans charme pour le poète exilé. Après ses deux âHhées de vie cellulaire à Mons, rien ne pouvait être plus salutaire que le séjour de cette jolie ville de la côte anglaise, où Verlaine, en dehors de ses heures d'enseignement et des leçons particulières à donner dans les environs, eut le loisir de connaître à nouveau la vie familiale chez ses hôtes et de se lier avec quelques personnes d'élite, tels le chanoine Goltman, le D' Maxwell et le Révérend Mr. Scratton. On trouvera dans l'intéressant travail de M. Jean Aubry [Paul

présent n*cst pas beaucoup fleurie». Il neige affreusement uu moment où je vous écris, et l'hiver est un bon moment pour quitter les « hameaux».

Mes occupations ? outre mes leçons, dont je vous parlais récemment, gi j'ai bonne mémoire, je lis des flottes : « Novela », some poetry, Tennyson, Longfellow, [et] en ce moment, le fameux Pilgrim*s progressa etc,..

J'alterne l'anglais avec Théologie et Mystiques, la Somme et Sainte-Thérèse : voilà des livres 1 Je vous dis, sans la moindre exagération, que je suis devenu absolument incapable de m'intéresser beaucoup à autre chose. Je dis beaucoup, — parce que, ô maladie ! — j'ai encore un faible pour les vers. Il faut m'en envoyer, vous, Valade (la vache, la vache !), les amis.

Mes projets ! ô tout simplement, de me faire une position, à force de patience, soit ici, soit en France. Mais en France, plus tard, quand bien des choses auront été préparées, réparées, — s'il le faut, reconquises... En attendant, patience, travail, et oubli... des injures.

Je lis des journaux : le Daily News, le Standard, et le Figaro du dimanche. — J'ai ajourné l'allemand et l'italien pour me recolleter avec cet espagnol qu'ai étudié dans les six derniers mois de mes loisirs

Verlaine et V Angleterre, Revue de Paris, 15 oc t., .1918, pp. 825 et 88.), des détails sur les différents déplacements de l'auteur à cette époque, en Angleterre. Malgré ses projets, Verlaine demeura, semble-t-il, jusqu'à la fin de l'hiver 1876 à Stickney, et son installation à Boston ne fut que de courte diirée^ car il rentra à Paris à la fin de la même annéo.

belges. — A ce propos, vous qui êtes au courant d'outre-Pyrénées, ne pourriez-vous m'indiquer quelque journal, quelque revue vraiment intéressants, dans cette langue du Cid et de Hérédia ?

Envoyez-moi donc une liste, avec, si possible, la désignation du parti, le prix par trimestre ; et «pointez» moi quelques auteurs modernes, humouristes et réalistes, journaux illustrés, comiques, etc. Et mille pardons de la nouvelle corvée que me voici vous infligeant ; mais, du moins, ici, nul Komité, nul pacha qui vous coupe la tête quand on lui demande quelle heure il est.

Ne manquez pas de me tenir au courant des potins, livres, articles, etc., et n'oubliez pas de serrer pour moi la main à Valade (vache à part), Mérat, Bonnier (1), tous ces messieurs.

Dès que je saurai quand et où je serai à Boston, serez averti. En attendant, écrivez toujours ici, et discrétion, discrétion !

Votre bien cordial et dévoué, P. V.

Mardi, 8 février [18]76 *.

Mon cher ami,

J'ai reçu avant hier votre lettre qui m'a fait

(1) Pierre-Elzéar (de son vrai nom P.-E. Bonnier), romancier et auteur dramatique ; auteur, avec Catulle Mendès, du poème de Gwendoline (1882).

* Papier vergé « Ivory », encre noirCj, 2 petits flf., recto et verso.

LRTTnES A ÉMILK BLÉMONT 17

grand plaisir. Il y a des moments où, mal^Té tout lo courage du monde, on a besoin de ne pas se sentir oublié, et dans ces moments-là, une poignée de main, un mot de souvenir sont chose bonne.

Je savais que vous aviez, en collaboration avec ce Ruminant [Valade], un acte à l'Odéon. Il va sans dire que, quand vous pourrez m'cnvoyer un exemplaire de Molière à Auteuil, (1) il sera reçu à bras ouverts, dévoré à belles dents, et même traduit mot pour mot, expliqué et commenté, à l'instar d*un classique. Donc, dès possible, vergiss mein nicht. Puis, vous, soyez moins rare. Et si quelque chose peut détourner, pour un instant, La Vache en QUESTION des frais pâturages et des sommeils dans l'herbe, faites-lui savoir tout mon désir de ses nouvelles et lui serrez, de ma part, sa patte à la casser.

Çà, c'est vrai (du moins d'après les récits que j'en ai) que la vie littéraire, dans notre petit cercle, s'en est devenue un Pandémonium numéro un. La faute à qui et à quoi ?... Toujours est-il, que je ne me vois guère, de ce côté encore, de raisons pour regretter le parti absolu que j'ai pris, voilà près d'un an de cela : calme à tout prix, éloignement efficace... et Sagesse ! Il y a bien, c'est vrai, dans cette nouvelle façon de vivre, des heures fades et lourdes : du moins on n'y a pas d'occasion de se tromper ; pas de fautes à commettre ; partant, pas de repentir à savourer après ; no drawbacks, comme on dit ici ; pas de « plaisirs », ô çà, c'est vrai, mais du conten-

(1) Comédie en un acte, et en vers, par Emile Blémont et Léon Valade. Paris, Calmann-Lévy, 1876, in-12.

tement très souvent, je vous assure. Et la santé refaite I les économies réalisées, l'anglais acquis, le sérieux assumed, le latin resu, du temps suffisamment pour études sérieuses et même pour versifier aux heures de revenez-y^ un tas de choses, vous voyez, — > pour ne pas parler du devoir accompli (je deviens d'un province, d'un iihsulaire, n'est-ce pas ?)

Puis, j'ai des projets. Très probable que juillet, ou août prochain en verra le commencement d'exécution. Irai sans doute à Paris, à cette époque, pour besognes sérieuses. Sans doute I car rien n'est encore bien déterminé et tout dépend de bien des choses encore : pour le mieux, c'est mon « motto ». En attendant, je pioche, je bûche, je potasse. Peu de poètes, ou de haute littérature, en fait d'anglais, pour le moment. Des journaux, des « novels », le Punch, le « slang », les tribunaux, notre patois. La conversation est en progrès J'entends et me fais entendre presque toujours, — et c'est un point.

Je connais de noinV Edward VII, dont me parlez. J'ai vu le livre à Londres. C'est d'un capitaine de l'armée qui vient de se faire remercier. On croit que le livre sera saisi. Du même auteur, la Siliad et Jon Duan [sic] (mêmes sujets). D'ailleurs, n'ai pas lu. En parle par compte-rendus. De même pour la Queen Mary, de Tennyson, et VInn album de Browning. Ce dernier poème absolument cocasse, le style surtout. Articles supprimés, du « slang » en masse et passablement de grossièretés. Swinburne a une « tragédie », je crois. Je ne connais de lui que les

LfiTTHeS À éMILB BLéMONT 19

Poems and Ballads, et quelques articles dans la Fortnightly.

Voilà toutes mes nouvellci, mon cher ami ; pour aujourd'hui je ne vous envoie pas do vers, n'ayant que des bouts, des commencements. A la prochaine fois, vous accablerai.

Vous, je le répète, soyez donc moins rare et écrivci long et détaillé à

Votre bien dévoué et cordial, P. V.

Stickney Grammar-School, near Boston. Lincoinshire. England.

Ne répandez pas cette adresse, n'est-ce pas ?

Paria, le 10 février [18]77 *.

Mon cher ami, désirant, après vous avoir bien cordialement serré la main, causer un peu avec vous d'affaires assez sérieuses, je serais heureux que vous voulussiez bien m' avertir d'un jour sûr où je pourrai vous trouver à partir (inclusivement) de mardi prochain, soit vers les deux heures au café Voltaire, où je sais que vous allez, soit à l'heure qui vous plaira, où vous voudrez. A partir de mardi prochain, je répète.

Cordiale poignée de mains,

P. Verlaine,

Chez M°^® Veuve Verlaine, 12, rue de Lyon. E. V.

* Papier vergé blanc, encre noire, 1 f., texte au recto ; écriture grasse, date incomplète.

Arras, le 15 décembre 1880 *.

Mon cher ami,

Je lis à l'instant vos quelques lignes sur mon livre (1). Je sais que vous ne pouviez guère dire autre chose, et même je m'étonne, connaissant 0 l'esprit du journal » qu'on les ait laissé passer. Je viens donc vous remercier de l'extrême bienveillance d'une partie de votre appréciation, et vous prier d'agréer l'assurance de mon cordial souvenir. Si je savais où, dans quel café, par exemple, on vous peut trouver (et les heures), ainsi que le doux Valade, je serais heureux de vous serrer la main lors de l'extrêmement prochain et très court séjour que je compte faire à Paris.

Je me trouve aujourd'hui dans la ville aux a Places ivres d'air », etc.. Mais mon adresse est : Chez M. Julien Dehée, à Fampoux, près d'Arras (Pas-de-Calais), où et d'où tout me parviendra.

Amitiés au susdit Valade et au grand Albert (2).

Votre bien dévoué, P- V.

Ci-contre, un sonnet-dédicace pour faire partie d'Amour.

* Papier vergé, encre noire, 2 fl., recto du 1®' et du second, Suscription : M. Emile Blémont, rédacteur du Rappel, 18, rue de Valois, Paris.

(1) Sagesse., Paris, Palmé, 1881, in-S".

(2) Albert Mérat.

LETTRES A ÉMlLB BlAmONT 21

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