CLXXXVII
Paris, le 20 octobre [1885] **.
Mon cher Vanier,
Envoyez donc, prestissimo, la Bonne Chanson à :
* 1 f. papier blanc, encre noire, recto. Date incomplète. (Collection de M. Joseph Canqueteau).
*• Carte postale blanche et mauve, encre noire. Au
38 CORRËSfONtoANCE DE PAUL VÊRtAlNË
M. Vittorio Pica, 12, Salita S. Polito, Napoli, Italia.
Fait L. de L (1). et P. V (2). Vais me mettre à F. C. (3).
A quand ? et à vous,
Vrai, envoyez VITE : Bonne Chanson à M. Pica. CLXXXVIII
Mardi soir, fin novembre [18] 85 ? *.
Un sommeil de plomb qui m'a écrasé toute la nuit et une grande partie de la journée, plus la visite d'un camarade sur les 4 heures, m'ont empêché d'activer « beaucoup » les péripéties finales de la fille Leclercq. En voici toujours une page. A demain, et s'il le faut, à après-demain, mais pas plus tard, l'envoi du « point — c'est tout. »
Pas vu docteur.
Jambe un peu meilleure. Besoins moins douloureusement accomplis. Ni café, ni kirsch, ni même salycilate. (Défense des hommes de l'art).
recto : M. Léon Vanier ^ éditeur^ 19, quai Saint-Michel, E. V.
(1) Leconte de Lisle.
(2) Paul Verlaine.
(3) François Coppée. Il s'agit là de trois notices pour les Hommes d'Aujourd'hui.
* 1 f . papier blanc, quadrillé, plié en deux, encre noire, rectO et verso du i" f., recto du 2* f.
tITTIIII A LiON VANIER 39
Reçu lottro ûnorino cl chamianto do Mallarmé» avec tout plein do détails pour Hommes du /our(l). Choses inédites, de Villicrs, pour moi, sont déposées à mon nom, chez son concierge, ruo de Rome, 89(2). Pourrez-vou8, tout de suitCj envoyer un commis chez ce concierge réclamer ce colis auquel Mallarmé tient naturellement énormément ? Le commis me l'apporterait ici et me le remettrait en mains propres. Si çà ne pouvait se faire, écrivez m'en de suite.
Ci-joint avec la 30^ page de cette donzelle [Louise Leclercq] sur l'épreuve de Coppée, deux Mémoires d'un Veuf que je ne crois pas que vous ayez. A vous cordialement,
Pour renseignements biographiques sur Villiers, parlez à Darzens, voulez-vous ? Je vais faire « Mallarmé » et commencerai la femme Aubin pour avoir fini fin courant.
Paris, dimanche, 10 décembre [18] 85 ? *. Mon cher Vanier,
Me voici perplexe en diable. On me dit (Morice),
(1) On trouvera un important fragment de cette lettre, datée du 16 novembre 1885, dans V Intermédiaire des Chercheurs et curieux (10 sept. 1906).
(2) A l'adresse de Stéphane Mallarmé.
* 1 f. papier blanc vergé, plié en deux, encre noire, recto et verso des 2 Q. Date incomplète.
que vous voudriez détacher Louise Leclercq des Mémoires d'un Veuf pour en faire, avec additions, un volume autre. Il est évident que cette toute petite nouvelle n'a rien de commun avec le titre: Mémoires d'un Veuf. Mais Madame Aubin, elle aussi, aura-t-elle alors un lien commun avec les Mémoires proprement dits ? Et Le Poteau ? J'admets que Pierre Duchatelet et le Scénario de Pantomime puissent avec beaucoup de bonne volonté continuer ou commenter le titre et les choses proprement dites du titre. Nous voilà donc réduits à ceci :
Mémoires proprement dits.
Pierre Duchatelet.
Scénario, etc.
Mince volume. Faut-il le boursoufler de deux ou trois mémoires ? J'ai là ; Apologie (3 pages). Ce que j'écrirais aurait tout au plus ces proportions. J'ai bien un Pierrot gamin (à écrire) des mêmes poussée et proportion que le Scénario et qui rentrerait dans le cadre, sous les mêmes précaires conditions. Et ce serait à peu près l'unité. Mais Madame Aubin, ea ce cas ?
— Alors, un volume de nouvelles : Louise Poteau et autres (à faire), quand ? Un volume : Mémoires, Scénario, etc., re-quand ?
— Mais Madame Aubin, où ?
Question, maintenant, de succès (! ?) — d'un peu d'argent. C'est à considérer, ô oui. Question de bonne littérature, çà va sans dire, mais d'harmonie dans la publication, qualité non négligeable aussi.
Je suis en outre ennuyé, pire que çà, triste avec
LETTRES A LÉON VANIER ''il
raisons à l'appui : ma mère alitée, ma guérison traînant comme qui dirait ironiquement.
Moralité.
Venez donc me voir, ou si pas possible très bientôt, écrivez en détail. Causerons. — Causerons en outre d'Amour et de l'autre volume de vers, aussi de la 2® série des Maudits. (Quoi avec Lutèce ?) Et Forain I
Tout à vous,
Venez n'importe quel jour, sauf jeudi, ni quand l'oii va essayer de me mettre sur pied.
14 janvier [1886] *.
0 bien aimé libraire et éditeur trez prétieux,
C'est seulement samedi que la « phaculté » tentera de mettre sur ses pieds le triste macabé {sic) qui est donc moi. Conséquemment, seriez gentil venir demain vendredi, pour causer des choses énoncées es ma dernière épistole.
Angélique aussi seriez-vous de m'apporter le prix du « Mallarmé » et du « Villiers » sans, si possible, escompte, et nous examinerions la petite erreur de laquelle je vous parlais.
Besoing d'argent. Tabellion dur d'oreille, nom d'un pétard I
Apporteriez aussi, si vous vouliez passer archange,
* 1 billet. Petit morceau de papier vergé blanc, encre noire, recto et verso.
Puissance, Trône, Domination, Cherub, et même Séraph, — la Tache d^ encre {1), où il est question de moi au long.
C'pas ?
A vendredi donc, ou très bientôt. P. V.
Ci- joint Apologie (2) — ■ apporteriez aussi manuscrit des Mémoires, pour classement définitif.
Janvier ]18186, le 20, au soir *.
Pourrez-vous, cher ami, venir demain matin, — choses des plus importantes, mère morte, peut-être demain matin (3). Livre prêt et courage, quand même, malgré tout.
Venez, je vous prie, P. Verlaine.
Parii, 6 février 1886, samedi soir, très tard **,
Les Mémoires sont achevés. Envoyez-moi quelqu'un, ou si possible, venez les chercher,
(1) II s'agit de l'étude de Maurice Barrés, en partie consacrée à Verlaine : La Sensation en littéralure. La Folie de Charles Baudelaire, IV. Cf. Les Taches d'encre^ 5 dcc. 1884, pp. 27 et sa.
(2) Œuvres compL, t. IV, p. 275.
* 1 f. papier vergé blanc, encre noire, recto, L'enveloppe porte un cachet de la poste, daté du 21 janvier.
(3) M»« Verlaine mourut, en effet, le 21 janvier. Voyez notre tome I, p. 199.
** 1 f. papier vergé blanc, plié en deux, encre noire, recto et verso des 2 £E.
LETTRF.8 A LÉON VANIER 43
Pierrot forme 5 jmj^os tlo mon écriture la plus serrée, sans guère du ])uragrapbes (1). Vous avez le Parnasse ? Moi pas.
Vous avez arrêté le prix en toute justice, n'est-ce pas ? Si possible, n])])ortez, ou faites parvenir un à-compte (2). Plutôt léger, sans trop d'excès toutefois, pour ne pas vous embêter trop souvent, s'il y avait lieu. J'attends réponse de l'autre. Notaire dégoûtant, vais agir contre lui par tous moyens pratiques. Moi, résolu à garder peu d'argent, juste pour payer au jour le jour mes dépenses indispensables.
Ne parliez-vous pas de 1"^^ édition d'abord ? — Enfin, faites comme si vos intérêts étaient les miens.
Apportez, ou faites apporter ce qu'il y a de fait des Maudits, c'est-à-dire Desbordes-Valmore, que vous avez.
Je me mets à Madame Aubiri et à Pauvre Lélian et Villiers. Madame Aubir^ sera, cette fois, sabrée en fort peu de temps. On pourrait, je pense, si les deux bouquins doivent paraître en même temps, tirer simultanément les Mémoires et le commencement du livre Louise Leclercq.
Dans tous les cas, vous me voyez tout au « turbin » de la prose.
(1) Voyez : Motif de Pantomime. Œ. C, IV, p. 290.
(2) Verlaine venait alors d'arrêter avec Vanier les termes d'un contrat relatif à la publication des Mémoires d'un Veuf. Le 16 février suivant, l'éditeur s'engageait à imprimer l'ouvrage et à verser à l'auteur la somme de 250 fr. Le livre parut au cours de l'aimée.
Mais Amour et Parallèlement marcheront d'un bon pas aussi. Dans ma situation, il me faut déployer cette activité doublement. Par nécessité et par distraction. Jambe toujours la même. On m'offre... l'hôpital (avec recommandation, c'est vrai). C'est peut-être un peu bien traditionnel et bien poétique, çà, l'Hôpital. Quelque tentant que ce soit, j'attendrai encore un peu.
Et si voyiez pour Porel et Les Uns et les Autres ? Vous savez qu'il a mon volume Jadis et Naguère et lettre (répondue très gracieusement) où je lui propose cette botte. Serait bien, si on pouvait compter sur représentation, fin ou commencement saison. Donc, si moyen de s'aboucher dès à présent, allons-y !
Tâchons voir Forain.
Avez-vous donné à CoU (1) le croquis ?
Votre bien cordial,
A demain dimanche ou lundi, sans faute, n'est-ce pas ? soit par commis, soit en personne. Mémoires faits et prêts.
Paris, samedi soir, 20 fév. 1886 *.
Mon cher Vanier,
Dès après-demain lundi,, Madame Aubin sera à
(1) Lisez Emile Cohl, photographe d'art et dessinateur, auquel on doit un certain nombre de portraits-charges de» Hommes d'aujourd'hui.
* 1 f . papier vergé blanc, encre noire, recto.
LETTRES A Li^ON VANlEIt 45
Votre disposition, h partir de 8 heures du matin. Venez des que vous le pourrez la chercher, et m'apportez de quoi signer dessus aux conditions, comme c'est entendu, des Mémoires.
Avez-vous vu Coll, pour photographies miennes ? Je compte sur celles de ma mère pour prochainement.
Pourriez-vous me prêter un volume de vers et un volume de farces d'Armand Sllvestre ? Si nous le mettions dans les Hommes d'aujourd'hui ?
Et pouvez-vous m'apportcr cette deuxième partie d*Axël (1) ?
A Lundi ?
Bien à vous.
P. Verlaine.
Le 1" mars 1886 *.
Demain mardi, je compte sur vous pour votre bonne visite sans faultc (sic). Apportez un papier timbré blanc, si possible, 100 francs, et vous savez si je suis gentil pour les termes d'un traité féroce, mais si loyal (2)
(1) Elle venait de paraître dans La Jeune France, du 1^' janvier 1886.
* 1 f., papier à lettre vergé, deuil, encre noire, recto. Petite enveloppe de deuil.
(2) Le poète fait allusion ici au traité projeté avec Vanier,
Apportez un Villiers, (1) des Lutèccy si possible des vers (volumes) de Silvestre, ou biographie d'icelui.
Aurez Aubin et Greuze (2).
Venez, sans faulte. P. V.
Samedi 27 mars 1886 *.
Mon cher Vanier,
Je vous présente M. Ernest Delahaye, mon plus vieil et mon meilleur ami qui vous exposera en peu de mots ma nécessité de vous prier d'une avance immédiate, fût-ce aujourd'hui, dont vous m'apporterez, ou lui donneriez, le reçu que je signerai.
Mettons 50 francs du mois d'avril (3).
Je suis sûr d'ailleurs de ne plus vous importuner, puisque une transaction est sûre.
pour son livre de prose : Louise Leclercq. Ce traité fut signé lo 4 mars suivant.
(1) Les Hommes d'aujourd'hui, n" 258.
(2) Lisez j D'après Greuze (Cf. Mémoires d'un Veufg IV, p. 270).
* 1 f. papier à lettre, vergé blanc, encre noire, recto.
(3) Nous possédons le reçu de cette avance. Il est ainsi
libellé : « Reçu de M. Vanier la somme de cinquante francs,
à valoir sur celle de deux cent cinquante, montant de ma cession à lui faite du droit de réimprimer les Fêtes galantes e* les Romances sans paroles, Paris, 1*' avril 1886. P, Verlaine. »
LUTTUUU A LÛOM VANIEB 47
13 avril 1886 *.
Venez donc, que nous cauBÏons Uc nos aflaircs. Quand imprimez-vous les Mémoires ?
Venez le plus tôt possible. Je vous assure que c*est important. D'ailleurs, je travaille en masse et j'cspèro en l'avenir.
Votre
CXGVII
[Paris], le 15 avril 1886 **.
« Mon très cher éditeur, je vais terminer pour les Hommes d^ aujourd'hui, un chouette Concourt aux pommes (1). Vous me devrez dix francs, prix convenu pour ce labeur. Mais il paraît que c'est aujourd'hui le terme. Mon proprio se rend chez vous. Veuillez lui remettre soixante francs, à titre d'avance sur ma copie à venir. »
•If. papier à lettre, verge blanc, plié en deux, encre noire, recto du 1*' f. L'enveloppe de petit format porte en suscription : M. Léon Vanier^ Editeur des Modernes, 19, Quai Saint- Michel. E. V.
** Verlaine intime, p. 127. Nous n'avons pu nous procurer l'original de ce billet.
(1) Œuvres CompL, V, 315. Un reçu de dix francs remis par le poète à son éditeur, pour cette notice, porte la date du 14 avril.
Le 21 [avril 1886] *.
Mon'^cher Vahier,
tlcmettez, si possible, 20 francs à M. Chanzy, contre les Dierx et Sully- Prudhomme ci-joints.
Remettez lui aussi six Silvestre, et toutes nouvelles commandes de Biographies, s'il y a lieu.
Votre
Venez le plus tôt possible.
Le 8 juillet 1886 **.
Pour votre pénitence de votre retard de l'autre fnois, je vous condamne à une avance de jours quant à ce qui concerne les 50 balles de ce mois-ci.
J'en aurai besoin pour me fader un petit peu, en vue d'aller me faire soigner et guérir si possible dans un vague hospice (Tenon, probablement).
* Fragment de papier blanc, plié en deux, encre noire, recto du 1«' f. et verso du 2^. La date de cette lettre nous est fournie par un reçu du 30 avril mentionnant la remise à l'éditeur Vanier du texte de la biographie de Léon Dierx.
** 2 ff. papier à lettre, vergé deuil, encre noire, recto du lerf.
Je VOUS attends pour vous remettre épreuves et biographie corrigées.
Votre P. Verlaine.
Ou remettez à M. Chanzy, porteur de la présente (1).
ce
Le 10 août 1886 *.
Mon cher Vanier,
Je lis dans Victor Hugo ce vers :
« Cette bibliopole auguste et colossale >.
Bibliopole est pris ici dans le sens de Ville de livres. Donc, il sera prudent de supprimer le « Bibliopole Vanier » de la fin du livre, pour éviter de nous faire foutre de nous.
L'imprimeur de Louise [Leclercq] en a pris à son aise avec mes deuxièmes épreuves corrigées : toutes les fautes sont scrupuleusement maintenues.
Je corrige en coiiséquence méticuleusement. Ce sera prêt pour jeudi, ainsi que la 1'® partie des Afemoires. J'aurai aussi des vers à vous donner, je pense.
Bien à vous,
(1) Logeur du poètes à l'Hôtel du Midi, cours Saint-François, n° 6.
* 2 il. papier à lettrCi vergé blanc, encre noire, recto dul^' {,
Le 16 août 1886 *.
Mon cher Vanier,
C'est bien entendu. Vous ne donnez à l'imprimeur que les dernières épreuves de Louise, corrigées par moi. Vous aurez relu avec soin, surtout dans Pierre Duchatelet, tout ce qui peut être pris pour une allusion et soigneusement maintenu mes biffages et ratures. De même pour la 1^® partie des Mémoires.
En bas des pages, il y a partout dans Louise : Louise Leclercq, au lieu du titre des nouvelles et de la comédie. Est-ce correct, étant donné que Louise Leclercq est le titre général du bouquin, ou est-ce correct autrement ? Enfin, vous verrez.
Pour RoUinat, je serais bien aise d'avoir ses trois bouquins et quelques mots de biographie. Pourrezvous me prêter les uns et me procurer les autres ?
Compliments à tous,
Votre
Sérieusement, pourriez-vous, sinon vous en charger vous-même, du moins tâcher de me faire savoir comment placer une traduction de Vin Memoriarriy de Tennyson ?
* 2 ff. papier à lettre vergé blanc, encre noire,recto et verso du 1^' f. Sur l'enveloppe, conservée avec la lettre, on lit : M. Va' njeTt éditeur-libraire^ 19, quai Saint-Michel. E. V,
LETTRES A LÉON VANIEn 61
Parii, le 24 août 1886*.
Mon cher Vanier,
J'ai fini lo Roîîinat et le tiens à votre disposition, dûment recopié cette fois. Le Barbey, In Dierx et lo Sully passeront-ils bientôt ? N'oubliez toujours pas de m'envoyer ou me procurer des épreuves. — Et le Mallarmé ?
Envie décidément, moi, de faire un Ricard. D'abord, bon ami, ensuite grand talent, enfin pour histoire définitive du Parnasse et mots vrais sur Lemerre and C°. A cet effet, vous seriez bien gentil de me prêter si possible, les Pâmasses, où il y a des vers de lui, — si possible, nous procurer Ciel, rue et foyer (volume paru chez Lemerre), enfin donnezmoi l'adresse de Ricard, soit à Paris, soit à Montpellier (et le titre de son journal) (1).
Je voudrais aussi vous voir pour vous parler d'une combinaison qu'on me propose. Pressé.
Paraît que Forain songe aux Maudits. Vais lui écrire des plus prochainement.
•If, papier à lettre, vergé blanc, plié en deux, encore noire, recto et verso du 1®' f., recto du 2®. L'enveloppe porte le timbre de la poste avec cette date : 25 août.
(1) Xavier de Ricard habitait alors à Montpellier, où il était rédacteur au journal hebdomadaire Le Languedoc. Nous possédons, à la date du 8 décembre 1886, la curieuse réponse qu'il fit à la proposition de figurer dans la série des Hommes d'aujourd'hui.
A bientôt donc. Si venez en dehors des jours consacrés, venez plutôt les mardi et samedi (1). Les lundi, mercredi, et vendredi je vais aux bains vers 2 [h.] 1/2.
En dehors, naturellement, du Villiers, des Poètes Maudits! dont je ne changerai pas une ligne, ni une ligne de la note finale, pourrait-on tout de même avoir Ax'él dont les deux premiers actes promettent tant, UEve Future^ U Amour suprême, etc.. à l'œil bien entendu, prêté ou donné ?
Vous pourriez m'apporter le manuscrit si confus du Villiers. Je le remettrais au net. Et épreuves de dernière partie du même.
Santé meilleure.
Et nos trois bouquins, çà marche-t-il (2) ?
Je travaille very much.
A vous cordialement,
Paris, le 27 août 1886 *.
Mon cher Vanier,
Voici le Barbey. Recommandez bien les corrections, Tout bien réfléchi, apportez ou envoyez-moi
(1) Verlaine était depuis peu à l'hôpital Tenon, où il occupait le lit n° 2, salle Seymour.
(2) Jadis et Naguère, Les Poètes Maudits et les Mémoires d'un Veuf qui avaient paru successivement de 1884 à 1886.
* 1 demi-f. papier à lettre, vergé blanc, encre noire, recto et verso. Sur l'enveloppe, cette date postale : 27 août.
Louise Leclercq, pour corrections enfin finales I I I I
Et CCS Fêtes Galantes, dont nous ne parlâmes pas hier ? trop de monde à la fois pour dire autre chose que des riens. — Venez plutôt semaine jours pairs.
Vais écrire à Forain et à Kahn,
Ecrit il y a huit jours à Morice, pour Pamphlets ; pas réponse.
Ecrivez Ricard. Envie de faire un Charles CroSy puis deux ou trois personnages pas littéraires du tout. Ça finirait par faire pour plus tard un bouquin amusant, — à moins que teniez à ce que çà reste inédit pour collection Hommes d'aujourd'hui. A vous,
[Hop. Tenon]. Paris, lo 30 août 1886 *. Mon cher Vanier,
Je pars d'ici jeudi 2 septembre, à midi précis (plutôt avant qu'après), si vous pouviez (si vous pouviez!) combien je vous goberais de venir soit au bureau, soit dans ma salle, me prendre. Nous irions en fiacre chez vous, où je mettrais bien en ordre toutes mes affaires, vers, prose, corriger épreuves, TOUCHER le prix de Rollinat, etc., etc.
* 1 f. papier à lettre, vergé blanc, plié en deux, encre noire, rectos du 1" et du 2^ f. L'enveloppe, conservée avec la lettre, porte: M. Léon Vanier^ éditeur-libraire, 19, quai Saint-Michel, £. F.
J'écris en même temps au père Chanzy de venir à la même heure, mais pourra-t-il venir ? Si je devais sortir seul avec ma jambe encore infirme aux 3/4, çà m'ennuierait considérablement. Donc, si pouvez venir, faites. Si vous ne pouvez pas, — sans doute Chanzy viendra, et alors je serai chez vous vers 1 heure, 1 h. 1 /2 : préparez tout, monnaie comprise. — Nous causerons sérieusement, si vous avez du temps.
A vous cordialement,
Si vous rencontrez Chanzy, au bureau, ou dans la salle, il va sans dire que nous ferons route ensemble.
[Fin octobre, ou novembre 1886] *.
Mon cher Vanier,
Pourrez-vous donner de ma part les Mémoires d'un Veuf et Louise Leclercq à M. Germain Nouveau qui vous remettra cette carte.
Je vous attends incessamment pour causer de ce que vous savez. Apportez ce que vous savez aussi.
P. Verlaine.
* Billet écrit au crayon, au verso de la carte de visite de Germain Nouveau, Artiste-Peintre, Professeur de Dessin au Collège, Bourgoin (Isère). La date approximative de ces lignes nous est fournie par une lettre de M. Delahaye, à Verlaine, du 28 octobre. Les Mémoires d'un Veuf et Louise Leclercq parurent daus les derniers mois de l'année.
LF.TTnrs A LÉON VANIEH 55
Paris, lo 9 décembre 188G *.
Mon cher Vanier,
Je vous prie, si vous connaissez l'adresse de M. Le Brun, de coller un pain à cacheter au pli cijoint et d'y ajouter le n*^, avec un timbre-poste, bien entendu, et de le mettre à la poste encore plus bien entendu. Le plus tôt possible, il s'agit d*ARCENT, et Dieu sait si j'en ai besoin.
Je ne reviendrai pas sur la question Chanzy, sinon pour vous dire que cet Arverne doit vous envoyer des comptes à moi, et je le crois nom de Dieu! bien de l'argentjbeaucoup de l'argent qu'il me doit, beaucoup ; aussi, vous m'apporteriez, ou m'enverriez le plus tôt possible — pas ?
N'oubliez pas non plus, je vous en conjure, de me fader le : 15 courant. Il me reste 2 fr. 50, tous fiacres, pourboires, etc., payés, n'oubliez pas — pas ? pour sûr, le 15, par mandat, si ne pouvez venir — pas ?
Ça marche-t-il la vente ? et la presse ? Envoyez donc à Mario Proth, du Mot d'Ordre, à X., de Y Echo de"* Paris, je dis X., ignorant le rédacteur littéraire, à Léon Bloy (hommage de l'auteur, P. V.), aux autres, de la part de l'auteur, P. V.; à Barhsy, avonsnous envoyé ? (hommage de l'auteur, P. V.). Enfin, faisons un service de presse sérieux. Moi, me revoici
* 1 f. papier blanc, quadrillé plié en deux, encre noire, recto et verso des 2 ft.
encore prisonnier et pour longtemps sans doute. Aidez-moi de vos lumières et de vos démarches. Enfin, que j'aie quelque argent, ne fût-ce que pour vivre, comme dit le peuple.
Je fais des vers et des tas de prose, entre deux soupirs, lisez vagues gémissements, car on me traite au sulfate de cuivre, — pas très aphrodisiaque le régime !
Quoi des Illuminations ? Et de la Saison ? Et de Kahn, en général, et de La Vogue ?
Ah, apportez ou envoyez le plus tôt possible, le double de notre dernier traité.
Apportez aussi journaux intéressants.
Je suis à l'hospice Broussais, salle FoUin, lit 6, 96, rue Didot, 14^ arrondissement (Tramway gare de l'Est-Montrouge, s'arrête rue d'Alésia qui coupe la rue Didot)( 1).
Tout à vous. N'oubliez pas l'échéance du 15 ! !
Votre Malfilâtre de
Et les illustrations pour Poètes Maudits ? Dois- je écrire à Forain ?
Pourrez-vous m'apporter un petit arsenal à perpétrer des chefs-d'œuvre, porte-plume, plumes (pour 2 ou 3 sous), papier écolier beaucoup, encrier portatif, avec encre dedans, etc. ?
(1) Voyez au tome I, p. 202, la lettre à Edmond LepoUetier du 13 décembre 188G,
LETTRES A LÉON VANlEn 57
Paris, lo 16 décembre 1886 *.
Mon cher Vanier,
N'ayant pas depuis une quinzaine de nouvelles do Chanzy, bien que celui-ci m'eût promis de me venir voir, je m'inquiète de mes effets, restés dans une chambre non visitée, de ma situation comme locataire, etc. Puisque vous m*avez proposé sur sa proposition à lui-même, d'y aller, si çà ne vous dérange pas trop, veuillez donc y aller quand pourrez, — le plus tôt vaudrait mieux — et, sans autre parole d'introduction à lui que l'invitation par lui formulée parlant à votre personne, demandez lui où en sont mes affaires avec lui et si la chambre est en bon état et à ma disposition pour quel temps — • et voyez si je puis, sans faiblesse — • revenir quand sera temps.
Je vais mieux, on me masse à mort. J'espère remarcher, mais je ne suis pas encore sorti.
Si pouvez, voudrais lire préface de Desbordes- Valmore, Axel et V Insurgé, de Vallès.
Si pouvez prêter, bien entendu.
Cros fini.
Ricard, ci... ?
Cros, ci ?... ?
* 2 ff. papier blanc, quadrillé, encre noire, écriture négligée, recto et verso du 1*' f., recto du 2«,
Article dans Passant^ vous ai-je dit ? (8, rue de Condé).
Avez-vous vu Baju ? (pas reçu dernier Décadent, si avez, procurez quand viendrez).
Avez-vous vu du Plessys, Gazais ? Moi, pas vu depuis éternité.
Je travaille à mort.
A vous et à bientôt,
Lepelletier a dû faire long article dans VEcho de Paris, dans les jours d'après le 25 novembre (1), un dimanche probablement.
Ah ! Vittorio Pica, 12, Salita San Polito, Naples, (Italie), voudrait une Fêtes Galantes et une photo de moi, par Cohl (sic).
Forain ? 233, Faubourg Saint- Honoré ?
Samedi, 25 décembre 1886 *.
Mon cher Vanier,
L'autre jour, avec cet esprit de l'escalier qui me caractérise, j'ai réfléchi que vous aviez été des moins explicites quant aux sommes dont Chanzy peut se reconnaître redevable envers moi. Je vais lui écrire,
(1) Les Mémoires d'un Veuf (Chronique des lii>res, Echo de Paris, 29 novembre 1886).
* 1 f. papier à lettre, vergé blanc, plié en deux, encre noire, recto et verso des 2 fî.
LETTRES ▲ LâON VANIER 59
mais, si vous pouviez uvunt, me rcnscijjincr, serais obligé. Si non, n'écrivez que pour choses sérieus(;H. J'en ai conclu que peut-être vous aviez des chiffres pou énormes à me dire. Il va sans dire que ce n'est qu'une supposition dont i^ous ferez ce que vous voudrez, mais vous vous rendrez compte de mes inquiétudes.
Néanmoins, pourvu que j'aie quelques cents francs assurés de ce côté, je pourrais voir clair des ma sortie, à une position quelconque.
D'ailleurs, vous savez, j'ai mes plans très sérieux alors de Sagesse.
Je vous en prie, envoyez bouquins aux adresses données par M. Vesseron : mettrez à M. Charles Vesseron (1), et non pas Vesserond, Rethel, Vouziers, Sedan, Charleville, etc. Il y aura, certes là, de la vente.
Je travaille beaucoup. J'ai trois nouvelles en train : une des Contes tout ainsi, une d'^ ma Fillef l'autre,.... je rêve d'en faire une longue histoire très innocente pour le livre d'étrennes que je voudrais « chef d'œuvral. »
Avez bien ranyé vers ?
Quand épreuves de biographies ? Je fais un Mérat amusant.
Mais je vous laisse à vos étrennes, livres, dorures, etc., et vous souhaite, en attendant de vous voir, une bonne et heureuse année.
(1) Rédacteur au Petit Ardennais. Verlaine lui dédia deux de ses poèmes, l'un dans Amour (II, p. 45), l'autre dans Dédi' cacea (III, p. 118).
Et Forain ? je vais lui écrire. Adresse de Régamey Félix ?
J'aurai peut-être un de ces jours des bouquins de la rue Moreau à vous vendre. Pas beaucoup. Quand occase. Tâchez de me prêter U Insurgé, Desbordes' Valmore, et Axel, si possible.
P. Verlaine.
Lit 6, salle Follin, Hop^ Broussais.
Paris, 13 janvier 1887 *.
Hôpital Broussais, lit n° G, salle Follin. « Mon cher Vanier,
« Ci-joint deux poèmes, l'un pour Amour, l'autre pour Parallèlement. Veuillez les classer. Encore deux cents vers et ces livres sur lesquels je compte beaucoup, seront terminés. Vous pourriez déjà les annoncer sur vos catalogues et vos couvertures.
« Mes Nouvelles et Mémoires marchent. Et cette Madame Aubin et Les Uns les autres, voilà qui me ferait du bien, si joué bientôt. Voyez-vous mèche ?
« Ma santé se rétablit. Il y a trois semaines, on m'a parlé de trois mois d'hospice. Ça me mènerait vers Pâques. Mais voici un nouveau docteur. Me tiendra-t-il aussi longtemps ? D'ailleurs, si j'étais
* Verlaine intime, p. 134. Nous n'avons pu retrouver le manuscrit original de cette lettre ; aussi ne la donnons-nous que sous toute réserve.
LBTTBBt A LÉON VANIER 61
assuré au point de vue financier, jo préférerais sortir avant et mo soij^ner chez moi. Lo traitement serait très simple et point coûteux. Mais voilà, il me fau» dra quelque assurance ?
« La vie va m'ètro dure. Et pourtant, si la malechance mo lâche, j*ai l'idée que jo puis m'en sortir ■ — tel que je me connais — dignement. La pauvreté ne m'ellraie pas avec la santé. Je ferai mon œuvro littéraire courageusement, tout en garantissant mes vieux jours, si possible. Quant à mon fiils, la très grande dignité de ma vie me le rendra quelque jour. J'ai été extrêmement sérieux de 1875 à 1880, ayant des sous. Pourquoi ne le redeviendrai-je pas, quand tout m'y pousse, intérêt et gloire et affection naturelle si douce.
« Pour cela je dois être aidé. Je compte sur vous, libraire, et comme libraire sur vous, ami. N'est-ce pas ? Et vous verrez quel homme je puis être, net, fier et tout !...
« L** (1) s'occupe toujours de ma créance. Cette dernière est bonne. C'est un dépôt de neuf cents francs, garantie de solde du prix d'un bien vendu en 1882 et remboursable par le notaire au 15 novembre 1887 — avec intérêts à 4 1 /2 pour cent (2). — Je perdrais, s'il le fallait, l'intérêt et même, tou-
(1) Lisez : Emile Le Brun, ami du poète, lequel lui dédia deux de ses poèmes, l'un dans Amour, l'autre dans Dédicaces (Cf. Œ. C, II, 19 ; III, 113). Voyez plus loin, la lettre du 27 octobre 1887.
(2) Cf. Lettre du 7 août 1887, à Edmond^Lepelletier. t. I, pp. 205-206.
jours s'il le fallait, quelque chose en outre. Ça me ferait tellement de bien 1 On dit qu'il est des genâ d'affaires qui achètent ces sortes de créances ? En connaissez-vous un, à défaut d'un acquéreur amiable ? Indiquez-moi bien vite ce sauveur !
« Autre question qui me rend et ne devrait pas cependant me rendre perplexe. A deux lettres à mon propriétaire, consécutives à votre visite du mois dernier, lettres par lesquelles je lui demandais le montant approximatif de mon compte avec lui, je n'ai pas reçu de réponse. Il me doit de l'argent, et j'ai livres, manuscrits, effets d'habillement chez lui ; et ma chambre court, tandis que je lui disais que si je devais rester encore deux mois ici, je préférerais louer chez lui un cabinet de débarras. Ainsi, il ferait en mon absence ce qu'il voudrait de ma chambre ainsi débarrassée. J'ai peur pour mes vêtements, pour mes tableaux, mes livres, mes papiers. Je lui ai offert, également par lettre, de ravoir sa clef... Enfin, — procédé mal poli à part — je suis inquiet. Est-il seulement encore là ! car que signifie ce silence ? Que faire, que me conseillezvous ? Je n'ose vous prier d'y aller, sous prétexte d'acheter mes livres, auquel cas je vous donnerais la clef de la chambre...
« Et nous, voyons ! sommes-nous pour faire des affaires ? t)e mêiïie que je vous demandais plus haut d'être ami comme éditeur et réciproquement : je vous promets, moi, d'être ami comme auteur et çfice versa. Mon nom, à présent, est bon. Profitons-en, que je ne meure pas trop de misère d'ici quelque
LETTllES A LÉON VANtBIl 63
temps, et qui sait ! nous gagnerons peut-être pas mal d'arj^ent.
« Répondez-moi en détail, en m'envoyant journaux. Si vous pouvez venir me voir, ce sera avec grand plaisir que je vous serrerai la main.
« Tûchons donc de savoir, avec beaucoup d'adresse, ce que devient cette cour Saint- François, où j'ai tout ce que je possède « de bien au soleil I »
« Sur ce mot rigolo, je vous serre la main bien cordialement. »
[Paul Verlaine].
[Janvier 1887] *.
Besoin beaucoup des argents. Vrai sans blague. Pressé, pressé. Vais faire Concourt, finir Poètes Maudits, pour Vogue et me remettre enfin à Amour, pour avoir terminé vienne l'automne.
Besoin beaucoup des argents, etc.
Paris, le 26 janv. 1887 **.
Voici, pour quand vous irez rue Moreau, un compte
* Billet non signé, ni daté, simple paraphe, 1 f. papier blanc, encre noire, recto.
** 2 ff. papier blanc quadrillé, encre noire, recto et verso du !•' f., recto du 2«. On lit sur l'enveloppe présumée de cette
approximatif de mes recettes et dépenses depuis septembre 1885.
Actif
De mon héritage par ma mère, après tout décompte par suite de l'acte de ma femme du 25 janvier 86 3 . 500
De mon héritage de ma tante que j'ai dû pour éviter nouvelles saisies abandonner par devant notaire et par le ministère de M. Cabanes (d'Aurillac) et de M. Henry fils, avoué à Arras.
Immeubles 1 , 500
Action ou obligation de l'Est (je crois) environ 700 ou 800