CCCXVIII
4 janvier 1893 *.
Mon cher Vanier, D'abord merci de votre bonne volonté de l'autre jour, en nn pareil moment. Ça m'a permis d'être gentil avec qui est si gentille avec moi de me venir voir tous les jours, faire mes coinmissions et m'égayer un peu la vie (1) !
Où en sommes-nous ? Odes en son honneur, quand paru, apportez-moi ou envoyez-moi un exemplaire. De même que Elégies. — Liturgies ? Faudra service de presse. M'apporteriez exemplaires à signer. Mes
* 1 demi-f. papier d'hôpital, encre noire, recto. (1) Allusion à Philomène Boudin (Cf. Lettres aux « Chère» amies »).
LETTRES A htON VANIER 21^
Prisons ? Epreuves ? A paraître un peu plus tard, hein ? après mon voyage à Bruxelles ?
Je travaille ù mort. Dans les Limbes avance ferme. Mais, dès que mes aiïaires seront au moins au pair, je me « Hnco » dans des choses impersonnelles : Louis XVII;, grossissement des Liturgies, sans compter des nouvelles, « artiquos » « ek » cœtera.
Vous avez toujours à moi quelques livres, entre autres (peut-être) deux ou trois Tennyson, dont, je pense, In memoriam, et un dictionnaire anglais, un gros « courteaud » rougeâtre... Gentil, vous, de me le reprocurer.
A bientôt, n'est-ce pas ? P. V.
Et n'est-ce pas, si possible, un bouquin quelconque sur la Hollande ? Je rêve à quelque chose de rupin là-dessus. Venez donc me voir, — le plus tôt possible, — ou alors je vous écrirai très bientôt.
Philomène vous apporte une photo de moi, prise par Zilcken, dans son atelier (1).
Les temps sont durs. Philomène a réellement besoin d'une pièce de 10 francs. Je vous envoie pour 20 francs de « marchandises w. Donnez ce que vous pourrez, n'est-ce pas ? Absolument besoin de venir pour affaire très sérieuse (Hollande). Très, très pressé. Si pouviez venir demain, de 1 à 4 ?
(1) C'est un des meilleurs portraits de l'auteur de Sagesse Le poète est représenté à mi-corps, assis devant sa table de travail, écrivant. Il est coiffé d'une calotte de drap rayé et porte un lorgnon. Cette photographie a été reproduite dans un article consacré à Verlaine, par Vittorio Pica (Il Capitan Cortese. Milan, 19 juin 1896) et dans la Revue Encyclopédique.
Samedi, 7 [janvier 1893] *.
Mon cher Vanier, Je n'y comprends rien. Tout ce qui a rapport à mon afTaire de Vouziers est sauté dans les épreuves que je vous renvoie (i). Et je suis sûr d'avoir fait et remis le chapitre. Cherchez bien et tâchez de trouver, car autrement le volume est gâté. — Force me serait de récrire çà. — J'attends l'épisode Hollandais que je modifierai de fond en comble, insistant plutôt sur celui de la rue Soufflet, sur des considérations morales finales, et surtout sur mon passage à Mons après 20 ans. Un tout autre chapitre, quoi, l'affaire de 8 jours de travail.
Maintenant, voici. « Block » m'offre d'éditer un livre, auquel je travaille, intitulé Quinze jours en Hollande. "Voici ses conditions : tirage à 1000, sur papier Van Gelder, type elzévir, avec portrait par Zilcken. Il m'offre 1 franc, pour chaque exemplaire du 1®^ tirage de 1000 exemplaires et 1 fr. 10, pour le second tirage, par exemplaire, c'est-à-dire: en tout, pour le 1^^ tirage, 1000 exemplaires : 1000 francs ; second, 1000 exemplaires : 1100 francs.
Après l'envoi de la moitié, c'est-à-dire d'à peu près 50 pages, il me promet 200 francs d'avance en compte (2).
* 1 dcmi-f. papier d'hôpital, encre noire, recto.
(1) Mes Prisons, ch. xvii {Œ. C, t. IV).
(2) Proposition de M. Blok, libraire à La Haye, du 2 janvier 1893. L'ouvrage écrit à l'Hôpital Broussais, parut dans
Voilù, mon cher Vanicr. Qu'en dites-vous ?
Veuillez me répondre tout de suite, par un mot qu'on m'apporterait tout de suite, n'est-ce pas ? ou mieux, écrivez-moi.
A très bientôt.
P. Verlaine.
Je suis en pourparlers pour conférences belges, en février.
P. S. — • Veuillez remettre ce que vous pourrez à Philomène. J'ai, en présence de retards incompréhensibles de la part de L'Echo, besoin d'argent, de quelque argent : ce sera un vrai service.
Vendredi 13 janv. 1893 *.
Mon cher Vanier,
Voici un nouveau complément à la 2® [édition] de Mes Hôpitaux (1). Donnez-en à Philomène ce que vous pourrez. Quant au livre sur la Hollande,, me rendez-vous libre ? — alors écrivez-moi, ou voulezvous du bouquin, alors venez me voir sans retard.
les derniers mois de l'année, à la Haye et à Paris. Voyez sur l'histoire de ce livre, un article de M. Zilcken, possesseur du texte autographe : Un Manuscrit de Verlaine. Revue Blanche, 1®' févr. 1896, et du même auteur : Paul Verlaine^ etc. Paris, 1902, in-40.
* 1 f. papier blanc, quadrillé, plié en deux, encre noire, recto des 2 ff.
(1) La première avait paru chez Vanier, à la fin de 1897.
Je ne touche rien nulle part : on allègue le jour de l'an, le Panama, et je suis embêté beaucoup ; c'est pourquoi, en attendant des hommes honnêtes, j'insiste sur quelque argent chez vous, gagné, après tout.
Toute lettte adressée à moi chez vous, décachetezla et, selon l'importance, donnez à Philomène ou, à son défaut, envoyez sans retard. J'attends particulièrement une lettre de M. de Rothschild (1). Bien à vous.
P. Verlaine.
Le livre Dans les Limbes est fait : 450 vers !
Avez-vous des épreuves de la fin de Mes Prisons et retrouvé le chapitre sur Vouziers ? Envoyez au plus tôt, n'est-ce pas ?
Vendredi, 13 janv. 1893 *.
Mon cher Vanier, Je vais refàiire, donc ! le chapitre perdu, et aussi le dernier. Mais quel travail, — et quelle gêne ! Enfin ! pour vous plaire !
(1) Nous trouvons, dans un dossier du fonds Vanier, un billot adressé, le 17 juin 1893, par le secrétaire de Rothschild à HjUe Krantz et annonçant à celle-ci un envoi do cent francs, accordé vraisemblablement au poète, dont « on a fait connaître la situation intéressante ». Au verso de ce papier, on lit le texte presque illisible d'une lettre de Verlaine à sa maltresse.
* 1 demi-f. papier d'hôpital, encre noire, recto. Plusieurs lignes raturées.
LETTRES A LéON VANtBR 219
Mon voyage en Belgique 08t décidé. C'est pour février.
Quant au livre sur la Hollande, je no veux pas vous ennuyer. Venez le jdus tôt possible m'en parler. En tout cas, j'aime mieux un petit tu le tiens que deux tu l'auras.
J'aurai fini ^ttouten Vouvrage de Mes Prisons lundi matin. Venez donc ce jour-là, de 1 à 4, n'est-ce pas ? Nous parlerons, j'espère, d'accord.
A lundi,
P. Verlaine.
Je biffe la biographie de Bibi et son sonnet (1). C'est décidément un salop et un complice. Vous donnerai le D' Jullien (biographie) et lé vicomte de Lautrec (sonnet), à la place, gratis (2).
[14 janv. 4893] *.
Mon cher Vanier. Voici. Je vous cède Quinze jours en Hollande contre un prix raisonnable. Veuillez m'envoyer 20 francs de suite, dessus et sur Dans les Limbes, fini, 450 vers. Volume à votre disposition. J'en ai besoin pour payer des dettes ici. Après quoi, je sortirai à point d'ici, ne vous réclamant qu'une
(1) Nous n'avons paâ retrouvé l'original de cette biographie, mais le sonnet, nous l'avons dit plus haut^ pairut dans la hotlvelle édition de Dédicaces, en 1894.
(2) Dédicaces (Cf. Œ. C, III, 182).
* 1 demi f. papier d'hôpital encre noire, recto.
cent cinquantaine de francs, pour attendre les sommes de Belgique et d'ailleurs. Puis, voyage, et j'espère ne plus être si bête.
J'aurai fait avec Mes Prisons lundi. Venez ce jour-là. Mais, je vous prie, envoyez ici, soit par mandat, soit par commis, 20 francs tout de suite. Votre,
P. Verlaine.
[Hôpital Broussais].