‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiée (volume 2)Chapitre 29 sur 65 · MERGY A JOSEPH II · texte numérisé non relu

MERGY A JOSEPH II

Paris, le ij juin ij8S. — J'ai reçu dans le temps par la poste ordinaire la très gracieuse lettre de V. M. I. en date du a 3 avril. Elle contenait l'avis de son voyage en Hongrie et l'ordre de remettre à la Reine une lettre que je ne tardai pas à Lui présenter ''\ Depuis cette époque, il ne m'était plus venu de garde-noble mensuel, et celui qui est arrivé le 7 du courant m'a apporté, sous le cachet de V. M., un paquet contenant des pièces de la correspondance prussienne, une lettre adressée à la duchesse de Châtillon, mais point d'ordres directs ni de lettre pour la Reine.

J'expose très humblement dans ma dépêche d'office d'aujourd'hui ce qui jusqu'à présent a pu être rempli relativement aux derniers ordres de V. M. qui me sont venus par la voie de la chancellerie de cour et d'Etat '■-'. Dans le premier moment de surprise et d'embarras où se trouve

^" Cette lettre manque.

'-) Le lundi 9 juin 1788 M. de Mercy se rendit chez le comte de Vcrgennes, qu'il trouva dans le jardin de sa maison de campagne. Celte visite inattendue , faite la veille du jour de sa conférence hebdomadaire du mardi avec les ambassrideurs , étonna tellement le ministre, qu'aussitôt après le premier échange de compliments de politesse , il demanda à M. de Mercy ce qu'il venait lui annoncer de nouveau. Celui-ci lui répondit que depuis que les affaires politiques se négociaient il n'y avait peut-être jamais eu de communication plus importante que celle dont il était chargé; elle prouvait clairement la confinnce illi-

mile'e de l'Empereur dans le Roi Très Chrétien et la solidité de son amitié.

Alors ]\I. de Mercy apprit à M. de Vergennes que l'impératrice de Russie venait de se déclarer et qu'à l'heure actuelle elle s'était déjà peut-être emparée de la Crimée, du Kouban et de l'île de Taman.

Ensuite il fil lire au ministre le rescrit et les deux suppléments, qu'avait reçus le prince Galilzin, ambassadeur de Russie à Vienne. M. de Vergennes fut très vivement ému par le passage où l'impératrice de Russie affirmait qu'elle verrait non seulement sans incpiiélude, mais même avec plaisir, que dans cette occasion l'Empereur se procurât de son côté un agrandissement

MERCY A JOSEPH II

le comte de Vcrgennes, il est encore bien diflicile de prévoir avec quelque certitude la suite de ses calculs et de leurs effets. En attendant qu'il y ait occasion de les éclaircir, j'ai cru devoir porter toute mon

convenable. Ensuite, M. de Mercy, sous couleur de donner au ministre une preuve tangible de la confiance absolue de la cour de Vienne, lui communiqua, en les traduisant d'allemand en français, les instructions qu'il venait de recevoir du prince de Kaunitz. M. de Vergennes déclara qu'd ne se souvenait pas d'avoir dit à M. de Mercy que toute l'Europe devrait se mettre à l'œuvre pour assurer le maintien de l'Empire Ottoman; mais il avoua qu'il avait cru, comme tout autre l'aurait fait à sa place, qu'une entreprise aussi dangereuse pour toute l'Europe aurait provoqué une intervention générale. Le ministre insista sur l'embarras où le jetait une communication aussi importante qu'inattendue. Elle exigeait de longues et profondes réOexions. M. de Mercy lui dit qu'il reviendrait causer de cette affaire avec lui le lendemain mardi et en même temps il lui demanda une réponse catégorique le plus tôt possible; car on devait l'attendre à Vienne avec la plus grande impatience. M. de Vergennes répliqua que si cette réponse ne devait être concertée qu'entre le Roi et lui, rien ne serait plus aisé; mais qu'il serait obligé de la soumettre au conseil et que certainement ses collègues l'attendraient dans le défdé pour voir comment il s'en tirerait, qu'on ne pouvait pas se figurer quelles gens c'étaient. 11 finit en disant : ffJe vais prèclier la modéralion à Pétersbourg et la patience à la Porte." Ce jour-là, M. de Vergennes se montra presque entièrement découragé : il se plaignait de sa destinée, qui toujours et partout où il s'était trouvé, lui avait donné des difficultés à dénouer.

Le mardi lo juin, M. de Mercy trouva M. de Vergennes un peu moins abattu. Le ministre lui dit que puisque d'une part la Russie ne réclamait rien autre que la Crimée, le Kouban et l'ile deTaman, et que

de l'autre, l'Empereur avait l'intention de ne rien prendre pour lui , tout espoir n'était pas perdu de maintenir l'Empire Ottoman en Europe. A la vérité, la Russie, par ses nouvelles acquisitions, menacerait plus directement Constantinople; mais on aurait tout le temps d'aviser aux moyens de s'opposer à l'avidité insatiable de l'Impératrice. M. de Mercy répliqua que certainement l'Empereur ne désirait rien pour lui, mais que si la Russie recevait un agrandissement le souci du maintien de l'équilibre l'obligerait à réclamer de la Porte une cession de territoire équivalente. M. de Vergennes fit remarquer qu'en ce cas le roi de Prusse pourrait aussi exiger une compensation , en s'appuyaut sur la nécessité du maintien de l'équilibre et qu'ainsi les affaires pourraient se compliquer de plus en plus.

La conférence terminée, M. de Mercy, avant de se retirer, dit à M. de Vergennes, qu'après lui avoir fait les communications dont il était cbargé comme ambassadeur il sentait le besoin de s'entretenir avec lui de ces affaires eu ami et de lui communiquer ses propres rêveries à lui , Mercy. H pensait que, quand bien même on parviendrait encore celte fois à circonscrire l'incendie, on ne pourrait pas remettre la Porte en étal de se défendre cl qu'elle resterait à la merci de la Russie; cela étant, il n'y avait pas d'autre moyen de sauver l'équilibre européen que le partage du royaume menacé entre plusieurs puissances, la part de la France pouvant être fort belle. M. de Vergennes répliqua que pour l'instant il fallait se borner à remédier aux maux présents, que si plus tard la cbute de l'Empire Ottoman devenait inévitable, il serait temps d'en venir au partage, à condition que toutes les puissances de l'Europe eussent une part porportionnelle.

(Dépêche d'office du comte de Mercy du 1 7 juin 1783.)

attention et mes soins sur deux objets également essentiels: le premier consiste à donner à la Reine une idée exacte de l'importance des conjonctures présentes et des moyens dont S. M. peut faire usage pour influer dans ces mêmes conjonctures d'une manière qui réponde à sa tendre amitié pour V. M. et à l'intérêt qu'Elle doit prendre aux convenances de son auguste maison. La Reine est bien sincèrement pénétrée du désir de faire preuve de ses sentiments; je La vois dans une grande anxiété sur tous les résultats possibles des circonstances présentes, et je tâcbe de mettre ses craintes à profit pour fixer d'autant plus son attention '''.

Le second objet de mes devoirs présents sera d'observer attentivement le comte de Vergennes, de tâcher de prévoir à temps ses démarches, de prévenir et de rectifier celles que de fausses combinaisons pourraient lui dicter et d'invoquer à cet effet le crédit de la Reine.

Si le comte de Vergennes se décide à sonder ou consulter la cour de Berlin, il pourrait s'ensuivre des circonstances de nature à compro-

'■> Le lundi 9 juin 1788, peu de temps après avoir quitté M. de Vergennes, M. de Mercy se rendit chez la Reine. Il La trouva toute troublée. Elle lui dit que le ministre des affaires étrangères venait de Lui parler brièvement de nouveaux événements qui pouvaient avoir de graves conséquences, ce qui L'avait mise en émoi, M. de Mercy répliqua qu'il était très peiné de voir que 8. M. était si sensible et si craintive; car il dépendait absolument d'Elle de faire prendre aux affaires une heureuse tournure. En même temps il Lui fit un court exposé de la situation et il Lui dit qu'Elle trouverait difficilement dans le cours de sa vie une occasion plus importante de prouver par des actes sa tendre amitié pour l'Empereur et son dévouement aux intérêts de sa famille. Il ajouta que le prince de Kaunilz lui avait expressément ordonné, non seulement d'appeler sur cette affaire toute l'attention de S. M., mais même de La supplier très instamment d'agir par tous les moyens convenables. La Reine assura M. de Mercy de son bon vouloir et se dit toute prête à faire exactement ce qu'il Lui conseillerait. Néanmoins, Elle croyait qu'il

était probable que dans la circonstance présente la mauvaise façon d'agir du cabinet de Versailles amènerait un refroidissement entre les deux cours. M. de ^lercy répondit que S. M. avait en mains les moyens d'éviter ce malheur, puisqu'à chaque instant Elle pouvait s'entretenir avec le Roi de la situation dont il venait de Lui exposer l'état. La Reine, dans ses conversations avec le Roi, pourrait faire bon usage des explications de M. de Mercy, qu'Elle avait très bien saisies et prier son époux de se mettre à la place de l'Empereur et de voir si dans ce cas il pourrait agir autrement que son beau-frère. En terminant, pour donner plus de force à ses observations, M. de Mercy ajouta que si son devoir et son caractère d'ambassadeur faisaient de lui un fidèle serviteur de l'Empereur, il n'en était pas moins tout dévoué à la Reine; il croyait pouvoir concilier l'un avec l'autre ces deux attachements et donner à S. M. l'assurance qu'il ne Lui conseillerait jamais rien qui pût être contraire à ce que la Reine devait au Roi et à la France. (Dépêche d'office du comte de Mercy du 17 juin 1788.)

mettre le roi de Prusse vis-à-vis de l'impératrice de Russie, et, dans ce cas, ce ne serait que chose utile au service de V. M., bien entendu toutefois que le ministère de Versailles bornât ses démarches dans la mesure que doit lui prescrire l'alliance qui subsiste entre la cour impériale et celle-ci.

Au reste, dans l'état où toutes choses se trouvent ici, tant en raison des moyens qu'en raison des personnes, il n'est ni vraisemblable, ni presque possible que la France intervienne dans les affaires présentes de la Porte autrement que par des négociations, sans autres mesures actives, si ce n'est peut-être quelques légers secours, soit en munitions de guerre, soit en officiers militaires qui pourraient être envoyés à Constantinople. Au moins est-il plus que probable que d'ici à une année elle ne serait pas en situation à pouvoir aller au delà.

Je n'ai point de remarques à faire sur les pièces secrètes que je remets ici très humblement; il est à prévoir que cette correspondance prussienne va devenir plus intéressante. Je veillerai de près sur les démarches du baron de Goltz, et je tâcherai que, dans des occasions aussi importantes, il n'échappe rien au zèle qui m'anime et que je dois à l'auguste service de V, M.

Pans, le ij jumiySS. — Depuis le moment où j'ai reçu les ordres dont V. A. vient de m'honorer, mes courses fréquentes à Versailles, les mesures qu'il a fallu prendre vis-à-vis de la Reine, et la nécessité de renvoyer promptement le présent garde-noble , m'ont laissé à peine le temps nécessaire à pouvoir rédiger ma dépêche d'aujourd'hui.

J'ai suivi ponctuellement ce que V. A. m'avait prescrit par sa lettre particulière sur la manière de rendre à M. de Vergennes ce que j'étais chargé de lui faire connaître; même pour plus de précision, j'en avais traduit par avance les articles essentiels , afin de pouvoir les énoncer clajrement et sans hésitation. Malgré toute l'insistance et la fermeté que j'ai mises à exiger une réponse catégorique, il n'y a pas eu moyen d'obtenir au delà de la note qui ressemble plus à un écrit de procureur qu'au langage du ministre des affaires étrangères d'une grande puis-

sauce ^^^ M. de Vergenncs m'a bien dit cl répété qu'il était si malade que sa lete s'en trouvait alTcctée et se refusait presque à la faculté de penser. Cette excuse, pour pallier une chétive réponse, ne serait admissible qu'autant que le ministre se hâtât de réparer en meilleure santé ce qu'il a fait de travers pendant son indisposition. Dans ce cas , il s'agirait d'attendre que le premier moment de surprise soit passé pour

('' Réponse remise par M. de Vergennes à M. (le Mercy. — ■ C'est avec une parfaite sensibilité que le lîoi a entendu le rapport de la conimunicalion amicale que M. le comte de Jlercy a laite au comte de Vergennes de l'ordre exprès de l'Empereur, de l'état présent des affaires entre la cour impériale de Russie et la Porte Ottomane, de l'invasion dont celle-ci est menacée très immédiatement et des conséquences qui peuvent eu résulter pour les intérêts de la maison d'Autriche.

S. M. sent le prix de la confiance que l'Empereur lui marque dans cette critique circonstance; elle est analogue aux liens de l'amitié, de la parenté et de l'alliance qui les unissent. Le Roi qui les chérit, se portera toujours avec empressement à y correspondre, en s'expliquanl avec la franchise qui est dans son caractère.

S. M. aurait dû se flatter, après le succès que ses offices combinés avec ceux de l'Empereur avaient eus pour amener les Turcs à redresser les griels dont la cour impériale de Russie s'était plainte, et la satisfaction que cette même cour en avait témoignée, en décernant des remerciements au Roi, enfin après la négociation amicale qui s'était établie et qui se suit encore à Constantinople pour la formation d'un traité de commerce entre la Russie et la Porte Ottomane, sans qu'il se soit élevé aucune diflicullé d'une certaine importance, et sans qu'il ait été mention d'aucun nouveau grief, S. M., dis-je, avait lieu de se flatter que toute semence de trouble était étouffée de ce côté-là, et que l'Europe allait enfin jouir des bénédictions de la paix universelle pour le rétablissement de laquelle LL. MM. l'Empereur et l'impé-

ratrice de Russie avaient manifesté leur généreuse sollicitude.

Cet aspect si consolant s'évanouit. Il n'est plus permis de douter que l'impératrice do Russie est dans la ferme résolution, qui vraisemblablement a déjà eu son effet, de s'emparer de la Crimée et du Kouban pour les unir à ses vastes Etats, ces deux provinces qu'Elle avait séparées par la paix de Kaïnardji de la domination ottomane, pour en faire un Etat libre et indépendant.

On s'abstient d'examiner les motifs sur lesquels la Russie fonde une détermination aussi tranchante. On ne discutera pas davantage les faits sur lesquels on en établit la nécessité, sans doute qu'elle en a des preuves irréfragables et qu'elle les administrera; mais en supposant cette entreprise légitimée dans son principe , elle n'en sera pas moins alarmante dans ses conséquences.

Quoique celles-ci ne puissent pas peser immédiatement sur le Roi, néanmoins S. M. n'en partage pas moins l'attention que l'Empereur donne au résultat possible du nouveau système de jurisprudence politique qu'on semble vouloir établir et qui ne pourrait (|ue préparer la vole à des révolutions successives et à la plus étrange confusion.

Le Roi comprend que bien des considérations puisées dans la distance des lieux et dans les rapports existant entre les différentes puissances ne peuvent permettre à l'Empereur de s'opposer à force ouverte à l'invasion de la Crimée et du Kouban , mais avant d'en venir à ce moyen extrême, S. M. I. désespérerait-Elle de faire partager à l'impératrice de Russie les principes

MERGV À KAUNITZ.

éclaircir avec certitude quels pourront être les calculs que l'on fera ici et pour juger de leurs effets. Je n'ai pas épargné les raisonnements non plus que des vérités fortes, mais énoncées d'un ton amical, et je les ai même étendues beaucoup au delà de ce que l'expose ma dépêche d'office (1).

Entre temps, j'ai cru devoir porter toute mon attention et mes soins

d'équité et de niodératioir qui lui sont en si grande recommandation? Sa voix serait d'un poids d'autant plus grand qu'il est plus que probable que celle de l'Europe se joindrai! pour détourner ou calmer un orage aussi elFrayant. Le Roi en son particulier est très disposé à se joindre à l'Empereur et à toutes les puissances bien intentionnées en faveur de la tranquillilé publique, pour disposer l'impératrice de Russie à se prêter aux expédients, qui, en constatant plus parfaitement qu'elle ne l'a peut-être été, l'indépendance des Tartares de la Grimée et du Kouban, préviendraient les inquiétudes que cette princesse pourrait avoir pour la tranquillité de ses frontières, sans s'approprier deux provinces dont la position est si redoutable pour la sûreté de l'Empire turc. S. M. se portera avec un égal empressement à rendre tous les offices nécessaires pour disposer les Turcs aux facilités qui, sans compromettre les intérêts essentiels de leur empire, pourront satisfaire la Russie et écarter tout sujet de rixe et de guerre. Ce plan semblerait pouvoir d'autant mieux se concilier avec les vues générales et particulières (pie, suivant une lettre de la main de l'impératrice de Russie à l'Empereur, cette princesse désavoue le dessein de vouloir conquérir l'Empire Ottoman. Ce projet n'existant pas, Elle sernble devoir être plus disposée à écarter fout ce qui pourrait en accréditer ce soupçon, et rien ne lui donnerait plus de consistance que la conquête de la (Irirnéc et du Kouban.

Si malgré les représentations les plus solides et les plus sérieuses, et surtout si malgré l'exemple de désintéressement que l'Empereur a manifesié au Roi, l'impéra-

trice de Russie persévérait dans son dessein d'accaparement, et décelait par là le projet de détruire un jour l'Empire Ottoman, le Roi qui ne peut y être indifférent pour l'intérêt général , et qui sent combien sa réussite pèserait éminemment sur la maison d'Autricbe, propose de se concerter avec l'Empereur sur les moyens que S. M. I. jugera les plus propres à arrêter l'un et à prévenir l'autre. D'ailleurs, comme l'Empereur parait combattu par la défiance qu'il se croit fondé à mettre dans les intentions du roi de Prusse, quoiqu'il reconnaisse que ce prince ne peut pas êlre indifférent à un trop grand agrandissement de la Russie, le Roi offre de sonder les dispositions de ce prince et de faire ce qui dépendra de lui pour faire partager à S. M. Prussienne ses principes et ses vues.

En attendant que le Roi puisse connaître les dernières intentions de l'Empereur, S. M. va ordonner préliminairement à ses ministres à Constantinople et à Pétersbourg d'agir d'après le système que S. M. propose conjointement avec les minisires impériaux, S. M. ne doutant point que l'Empereur ne fasse donner de son côté de pareils ordres.

'') Le samedi ih juin, M. de Morcy, suivant ce qui avait été convenu le mardi, vint chercher la réponse de M. de Vergennes. Il trouva le ministre très mal portant. M. de Vergennes lui apprit que le mercredi précédent il avait été pris de coliques si violentes qu'on avait dû le porter dans sa chambre et qu'il y serait encore resté s'il n'avait eu rendez- vous avec lui; en réalité, il était à peine en état de penser. Cependant, après avoir dit qu'à une communication verbale il aurait pu répondre

sur deux objets également essentiels. Le premier consiste à affermir la Reine dans les idées exactes de l'importance des conjonctures présentes

de même, il remit à M. de Mercy ia note cidessus. L'ambassadeur, après en avoir pris rapidement lecture, fit tout de suite à M. de Vergennes les plus vives objections. H lui déclara nettement qu'en lui communiquant sans la moindre réserve les instructions qu'il avait reçues, il espérait recevoir ime réponse catégorique; mais la note qu'il venait de lui remettre ne contenait que des compliments aimables et de vaines assurances d'amitié. Cependant la question posée par la cour de Vienne au cabinet de Versailles était bien claire: on lui avait demandé comment il jugeait la situation , (ju'on venait de lui exposer confidentiellement; mais au lieu de faire savoir ce que l'Empereur pouvait ou non attendre du Roi, on évitait de répondre. M. de Vergennes, d'une voix brisée par la fatigue et l'émotion, répliqua en phrases entrecoupées : crMais! mais!... monsieur. . . pensez donc que c'est un

événement soudain, imprévu Il faut

éviter avec soin les décisions précipitées. . . On devrait au moins avoir le temps de rassembler ses idées et de les peser avec soin.n Puis, prenant l'oEFensive. il accusa l'Autriche d'avoir caché à la France l'étendue de ses liaisons avec la Russie , ce qui changeait les conditions do l'alliance austro-française. Là-dessus s'engagea une vive discussion qui se termina par la déclaration formelle de M. de Mercy que l'alliance de l'Autriche avec la Russie était purement et simplement défensive.

Alors M. de Vergennes revint à l'examen de la situation et s'appuyant sur cette considération que l'Empereur n'avait d'autre désir que le maintien de la paix , déclara qu'on n'avait pas à s'occuper d'autre chose. A cela, M. de Mercy répliqua que la Russie persistant dans son entreprise, on était bien obligé d'examiner la situation où l'Empereur se trouverait placé par In nécessité de maintenir l'équilibre.

L'ambassadeur, revenant sur ses instructions en date du 27 mai, établit qu'elles portaient sur ces trois points essentiels : 1° maintenir la paix, si possible; 2° éviter tout ce qui pourrait blesser Catherine 11. afin de ne pas la rejeter dans les bras de la Prusse; 3° démontrer que le souci des justes intérêts et du salut des États héréditaires d'une part et du maintien de l'équilibre européen de l'autre interdisaient à l'Empereur de permettre que la Russie reçût un nouvel agrandissement sans que lui-même obtint un territoire en rapport. ^I. de Vergennes répondit à ce long raisonnement en insinuant que sans doute cette compensation devait consister dans la Moldavie et la Valachie; et il ajouta que ces deux provinces avaient bien plus de valeur que la misérable Crimée et le Kouban qui pour la Turquie n'avaient qu'un intérêt stratégique.

Alors M. de Mercy fit clairement entendre au ministre que la situation de l'alliance deviendrait très critique si des déclarations du cabinet de Versailles la cour de Vienne venait à conclure que la France verrait avec bien moins d'inquiétude l'agrandissement de la Russie que celui de l'Autriche. Et comme M. de Vergennes, sur une question formelle lui alTirmait qu'il n'avait rien de plus à lui dire , l'ambassadeur déclara que cela étant le Roi Très Chrétien ne pourrait pas trouver mauvais que l'Empereur employât les moyens qu'il croirait nécessaires au bien de ses États. Et , se levant pour prendre congé du ministre qui paraissait fatigué, M. de Mercy ajouta qu'il se retirait le cœur bien gros et que son dévouement aux intérêts des deux monarchies lui aurait fait vivement désirer recevoir une réponse plus satisfaisante. Sur quoi M. de Vergennes de dire : trDorMiez-nous le temps de nous reconnaître. Eles-vous si pressés de prendre?'' M. de Mercy répondit : t-Nous serions bien

en Lui suggérant les moyens dont Elle peut faire usage pour y influer d'une manière analogue à sa tendre amitié pour S. M. l'Empereur, et à l'intérêt qu'Elle doit prendre aux convenances de son auguste maison. La Reine est bien pénétrée du désir de faire preuve de ses sentiments; je La vois dans une grande anxiété sur les résultats possibles de la circonstance présente, et je tâche de faire tourner ses craintes en actions utiles "l Mais malheureusement le crédit de la Reine, si étendu et ellicace en toutes autres matières, l'est beaucoup moins en celles qui ont trait à la politique, parce que la Reine n'a donné que trop de sujet à son auguste époux de présumer qu'Elle comprend peu les affaires d'Etat et qu'Elle n'est pas à même d'en évaluer l'importance'^'.

plus pressés d'entendre de vous ic moyen de ne rien prendre.» Et il déclara qu'à son avis tout danger serait encore une fois écarté, si l'on pouvait persuader à la Porte de donner en même lemps satisfaction aux deux cours impériales. ]M. de Vergennes dit que sans doute la satisfaction à donner à la cour de Vienne serait la cession spontanée de la ^Moldavie et de la Valachie, et avec un sourire amer il pria l'ambassadeur de lui indiquer qui pourrait bien prendre sur lui de faire à la Porte cette proposition.

Là-dessus Gnit ce long entretien et M. de llercy se rendit chez la Reine. (Dépêche d'office du comte de Mercy du 17 juin 1783.)

<•) Le iti juin M. de Mercy alla hre à la Reine la note que venait de lui remettre M. de Vergennes et il lui raconta sa conférence avec ce ministre. Marie-Antoinette se montra très inquiète sur les conséquences possibles de cette affaire. Elle voulait faire appeler tout de suite M. de Vergennes et lui exprimer durement son mécontentement. ÎMais M. de jMercy lui représenta qu'en ce moment cette démarche, qui serait attribuée à ses conseils, serait bien plus nuisible qu'utile. 11 valait mieux attendre quelques jours jusqu'à ce que le Roi eût parlé de cette affaire à la Reine. Alors tout ce qu'Elle pourrait dire au comte de Vergennes serait considéré comme une

suite naturelle de sa conversation avec le Roi. Marie-Antoinette répondit que le matin même Elle avait causé des affaires d'Orient avec son mari et qu'Elle était bien certaine qu'il n'avait pas vu cette méchante réponse; car ce qu'il Lui avait dit ne s'accordait pas avec cette note. Entre autres choses, le Roi Lui avait confié qu'à sou avis le seul moyen de mettre un frein à l'ambition de l'impératrice de Russie était la conclusion d'une entente entre l'Empereur, la Prusse et la France. Elle ajouta que quelques jours auparavant, peu après la première conférence de M. de Mercy avec le comte de Vergennes, Elle s'était par hasard entretenue de ces affaires avec le Roi. Entre autres choses, Elle Lui avait dit que si sa tendre amitié pour son frère ne l'abusait pas, il Lui semblait que le Roi avait vu avec plaisir que l'Empereur s'était expliqué avec la plus grande franchise. Là-dessus, le Roi Lui avait répondu, avec sa rondeur habituelle, que certainement, cette fois, la confiance n'avait rien laissé à désirer; mais que l'Empereur avait été joué par l'Impératrice, qui L'avait bien mal récompensé de toutes les attentions qu'il n'avait cessé d'avoir pour Elle. (Dépêche d'office du comte de Mercy du 1 7 juin 1788.)

'^' Suivent deux paragraphes exactement semblables aux paragraphes 3 et 5 de la lettre de M. de Mercy à l'Empereur de même date.

Je n'ai pas lieu de me plaindre de M. de Breteiiil depuis son retour; il tient des pro[)OS fort convenables sur les affaires et sur tout ce qui a rapport à son ambassade. Il se loue infiniment des bontés de l'Empereur, de celles que V. A. lui a marquées, et il se vante fort d'avoir obtenu sa confiance ainsi que son approbation. Cette conduite et ce langage tiennent beaucoup au désir de se concilier la protection de la Reine. Elle ne serait pas éloignée de placer M. de Breteuil dans le département de la Maison du Roi; M. de Vergennesa eu ou a simulé l'intention de lui procurer la Marine, persuadé peut-être que la pétulance du baron et plus encore son incapacité pour cette place le débarrasseraient bientôt d'un homme qu'il n'aime pas et pour lequel cependant il veut paraître avoir des ménagements. Enfin il a été et il est encore question de faire entrer simplement M. de Breteuil dans le conseil, où il se trouverait vraisemblablement sans influence, mais à portée cependant de déraisonner sur les matières politiques. Au reste, à en juger parle médiocre intérêt auquel il est porté soit par la Reine, soit par le ministre, à ces différentes destinations, il est très possible qu'il n'arrive à aucune, surtout si le nouveau maréchal d'Aubeterre quitte son commandement en Bretagne, lequel dans ce cas serait probablement donné au baron. Ce qui me paraît le plus décidé est qu'il ne retournera pas à Vienne, et que l'on ne tardera guère à y envoyer son successeur le marquis de Noailles. V. A. trouvera dans ce nouvel ambassadeur toutes les formes d'un jésuite, un peu de pédanterie, peu de connaissances réelles, mais beaucoup de douceur, beaucoup de régularité dans sa conduite privée et de modération dans son langage. Je présume et j'espère qu'il se comportera sagement pour peu qu'il puisse s'attendre par là à bien mériter de la Reine et obtenir son appui pour lui et pour les siens.

Il ne me reste qu'à joindre ici deux pièces assez scandaleuses publiées contre le garde des sceaux; elles donnent une idée de l'opinion publique à l'égard des principaux personnages du gouvernement actuel.

P. S. Dans ce moment, la Reine daigne me communiquer le contenu de sa lettre à l'Empereur ''\ Elle mande à S. M. que l'on a d'abord rendu ici toute justice à l'honnêteté, franchise etamitiade son procédé,

'*' C4etle Iptlre manque.

que comme il connaît le terrain et les acteurs, il ne sera pas surpris qu'on ait été embarrassé pour la réponse, que l'on craint qu'il n'en soit mécontent. La Reine ajoute que, comme il n'y a qu'embarras et indécision sans mauvaise volonté, Elle espère que si les affaires de son auguste frère lui permettent de patienter, qu'il aura dans la suite lieu d'être plus content.

Ces dernières assertions de la Reine me servirent à Lui faire bien sentir que l'idée de son influence, de son crédit serait entièrement compromise dans l'esprit de l'Empereur si, après Lui avoir annoncé pour la suite des sujets de contentement, Elle n'effectuait pas cette promesse, et si au lieu de cela S. M. l'Empereur n'éprouvait que des procédés dont II eût motif de se plaindre.

P. S. Dans toutes les affaires qui par la suite pourraient devenir communes entre les deux cours impériales et qui donneraient lieu à quelques négociations à celle-ci, ma position deviendra assez embarrassante vis-à-vis de MM. les plénipotentiaires russes, par un effet de la jalousie ou , pour mieux dire, de l'aversion qui règne entre eux. Elle est telle, particulièrement de la part du prince Bariatinsky, qu'à titre de confiance et d'ancienne connaissance il m'a dépeint son collègue sous les couleurs les plus fâcheuses et ne m'a pas caché le regret qu'il aurait de me voir en une certaine liaison avec un homme qu'il regarde comme son antagoniste. Cependant, le prince Bariatinsky qui est un assez bon homme, dont je n'ai jamais eu lieu de me plaindre relativement à sa conduite politique, est d'ailleurs si borné que l'on n'est jamais sûr de lui avoir fait comprendre ce qu'on a voulu lui dire , tandis que M. de Markoff, instruit et délié, paraît avoir de l'aptitude aux affaires et posséder d'ailleurs la principale confiance de sa cour.

Je tâche de me conduire envers ces deux ennemis de manière à ne me heurter ni contre l'un ni contre l'autre; mais il est des cas où cela pourrait ne pas me réussir toujours et où on en apercevrait des indices dans leurs rapports.

Je n'ai pas cru devoir pour le moment faire mention de cette particularité dans ma dépêche d'office, mais il m'a paru de mon devoir d'en rendre un compte direct à V. A,

Vienne, ce 3 1 juillet lySo. — C'est avec satisfaction qu'après mon retour je reprends le fil de ma correspondance ordinaire avec vous. Il s'est passé depuis des choses assez importantes qui m'ont mis dans le cas d'apprécier le vrai système d'Etat de la France, qui en se disant mon amie et étant mon alliée, non seulement ne veut contribuer en rien aux avantages qui pourraient revenir à mes Etats sans lui nuire, mais même les jalouse plus que ceux de tout autre. Voilà donc les principes qu'on attribuait à la faiblesse et à l'intrigue des dernières années du règne du feu Roi, sous le ministère du duc d'Aiguillon, réalisés actuellement et découverts comme faisant maxime d'Etat sous ce règne et ministère.

On m'a parfaitement mal jugé, et M. de Vergennes s'est blousé en croyant au désir que j'avais et à l'empressement de faire des conquêtes sur les Turcs; l'eftetle fera voir que je ne veux ni Moldavie ni Valachie.

L'occupation de la Crimée, du Kouban et de l'île de Taman a été aussi inattendue et aussi nouvelle pour moi qu'à tout le reste de l'Europe, et S. M. l'Impératrice no m'en a donné part qu'au moment que la chose allait se faire. Je n'ai point donné mon avis ni même écrit en Russie depuis que la France lui a offert sa médiation, puisque je ne voulais influer en rien dans les décisions de l'Impératrice à ce sujet, d'autant plus que cette démarche est insignifiante et qu'elle ne peut que s'attirer une réponse déclinatoire, encore heureux si elle est polie.

Les Turcs feront ou ne feront point la guerre à la Russie. S'ils la font, il faudra bien que d'une façon ou d'autre j'en sois pour quelque chose. S'ils ne la font point, je regarde pour un moindre inconvénient cette nouvelle acquisition de la Russie, que si je provoquais une nouvelle guerre à laquelle il y a si peu à gagner de mon côté et tant d'inconvénients et embarras à obvier. Mais si les démarches ultérieures du ministère de France continuent de même, et que ce que M. de Vergennes vous a dit ne soit point une effervescence du moment, alors il faudra que je pense sérieusement à prendre un autre parti et peutêtre que la France se mettra dans le cas de perdre en grande partie tous les fruits qu'elle a acquis par la guerre qu'elle vient de terminer avec l'Angleterre.

KAUNIÏZ A MERCY.

Je n'entre point en détail sur ce sujet dans ma lettre à la Reine, mais je lui en touche légèrement quelque chose et je l'adresse à vous pour les informations ultérieures^^'.

Vienne, le f août ij83. — Tous les raisonnements aiixquels j'ai cru devoir me laisser aller aujourd'hui dans ma lettre d'office, ne me laissent presque rien à y ajouter, et tout se réduit au fond à ce que tout comme il est tout simple que la France, laquelle pour la défense de l'Empire Ottoman non seulement n'a pas plus de moyens, mais peutêtre moins encore pendant le ministère de M. de Vergennes, qu'elle n'en avait du temps de celui du duc d'Aiguillon, n'a pu nous régaler (|ue de belles phrases, et qu'ainsi il n'y a pas à se plaindre des gens, lorsqu'ils ne font pas l'impossible, il a été très maladroit en même temps de nous témoigner si fort à découvert par une misérable jalousie, sans se mettre aucunement à notre place, que l'on s'embarrassait fort peu de notre équilibre de puissance vis-à-vis de la Russie, pourvu que la Porte perde moins vis-à-vis d'un seul que naturellement elle devrait perdre vis-à-vis de deux.

J'ai tâché, comme vous observerez, d'être très bref dans notre réponse verbale ^-\ sans oublier de dire cependant, à ce que je crois, ni

f' Joseph II à Marie-Anloinelte, 3o juillet 1^83. — Ma chère sœur, si j'ai tardé depuis mon retour à vous écrire, c'est que j'attendais d'un moment à l'autre le départ du courrier. Je vous rends bien des grâces de tout ce que votre lettre, ma charmante amie, contient d'amical pour moi; j'en sens tout le prix, et je puis vous assurer du plus parfait retour de ma part. Je n'entre point à vous parier d'affaires; le comte de Mercy vous en inlormera. On m'a si souvent méconnu et on a rendu si peu de justice à ma façon de penser et d'agir que rien ne m'étonne, mais, tout en me méconnaissant, j'apprends parfaitcmenlà connaître lesinlentions et la façon de penser à mon égard do ceux

qui se disent et devraient être de mes amis. C'est sans humeur que je vous dis cela, car je me trouve en mesure et moyens à pouvoir

attendre quelque événement

f^^ L'Empereur a appris avec la plus grande satisfaction les assurances de la sensibilité de S. M. T. G. sur la confiance qu'il Lui avait marquée en l'informant amicalement de l'état présent des aflfaires entre la cour impériale de Russie et la Porte Ottomane, en s'expliquant en même temps conlidemment vis-à-vis d'Elle sur cette critique circonstance et en Lui demandant en échange, comme une suite des liens de l'amitié, de la parenté et de l'alliance qui subsistent heureusement entre les deux cours, la fa-

plus ni moins qu'il ne convient dans ce moment-ci. Vous y trouverez depuis le connnencenicnt de la période : Mais comme il pourrait arriver, etc. , quelques défauts de diction qui ne sont pas de ma layon et sur lesquels j'ai été obligé de me dire transeat cum cœteris , parce qu'ils ne sont pas absolument essentiels.

Je commence à croire, au reste, que les Turcs pourraient bien changer le printemps prochain, et je ne répondrais pas, si les Russes se croient aussi fondés à l'appréhender que je crois l'être, qu'ils ne commencent à prendre peut-être Oczakow, d'ici à dix mois qu'ils ont devant eux, avant que les Turcs ne puissent paraître en campagne. Enfin il faudra voir ce qu'il conviendra et ce que l'on pourra faire dans tous les cas possibles, et je vous promets que je ne manquerai pas de le suggérer, mais je ne vous réponds pas pour cela que cela se fera. Je serai charmé s'U peut arriver que l'on voie, pense et fasse mieux que moi, mais dans le cas contraire je suis tout déterminé à m'en consoler, parce que sans cela il faudrait se pendre, et je n'en suis pas tenté en vérité.

çon dont la France envisageait ce nouvel état des choses et quelles étaient ses intentions dans le cas de tons les événements qu'il pourrait amener.

L'Empereur a donné jusqu'ici les preuves les plus incontestables de la sincérité de ses vœux pour le maintien de la tianquillité dans la partie de l'Europe dans laquelle elle paraît être menacée actuellement. Il a employé à cette fin avec zèle, lant à Pélersbourg qu'à Constantinople, toutes les représentations amicales qu'il a pu se permettre d'y faire. Il n'a pas hésité même à se livrer aux mesures les plus coûteuses qui Lui ont paru pouvoir contribuer au maintien de la paix, et, au moyen de tout cela, il semble qu'il a prouvé ses intentions d'une façon qui n'admet aucun doute. Elles sont encore constamment les mêmes et très certainement, tant et aussi longtemps que S. M. I. ne se verra pas dans l'impossibilité absolue de persévérer dans ce système pacifique. Elle agira en conséquence de toutes les façons imaginables.

Mais connue il poiu'rail arriver que,

malgré tous ses soins et tous ses efforts, la guerre vînt néanmoins à s'allumer entre la cour impériale de Russie et la Porte Ottomane, et qu'il ne saurait se permettre dans des cas possibles d'en abandonner les suites aux hasards des événements qui pourraient, de façon ou d'autre, lui devenir funestes ou au moins très préjudiciables, Il croit ne pas devoir dissimuler au Roi T. G., son ami et son allié, qu'en pareil cas il pourra se trouver dans la nécessité de devoir se déterminer à y prendre part pour sa propre sûreté présente et future.

L'Empereur espère que S. M. T. C. sentira qu'il ne pourra se dispenser d'en agir ainsi, si malheureusement des cas pareils venaient à exister; que la nécessité Lui en fera une loi et que, par conséquent, quoique bien malgré lui, il ne se prendra alors de sa part que le parti auquel tout autre à sa place se verrait obligé de se déterminer. (Archives des affaires étrangères de France, série Autriche, vol. 3'iG, fol. 3o5.)

198 MERGY À JOSEPH H

Je vous prie de faire remettre au comte de Scarnafis ''^ une petite boîte à son adresse avec des compliments bien cordiaux de ma part. Dites-moi donc un peu des nouvelles du baron de Breteuil , dont vous ne me parlez plus depuis quelque temps. Dites-m'en aussi de Belderbusch ^^\ auquel je m'intéresse comme à un garçon qui m'a témoigné de l'attachement. Mais surtout aimez toujours bien votre bon ami.

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