‹ Correspondance; publiée sur les manuscrits originauxChapitre 25 sur 44 · CCXCVIII · texte numérisé non relu

CCXCVIII

Dimanche soir [20 déc. 1891] *.

Mon cher Vanier,

J'ai absolument besoin de vous voir avant le 25, jour de Noël et d'argent. Ne pas m'en donner me mettrait dans des extrémités que je veux éviter. D'après nos conventions, vous devez me donner 5 francs par pièce de vers. Or, vous en avez deux non

(1) Le 10 novembre 1891, exactement, à l'Hôpital de la Conception, de Marseille (Cf. La Vie de J.-A. Rimbaud, par Paterne Berrichon).

* 1 f. papier blanc, plié en deux, encre noire, recto des 2 ff. Au verso du 1^', on lit cette adresse : Monsieur Paul Verlaine, me Didot, 96, Paris (Timbre de Belgique). Date incomplète.

II lo

payées, et j'en ai là dix. Car voilà trois semaines que vous ne m'avez rien donné. Il serait monstrueux que voua me laissiez dans l'embarras. Ce ne serait plus loyal, et ce serait me blesser à fond. Je crois être très coulant, trop. Veuillez me rendre témoignage. Vous gagnez de l'argent, je le sais, assez avec mes livres pour ne pas me laisser dans l'ennui.

Je compte absolument sur votre visite aidant Noël, ou écrivez efficacement. D'ailleurs, beaucoup à vous parler.

Ponchon consent à biographie et à son portrait par Cazals, mai» veut lire sa biographie avant (1). Envoyez-là lui, 1, place de la Sorbonne.

A açant le 25, n'est-ce pas, visite, ou lettre efficiente de votre,

P. Verlaine.

Pourrai- je avoir un Parallèlemeut, un Poèmes Saturniens ?

Quoi de Rimbaud et de ses poésies ? La Plume annonce que c'est paru. — ?

Et que dois-je faire avec Savine ?

Le 22 décembre [1891] *.

Mon cher Vanier,

Encore moi et toujours moi I Vous comprenez bien que je n'insisterais pas ainsi, si je n'avais des

(1) Les Hommes d'aujourd'hui. (Cf. Œ. C, V, p. 442). * 1 f. papier blanc^ quadrillé, plié en deux, encre noire, recto et verso du !«' f.

LKTTRBB A htOH VANIER 191

raisons qui sont d'abord, que, grâce à ce que j'ai en irè» grande partie payé des dettes très criardes, je dois, pour le 25. payer un billet à ordre do 100 francs juste, pour nourriture depuis lonfîtemps. Pour le 25, NoPl. Je no vous demande pas cette somme, mais les GO francs qui me reviennent, en bonne loyauté, puisque vous avez deux pièces non payées. Sonnets à Delahaye (1), Ghil et Moréas (2). Quant aux dix autres, elles sont à votre disposition, quand voudrez ; elles ne comportent pas moins de 309 vers. Je vous les enverrai contre argent, ou vous les donnerai quand vous m'en apporterez. Ou, si vous les voulee avant, je vous les expédierai et me les paierez par retour. Ce n'est pas une avance, c'est du commerce loyal, absolument.

J'ai donc très besoin de ces 60 francs qui ne vous ruineront pas, depuis près d'un mois que voua re m'avez rien donné (3). Et je ne vous parle pa de mes besoins immédiats. Nul argent de pcche... et mes timbres je les prends à crédit ! ! Et mon tphac. Mais je m'en fous, pourvu que mon billet «oit en partie payé pour le 25.

Je veux quand je sortirai — quand ? pas demain f on vient de me prescrire le pur régime des diabétiques — avoir payé mes dettes. Celle-ci f^t la pJus grosse de mes dernières et je répète au'el'e t^^t sacrée : nourriture !

(1) Invectives (Cf. Œ. C, III, 403).

(2) « Jean-René, » Ihid., III, 328.

(3) La dernière somiri" versée par Vanier, figure eu effet à la date du 24 novembre.

Donc, je compte absolument sur votre visite avant vendredi, ou sur mandat. A moins que vous ne préfériez que j'envoie toucher chez vous, ce qui, je crois, vous ennuierait.

Bref, il s'agit d'une affaire entre nous, affaire commerciale qui me rendra le plus grand service...

D'ailleurs, vous savez bien qu'avec moi vous ne perdez pas.

Quant aux tas de choses à vous dire et vous à me dire... j'attends votre visite.

Les Odes (1) sont finies. 500 vers. Les Invectives (faut-il vous y mettre, N. de Dieu ?) marchent et seront amusantes. Un gros volume çà fera.

Je travaille à Louis XVII.

Savine, foutu !

Et à avant Noël, visite ou lettre, avec du dor dedans.

Votre

P. Verlaine.

CGC

Le 24 décembre 1891 *.

Mon cher Vanier,

Vos dix francs sont arrivés à pic pour compléter la somme due. D'énergiques appels en lieux divers où déposé copie jadis et naguère, m'avaient produit hier matin 90 francs... Mais n'est-ce pas, comme

(1) Odes en son honneur.

* 1 f . papier à lettre blanc déchiré, encre noire, recto et verso.

LETTRES A lAoN VANIBR 193

(lisent les bonnes gens, malheureux, do donner ce trésor à de vils créanciers, sous prétexte qu'il vous ont nourri à crédit I Zut k la vertu I Jo vais me irouvur sans un sou do poche. Aussi, j'cspèro que votre prochaine visite sera quelque peu galelteuse..; Or, je vous attends bientôt.

Les gens qui chinent mes deux derniers boucjuins (1) sont des imbéciles qui n'y comprennent lien. Continuons ! mais je suis aussi d'avis que 3 francs pour si minces volumes, c'est un peu roide.

Odes en son honneur sont finies : 600 et des vers et ce sera tout autre chose que Chansons pour Ellej lequel livre sera augmenté pour la seconde édition. N'est-ce pas ? Quant à Invectives, déjà avancées, je vais m'y remettre.

Mais non, je ne suis pas injuste pour Moréas. Il se fait si ridicule et « charabiatc » tant et abrutit de pauvres garçons si tellement ! D'ailleurs, ma deri^ière pièce est flatteuse en somme pour lui (2).

Je travaille à Louis XVII (3).

Causerons de la composition de Vers (Rimbaud). Il y aura à prendre, et surtout à laisser, dans l'édition Genonceaux.

(1) Mes Hôpitaux et Chansons pour Elle.

(2) Voyez dans Dédicaces (CE. C, III, 94), la pièce débutant par ce vers :

C'est le beau Jean Moréas...

(3) Il s'agit ici d'un drame en vers, dont un fragment publié dans La Plume du 1*' avril 1897, nous a été con-ervé dans les Œuvres Posthumes, sous ce titre : Vive le Roy (II, pp. 101 et ss.).

Merci des portraits.

Apportez-moi donc In Memoriam, de Tennyson, et un assez gros dictionnaire anglais que devez avoir à moi.

Tout à vous et à très bientôt n'est-ce pas ?

Votre sans le sou avec cent francs ! I

P. Vkrlainb.

ceci

Le 25 décembre 1891 *.

Mon cher Vanier,

Ci-joint les épreuves corrigées. Quand çà paraîtra, apportez ou envoyez, avec Lemoyne, aussi, turellement.

M. Si^norct vous aura bien expliqué la combinaison du iity>eiL catholique. Je vous enverrai un monsieur qui vous prendra, en ce nom, trois bouquins, prix fort, et, sans doute, d'autres. M. Signoret a déjà pas mal de souscriptions... Combien allez-vous me donner ? hein ? écrivez, ou parlez-moi de çà prochainement.

OdeSf c'est très bien, très bien. — Si pouvez, quand viendrez, me prêter pour un jour « Femmes, » où j'ai à copier trois ou quatre pièces, rupin. Veux faire une édition autographiée et vendre de la main à la main, tel le marquis d'Haraucourt... (1)

Et ces journaux, où question de moi, Darzens, Alexis ?

* 1 petit f. oblong, papier blanc, encre noire, recto. (1) Allusion à La Légende des Sexes^ par Edmond Haraucourt 1883).

N'est-ce pas, combien toucherei-je sur la vente de Sagesse, d'après la combinaison SignoreC ? Renseigner, S. V. P.

Votre P. V.

Le 7 janvier 1892 *.

Mon cher Vanier,

Muintunant que voici passée « la trêve dus Cunfiseurs », reoausons un peu... pas d'argent. Ah, c'est bien, çà, hein ? mais patience 1 Attendez. En attendant luo voilà bon prince, et parlons littérature

Beaucoup travaillé, moi. Ode« en son honneur finies et prêtes à imprimer. Complément (mieux, plus corsé et en même temps plus sérieux, plus écrit que les Chansons, tout en restant, au fond, Chansons... Tirant à l'élégie Tibullienne, etc. Rien de Ronsard, d'ailleure). Ça n'attend plus que vous.

Invectives marchent.

Entamé Mes Prisons, Trois articles Chat Noir, déjà (1). Vais me mettre à Notes sur V Hôpital, complément, plus aéré, de Aies Hôpitaux.

Quant k Dédicaces, que faire avec Savine, l'homme jurisprudent ne me répond pas. Voulez-vous prendre

* 1 î. papier d'hôpital, plié en deux, encre noire, recto et verso du 1^' f. [Hôp. Broussais],

(1) Non pas trois, mais cinq articles destinés à former Mes Prisons et insérés successivement les 2 et 23 janvier, 6 février, 5 mars et 16 avril 1891.

çà en main, voir Savine ? Je ne puis pourtant pas perdre ce livre. Conseillez-moi ? Rappelez-vous que je n'ai pas de traité pour Dédicaces ?

Ne réimprimez ni Amour, ni Parallèlement, ni Poèmes Saturniens^ sans me prévenir. Additions aux deux premiers, corrections à l'autre, le tout gratis ! ! Heureux bibliopole ! N'y a de chance que pour ces gâs-là !

Aussi, vous demanderai-je un Bonheur, un Jadis et Naguère — ^et les miennes biographies, 24 ou 25, je crois, en double, pour coller (retiendriez au besoin sur ce qui me reviendra, si, vous, assez infâme pour ce !) Besoin de ces dernières pour le volume de prose que Perrin semble disposé à prendre. (Il sera gros et je crois amusant) (le volume).

Je veux ajouter une importante pièce à Amour et à Parallèlement, les pièces très imprimables en dehors du «Manteau», de JPemmes, intitulées Filles: A Rita, Billet pour Lily, Goûts royaux (1) et deux ou trois, comme : Sur une Statue (2), etc. ; du pendant à Femmes, déchiré. — Donc, repérez vous à ma recommandation précédente.

Je compte ne plus rester ici extrêmement longtemps. C'est pourquoi je voudrais vous voir avant et causer d'un tas de choses.

(1) Cf. Femmes. «Imprimé sous le manteau et ne se vend nulle part », s. d. [1890], pièces V, XI et XII (Le deuxième de ces poèmes a été inséré dans les Œuvres Vosth., 1, 126).

(2) Sur une statue de Ganymède [Œ. C, II, 176). On sait que ces strophes publiées pour la première fois dans la seconde édition de Parallèlement (1893) figurent également dans Hombres, recueil de poésies fort libres de Verlaine.

Et la préface Rimbaud ? J'attends toujours, moi, de nous ôtre entendus pour la dimension, teneur, ET CCETERA! Sérieusement, je veux m'y mettre, mais faut s'entendre ! et réunir le plus de pièces possible. Moi, j'ai ma mémoire qui est bonne, et vous avez, puraît-il, beaucoup de documents. Avec çà, on peut faire quelque chose de bien et de poussant A LA VENTE.

Enfin, venez le plus tôt et à la meilleure heure possible, voir

Votre P. Verlaine.

Ce 19 février 1892 *.

Mon cher Vanier,

« Impossible à mon cœur » de sortir par ce temps glissant. Mais, voici les renseignements sur Vicaire, que je tiens de lui-même :

Né en 1848, à Belfort (Haut-Rhin), où son père était receveur de l'Enregistrement. A passé toute son enfance en Bresse, à Pont de Veyle, ou à Ambérieu, en Bugey. Avocat (1).

Rien d'inédit que des poèmes trop longs pour la circonstance. Prenons donc, dans La Bonne Franquette, telle ballade entre celles désignées par Vi-

* 2 IT. papier à lettre, vergé blanc^ encre noire^ recto et verso du 1" f.

(1) Voyez la notice des Hommes d'aujourd'hui (Cf. Œuvres Compl, V, 450).

Caire : Je me fiche du reste, ou : Ron ron ron petit patapon, ou : Entrons au jardin d'amour. — à votre choix.

Tâchez donc, mon cher ami, de faire casquer tout de suite, de temps en temps, tel souscripteur, susceptible de 3, ou même de 20, n'est-ce pas ?

Donc, à nous Dédicaces ! Je m'occupe de réunir les sonnets, nouveaux, presque aussi nombreux que les anciens dont je supprime tous ceux (1) qui sont dans Amour. Convenu ?

J'active autant que je peux l'apparition de Liturgies (2). Entre temps, je fais des additions à ce livre, pour l'édition chez vous. Ce sera plus gros et, j'espère, aussi bien ou pas plus mal que Sagesse, dans un tout autre ton.

Vous êtes-vous procuré toutes Mes Prisons {Chat Noir) ; trois, au moins parues, que je sache (3). Peut-être quatre. Reste suit sous ma plume.

Et je vous serre la main, en Moréas,

P. Verlaine.

15, rue Descartes.

(1) Ce sont les pièces adressées à E. Delahaye, Emile Blémon* E. Chabrier, Ed. Thomas, Charles Morice et Du Plessys. Elles figurent tout à la fois dans Amour et dans les deux éditions de Dédicaces (1890 et 1894), Verlaine ne les ayant nullement retranchées de la réimpression de ce dernier recueil. La version des Œuvres Complètes ne les présente que parmi les poèmes d'Amour.

(2) L'ouvrage fut édité tout d'abord par le poète Emmanuel Signoret et la revue Le Saint Graal. Publié par souscription, à 375 exemplaires, il fut annoncé au Journal de la Librairie, le 16 avril 1892. La seconde édition, donnée chez Vanier, parut en 1893.

(3) Chap. II, Or ceci se passait, III. Une manquée,

LBTTHBB A LÉON VANIBK 190

Co i^ juin 1892 *.

Mon cher Vanier,

J'entre demain à Broussais et vous serais obligé de bien vouloir remettre à M^^® Krontz, porteur de ce mot, le plus que vous pourrez sur le présent envoi, soit 10 francs, et 10 francs, à titre d'avance, sur le prix total du bouquin (1).

Merci d'avance,

Votre P. Verlaine.

Un tas de petits achats, vous savez, et de la correspondance. Ne dites encore à personne où je serai demain.

CCGV

Le 7 juillet 1892 **.

Mon cher Vanier,

Je vous envoie Mademoiselle Krantz, pour toucher le plus possible du solde de Mes Prisons (2).

VI. L'Amigo ; Chat Noir, 2 et 23 janvier, 6 février 1891 (Q. Œ. C, IV).

* Fragment papier d'hôpital, plié en deux, encre noire, recto du l^' f. ; au verso du 2^ : Monsieur Léon Vanier, Editeur libraire, 19, Quai Saint-Michel.

(1) Lisez : Mes Prisoris. Nous trouvons dans les papiers de Vanier, deux reçus de dix francs, « pour espèces en compte », à la date du 15, se rapportant à ce livre.

** 1 f. papier quadrillé, encre noire passée, recto.

(2) Il s'élevait à la somme de cinq francs, sur celle de

Nous dé mé -et- emménageons, ce qui exige de l'argent.

Vous vous rendrez compte de cela et serez une fois de plus mon très cher débiteur... j'allais dire bienfaiteur ! !

J'irai cette après-midi, si vous devez y être, recopier, arranger des choses dans votre arrière boutique.

Votre vieux,

P. Verlaine.

15, rue Descartes.

A partir de demain, 9, rue des Fossés Saint- Jacques (1).

Ci-joint un inédit pour l'édition commerciale des Liturgies Intimes.

Le 22 août 1892 *.

Mon cher Vanier,

Quand viendrez, voudrez-vous m'apporter pour 6 sous de papier écolier, du format de celui sur lequel j'ai recopié partie de Femmes. Ayez soin de ce ma-

quatre-vingt quinze, formant le total des droits pour le premier tirage de cet ouvrage.

(1) II dut y demeurer fort peu de temps. Le 15 août, selon une lettre inédite à Gabriel Vicaire, nous le trouvons, de nouveau, à l'Hôpital Broussais.

* 1 f. papier à lettre, vergé et réglé, encre noire, post-scriptum dans les marges, recto. Au verso : Monsieur Léon Vanier.

LETTRES A LÉON VANIBR 201

nuscrit, et tâchez do trouver amateur sérieux (1). Apporteriez aussi le transparent. N'oubliez pas. Jo commence \in livre : Elégies (2), complément des Chansons et des Odes.

Visible de 1 à ... 6. Mais venir avant 3 heures, — tous les jours.

A vous,

[Hôpital BrouBsais.]

Faudrait pourtant en finir avec Savine, cré nom I vous ne connaissez donc pas un avocat un peu sérieux, vous ? Les miens sont si... poètes !

Mendès voudrait avoir Louise Leclercq et Les Mémoires d'un Veuf, -pour reproduction dans L'£r/io de Paris (16, rue du Croissant). Envoyez-le lui, vous le pourrez, je crois, sans grand inconvénient et puis quelle bonne réclame dans quel bon endroit I

Mon cher Vanier,

Jeudi, 1" septembre 1892 *.

Venez donc un de ces jours, le plus tôt possible. Beaucoup à vous parler, pour vous faire plaisir, j'es-

(1) Si nous en croyons une note laissée par l'éditeur de Verlaine, ce manuscrit aurait été vendu, par le poète, à Léon Deschamps, directeur de La Plume, en janvier 1895. Il ne contenait que treize pièces.

(2) Voyez les Lettres à Lepelletier, I, 244 et 328.

* Fragment papier d'hôpital, 1 f. encre noire, recto.

202 CORREgPONDANCE DE PAUL VERLAINE

père, bien qu'un peu d'argent [vous fera] (l) peut être prendre à mes paroles dorées.

Je travaille pour vous, heureux homme ! J'ai des vers et des proses épatants et... pratiques.

Ah ! n'est-ce pas, n'oubliez pas de m'apporter papier format de mon beau manuscrit de Femmes et le transparent, que je complète, çà, pou « vende » ce livre écrit de ma main, à quelque calé amateur ?

Une thune d'avance — pas plus pour le moment, — ferait mon bonheur. Pourriez m'envoyer çà par votre petit commis : c'est, je crois, d'ailleurs, presque son chemin.

Mais vous, venez. Nous causerons un peu affaire. N'est-ce pas, gardez-M.01 une petite somme pour quand je sortirai (2). Dans sans doute 15 jours, ou plus. Mais, venez avant, donc.

Avez-vous la série d'articles sur mes œuvres, de Gustave Gefîroy, dans La Justice ? m'apporteriez. Surtout, papier écolier et transparent.

A vous cordialement,

P. Verlaine.

[Hôpital Broussais].

Rien à personne, n'est-oe pas, et silence I

(1) Nous avons dû suppléel* ici à une lacune du texte.

(2) Vers le 15 septembre. Après un court séjour rue des Fossés Saint-Jacques, n" 9, chez son amie Eugénie Krantz, et peut-être ailleurs (voyez plus loin) Verlaine rentra de nouveau à l'hôpital, dans le courant d'octobre. Il devait y séjourner jusqu'en février 1893.

LBTTRBS A héOH VANiBlI 208

6 septembre 1802 *.

Mon cher Vanier,

Voici deux pièces, dont une de cent vers (1) pour ce volume d'£^/egie«, dont j'ai déjà 300 et des [vers,] et qui est très bien.

Plus un B..., (2) que classerez es Invectives.

Çà vaut bien 10 francs, que vous voudrez bien remettre à M^^® Philomcne, laquelle a été malade et n'a pu se charger jusqu'ici de la commission. C'est pourquoi je vous mettais en défiance contre certains faux ou fausses commissionnaires.

J'avais totalement oublié de vous accuser réception des 10 francs précédents, qui pourront être portés au compte d'Elégies.

Mais, réglons auparavant les Odes et les Liturgies, dont avez une pièce (non payée), que nous réglerons plus tard. Mais, venez donc. Tant à vous parler avant ma sortie, dans 15 jours.

N'est-ce pas, 10 balles pour de si belles choses.

Et venez très bientôt.

Moi — Merci d'avance.

* 1 f. papier vergé blanc et réglé, plié en deux, encre noire, recto des 2 S., verso du l^'.

(1) Vraisemblablement le poème qui débute ainsi : Bah ! ce n'est pas à vous... (Œui>res Compl., III, 37). Voyez, dans notre tome I, la note 2, de la page 239.

(2) Brunetière, ou bien Paul Bert, ou encore Bertol-Graivil.

Vous — Comment donc, cher maître, en voulezvous plus ?

Moi — Parbleu !

P. Verlaine.

96, rue Didot.

[HôpitaJ Broussais], samedi [septembre 1892] *.

Mon cher Vanier. Quand viendrez-vous me voir ? Très bientôt, n'est-ce pas ? Un peu nanti.

Je compte bientôt partir, mais auparavant, voudrais un peu régler mes comptes avec vous. J'aurai besoin d'un peu d'argent, à la sortie, pour divers objets. Probable qu'alors, 9, rue Saint-Séverin (1).

Je travaille beaucoup. Nouveau volume dont 100 vers (une pièce) : Elégies. Ca sera très accalmi, si j'ose ce barbarisme. Ce sera le complément d'Odes et de Chansons. Liturgies se gonflent et j'ai, en prévision d'une nouvelle édition de Mes Hôpitaux, fait une dernière chronique très chic (2).

Aussi se gonflent les Odes en son Honneur.

* 1 demi f. papier à lettre vergé blanc, encre noire, recto et verso, s. d.

(1) On ignore à peu près totalement ce refuge projeté par le poète. Verlaine dut y séjourner dès les premiers jours d'octobre, sinon dans le courant de décembre, chez un sieur Mayeux, lequel, nous le voyons dans les papiers de Vanier, réclama à l'éditeur, le 19 décembre suivant, le paiement de quinze jours de pension, un mois de chambre et dix francs d'extras {sic).

(2) Œuvres Posthumes, I, 164.

LETTRES A LÉON VANIBR 205

On VOUS aura sans cloute porté uno lettre mienne, (lisant à peu près ce que je vous dis là.

Mondes, cntr'autres choses, voudrait avoir Louise Lealercq vX Mémoires d*un V'fiu/, pour reproduction à UEoho. Lui adresser rue du Croissant, 16, à UEcho de Paris.

Ne dites à personne que je vous écris et réservezmoi quelque galette pour ma sortie. Ne dites à personne ceci.

A vous et venez très bientôt.

Visible tous les jours de 1 à... 6.

23 septembre 1892 *.

Mon cher Vanier,

Ci-joint quelques poésies. Donnez-en le plus possible à M^i^Philomène qui vous les portera (1). — Et j'arrête mes envois jusqu'à ma sortie très prochaine, époque à laquelle je vous demanderai une somme un peu ronde pour réinstallation, blanchissage, par-

* Fragment de papier d'hôpital, plié en deux, encre noire, verso du l^r f. et recto du 2^, Au recto du 1" , cette suscriptiou : Lettre à Monsieur Léon Vanter^ répétée au verso du 2«f.

(1) Un reçu de dix francs, signé par Philomène Boudin, le 23 septembre, mentionne la remise de deux pièces des Odes en son honneur. Nous n'avons pu retrouver le titre du sonnet dont il est parlé plus loin.

dessus, etc., — en échange d'Elégies (600 et des vers) et de Liturgies. Je vais m'occuper des Dédicaces^ dont je vous envoie un sonnet. Ci-joint, d'ailleurs, enfin une lettre à Savine que vous mettrez à la poste si vous y adhérez. Il s'agit d'en finir avec ce malheureux bouquin.

N'est-ce pas? La combinaison en ma faveur, pour pension et logement tient toujours, mais ces sacrées vacances occasionnent des retards, — et c'est pourquoi j'insiste auprès de vous pour somme rondelette, aux fins de premiers frais de sortie (1).

Je tiens d'autant plus à sortir que nous sommes envahis de typhiques qui ptertnert dan$ la salle, 4 bains par nuit, et je ne dors plus depuis 15 jours. Et puis je suis guéri de mon éruption et vais infiniment mieux de mes autres maladies.

Dites moi (le plus possible) ce dont vous pourrez — ■ en dehors de la petite somme contre les ci-jointes pièces, — ■ me donner contre Elégies, etc., à ma sortie ?

Gardez-moi précieusement le manuscrit commencé de Femmes, et je pense que vous me laisserez recopier : Hommes (2).

A vous cordialement, P. Verlaine.

[Hôpital Broussais].

(1) Nous Voyons dans une lettre inédite, adressée à GeJbriel Vicaùre, le 11 janvier 1893, que Verlaine avait ou l'idée de solliciter de quelques amis appartenant uniquement au monde de» lettres et plus fortunés que lui, des secours qui lui eussent permis de mieux ordonner sa vie. Malheureusement, ce projet ne se réalisa point comme le poète l'espérait.

(2) Lisez : Hombres. Imprimé sous le manteau et ne se vend nulle part, s. d., in-8°.

LSTTRBS A lAON VANIER 207

Sonnets sui-i-lÉmentaihes A « Dédicaces » (1)

Max Rosa. — A Bossanne {Chat Noir).

AM'^oMariePingaulf . — ALepelletier(67tariVoir).

A Rodolphe Salis. J. Ricliepin {Chat Noir).

A Duvignaud. A Rimbaud {Chat Noir).

A M"« Alph. R*". L. Vahict {Chat Noir).

A M"^*' Marie Agrcsch* ** (Coftrrier jPrançawj — je l'ai).

A Raymond Maygrier {Chat Noir).

A Rodolphe Darzeus {Chat Noir).

A Eugène Carrière {Echo de Paris. Je l'ai).

A Aman Jean {Chat Noir, je crois. L'aurai). Pour Marie **** (ci joint).

Et d'autres, que je saurai retrouver en temps utile. J'ai aussi des Liturgies nouvelles (2).

En tout trois volumes, tout prêts et ud très augmenté.

J'ai encore là, [six, sept] (3), plus celle qu'avez déjà.

Aussi, une Invective patriotique {Metz), 100 vers,

(1) Cf. Œuvres Complètes, III. Voyez les poèmes LXVIII, LXVII, LXXVIII, LIV, LXXI, LV, LXX, LVII. LXIX. L (il), LXV, LXIII, LXVI, LXXVII, LXXIII. La pièce à Eugène Carrière ne figure pas dans Dédicaces ; on la trouve au t. II des Œuvres posthumes, p. 232. La liste ci-dessus nous révèle deux noms * et *** que nous ignorions, le poète leur ayant substitué des initiales dans son livre. Ces vers ont paru, pour la plupart, en 1890 et en 1891^ dans Le Chat Noir, ou le Cowrier Français.

(-) On sait que la seconde édition de ce livre, publiée chez Vanier, en 1893, comporte sept pièces nouvelles.

(3) Raturé dans l'oi-igiiial.

s'il VOUS plaît (i) ! Plus deux nouvelles chroniques de l'hôpital, sans compter les deux qu'avez. Bravo, hein ?

25 octobre 1892 *.

Mon cher Vanier,

^ile Philomène, en qui décidément toute mienne confiance et toute mienne amitié, — bon sens, gentillesse et probité, elle ! — vous remettra le soni:et pour vous, dû.

Aussi le dernier sonnet à M^^^ E...uménide (2), et La mort du petit chien (3), élégie indus, intrus.

Je suis 30, salle Lasègue, Hôpital Broussais, 96, rue Didot.

Apportez, ou envoyez moi au plus tôt les épreuves à corriger. Ayant du loisir, je m'y appliquerai « chouetteau ».

Votre sonnet était payé d'avance :

Celui à Mlle E 5

L'Elégie 5

(1) Ode à Metz (Cf. Œ. €., III, p. 315). La pièce parut le 2 octobre suivant, dans La Lorraine Artiste.

* 1 f. papier à lettre, vergé blanc, plié en deux, encre noire, écriture négligée, recto des 2 fî., verso du l^'. Non signé. Le post-scriptum est au verso du 2® f., à l'envers.

(2) Lisez : Eugénie Krantz.

(3) Voyez dans Dédicace, la pièce à Ph[ilomène Boudin] (Œ. C, III, 193).

LETTRES A Ll^.ON VANIER 209

que veuillez remottro à M"® Phllomène, ma fidèle économe, ainsi que les épreuves, si êtes, vous et vos commis, trop occupés.

Remettez-lui aussi ma correspondance, s'il y en a, — et, si possible, un livre, fût-ce élémentaire, sur la Hollande, ou les peintres Hollandais, plutôt sur la Hollande.

N'est-ce pas ? Tout à vous. Bonne vente de jour de l'an que je vous souhaite, pour que vous me fadiez beaucoup, beaucoup 1

Ah ! j'ai en tête un autre volume amoureux, cette fois très chaste : Dans les Limbes. Les Limbes, c'est l'Hôpital, avec une visiteuse.

Visible tous les jours de 1 à 3.

[Fin octobre 1892 *].

Mon cher Vanier,

Voici deux choses nouvelles. Seriez parfait de les régler entre les mains de ma femme. Besoin. Car je pense à m'en aller premiers jours de novembre, et conférences, vers le 6 ou le 15. Venez donc me faire une visite dernière, n'est-ce pas ? Tant à parler de bonnes choses, vous verrez !

A vous,

P. Verlaine.

* 1 f. papier blanc quadrille, oblong, encre noire, recto. On lit en tête, à gauche, cette note autographe : « format de quelques eucologes. »

La Haye, le 4 novembre 1892 *.

Mon cher Vanier,

Succès complet hier. Ce soir, nouvelle conférence ici. Lundi à Leyde, puis à Amsterdam (1).

Pressé. Vous serre la main. Si M^i® Krantz a besoin de quelque argent, je vous recommande cette bonne personne.

Votre P. V.

ÇCCXIV

Amsterdam, 11 novembre [1892] **.

Mon cher Vanier,

Ce ne sera que lundi que je partirai. Vous verrai mardi matin... Mon départ retardé vient de ce que

* 2 ff. papier à lettre, blanc, réglé en filigrane, encre nqire, recto du 1^' f., date incomplète.

(1) Verlaine accomplissait alors une tournée dans le Nord, Invité par un groupe d'artistes et de littérateurs hollandais, il avait quitté Paris le 2 novembre, jour des Morts. Le voyage dura deux semaines. Nous renvoyons le lecteur au charmant récit qu'en a donné le poète, sous ce titre : Quinze fours en Hollande. Lettres à un ami (Cf. Œ. C,, V, 196 et ss.). Voir également l'ouvrage de Ph. Zilcken : Paul Verlaine. Correspondance et Documents inédits, Paris, Floury, 1897, in-18, et nouv. éd. augm. Paris, 1922, in-4°.

** 1 demi-f. papier à lettre, vergé blanc, encre noire, écriture rapide, recto et verso, date incomplète.

LBTTRBS A LÉON VANIBR 211

l'rl;»dnn fera dpmain à La Haye une conférence (1). .le retourne en cette ville, ce jourd'hui. Si, avez (luclquo chose à m'ccriro, faites-le tout do suite, chez M. Zilckcn, Hélène Villa. La Haye, Hollande. Faites part à Chacornac (2) des présentes nouvelles.

Ah ! ma 5« et dernière conférence a réussi complètement.

Aurai journaux illustrés à La Haye, vous enverrai ou apporterai flottes d'iceux.

Votre cordial,

P. Verlaine.

Ci-joint, d'ailleurs, le chapitre de Mes Hôpitaux qu'avez déjà, retapé.

Détruisez l'autre version, S. V. P.

27 décembre 1892 *.

Mon cher Vanier,

Je vous renvoie, avec le pouvoir dûment signé, le mandat dont je vous prie de donner à Philomène le montant.

Celle-ci vous reportera, demain mercredi, les épreuves de Liturgies.

(1) « Sur la Magie et sur l'Amour », rapporte Verlaine, qui assista à cette conférence, (Cf. Œ. C, V, viii, 274).

(2) Editeur au quai Saint-Michel, n^ 11, correspondant de Verlaine.

* 1 f. papier blanc, quadrillé, plié en deuXj encre noire, recto et verso du 1^' f.

N'y a-t-il pas encore d'autres épreuves ? Envoyez-les. J'ai le temps de les bien corriger.

Je travaille comme un nègre, n'est-ce pas ? Si livre sur Hollande, envoyez.

Et venez donc me voir un de ces jours, avec de l'argent en poche, car je suis le père Coupe Toujours. Seulement, ce n'est pas moi qui dispose de la galette.

Sérieusement, je travaille et, sérieusement, je compte me relever de ma mésaventure des 1000 balles (1).

Tout à vous,

[Hôp. Broussais].

29 décembre 1892 *.

Mon cher Vanier,

Ne pas publier Mes Prisons avant la fin de février, s. V. p. (2)

Vous savez que c'est dans le courant de ce mois que je dois faire des conférences en Belgique...

(1) On sait qu'au retour de son voyage en Hollande, "Verlaine avait été victime d'un vol. Il a rappelé ce fâcheux incident dans un des chapitres de Mes Prisons (Cf. Œ. C, IV, 432).

* 1 f. papier d'hôpital, plié en deux, encre noire, recto du 1er f.

(2) Le livre ne fut tiré, en effet, que le 19 avril 1893. Les droits pour cet ouvrage avaient été versés par acompte, du 21 mai au 7 juillet précédent. Voyez ci-dessus la lettre du 7 juillet.

LETTRES A LÉON VANIBR 213

Vais écrire à Octave Maus et à l'avocat Picard, très influent, de toute manière, là-bas.

A quand les épreuves des deux autres choses, Mea Prisons et Elégies ?

Déjà 108 vers de Dans les Limbes.

A vous. Ecrit à Chauiïard hier. N'est pas venu ce matin. Sans doute demain. Et très probablement autorisation. Alors dans trois ou quatre jours la biographie (?)

A vous encore et bonne année à vous et chez vous,

[Ilôp. Broussais]. ,.

31 décembre 1892 *.

Mon cher Vanier,

Bien que je n'aie chargé Bibi (1) que d'une lettre purement opportuniste et non pécuniaire, je vous supplie en grâce de ne pas dire à Philomène cela. Elle voit, elle aussi, des espions de l'autre (2), partout, bien que moins bêtement. N'importe ! j'aime beau-

* 1 f. papier blanc, quadrillé, encre noire, recto du 1^' f.

(1) Lisez : Bibi-la-purée, surnoni donné à un personnage alors fort connu au Quartier Latin, louche bohème, vivant dans la familiarité du poète et de ses maîtresses, auxquels il servait de confident et de messager. Verlaine lui a consacré un poème dans Dédicaces (Cf. éd. cit., III, 179) et une sorte de biographie non recueillie dans ses œuvres (Cf. Catalogue de la Bibliothèque de M. Dauze, n» 2280).

(2) Eugénie Krantz.

coup cette brave fille et je ne veux la perdre (c'est-àdire la contrarier) à aucun prix. Donc motus sur l'au fond innocent Bibi. (Il y a entre eux une question de bêtise impertinente de la part du dernier, — car la femme qu'on gobe a toujours raison).

N'aurez qu'après-demain épreuves de Elégies. A quand celles de Mes Prisons ? Je suppose que ce retard ne vous sera pas préjudiciable. Au cas où Philomène ne pourrait venir lundi, envoyez uï^ commis — ■ ou venez si pouvez ; je n'ose confier à la poste en ce moment.

Bon an, bonne vente, et tout à vous,

Hôpital Broussais, rue Didot, 96.

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