‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiée (volume 2)Chapitre 12 sur 65 · MERGY A JOSEPH II · texte numérisé non relu

MERGY A JOSEPH II

Parifi, le . . décembre lySi ^^K — Les très gracieux ordres de V. M. 1. datés du 3o novembre m'ont été remis le lo de ce mois par le gardenoble qui en était porteur, et je me suis rendu sur-le-champ à Ver-

f'' Le comte de Mercy a oublié de mettre sur la minute de cette lettre la date du jour; elle était sans doute la même que celle de la dépêche d'office, datée du i6 décembre.

sailles pour y présenter à la Reine la lettie qui lui était adressée. Elle marqua beaucoup de satisfaction sur l'opinion de V. M. qu'il serait désirable que le comte de Maurepas ne fût point remplacé. La Reine a toujours incliné à cet avis; le Roi paraît l'avoir fermement adopté, mais il reste bien des doutes sur la possibilité de maintenir longtemps une pareille résolution. La médiocrité des ministres actuels, le peu d'union qui règne entre eux, les dispositions morales du Roi qui lui rendent toute décision infiniment pénible sont autant de puissants motifs qui semblent nécessiter une influence ])répondérantc et active, beaucoup moins pour ce qui concerne les affaires du dehors que pour ce qui tient à l'administration intérieure toujours agitée par des anciens vices, par des intrigues de cour et plus encore par l'esprit remuant des parlements. Dans l'incertitude de ce qu'un pareil état de choses peut produire, l'éjjoque étant fort importante au politique et personnellement pour la Reine, on Lui a très humblement représenté quelques mesures indispensables à observer et qui s'adaptent utilement à tous les cas possibles. La première de ces mesures est de surveiller avec grande attention la tête du Roi, d'en écarter soigneusement toutes les insinuations des alentours, de ne point paraître vouloir Le presser ni Le gouverner sur rien ; mais au premier indice d'une disposition à prendre un principal ministre ou plusieurs nouveaux ministres dans le conseil, d'agir alors de manière à ce que les choix à faire soient dictés par la Reine, S. M. étant parfaitement en position de suivre et de remplir avec succès un plan si essentiel à sa gloire et à sa convenance; on se flatte également d'être parvenu à persuader de ne point écouter ni consulter la société favorite sur aucun choix de ministre. La Reine a très bien senti l'importance de cette exclusion et elle est due particulièrement au zèle éclairé de l'abbé de Vermond. Il resterait à désirer que la Reine voulût dès à présent se mettre en état de connaître et d'indiquer des sujets pour le cas où son auguste époux se déciderait à un choix quelconque. Il semble que la Reine n'a encore fixé d'idée sur personne, et ses serviteurs les plus affidés commettraient une imprudence dangereuse s'ils s'écartaient vis-à-vis d'Elle de la maxime qu'ils ont osé Lui proposer d'observer vis-à-vis du Roi, c'est-à-dire s'ils se rendaient trop pressants à sonder ses intentions ou à vouloir les diriger. La vraie confiance et la tendre amitié de la Reine pour V. M. Lui donnent à Elle seule le droit d'articuler d'une manière

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précise quand Elle le jugera à propos. La Reine se rappelle que V.M. Lui a parlé avec éloge de l'archevêque de Toulouse, et ce suffrage pourrait produire son effet dans l'occasion. Il est plus que probable qu'aucun des ministres actuels n'acquerra une prépondérance de crédit. Il est également certain que parmi les externes, ceux qui pourraient être soupçonnés de sentiments contraires au système présent seront écartés par la Reine, et c'est le point sur lequel Elle est le plus décidée, ce qui donne une exclusion absolue au duc de Nivernais. J'ajoute dans ma dépêche d'office une remarque sur le danger des influences subalternes'^', et je ne dois point répéter dans ce très humble rapport ce qui d'ailleurs sera mis sous les yeux de V. M. Jusqu'à ce que d'ici à deux ou trois mois les choses s'éclaircissent, je porterai toute mon attention à tirer des circonstances le parti qui me paraîtra le plus convenable au bien de l'auguste service et à la gloire ainsi qu'aux avantages personnels de la Reine.

Je n'ai rien omis dans ma dépêche d'office de ce qui est parvenu à ma connaissance sur les différents objets du moment et relatifs à la guerre présente et conformément aux ordres de V. M. j'ai suspendu toute représentation pressante sur l'ouverture du congrès, en me bornant à insinuer au comte de Vergennes une réflexion qui pourrait

(') Dans cette dépèche, M. de Mercy disait qu'à la fin de la iongiie conférence qu'il avait eue le 1 1 décembre avec la Reine sur les diverses conobinaisons auxquelles pouvait donner lieu la mort de M. de Maurepas , il avait surtout appelé l'attention de Mario-Antoinette sur la nécessité de veiller à ce qu'aucun subalterne n'ac- (juière quelque crédit près du Roi. Ce monarque, disait M. de ^lercy, avait un valet de chambre, nommé Thierry, qui était un homme d'esprit et d'intrigue et qui possédait toute la confiance de son mailre. On avait assuré M. de Mercy que, dans les premiei's jours de son règne le Roi avait demandé conseil à ce valet de ciiambre, s'était servi do lui pour rédiger ses lettres et lui avait donné bien d'antres preuves de confiance. Lo 98 juin 177^1 M. de Mercy lui-même écrivait au prince de Kaunilz que ce n'était plus un secret que M. de Ver-

gennes ne devait sa nomination au département des Affaires étrangères ni à Madame Adélaïde , ni au chancelier Maupeou , comme on l'avait d'abord dit; mais qu'on savait de source certaine que ce choix était l'œuvre du valet de chambre, Thierry, parent du nouveau ministre. Soit qu'il eût oublié ce l'ait, soit qu'il eût reconnu depuis qu'il n'était pas vrai, M. de Mercy en décendire 1781 dit à la Reine que la confiance témoignée par le l\oi à son valet de chambre à cette époque n'avait eu d'autres conséquences que l'octroi de faveurs pécuniaires considérables à ce domesti(]ue; mais que néanmoins il était important de ne pas laisser cet homme aller plus loin. Et à en croire M. de Mercy, la Reine, qui avait en mains tous les moyens nécessaires pour cola , était bien résolue à s'en[scrvir à l'occasion. {Mercy à Kaunilz, dépêches d'olVice du aH juin 177/1 ^^t d» i^ décembre 1781.)

rendre cette ouverture du congrès très utile dans des conjonctures supposées possibles.

10 janvier 1^8-2. — Mon cher comte de Mercy, j'ai tardé à envoyer le courrier du mois, étant si occupé les derniers jours du départ de mes hôtes ^" que je n'avais pas un moment à moi. Je vous suis fort obligé de la lettre que vous m'avez écrite. J'avoue que l'idée de placer plusieurs personnes sans département au conseil du Roi me parait peu analogue et peu faite pour l'esprit et les têtes de ce pays-là. Il y en aurait tout de suite des partis et l'indécision du Roi n'en deviendrait que plus forte, puisque chacun des partis soutiendrait sa cause avec les arguments les plus plausibles. Je suis charmé que l'archevêque de Toulouse ne soit point devenu celui de Paris, c'aurait été enfouir ses connaissances et son esprit et le mettre dans une carrière tout à fait spirituelle^'-'.

C Le grand-duc liéritior de Russie et la grande-duchesse, sa femme.

'-' A ia mort du céièljre archevêque (^hristophle de BeaunionI, qui occupa le siège de Paris pendant plus de trente-cinq ans, de septembre 1746 au 13 décembre 1781, il fut question de deux prélats seulement pour lui succéder dansTetle Eglise, que l'on considérait comme la première du royaume ; l'un était le fameux Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse depuis 1 763 , et l'autre Antoine le Clerc do Juigné , qui avait été sacré évéqne de Chàlons-sur- Marne le 99 avril 1764. La Reine favorisait M. de Brienne, d'abord parce qu'il avait la réputation d'un homme de grand talent , ensuite parce que l'empereur Joseph II, qui lavait connu lors de son voyage en Languedoc en

77, lui en aval

t dit

beaucoup de bien; enfin et surtout parce que l'abbé de Vermond, qui était depuis sa jeunesse l'ami intime de ce prélat, auquel il devait sa fortune, en avait fait

avec son habileté accoutumée le plus grand éloge. Déjà Tannée précédente, Marie- Antoinette, à la prière de l'abbé de Vermond, avait demandé pour M. de Brienne l'ordre du Saint-Esprit dont elle avait obtenu la promesse ; mais il ne le reçut que le 9 février 1789. Suivant toute apparence, l'archevêque de Toulouse aurait été nommé à l'archevêché de Paris, sans une cabale qui fut montée contre lui. On publia un libelle, où ses opinions religieuses et ses mœurs ecclésiastiques étaient présentées sous les couleurs les plus fâcheuses; tous les courtisans, qui avaient occasion de s'entretenir avec le Roi de ces affaires, s'efforcèrent d'éveiller dans son âme profondément religieuse des doutes sur la solidité des principes et des croyances cathohques de M. de Brienne. La Reine qui eut connaissance de ces intrigues, ne fit rien pour s'y opposer; si bien que Louis XVI donna l'ordre au prélat chargé de la feuille des bénéfices d'expédier un courrier à l'évêque

Je crois que pour le coup la France aura le dessus dans toutes les expéditions et qu'elle a gagné entièrement de vitesse à l'Angleterre dans ses dispositions pour la campagne prochaine, et si un malheur particulier n'arrive, elle devrait être la dernière et décisive, car, selon toute apparence si l'on s'y prend un peu convenablement, Clinton doit être chassé de tout le continent de l'Amérique et la Jamaïque ou quelques autres possessions importantes prises avec le fort de Saint-Philippe et Mahon, si seulement on veut se borner à bloquer simplement ce der-

nier,

Je vous joins ici ma lettre à la Reine et en même temps je vous envoie des points circulaires au sujet du voyage de LL. AA. 11. de Russie que j'ai envoyés à tous mes frères et sœurs, afin qu'ils voient à peu près comment ils pourraient être agréables à LL. AA. IL et les traiter (". Vous les remettrez à la Reine en la priant néanmoins de ne regarder cela que comme des idées, sachant fort bien qu'en France on avait d'autres usages et qu'on y savait mieux arranger les choses que je ne pourrais le dire.

Le Grand-Duc s'est décidé, s'il ne change point d'idée, de passer de Turin par le mont Cenis en Savoie, aller voir Genève, Lausanne et Berne , et à retourner sur Lyon et puis de se rendre dans les provinces méridionales, voir presque tous les ports, et enfin de Brest venir à Paris, pour après cela s'en retourner par la Flandre et la Hollande, pour à son retour passer par Spa et de là à Montbéliard, d'où il viendrait en droiture en Bohême à mes camps et enfin prendrait son chemin par Vienne pour s'en retourner en Russie sans passer par Berlin.

de Cliâionspour lui annoncer son élévation à l'archevêché de Paris. D'après M. de Mercy, la raison de l'opposition faite par les courtisans à M. de Brienne serait la crainte que ce prélat, s'il eût été nommé archevêque de Paris, ne fût parvenu à faire apprécier par le Roi son habileté et ses grands talents dans les fréquents rapports que sa nouvelle situation lui aurait procurés avec le monarque. Le fait que depuis longtemps aucun archevêque de Paris n'était parvenu au ministère, n'avait pu triompher de ces craintes, qui faisaient le plus

bel éloge de ce prélat, car elles montraient que les courtisans redoutaient ses capacités et son caractère. Néanmoins, M. de Mercy croyait que, tôt ou tard, cet archevêque aurait une grande influence dans les afl'aires d'État et jouerait un rôle prépondérant dans le ministère français. {Mercy à Kaunitz, dépêche d'office du U février 1789.)

C' Voir la circulaire adressée sur ce sujet par l'Empereur à son frère Léopold dans leur correspondance publiée par M. d'Arneth. {Op. cit., 1. 1, p. SSa-SSg.)

k FEVRIER 1782. 83

Je vous joins ici la correspondance secrète que vous savez; il est incroyable quels mensonges le roi de Prusse forge et de la façon qu'il traite ses ministres quand ils ne lui écrivent pas ce qu'il veut entendre. Le projet de guerre contre la Porte et du partage de ses provinces avec la Russie est absolument faux, et c'est seulement pour donner à la France de l'humeur sur les choses qu'il peut imaginer ne lui point convenir qu'il les lui déclare tout de suite comme vraies et au point de se faire.

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