‹ Correspondance; publiée sur les manuscrits originauxChapitre 4 sur 44 · A VICTOR HUGO EN LUI ENVOYANT « SAGESSE · texte numérisé non relu

A VICTOR HUGO EN LUI ENVOYANT « SAGESSE

Nul parmi vos flatteurs d'aujourd'hui n'a connu Mieux que moi la fierté d'admirer votre gloire : Votre nom m'enivrait comme un nom de victoire. Votre œuvre, je l'aimais d'un amour ingénu.

Depuis, la vérité m'a mis le monde ii nu. J'aime Dieu, son Eglise, et ma vie est de croire Tout ce que vous tenez, mattrc, pour dérisoire, Et j'abhorre en vos vers le Serpent reconnu.

J'ai changé. Comme vous. Mais d'une autre manière. Tout petit que je suis j'avais aussi le droit D'une évolution, la bonne, la dernière.

Mais, poète, je sais l'hommage que vous doit L'enthousiasme ancien ; le voici, plein, sincère. Car vous me fûtes doux en des jours de misère.

Novembre 1880.

Dimanche, 21 [février 18]92 *.

Mon cher ami,

Je suis, je vous jure, désolé de vous importuner. Votre bulletin de souscription est chez « Lucie », remplaçante de « Clarisse », brasserie très littéraire

(1) Amour (Gî, Œuvres compl., II, p. 63).

* Papier vergé, encre noire, 2 fî., texte au recto du 1". La date de ce billet nous est fournie par le timbre de la poste. On lit sur l'enveloppe : M. Emile Blémoni, 16, rue d'Offémont.

et très honnête, 23, rue Jacob. Cette dame a bien voulu, sur votre signature, m*avancer dix francs ; et je veux le plus tôt possible m'acquitter. Or, Signoret et moi, c'est la même chose, et vous ne doutez pas, j'espère, de mon sérieux en des cas tels. Je vous aurai donc une gratitude de plus de m'envoyer, par retour du courrier, si possible, les 20 francs de votre souscription (1). Je ne pense pas aller au a Voltaire » demain, du moins à des fins d^Hargent. C'est pourquoi cette très pressante missive. Et tout à vous, en toute amitié de votre,

P. Verlaine.

15, rue Descartes.

Le bouquin paraîtra dans trois semaines, au plus tard.

Le 23 février [18] 92 *.

Mon cher ami,

Je reçois à l'instant votre mandat, merci de tout cœur. Je vais de ce pas acquitter ma dette chez Madame Lucie (où venez donc un de ces lundi soir) et remettre acquitté, à Signoret, chez Mallarmé, votre bulletin de souscription.

Tout à vous, P. Verlaine.

15, rue Descartes.

(1) Il s'agit ici de la souscription relative aux Liturgies Intimes f de Paul Verlaine. L'ouvrage parut en mars 1892, édité par Emmanuel Signoret, dans la Bibliothèque du Saint-Graal.

* Papier quadrillé, encre blanchâtre, 1 f. recto.

LSTTnKS A EMILE BLéMONT 23

Le 25 août 1894 *.

Mon chor ami, vous rendriez service à notre ami Gazais en lui achetant le portrait qu'il vous envoie par sa femme, et que je regrette de ne pouvoir, en ce moment, acquérir (1).

Et vous, que devenez-vous donc ? Donnez-moi de vos nouvelles ? J'ai été plusieurs fois au « Voltaire », sans vous y voir.

Tout à vous,

P. Verlaine.

48, rue du Cardinal-Lcmoine.

* Papier vergé, vieux rose, encre noire, 2 ff., recto du !•' f. Enveloppe avec suscription.

(1) L'original de ce portrait, représentant Verlaine endormi, a été reproduit dans un fascicule de LoPZume (1-28 février 1896).

LETTRES A LÉON VÂNIER

Les lettres à Léon Vanier nous ont été, en grande partie, communiquées par M. Albert Messoin. Elles proviennent du riche fonds dociunentaire qu'avait formé le premier éditeur des « Symbolistes » et des « Décadents » et dans lequel, grâce à la générosité de son possesseur actuel, nous avons puisé les éléments de notre documentation. Après les épîtres autobiographiques, les notes sentimentales et les récits confidentiels adressés, à E. Lepellctier, à Emile Blémont et à Léon Valade, on appréciera pleinement cet apport nouveau destiné à nous renseigner sur la vie quotidienne du poète, ses collaborations, ses voyages, ses différents séjours dans les hôpitaux, ses publications, enfin son commerce avec le principal éditeur de son œuvre. Sur CCXI lettres ou billets, pour la plupart inédits, CCI proviennent, répétons-le, de la collection Vanier, trois nous ont été communiqués gracieusement par M. Joseph Canqueteau ; enfin le texte de sept autres a été emprunté, par nous, à l'ouvrage de Charles Donos : Verlaine intime. Nous réimprimons intégralement cet ensemble, mais nous déclinons toute responsabilité en reproduisant plusieurs de ces lettres d'après des imprimés, les originaux de ces dernières ayant échappé à nos recherches. C'est au début de 1884, ou peu avant, que l'auteur de Sagesse fit la connaissance de Léon Vanier. L'éditeur avait alors trentesix ans, Verlaine point encore quarante. Les deux hommes se lièrent et leur iutimité, en dépit des orages, des intérêts opposés et des dissensions, dura à ce point que, seule, la mort la rompit. Peu de nïois après Verlaine, Vanier disparaissait à son tour. L'éditeur suivait de si près l'écrivain qu'on eût pu dire que l'un entraînait l'autre dans la tombe. De cette collaboration, presque quotidienne, pendant plus de douze années, il nous reste cette correspondance dont quelques parties essentielles se soit perdues. C'est peu sans doute, et c'est beaucoup en vertu de la fragilité des choses humaines pour garder le souvenir du double labeur d'un poète et du plus averti de ses admirateurs. Ad. B.

LETOPRES A LÉON VANIER

Coulommes, par Attigny, Ardenncs, le 3 fév. [188]4 *, Cher Monsieur,

Très amusante, en effet, et même un peu rigolotte, la lettre de Mr. Ténéo. Je vous renvoie, ci-jointe, cette pièce.

J'aimerais, si moyen, avoir Le Hanneton, où revue par Coppée et votre serviteur (1). Si moyen !

Nuls (ou nulles )Syrtes, jusqu'à présent. Dites-le à Moréas.

Ayez l'œil — et le bon — sur : Café de lettres et Ma Fille (2) (Lutèce).

Ci-joint lettre pour chez Palmé.

Allez voir : Jeux d'enfants (3).

* 2 £f.. papier blanc, quadrillé, encre noire, recto des 2 ff., date incomplète.

(1) Il s'agit, on le sait, de : Qui veut des Merveilles Prévue de l'année 1867, publiée, en elïet, en collaboration avec François Coppée. Cette curieuse pièce, insérée primitivemetit daûà Le Hanneton, 2 janvier 1868, se trouve au tome II des Œuvres posthumes^ p. 205.

(2) Cf. Mémoires d'un Veuf. Ces deux récits parurent tout d'abord dans Lutèce^ l'un le 20 avril 1883 et l'autre le 20 juillet

^ (3) Mémoires d'un Veuf [Œuvres Compl.^ IV,'p, 237).

La Revue Indépendante a publié : Notes jetées en chemin de fer et [La] Pendule (1).

Envoyez-moi donc ce divin Gutenberg-là.

Feu mon secrétaire, Parti définitif, et Louise Leclerc abouleront bientôt Quai Saint-Michel. A vous, bien cordialement,

P. Verlaine.

Le 4 avril [18] 84 *.

Cher Monsieur,

Excusez mon retard, pour les explications au sujet des Romances. Je suis extrêmement souffrant. En mettant à 2 francs les Romances, je pense que ça pourrait se vendre, en dépit des horribles coquilles (2).

Quant aux Poètes, je vous écrirai demain, sans faute, relativement aux conditions et vous enverrai une liste de presse.

Bien à vous,

CoulommeB, par Attigny (Ardennes).

Vous avez dû recevoir 31 Romances (dont une pour vous et une pour M. Huysmans, à qui j'écrirai

(1) Novembre 1884-mai 1885. Le texte de La Pendule n'a pas été réimprimé,

* 2 fî. papier blanc quadrillé, encre violette, recto du 1*' f., sans date.

(2) Voyez la lettre à Ed. Lepelletier, du 27 mars 1874 (t. I, p. 134).

très prochainement. Vous recevrez, sous un jour ou deux, 20 exemplaires du dit livre.

Coulommes, par Attigny, Ardennes, le 9 avril [1884] *, Mon cher Monsieur,

Si le service de la presse n*est pas encore fait* veuillez mettre, ou faire mettre en tête de chaque volume ceci : de la part de V auteur, bien sympathique, P. V.

Ajoutez, je vous prie, à ma petite liste, M. Valéry Vernier, à la République Française, sans préjudice de telles omissions que j'ai dû commettre et que je vous serai reconnaissant de réparer.

Votre P. V.

1 [ex.] à M. Magui.

P. S. — Quant au Voltaire, j'ignore le nom de son rédacteur bibliographique.

Au fur et à mesure que des articles paraîtraient, veuillez m' envoyer les journaux.

J'ai reçu les Amours jaunes (1) en parfait état. Je vous indemniserai quand et comme vous voudrez.

* 1. f papier vergé blanc, encre noire, recto, date incomplète.

(1) Par Tristan Corbière (Paris, Glady, 1873, in-18).

lî

Coulommes, par Attigny, Ardennes [avril 1884 ?] *. Monsieur Vanier,

Vous recevrez demain, ou après, un exemplaire (pour vous) des Romances sans paroles, ainsi qu'un autre pour M. Huysmans (1). Ces deux exemplaires seront en tête d'un nombre de 11. Si vous en désirez davantage, faites-le moi connaître.

Mon dernier volume de vers est intitulé : Sagesse et a été édité chez Palmé, en 1880.

Quant aux Poètes Maudits (2), Trézenick a dû vous les livrer avec les portraits.

Tenez-moi au courant n'est-ce pas, et croyez-moi votre bien dévoué.

P. Verlaine.

Les Poèmes Saturniens, les Fêtes Galantes et La Bonne Chanson ont paru chez Lemerre.

* 2 £f. papier à lettre, quadrillé blanc, encre noire, recto du 1" f., sans date.

(1) Il s'agit de la première édition de Rotnances sana paroles, imprimée à Sens, en 1874, par les soins de Lepelletier, alors que le poète était incarcéré à Mons, Verlaine possédait encore la majeure partie des exemplaires tirés, le livre n'ayant fait l'objet d'aucune mise en vente.

(2) On sait que le texte des Poètes Maudits pafUt d'abord dans Lutèce (24 août-29 déc. 1883), journal littéraire dirigé par Léo Trezenik. La première édition fut tirée sur les presses de cette publication*

LETTRES A LÉON VÀNIER 31

CoulommeSj lamedi [avril 1884] *.

Monsieur,

J'acquiesce aux conditions énoncées dans votre dernière lettre, et vous prie de faire tout le possible en vue de l'écoulement du petit livre (1).

Quant au service de presse, je pense qu'il le faut très restreint, mais très sûr.

Ci-joint donc une toute petite liste que vous voudrez bien compléter si vous le jugez à propos. A vous,

P. Verlaine.

Vous recevrez par ce courrier le complément des Romances.

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