I.BTTnBS AUX « CHàRES AMIBt
A mercredi prochaint loit à Druxellas, soit à Parii. ConfércnoeB en lielgique.
Ce matin, Munchoster, d'où galettu uu peu. T'écrirai. Demain, serai de retour. Ecris, môme adresse, le plus souvent possible.
Expliquerai demain. Pour le moment, je pars en course. Pas le sou vaillant. Argent déposé. Suis accompagné. Vais d'abord faire panser mon pied.
No pallo do la Belgique à personne.
Crois en moi, en dépit de tout. J'ai été comme fou tous ces jours ci. Te dirai de vive voix.
Je t'embrasse. Demain recevras longue lettre. Ton p^uL Verlaine.
Vois pour un logement. Paierai la chambre rue Broca, jusqu'au 18.
Angleterre, M. York Street, 63, Regent's Park, Londrei.
Manchester, [vendredi] !«' décembre 1893 *. Chérie, Me voici à Manchester (i) poUr, sans doute, jusqu'à
* 2 IT. papier à lettre blanc, encre nbire, reoto du 1" f. La dernière phrase est écrite en travers, dans la marge.
(1) Dilîcrente des « lectures » précédétites, la causerie faite à Mahchester eut pour sujet : « Racine et Shakespeare ». La traduction de cet entretien Uttéraire a été publiée dans Forinightly Ret'iew. Verlaine a rappelé dans un court poème de Dédicaces (III, 150), le souvenir de son passage à Manchester:
Je n'ai vu Manchester que d'un coin de Salford...
demain samedi, où je rentrerai à Londres. Ne t'inquiète pas si tu ne reçois rien avant lundi. Ce soir est ma conférence. Dès demain, si j'ai touché, je t'enverrai quelque chose et enverrai 20 francs à la propriétaire, pour la chambre jusqu'au 18. Dis-le lui.
0 non, ne me trompe pas ! Ne me sois plus méchante. Je t'assure que j'ai comme perdu la tête ces jours-ci. Pour un peu, je faisais... je ne sais quoi !
Tu vois, c'est pour toi que je travaille, je fais et ferai tout pour toi. A demain une lettre et je t'embrasse les mains.
Ton vieux qui t'aime tant !
P. Verlaine.
Chez M. London, West High Street, 23, Manchester (Angleterre), (Salford).
Je te donne mon adresse ici, en cas d'accident, mais écris toujours à Londres, M. 63, York Street, Regeni's Park.
Londrea, samedi 2 décembre 1893 *.
Chère amie,
De retour à Londres, je trouve ta lettre. Je ne puis t'envoyer que des petites sommes. Les choses sont, pour le surplus, arrangées de sorte que des
* 1 f. papier à lettre blanc, encre noire, recto et verso. Le post -script, est écrit en tête de la lettre.
LETTRES AUX « CilÊRBg AMiBf » 317
petits tnalheurs, comme celui de l'autre jour(l) ne se renouvelleront plus et que je no resterai pas, au reçu do 600 francs, .sans le sou doux jours entiers. D'ailleurs, je ne fais que t'obéir. Ne m'as-tu pas dit on partant de placer cet argent de manière à en avoir toujours un peu ? — Et puis l'ombre de ce monsieur me tourmente toujours, et tant et tant
((uc jo n'aurai pas du certitudes Et je te fous
mon billet que jo souITre alTrcuscmcnt.
Je t'envoie 25 francs et 20 francs à la propriétaire jusqu'au 18. Prends soin de mes affaires. Tout ira bien, si tu es aussi franche, à présent, que moi.
Je ne pourrai, en tous cas, partir que mercredi matin. Un gain de 5 ou 600 francs n'est pas à dédaigner. Et encore, peut-être passerai-jc par la Belgique. Dans tous les cas, tu seras prévenue. Tu vois que je t'écris tous les jours.
(1) Peut-être Verlaine fait-il allusion ici à une aventure qu'il eut à Londres, après le succès de ses premières conférences. « L'argent des « causeries » de Londres et d'Oxford, écrit M. Jean Aubry {loc. c, Re^>. de Paris, \" déc. 1918), formait un petit pécule auquel, depuis longtemps, le poète n'était plus habitué, et, au retour d'Oxford, c'est en vain que ses amis de Londres l'attendirent, on ne le revit de quelques jours. Il était allé remuer de vieux souvenirs dans le <f Soho », des souvenirs du temps de Rimbaud» des souvenirs d'il y avait vingt ans. Il s'acoquina avec une péripatéticienne de Leicester-square, ou des environs, et on ne le revit que lorsqu'il n'eut plus un sol en poche. Il rentra enfin, incorrigible et l'oreille basse, chez Arthur Symons, qui^ avec son inlassable am.itié, s'employa encore à lui trouver quelque nouveau prétexte à subsides « (Cf. P. V. en Angleterre, Rev. de Paris^ fasc. du i" déc. 1918).
Je t'aime trop, voilà. Mais je ne puis m'en empêcher, ni de t'embrasser de tout mon cœur.
Angleterre. M. York Street^ 63, Regent's Park. Londres
Il est samedi; pas de bureau de change ouvert,Ie samedi à 5 heures. Tu recevras mardi matin. La poste ne fonctionne pas le dimanche.
CCCCXXII
M. 63, York Tcrrace, Régents Park, N. W. [Dimanche 3) décembre 1893 *.
Chère amie,
Je t'écrirai après demain, définitwement. « Ne sais quand reviendrai » ; probablement jeudi.
Ton dévoué,
Toujours silence. Ma prochaine sera plus longue et probablement meilleure.
Mais, silence. Autrement tout foutu.
* 1 f. papier blancj vergé de hollande, encre noire, recto. Dans le haut, à gauche, on lit ce monogramme : M.E.B., gravé en taille douce, et tiré en violet, ainsi que l'adresse. On Ut sur l'enveloppe : Madame Verlaine, 5, rue Broca.
LETTItKB AUX « CUÙnCS AMiEf » 319
CCCCXXIll Londres, londi 4 décombro [1803] *.
Chérie, trop I
C'est la mort dans l'âme que je t'écris ceci. Quand une idée fixe s'empare d'un homme, c'est fini. J'ai ridée, tout me le dit, le passé, le présent, 3.000 francs dépensés, ou mis de côté, sans un profit pour moi, les propos de gens, — tout m'indique que tu as un amant, que tu demeures avec lui et qu'il se fout de moi, comme de toi. A ton âge, on n'a pas pour rien des amants de 29 ans I
Je suis écrasé de chagrin,j'ai pensé tout le temps à tout cela.
Morale :
Ci-joint 25 francs, mais tu sais, je ne rapporterai pas gros, car j'ai des habits et du linge à m'acheter car tout me manque. Je te propose ceci : restons bons amis. Nous pourrons nous revoir et je ne te refuserai jamais un service. Mais vivre avec toi I D'abord, nous ne l'avons jamais fait, avec tes multiples logements. C'est toi qui te méfie de moi — • et je ne veux plus coucher hors d'une chambre que j'ai payée. Puis, c'est trop cher, vraiment. Des 600 francs,
* 2 ff., papier à lettre blanc, vergé, encre noire, recto et Terso des 2 ff., s. d. [A Philomène Boudin]. Ce texte a été reproduit, mais avec des additions qui ne sont pas de l'auteur, dans Vtrlaine intime, p. 236. Le post-script\un manque dans cette Tcrsion inexacte. Il est écrit en marge dans l'original
OU tout proche, qui disparaissent, et tu voudrais
que je te confiasse tout mon argent. Merci I et m
aux maquereaux qui s'en pourlécheraient.
\£u me menaces de « te fâcher ». Mon Dieu, fais-le, mais je n'ai plus, je n'ai jamais eu de confiance, môme à l'hôpital, et je sais bien, par exemple, que ton voyage en ton pays est imaginé, comme pour ton bandagiste, etc., etc. (1)
Néanmoins, je t'aime trop, — on peut aimer sans confiance, — pour renoncer, moi,à toi.
Toi, qui ne m'aimes, tu me l'as dit rue Pascal, que pour mon argent, pour qui je ne suis qu'un miche, qu'un client, qui suis le monsieur qui t'entretient, tandis que d'autres sont tes amants (2), — tu l'as dit à quelqu'un, en face de moi, rue Saint-Jacques, tu devrais gentiment m'écrire :« Eh bien oui, c'est vrai. Je suis dans mes meubles avec A..., rue de la Glacière, 20. J'ai quelques sous d'avance. Quand je n'en aurai plus, je te le dirai.» — Et nous resterions bons amis. Tandis qu'autrement ce sera toujours des querelles. C'est terrible (pour moi), mais c'est ainsi. Au surplus, et si vraiment tu ne me trompes pas odieusement, salement, ignoblement (3), vois.
J'aurai mon argent placé que j'irai chercher au fur et à mesure (4). Je suis 5Ûr, en outre, de 250 francs
(1) On lit dans Verlaine intime cette version fantaisiste : 0 ...comme pour ton bandagiste, un alibi de ...catin. »
(2) Donos écrit : « les amants de cœur. » Ces mots ne sont pas dans l'original.
(3) Ibid. : « en salope ».
(4) Nous voyons, dans les papiers de Léon Vanier, à la date
LETTRES AUX « CRftRBS AMIES » 321
par mois qui mo viendront d'ict, contre des travaux. Tou3 les papiers, «j'autorise, » etc., no pourront rien. Je toucherai moi-mime^ seul.
Si nous devons vivre ensemble, marions-nous, et je t'assurerai la vie après ma mort. Je crois que je te fais la part belle.
En tous cas, écris vite, dans un sens, ou dans un autre. Je puis repartir jeudi. Serais prévenue, en cas de consentement tien. Et la confiance revenue sur preuves, je saurai te rendre la plus heureuse des femmes sur le retour, moi.
Ton trop vieux, hélas 1 il paraît,
P. Verlaine.
Angleterre. M. York Terrace, 63, Regent's park. Londres.
Je ne puis pourtant t'écrire : M™® Alfred ! ni a Esther » ! Çà sent trop mauvais.
CCCCXXIV (Londres, mardi] 5 décembre 1893 *.
Chère amie, Çà tient toujours. Demain Mercredi, c'est-à-dire
du 21 décembre, que Verlaine avait déposé chez ce dernier une somme de cent francs, provenant du règlement de ses conférences anglaises. Il se proposait alors d'augmenter ce dépôt, afin d'échapper à la cupidité de ses maîtresses et, il faut bien le dire, de quelques-uns do ses compagnons de bohème. Malheureusement, le retrait de l'argent versé se lit un peu plus rapidement qu'il ne l'avait prévu.
* 2 ff. papier à lettre vergé blanc, encre noire, recto du 1«
le jour même où tu recevras ceci, 7 heures du soir, à la gare du Nord, train venant de Calais. J'apporte peu d'argent, mais vais en gagner quelque chose 1 comme 250 francs par mois, à Londres seulement. '
Je me sépare d'Esther, avec un gros chagrin. J'aime et j'aimerai toujours cette femme-là. Mais, elle m'est dangereuse et mon parti est bien pris. Toi, je t'aime aussi. Tu as toujours été bonne pour moi et je travaille bien seulement avec toi. Ne me parle plus de l'autre. Aie un meilleur caractère, tout ira bien.
A demain et nous ferons un bon petit dîner, près de la gare, avant de faire dodo.
Ton Paul.
Nous pourrons être heureux, si nous sommes sages. Seulement, il faudra changer de quartier. Je dois m'éloigner d'Esther, autant que possible. On dirait que cette pauvre fille a jeté un sort sur moi, et toujours çà va mal avec elle.
Gazais n'est plus ton ami, tu sais. Mais, je m'en ris, après tout, bien que je l'aime bien. On peut se voir entre hommes, au café...
C'est si incommode ici d'envoyer de l'argent, qu'il
et du 2^ f. [A Eugénie Krantz], Le papier a été plié en six et porte cette adresse, au crayon : Madame Eliane Dufour^ 26, rue Servandoni, chambre 19. Cette lettre figure, mais avec des erreurs et des additions qui en faussent le sens, dans Verlaine intime, p. 238. Dans cette mauvaise transcription de l'original, l'auteur du livre a volontairement changé des mots, voire même des phrases, désignant Philomène comme la destinataire e| pwbstitupint au nom d'Esther celui d'Eugénie,
LBTTRBS AUX « OBÉMSt AMIflt » 323
faut m* excuser de me montrer, si avare. Dès demain, si tu viens à ma rencontre 7 h. soir, gare du Nord, tout se récupérera (1).
Londres, mardi matin, [5 déc. 1893] *.
Ma pauvre chérie,
Adieu, va 1 Çà vaut mieux. Quant tu auras besoin de moi, fais-moi signe et tout je le ferai. Mais vivre ensemble, c'est impossible. Tu te paierais toujours des jeunes gens et çà finirait par de la
charcuterie !
Comme tu as plusieurs logements, je ne sais si j'irai rue Broca, où j'ai payé — sauf pour mes papiers. Je ne vais pas en Belgique et je ne fais pas de conférence aujourd'hui, c'est beaucoup d'argent de moins, et je n'en ai pas des masses.
Si tu veux me voir, je serai après demain jeudis gare du Nord, par le train qui arrive de Calais à 7 heures du soir à Paris.
J'aurai le plus grand plaisir à t'embrasser, peutêtre pour la dernière fois. Surtout ne sois pas accompagnée, comme l'autre jour, à la gare de l'Est, et ne débusque pas tout d'un coup d'une porte. Ton P. V.
(1) Ce dernier paragraphe est écrit au crayon dans l'original.
* 2 fî. papier à lettre vergé blanc, encre noire, recto des 2 ff. date incomplète. \A Philomène Boudin]. Ce texte est reproduit fragmentairement et avec des inexactitudes volontaires, dans Vtrlaine intime^ page 235.
CCCCXXVI
Jeudi soir, 7 juin [1894[ *.
Chère amie,
J*ai regretté d'autant plus ton absence d'aujourd'hui, que j'avais du nouveau à te dire, du bon, du très bon et pas du mauvais, mais du désagréable.
Un journal a dit que j'étais à Saint-Louis, le Gaulois, où je ne connais personne. Un rédacteur de La Patrie, qui est un ami de La Revue Blanche, où je l'ai vu jadis, est venu ce matin Je lui ai dit d'être très discret. Voilà pour le désagréable
Reçu lettre de Londres. A très bientôt la grosse somme. M. Barrés, d'autre part, s'occupe de moi ; il viendra me voir aussi très bientôt et m'écrit d'être tout à fait rassuré, quant au paiement ici. Enfin, M. de la Rochefoucauld m'envoie un mandat de 40 francs.
Et toi, as-tu réussi « aussi » dans tes démarches ?
Je t'embrasse de tout cœur, à demain, n'est-ce pas ?
P. Verlaine.
[Hôp. Saint-Louis].
* 2 f . papier blanc, encre noire, recto. La dernière phrase est écrite en mar^e, date incomplète. [A PfUlQmène Boudin ?]
LBTTRBS AUX « Olàtlt AMIM » 325
CCCCXXVII
Paris, le 13 août 1894 *.
Ma chèro Eugénie,
Zélie (1) a dû te dire combien j'étais calme hier. Je le suis encore plus aujourd'hui, mais désolé de te savoir si souiTrante et d'être moi-môme trop souffrant pour pouvoir t'aller voir, comme je le voudrais de tout mon cœur.
Dès que tu le pourras, viens donc ici, — et, mon dieu I revivons donc ensemble, en paix, cette fois.
Je t'embrasse et t'aime de tout mon cœur.
Paul Verlaine.
CCCCXXVIII Vendredi, 13 [octobre 1894] **.
Ma chère amie,
Je n'ai pas le sou en ce moment et depuis longtemps. Ce n'est donc pas moi qui ai payé la robe et
•If. papier blanc, quadrillé, à en-têto, avec cette mention imprimée dans le baut de la feuille, à gauche : Grand Hôtel de Lisbonne, 4, rue de Vaugirard^ Paria. Robert^ propriétaire^ etc. Texte à l'encre noirOj au recto,
(1) Femme de charge, parfois au service d'Eugénie Krantz.
** 2 fl. papier vergé blanc, encre noirâtre, recto et verso du 1" et recto du second f., sans indication de lieu. Data incomplète. [A Philomène Boudin] ?
le chapeau en question, mais bien M. B [Blok ?]
qui gagne beaucoup plus d'argent que ton serviteur. Je n'ai, d'ailleurs, avec ces personnes que des relations de bon voisinage. Quant à Madame E..., ce matin même (et ce n'est pas la première fois depuis pas mal de temps), elle s'est vu refuser d'ouvrir ma porte et a entendu un double tour de clef à l'intérieur. J'étais d'ailleurs seul. Mais, elle m'a tellement menti tous ces jours-ci que j'ai résolu de rompre définitivement avec elle. Aussi bien, je suis souffrant, très souffrant, et Paris me pue au nez tant, depuis que j'y suis, pour mes péchés, venu en 1851 !!! Et dès que je le pourrai, enfin ! fuir cette puanteur, et cet odieux vacarme, je le ferai pour des mois, et, peut-être, pour toujours.
Dès que je le pourrai aussi, je t'aiderai d'argent, bien que tu aies été très méchante avec moi. Mais on a couché ensemble !!
Enfin, dès que je le pourrai, tu auras de mes nouvalles. En attendant, sois sûre que je n'ai pas le sou.
CGGCXXIX
Dimanche, 15 [oct. 1894] *.
Ma chère enfant,
Je regrette amèrement ce qui s'est passé avanthier, mais je te jure qu'hier soir j'étais très gentil
* 2 fE. papier à lettre vergé, jaunâtre, encre bkue, recto du
LETTHEg AUX « CnÂRKS AMIEI » 327
et que je no ino suis mis on colère que d'après lo langage de la concierge.
Cela )n*a rendu plus soufTrant que tu ne le crois peut-être. Je ne puis plus marcher. Viens donc, dès que tu pourras, je t'en prie et t'embrasse bien fort.
Paul Verlaine.
(Chnmbro 10, 4, ruo do Vaugirard).
Paris, le 23 octobre 1894 *.
Je veux avoir mes papiers, correspondances anciennes et confidentielles, mes portraits et papiers de famille, mes manuscrits.
Si je ne les ai pas reçus avant 24 heures, j'aurai l'honneur de me plaindre auprès de Monsieur le Procureur de la République, à votre propos, sous le motif de m'avoir, volontairement, détenu des objets m'appartenant, preuves et témoins étant là, objets indispensables à ma vie, autrement dit : instruments de travail.
Et puis que la diffamation cesse, et la lacer a-
* 2 f. papier blanc, encre noire, recto du !«' et verso du second ; écriture très irrégulière. Cette lettre a été insérée dans Verlaine intime (p. 247). Le commentaire qui l'accompagne établit qu'elle fut adressée à Eugénie Krantz. Les menaces qu'elle renferme n'empêchèrent point cette dernière d'être autorisée par le poète, Je 3 novembre suivant, à percevoir, au Café Procope, tous les droits provenant d'une représentation de Madame Aubin.
tion d'affiche (1) et, peut-être un ignoble chantage.
4j rue de Vaugirard.
CCCCXXXI
Le 29 novembre [18194 *.
Chère amie,
Je suis très malade et les médecins me prescrivent un repos absolu.
N'aie crainte et sois sûre de ton
P. Verlaine.
Un mot, si tu veux, chez moi, — je t'en prie.
CCCCXXXII
Le 29 novembre [18]94 **.
Ma chère Eugénie,
Je suis forcé d'être au repos absolu, pendant quelques jours, au bout desquels t'écrira
Ton P. Verlaine.
(1) Sans doute s'agit-il de l'Affiche composée par F.-A. Casais pour la Septième Exposition des Cent^ et représentant Verlaine en compagnie de Jean Moréas.
* 2 f. papier blanc vergé, encre noire, recto. [A Philomèn» Boudin],
** 2 fl. papier blanc, vergé, encre noire rectQ>
LETTRBS AUX « CHËRBl AMIES D 329
CCCCXXXIII
Jeudi, 6 ddccmbro 1894 *.
[Hôpital Dichat].
Viens donc demain, vendredi 7. Tu prends l'Odéon-Clichy, tu descends à la fourche et enfdes l'avenue de Saint-Oucn, au bout de laquelle se trouve l'liô])ital. C'est de 2 à 3, mais tu peux arriver ai>ant. On te laissera entrer tout de même. Ma salle est au bout de la grande salla Jarjavay. C'est une petite chambrée à deux lits. On peut y arriver par un autre escalier ; tu n'as qu'à demander au concierge.
J'ai des choses à te dire, bonnes, et d'autres, drôles. Tu verras.
Sous très peu, j'espère être un peu plus à la hauteur. Demain, je te donnerai deux « invectives » pour Deschamps.
En tout cas, ne viens ni samedi, ni dimanche. Te dirai demain pourquoi.
Je ne vais pas mal, mais je ne dors plus. J'ai le cœur gros, tu sais !
Je t'attends et t'embrasse de tout cœur. Ton
Mets un chapeau, veux-tu ?
* 2 fl. papier vergé vert, encre noire, recto et verso. Cette lettre, adressée à Philomène Boudin^ a été reproduite, mais avec des inexactitudes qui eu dénaturent U sens, dans Verlaine inlime, p. 249.
CCCCXXXIV Dimanche [Décembre 1894] *.
Chère amie,
Je reçois ta bonne lettre et t'attends demain de bonne heure. Ça va toujours de môme, sauf que j'ai un peu dormi la nuit dernière. Dieu veuille que ça continue !
J'ai oublié l'autre jour de te montrer une lettre d'un homme d'affaire (quelque escroc, dont les journaux parleront un de ces jours, sans doute) qui me réclame, au nom du sieur Bréchet, 100 francs que je dois à celui-ci depuis décembre 91 III! C'est dans le genre de la fameuse note : « report ».
Reçu aussi, renvoyée de la rue de Vaugirard, une lettre d'Eugénie. Je n'y ai pas plus répondu qu'à celle ci-dessus.
L'heure s'avance. Je t'embrasse et t'attends de cœur.
Ton P. Verlaine.
[Hôp. Saint-Louis].
Surtout, toi, prudence et discrétion. Moi, je travaille beaucoup.
J'ai à refaire un tas de choses déchirées par M"e Krantz (1).
* 2. ff., papier vergé, gris, encre noire, recto, [A Philomène Boudin.\ La date que nous fournissons ici est douteuse. (1) Le 9 décembre 1894, Verlaine réclamait à Théo de Belle-
LlTTftec AVX « CuàlIBS AlÉlftS » 331
CCCCXXXV
15 sa loir [1894) *.
Ghirc amie,
J'espère qu'il ne t'est rien arrivé et que je te verrai demain 16. J'ai reçu la visite de Symons, l'Anjilais cliez (fui j'ai logé en premier, à Londres. Il demeure Hôtel Corneille, rue Corneille, à côté de rOdcon. Apporte-moi donc mes paperasses qui doivent être dans la table à manger. C'est pour trouver des vers. Ils doivent être dans le petit buvard. Pas la peine d'apporter tout. J'espère recevoir des sous de Londres, encore d'un autre côté. J'ai tout de même écrit au type des 350 francs (1), le pressant. Je t'embrasse de tout mon cœur. T on
P. Verlaine.
Mon cou va mieux.
fond, propriétaire du Café Procopc, les papes lacérées par Eugénie Krantz d'un fragment de manuscrit relatif à Louis XVII. Il demandait, en même temps, qu'on prit soin de quelques nippes, linges, papiers divers déposés en son nom, lors de son séjour à l'hôpital.
Consultez d'ailleurs, sur le même sujet, les lettres à Ph. Zilcken, (op. ri7., p. 26.) Nous voyons dans cette correspondance, le 13 juillet 1893, que la plupart des pages consacrées à la description d'Amsterdam, dans Quinze jours en Hollande, avaient été détruites par l'irascible maîtresse du poète.
(1) Lisez : Blok.
* 2 f. papier blanc, encre noire, recto, s. d. Cette lettre fttt sans doute écrite à l'Hôpital Saint-LQuis, entre les mois d'avril et de juillet.
CCCCXXXVI
[Fin 1894] *.
Ma chère petite,
Il y avait erreur et je pensais aller indépendant, là, tandis que j'aurais dû aller dans la salle commune, en payant ! Zut, et me voici revenu. Je ne puis malheureusement grimper tes six étages, mais tu peux gravir les deux miens et dormir avec ton vieux
Paulot.
Jeudi matia.
Viens vers 9 heures. Aurai sans doute quelque braise.
CCCCXXXVII
Mercredi 22 [mars 1895 ?] **
Ma chère Eugénie,
Je suis beaucoup plus malade et beaucoup plus triste que tu ne le penses. Triste à mourir, — mais
* 1 f. papier blanc, vergé, encre noire, recto, s. d. Dans ces lignes, le poète paraît fournir une allusion à un récent séjour à l'Hôpital Bichat, vers la fin de 1894. Ce fut sa dernière étape dans les maisons hospitalières de l'Assistance publique. Verlaine, on le sait, termina ses jours rue Descartes, n" 39, partageant son nouveau logis avec Eugénie Krantz.
** 1 f. papier blanc, vergé, encre noire, recto, date incomplets.
LETTRES AUX « CHÂRKS AMIBB » 333
il faut vivre, et, pour vivre, travailler. Je travaille pour le Fin de Siècle (1). C'est dans trois jours que j'aurai mon argent du Ministère, et alors nous verrons. Je t'en prie, d'ici là, patience. Hélas! j'en ai besoin, moi aussi. Aussitôt nanti do cet argent, je t'écrirai (2). J'ai des projets qui, s'ils se réalisent, nous sauveront. Ma jambe va mieux et je la soigne.
Je t'embrasse et t'aime de tout mon pauvre vieux cœur.
P. Verlaine.
CCCCXXXVIII
11895] (?) * Ma chère amie,
Je suis plus pauvre que jamais et de meilleure foi que personne. Donc, ne compte sur moi que dans peut être quelques jours, peut-être plus tôt.
Je ne suis pas double, en dépit des apparences, mais je suis toujours, ton vieux reconnaissant
P. Verlaine.
(1) C'est à la librairie du « Fin de Siècle », que parut, en 1895, la première édition de Confessions. Le manuscrit en fut en partie composé à l'Hôpital Bichat.
(2) Il s'agit ici de la pension accordée par le Ministère de l'Instruction publique. Voyez : E. Delahaye, ouvr. cité, pp. 526 et p, 541, et, ci-dessus, Lettres à Vanier, pp. 252-253.
• Un fragment, papier d'hôpital, encre noire, recto, s. d.