‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiée (volume 2)Chapitre 30 sur 65 · MERGY A JOSEPH II · texte numérisé non relu

MERGY A JOSEPH II

Paris, ij août ijSS. — Les très gracieux ordres de V. M. I. , datés du 3i juillet, m'ont été remis le 1 1 de ce mois par le gardenoble, qui en était porteur, et le lendemain je me rendis à Versailles pour y présenter à la Reine la lettre qui Lui était adressée. Cette auguste princesse la reçut avec des marques d'un grand empressement, et Elle n'en eut pas moins à en faire tout de suite la lecture; après quoi la Reine me questionna beaucoup sur ce que V. M. me marquait relativement aux circonstances présentes. Je répondis qu'ainsi qu'il m'avait été facile de le prévoir, et que j'avais si souvent pris la liberté de le prédire à la Reine, V. M. témoignait le plus grand et le plus juste mécontentement de la conduite que l'on tenait ici, de l'odieuse jalousie que l'on faisait paraître envers Elle, et des mauvais procédés que l'on avait en retour de la parfaite confiance et franchise dont V. M. n'avait cessé de donner des preuves dans la conjoncture présente. Après une longue analyse de cette matière, je répétai à la Reine ce que je Lui ai déjà exposé plusieurs fois et ce dont Elle est pleinement convaincue, c'est-à-dire que dans la présente conjoncture, le comte de Vergennes a envisagé les choses tellement à rebours du bon sens, qu'en suivant la route oij il s'est acheminé, il pourrait bien perdre

^'' Le comte Ponte de Scarnafis, mi- Kaunitz, ajoutait l'Impératrice mère, sont

nistredu roi de Sardaigne à Paris, de 1777 seasibles à le perdre.» (Marie-Thérèse au

à 1 788. 11 avait d'abord été en cette même comte de Mercy dans le Recueil de MM. d'Ar-

qualité à Vienne, ttoù cet homme délié, neth et Geffroy, i. III, p. 100.) écrivait Marie - Thérèse , s'était fait bon <-' Le baron Charles-Léopold de Belder-

nombre d'amis et de partisans pour le bon busch fut ministre de l'arclievèque-électeur

ton qu'il savait employer dans les corn- de Cologne près la cour de France de 1779

pagnies et surtout amuser. L'Empereur et à 178A.

tous les moyens de se rendre utile à la Porte et en même temps dégoûter et aliéner pour jamais le principal et le plus précieux allié de la France. J'observai que d'après ce que la Reine a daigné Elle-même me confier, le Roi est très incomplètement instruit des affaires et parait en saisir peu les nuances; d'oii il résulterait que si cette princesse n'y apporte toute son attention et son influence, il arrivera que les bévues d'un ministre bouleverseront tout, et qu'entre autres fâcheux effets, l'Europe verra avec étonnement que l'opinion qu'elle a eue du grand crédit de la Reine n'était dans le fond qu'une chimère, puisque ce crédit a été si cruellement déjoué dans le point le plus intéressant aux sentiments de la Reine et le plus essentiel aux vrais intérêts de la France. Telles et semblables remarques produisent toujours une grande sensation momentanée; j'ai laissé la Reine fort résolue de mettre de la suite et de la force à ses démarches, et je présume qu'Elle en écrira dans ce sens à V. M.

La circonstance présente est tellement au-dessus des forces du comte de Vergennes, qu'il en a été en quelque façon écrasé; craignant la critique de ses ennemis sur tous les partis qu'il pourrait prendre, il s'est d'abord laissé aller de méprises en méprises , mais telles que sont ici les choses et les personnes, telles enfin que V. M. les a vues par Elle-même, il est plus que probable que les erreurs du moment proviennent moins d'une maxime d'Etat adoptée que du peu de fonds et de capacité des ministres qui forment le Conseil de Versailles. D'ailleurs, au sortir d'une guerre honorable, mais ruineuse, on n'est point en état de songer de quelque temps à des entreprises d'éclat. Je dois à cet égard en référer à un nombre de détails que contient ma dépêche d'office du 5 de ce mois, ainsi que celle d'aujourd'bui, et je présume qu'après un nombre de petites tentatives insignifiantes, on reviendra sur ses pas de manière à pallier ou effacer les torts que l'on a à se reprocher vis-à-vis de V. M.

Dans la correspondance prussienne que je remets ici très humblement, j'observe avec satisfaction que jusqu'à présent le comte de Vergennes n'a pas encore fait à la cour de Rerlin des confidences assez étendues pour que l'on en pût augurer des projets de liaison. A en juger même par la manière infidèle et exagérée avec laquelle le baron de Goltz a toujours ci-devant rédigé ses rapports, il est à supposer que dans le cas présent il n'aura pas changé de méthode. Je dois cepen-

dant convenir que, dans ces derniers temps, le ministre prussien a été mieux informé de quelques faits, et les a rendus avec moins d'inexactitude qu'il n'est accoutumé d'en mettre dans ses dépêches. Au reste, je ferai en sorte que sa marche ne m'échappe pas, et en portant sur ce point toute mon attention, de même qu'en continuant vis-à-vis du comte de Vergennes le langage ferme que j'ai commencé a lui tenir, j'espère que rien ne sera omis de ce qu'exige ici l'auguste service de V. M.

Paris, le ij août iy83. — J'ai reçu par le garde-noble mensuel la lettre dont V. A. m'honore, du i" de ce mois, et conséquemment à ce qu'Elle veut bien m'y faire connaître , j'ai tâché de régler mon langage vis-à-vis de M. de Vergennes, de manière à ne lui laisser aucun doute que ses vues, ses procédés sont appréciés chez nous à leur juste valeur et que probablement ce ne sera pas par cette marche qu'il parviendra aisément au but qu'il se propose. Il a écouté mes raisons avec plus de douceur et de patience qu'il n'en avait marqué dans nos conversations précédentes et j'ai lieu de croire qu'après nombre de petites tentatives insignifiantes, M. de Vergennes se persuadera que la France, à l'issue d'une guerre honorable mais ruineuse, ne pouvant se livrer à de grandes entreprises, n'a de meilleur parti à prendre que celui de ne pas dégoûter un allié qui lui est aussi essentiel que l'est notre auguste monarque.

Dans le dernier entretien que j'ai eu avec la Reine, en Lui suggérant ce qui m'a paru le plus convenable, j'ai taché de Lui persuader que les circonstances actuelles allaient être la pierre de touche de son crédit, et que l'Europe entière fixerait à cet égard son opinion, de façon que, si la Reine se laissait déjouer dans un point aussi essentiel, on regarderait comme une chimère l'idée que l'on a eue jusqu'à présent de sa grande influence. De semblables remarques font quelques impressions momentanées, mais il faut y revenir souvent, pour les rendre efficaces.

Par mes deux dernières lettres, j'ai eu l'honneur de rendre compte à V. A. de tout ce qui concerne M. de Rreteuil. 11 a toujours en vue le

département de la Maison du Roi et de Paris, mais je le crois encore bien éloigné d'y parvenir. M. de Vergennes le tiendra aussi longtemps qu'il pourra dans la nullité honorable du Conseil d'Etat, dont la forme est devenue maintenant une simple rubrique de cour, d'autant moins gênante pour les chefs des départements, qu'ils n'y traitent les affaires que d'après leurs vues et volontés ^^l Les succès ultérieurs que M. de Breteuil pourra avoir dans sa carrière ministérielle dépendront beaucoup de l'issue du projet de mariage de sa petite-fdle avec le fds de la duchesse de Polignac. Ce motif seul pourra déterminer la Reine à rendre sa protection efficace; en attendant. Elle marque au baron beaucoup de bontés, et pour les mériter, il tient sur les affaires présentes un langage assez raisonnable.

J'ai remis à M. de Scarnafis la petite boîte qui lui était adressée; il m'a bien recommandé de témoigner à V. A. toute sa sensibilité au souvenir dont Elle l'honore. M. de Belderbusch a bien réussi dans ce pays-ci, et il s'y trouverait encore mieux, si la passion du jeu ne l'entraînait quelquefois trop loin. 11 est intéressant par ses qualités personnelles; d marque toujours le plus grand et le plus respectueux attachement pour V. A. Ce sentiment a formé une liaison suivie entre nous deux; il se propose d'écrire à V. A. pour avoir l'honneur de la remercier des bontés qu'Elle veut bien lui conserver.

'" Dans sa dépèche d'office dii 5 août 1783, M. de Mercy annonçait Tentrée du baron de Brefeuil au Conseil d'Etat, c'està-dire au Conseil d'En-Haut, qu'il ne faut pas confondre avec le Conseil privé ou des Parlies, que l'on appelait aussi communément le Conseil d'Etat. Par le seul fait de leur convocation au Conseil d'État ou d'En-Haut, les membres de ce conseil, fort peu nombreux d'ailleurs, avaient le titre de ministres d'Etat, tandis que les membres du Conseil privé étaient appelés conseillers d'Etal. C'est au Conseil d'Etat ou d'En-Haut que se discutaient surtout les questions de politique extérieure, tandis que les affaires intérieures se traitaient au Conseil des dépèches où assistaient, avec les ministres

d'État, les secrétaires d'État, le contrôleur général des finances et le garde des sceaux ou le chancelier, qui souvent n'avaient pas séance au Conseil d'En-Haut. Dans cette même dépèche , M. de Mercy disait que le baron de Breteuil devait cette faveur au comte de Vergennes, qui l'avait fait entrer au Conseil d'État dans l'intention de rendre plus difficile sa nomination à tni département ministériel. Suivant M. de Mercy, le baron devait avoir peu d'influence dans le conseil. Chamfort rapporte une anecdote où l'on prête à M. de Vergennes des propos qui expliquent de façon plaisante pourquoi ce ministre fit arriver au Conseil le baron de Breteuil afin de le perdre plus sûrement et plus promplement.

Ce g septembre ij83. — C'est de Hloupietin, un petit village près (le Prague, au milieu de mon camp, que j'ai le plaisir de vous écrire. J'avoue que les occupations journalières,' que les manœuvres m'y donnent, ne m'ont pas fait compter de m'y occuper tant de la politique, mais la réponse impertinente ^^', je puis la titrer ainsi, que

O Mémoire présenté le i" septembre i jSS par le chargé d'affaires de France au prince de Kaimitz. — Après l'ouverture amicale faite de l'ordre du Roi à M. le comte de Mercy le 16 juin dernier et communiquée ensuite à M. le prince de Kaunitz par le chargé d'affaires de France à Vienne, S. M. aurait pu s'attendre à des explications plus analogues aux dispositions qu'Elle s'était empressée à faire connaître que celles consignées dans la note remise par M. le comte de Mercy le 1 2 du présent mois d'août. Malgré cela , le Roi, fidèle à ses principes de justice, à ses sentiments d'amitié pour l'Empereur et aux liens de toute espèce qui l'unissent à S. M. L, ne balance pas à revenir sur les mêmes objets et à entrer dans les détails que la gravité de la matière et la crise dos circonstances semblent rendre nécessaires. C'est par ces motifs que le Roi offre à l'Empereur les observations que l'écrit remis par M. le comte de Mercy lui donne lieu de faire.

Le Roi se plaît à croire que le vœu de l'Empereur a été et est encore de détourner la guerre qui menace l'orient de l'Europe, et que dans celte vue S. M. 1. n'a omis aucune des représentations amicales qu'Elle a pu se permettre à Saint-Pétersbourg et à Gonstanlinople. C'est même cette confiance dans la sincérité des dispositions de l'Empereur qui a rendu le Roi si longtemps inaccessible à tous les bruits d'un concert étroit qui se formait entre les deux cours impériales, et dont les Turcs devaient être le premier objet direct.

S. M. était d'autant plus rassurée que, dans le piincipe du rétablissement de la

bonne intelligence entre l'Empereur et l'impératrice de Russie, les engagements qui pourraient en résulter devaient être parfaitement innocents; un simple traité d'amitié devait en faire le fondement, chacune des parties contractantes demeurant dans les alliances alors établies. Rien n'autorisait donc à faire présager le renouvellement des anciens engagements dont la notification a été récemment faite et qui , pouvant avoir reçu plus d'étendue, forment un objet réel d'inquiétude pour plus d'une puissance. La sécurité du Roi reçut un nouvel accroissement lorsque dans le courant de l'hiver dernier l'Empereur invita S. M. à se joindre à Lui pour disposer les Turcs à l'adoption de certains articles proposés et exigés de la part de la cour de Russie, comme le terme péremptoire de sa satisfaction.

L'Empereur suit avec quel zèle le Roi s'y est porté et quel a été le succès de leurs offices combinés. Le traité de commerce, signé le mois de juin dernier à Constantinoplc entre la cour de Russie et la Porte Ottomane, que l'on assure être 1res avantageux pour la première, a mis le complément à la satisfaction qu'Elle avait exigée. Le Roi croirait trahir la confiance qu'il a mise si constamment dans la délicatesse de l'Empereur s'il se permettait de penser que, dans le moment même où l'intervention du Roi, provoquée par S. M. L, assurait à la Russie tous les objets de sa satisfaction, l'Empereur aurait eu le moindre indice des prétentions vraiment exorbitantes que cette puissance vient de faire éclater.

Le Roi ne juge point les motifs que l'im-

M. de Vergeniies vient de faire remettre au prince Kaiinilz, et dont celui-ci sans doule vous enverra copie, m'a obligé à expédier ce cour-

pérntrice de Russie a énoncés dans son manifeste; mais S. M. doit à son amitié pour l'Empereur de Lui observer que, puisqu'il n'a eu aucune connaissance des vues ultérieures de la Russie, rien ne peut Lui faire une obligation de les favoriser et de les appuyer à main armée.

Les engagements que les doux cours impériales ont renouvelés entre elles étant purement défensifs, ainsi qu'on en a fait la déclaration, l'Empereur en a rempli tous les devoirs, en procurant à la cour de Russie la satisfaction péremptoire qui devait faire le sceau de sa réconciliation avec la Porte Ottomane et le gage du maintien de la paix; aller plus loin, ce serait donner à ces mêmes engagements un caractère offensif qu'ils n'ont pas et répandre une alarme générale.

Cependant l'Empereur prévoit le cas où Il pourrait être entraîné à prendre part à la guerre. Le Roi n'aperçoit rien qui pourrait amener cette nécessité, et S. M. ne saurait se persuader que S. M. I. , gênée par ses nouveaux liens avec la Russie, ne pouvant plus se montrer comme le défenseur de l'Empire Ottoman, veuille coopérer à sa destruction, et, malgré une paix saintement observée par les Turcs dans des conjonctures séduisantes pour eux, se prévaloir de leur affaiblissement pour leur porter le coup mortel et prendre part à leurs dépouilles.

La considération que l'intérêt de la maison d'Autriche lui conseille de s'étendre en raison de ce que la Russie peut acquérir, serait un exemple funeste, dont cent ans de guerre n'expieraient peut-être pas la fatale erreur. Si la crainte que la puissance russe ne gravite un jour sur la puissance autrichienne, est un titre suflisant pour se compenser aux dépens d'un tiers innocent, ne doit-on pas prévoir que d'autres puissances craignant avec autant de raison que la puissance autrichienne ne gravite à son tour sur la leur, s'autoriseront de l'exemple des

deux cours impériales pour se procurer des accroissements et des compensations aux dépens de qui il appartiendra? Où en serait l'Europe si jamais, ce qu'à Dieu ne plaise! ce monstrueux système venait à s'accréditer? Tous les liens politiques seraient dissous; la sûreté publique serait détruite, et l'Europe n'offrirait bientôt plus qu'un théâtre de troubles et de confusion.

Le Roi craint d'autant moins d'exposer ce tableau aux yeux de l'Empereur, que S. M., toujours fidèle à sa confiance dans les principes magnanimes de ce prince , est bien persuadée qu'il se rappelle sans cesse que leur heureuse union n'a pas moins pour base la conservation de la propriété publique que celle de leurs couronnes.

Le Roi croit remphr les devoirs d'un bon parent, d'un fidèle allié et d'un ami sincère de l'ordre et de la paix , en exposant à l'Empereur franchement et avec la loyauté qui lui est ordinaire, tout ce que la complication des conjonctures présentes peut lui faire prévoir ou appréhender. S. M. se flatte encore que ses représentations ne seront pas infructueuses; mais, si contre son attente, son espoir était encore déçu, Elle ne pourra plus que prendre l'intérêt général et le sien propre pour règle de sa conduite.

Le Roi concevant que l'incertitude du parti que le roi de Prusse pourra prendre peut en jeter sur les résolutions de l'Empereur, S. M. ne perd pas un moment à s'adresser à S. M. Prussienne pour lui proposer un concert tendant à prévenir les malheurs dont l'Europe sera menacée si la guerre s'engage en Turquie. Il serait agréable au Roi de voir l'Empereur partager un soin aussi désintéressé, mais des considérations particulières pouvant y mettre obstacle, le Roi prendra volontiers sur son compte la garantie de tout ce dont il sera raisonnable de convenir pour que l'Empereur puisse sans inquiétude agir pour le bien de la paix et de la justice.

rier avec la réponse qui me paraît d'autant mieux faite que même grammaticalement interrogatw et responsio cnsu consentiunt. J'ai cru bien faire d'écrire une fois au long à la Reine, et d'assez bonne encre, la vraie situation sous laquelle j'envisage toute cette affaire; pour épargner des répétitions, je vous en joins la copie ^''. Vous me ferez plaisir de me marquer l'impression qu'elle aura faite sur ma sœur, et je désirerais que dans un bon moment elle pût la lire au Roi. Je crois qu'il y trouverait des vérités, que personne ne peut et ne veut lui rendre aussi clairement; mais vous engagerez la Reine à ne pas laisser sortir cette lettre hors de ses mains, puisqu'elle est uniquement confidentielle et qu'elle n'en doit compte à personne.

''' Voici les principaux passages de celle lettre, qui est imprimée p. 3o-34 du Recueil de M. d'Arneth, ayant pour titre Marie-Antoiiietle , Joseph U und Leopold :

«Je rends toute la jusiice qui est due à votre cœur et à votre façon de penser, et je sens toute la délicatesse que votre situation exige. Il se peut que les intentions et la volonté, comme vous dites, soient meilleures que la forme et les expressions dont M. de Vergennes se sert , apparemment par ordre du Roi, et il est très bien fait à vous de tâcher de garder l'illusion à ce sujet le plus longtemps possible; mais il n'en est pas de même pour moi, qui ai les intérêts de la monarchie entre les mains et qui dois voir clair dans ce qui l'intéresse

«Depuis Téloignemenl du ministère du duc de Gholseul , la fluctuation qui a existé dans le ministère, les intérêts personnels d'un chacun qui s'y trouvait, le peu de consistance personnelle des individus avaient réduit bientôt plus, bientôt moins, notre alliance à des paroles, à des compliments, à des phrases de la part de la France. Elle a prêté l'oreille très souvent aux calomnies prussiennes et n'a jamais abandonné un instant de se ménager par toutes sortes de cajoleries cet ennemi conjuré et enragé, l'on peut le nommer ainsi, de l'Autriche. La France a fomenté toujours le parti contredisant eu Empire; enfin elle a tout fait, même en n'observant point les engagements les plus solennels lors de la guerre de l'an-

née 1778, et elle s'est même évertuée à diminuer tous les avantages présents et à venir de la maison d'Autriche à la conclusion de la paix de Teschen.

ffElle continue de même et avec bien plus d'énergie encore en ménageant peu les termes dans cette occasion; elle ménage l'impératrice de Russie qui prend trois provinces, et elle s'avise de prendre le haut ton vis-à-vis de moi , crainte que je puisse seulement être dans la possibilité de me procurer également quelque avantage, lorsque je n'ai pas fait la moindre démarche; et tout cela arrive lorsque, de mon côté, j'ai donné les preuves les plus convaincantes, les plus fortes à la France des avantages qu'elle peut retirer seule de mon amitié et de mon alliance.

«La France a augmenté ses Etats par l'acquisition de la Coi'sesans que la moindre jalousie ait été manifestée de la part de l'Autriche, quoique pour nombre de raisons, cette acquisition ait été très préjudiciable aux possessions de la maison d'Autriche et de ses branches eu Italie. Cette dernière guerre avec l'Angleterre, la France aurait-elle pu la faire de même et auraitelle pu en sortir avec les mêmes avantages sans l'exactitude et la sûreté de nos liens? A-t-elle jamais pu entrevoir de ma part la moindre jalousie des avantages qu'elle avait cl de l'abaissement de sa rivale? M'a-t-elle vu du ménagement pour l'Angleterre ou quelque tripotage, dont par nombre d'offres

Je ne puis comprendre quelle mouche pique M. de Vergennes et comment cet liommc, qui a donné tant de preuves de sagesse, puisse voir si mal et avec tant de prévention dans ce moment-ci. Est-il gagné par les Prussiens, ou a-t-il peur dans le ventre du qu'en-dira-t-on des femmes et des fanfarons qui veulent guerroyer à Paris?

J'ai eu les offres les plus avantageuses et les plus belles occasions pour acquérir, sans coup férir même, des provinces turques. Je m'y suis constamment refusé, parce que j'ai préféré la conservation de la paix à tous les avantages et l'existence de la Porte à toutes les acquisitions que je pourrais faire sur elle, si elle venait à être détruite. Mes dispositions sur mes frontières sont celles qui doivent sauver les

qui m'ont été faites, j'aurais eu les plus belles occasions? Est-ce que depuis mon amitié personnelle avec l'impératrice de Russie, elle n'a pas dû s'apercevoir de la différence qu'il y avait dans les démarches de celle dernière vis-à-vis de la cour de France, et de combien la prépondérance autrefois anglaise à Pétersbourg avait diminué; et c'est même peut-être à ce dernier coup porté aux espérances de l'Angleterre qu'elle doit la paix avantageuse qu'elle vient

de conclure

(tLa France vient de sortir d'une guerre avec gloire et avantage; mais ses finances et moyens, pour parler modestement, ont été bien tendus. La marine à laquelle on a pu, à cause de mon alliance, se livrer entièrement, a fait que l'armée de terre et surtout la remonte de la cavalerie a été fort négligée. Le roi de Prusse a soixante-douze ans et la goutte; l'Espagne s'est fait connaître; l'Angleterre, actuellement qu'elle a renoncé à l'Amérique , dans un moment où la France se verrait occupée d'autres objets et d'une guerre de terre, devra naturellement faire tous ses efforts pour que, d'une façon ou l'autre , elle regagne sa prépondérance d'autrefois sur mer, et je pourrais donner même des preuves que celte puissance en est très occupée et qu'elle croit que cet événement, s'il pouvait occasionner un revirement des liaisons, serait un de ces coups de fortune unique qui ont tant de

fois déjà servi l'Angleterre. Le courage d'esprit et la ferme volonté qui fonl toujours trouver des moyens à l'impératrice de Russie doivent être reconnus. Mes arrangements et l'état de mon armée avec ma volonté, qui actuellement seule les guide, me permettent d'attendre les événements et de prendre le parti que je croirai me convenir. Voilà d'importantes choses, ma chère Reine, dont je vous entreliens, et tout ce tableau paraît effiayant pour l'humanité et pour toute l'Europe. Mais, de grâce, demandez le pourquoi de tout cela? Et alors, vous en trouverez le vrai motif, probablement si misérable, qu'il est plutôt risible, car certainement des petites raisons d'intérêt personnel et des inquiétudes causées par les jactances des cafés, dont le roi de Prusse, par différentes voies, est le souffleur, font parler et écrire M. de Vergennes au contresens de sa propre raison et conviction. . . . «Adieu, ma chère sœur, pardonnez la longueur de cette épître à l'intention qui me l'a fait écrire. J'attends avec inie impatience infinie la confirmation de la nouvelle de votre grossesse, et je vous prie, en bonne citoyenne et comme mon amie, de me marquer bien franchement si l'opinion du Roi est telle que parlent les réponses, et surtout la dernière, de M. de Vergennes, àlaquelie j'ai répondu sur le même style, qui n'est pas ordinaire entre amis et alliés qui veulent le rester, n

Turcs, car sans la crainte d'être attaqués par moi conjointement avec l'impératrice de Russie, jamais ils ne souscriront à laisser à cette princesse la jouissance de ce qu'elle a occupé, ce qui m'a paru n'être pas d'un genre assez menaçant pour ne pas vouloir m'attacher l'Impératrice par le service que je lui rends, et pour la détacher du roi de Prusse, dont j'étais sûr que dans le moment il ferait la bévue de sonner le tocsin et de se perdre par là dans l'esprit de l'Impératrice. Mais il ne faut pas que la France fasse de même et me mettre dans le cas d'accepter des offres qu'on est tout prêt de me faire pour me lier avec l'Angleterre.

Je vous dis tout cela, mon cher Comte, avec la confiance que vous me connaissez. Je ne crains point que la France me fasse la guerre; elle y pensera deux fois; mais j'avoue que cette occasion, jointe à plusieurs autres, m'a dévoilé à fond que ses maximes d'État et sa façon de j)enser vis-à-vis de la maison d'Autriche sont toujours les mêmes que du temps de Louis XIV.

Vienne, le la septembre ij83. — Aussi déraisonnable qu'insolent, M. de Vergennes m'a forcé enfin à lui parler d'un ton qui pourra ne pas lui plaire, mais qu'il s'est attiré, et à être un peu plus long que de coutume, parce qu'il a fallu répondre non-seulement aux choses, mais même à plusieurs expressions choquantes et offensantes, qu'il aurait mal fait de se permettre s'il avait eu à faire avec un duc de Modène ou une république de Gênes. L'Empereur, absent encore, a trouvé, à ce qu'il me mande, ma réponse parfaite '^', c'est son expres-

('' Réponse à l'écrit remis le i"' septembre ij83 au prince de Kaunitz par le chargé d'af- Juires de France , le sieur Barthélémy, et relatif aux affaires actuelles entre la Russie et la Porte. — L'Empereur a cru devoir ne point témoifjner la sensation que iui avait faite le mémoire, qui a été remis par ordre du Roi au comte de Mercy le i/i juin dernier, et il serait même bien aise de pouvoir s'en

dispenser encore. Mais comme le Roi lui apprend dans un nouveau mémoire, que le sieur Barthélémy vient de remettre au prince de Kaunitz, qu'il avait trouvé sa réponse peu analogue au mémoire susdit, l'Empereur pense ne plus devoir lui dissimuler que, si telle lui a paru sa réponse, bien moins analogue à toutes les ouvertures les plus Franches et les plus amicales, qui

sion, et il écrit une très longue lettre à la Reine, à ce qu'il croit, en conséquence, mais à laquelle, comme vous verrez sans peine, je n'ai

avaient été faites au Roi de sa part, a dû Ini paraître ie mémoire qui en a été ia suite; attendu qu'il ne lui apprenait aucune des choses sur lesquelles il avait requis le Roi de vouloir bien, en retour de confiance s'expliquer vis-à-vis de lui, et qu'on a cru pouvoir se borner, dans une circonstance aussi critique et aussi décisive, à l'offre d'un concert impossible dans son exécution, et dont d'ailleurs il n'avait jamais été et ne pouvait pas même être question vis-à-vis des liens d'amitié et des engagements défensifs existant entre les deux cours impériales dont l'Empereur venait d'informer S. M. T. C.

L'Empereur, au contraire, dans sa réponse verbale a dit positivement ce qu'il pouvait et ce qu'il se proposait de faire. C'est ce que S. M. T. C. a paru désirer savoir, c'est le but auquel a paru destiné le mémoire en question, et l'Empereur moyennant cela , surtout ce qu'il contenait de relatif à lui et pouvait admettre une réponse de sa part , croit y avoir répondu d'une façon très analogue au sujet. Mais comme S. M. T. C. croit ce nonobstant devoir revenir sur les objets qui ont été traités dans le mémoire du li juin dernier et offrir en conséquence à l'Empereur des observations que l'écrit remis par le comte de Mercy Lui donnait lieu de faire, l'Empereur ne balance pas à y répondre par une suite de ses sentiments d'amitié pour le Roi, et des liens de toute espèce qui l'unissent à S. M. T. C.

L'Empereur a été bien aise d'apprendre que le Roi se plaît à croire aux assurances de ses vœux pour le maintien de la paix, ainsi qu'à la sincérité de tous les soins qu'il a employés jusqu'ici pour cet effet. Il croit même devoir se flatter que S. M. T. C. non seulement se plaît à y croire, mais qu'Elle ne peut pas même se permettre aucun doute à cet égard après les assurances que l'Empereur lui adonnées, et dont il se

serait dispensé sans doute, s'il avait pensé différemment.

Il était conforme par conséquent à l'équité ainsi qu'à la sagesse de S. M. T. C. de ne point se laisser aller aux insinuations contraires qu'on Lui faisait parvenir, et S. M. I. pense qu'en se rappelant que l'empereur Charles VI a déjà été l'allié de la Russie, que feu l'Impératrice-Reine l'a été, et qu'Elle a continué à l'être même longtemps après ses liens heureusement contractés avec la France, rien ne peut autoriser à envisager actuellement comme en droit d'alarmer le renouvellement d'une alliance que ci-devant toute l'Europe a regardée comme la plus naturelle des possibles.

Le Roi a été très fondé aussi à regarder comme une nouvelle preuve de la sincérité des intentions de l'Empereur l'invitation qui Lui a été faite de sa part dans le courant de l'hiver dernier de se joindre à lui pour disposer les Turcs à l'adoption des articles proposés alors par la cour de Russie, comme le terme péremploire de sa satisfaction, attendu qu'il est manifeste que si S. M. I. avait désiré une rupture entre la Russie et la Porte, au lieu d'inviter le Roi à s'employer conjointement avec Elle à contenir les Turcs, Elle aurait dû souhaiter bien plutôt qu'il les excitât. La démarche d'inviter le Roi à ce concours a été conséquemment une nouvelle preuve non équivoque de ses intentions, et il est bien aise moyennant cela que le Roi ail jugé ne devoir se permettre aucun doute à cet égard.

L'Empereur d'ailleurs a communiqué au Roi dans ce temps-là tout ce qui alors était à sa connaissance. Il Lui a communiqué de même depuis les intentions de l'impératrice de Russie relativement à la Crimée, au Kouban et à l'île de Taman, dès qu'Elle les Lui a fait connaître, et il a été bien aise par conséquent d'apprendre que le Roi ne se permettait pas de supposer le contraire. Au demeurant, l'Empereur depuis que

aucune pari. Si vous pouvez empêcher M. de Vergennes et sa cour de faire une sottise, dont à coup sûr elle se mordrait les doigts, mais

la nouvelle lui en est parvenue, et que cette notion même devait lui faire entrevoir la possibilité d'une nouvelle guerre entre la cour impériale de Russie et la Porte Ottomane , n'a fait que ce qu'une juste prévoyance devait l'engager à faire, et que tout État est le maître de faire chez lui, sans qu'il ait aucun compte à en rendre à pereonne. Pour être préparé à tout événement possible , il y a pris les mesures qu'il a jugé propres et nécessaires à cet effet, et par ces mesures il n'a offensé et ne se propose d'offenser personne, tant et aussi longtemps qu'il lui sera possible de persévérer dans son système pacifique. Mais comme il ne s'ensuit pas que les Turcs, malgré la satisfaction qu'ils ont donnée à l'impératrice de Russie sur les articles exigés pendant l'hiver dernier, ne puissent point rompre avec !a Russie pour d'autres sujets, et faire exister par là exactement le cas des engagements défensifs entre les deux cours impériales, il est tout simple que l'Empereur ait prévu des circonstances dans lesquelles il pourrait se trouver dans robligalioii de devoir prendre part à la guerre, et il l'est de même que la guerre, quoique purement défensive, une fois allumée, les puissances belligérantes tentent d'en tirer tout le parti possible, et qu'il s'ensuive pour les unes et pour les autres tout le bien et tout le mal qui pourra en résulter.

Il serait superflu par conséquent, à ce qu'il semble, d'entrer dans les détails qu'exigerait ce que contient l'écrit remis par le sieur Rarthélemy, tant au sujet de l'existence du casus J'œderis , sur lequel il n'est que les contractants qui aient le droit de prononcer, qu'à l'égard du système monstrueux dont il y est fait mention, et l'Ennpereur croit d'autant plus devoir s'en abstenir, qu'il ne pourrait pas se dispenser de se rappeler à cette occasion ce qui est arrivé entre autres à la maison d'Autriche

en plus d'une occasion , en conséquence de principes de cette catégorie, et qu'il lui paraît plus convenable d'ensevelir dans l'oubli que de relever.

L'Empereur a reçu d'ailleurs en bon ami et en bon allié ce que la confiance du Roi dans ses principes L'a engagé à lui exposer. 11 n'a jamais oublié et n'oubliera jamais que son heureuse union avec S. M. T. C. n'a pas moins pour base la conservation de la propriété publique que celle de leurs couronnes, et certainement il en remplira tous les devoirs avec la plus grande exactitude, toutes et quantes fois que cela ne sera pas aussi impossible que le serait l'idée de l'engager à rompre avec l'impératrice de Russie, et de La mettre par là en droit de l'attaquer dans ses propres États conjointement avec son allié le roi de Prusse et peut-être même par un concert, au moins pour un temps, nullement impossible avec la Porte Ottomane.

Attendu donc l'absurdité manifeste de pareille idée, dès que de sang-froid on se met à sa place, l'Empereur, après tout ce que ci-dessus, est dans le cas de devoir se borner à assurer S. M. T. C. qu'EUe trouvera toujours en lui, aussi longtemps qu'il Lui plaira, l'allié le plus fidèle et l'ami le plus sincère, l'intérêt réciproque et manifeste de sou alliance, avec le Roi, qui lui semble en rendre la durée éternelle, s'il se peut , très désirable , en faisant l'objet de tous ses vœux. Il ne se permet pas même de douter que le Roi ne pense parfaitement de même à cet égard. Mais comme néanmoins S. M. T. C. a jugé à propos de lui déclarer que si les représentations qu'ElIe a trouvé bon de lui faire de préférence à l'impératrice de Russie, que l'objet regarde cependant bien plus immédiatement, étaient infiuctueuses, et que, si contre son attente, son espoir était déçu. Elle ne pourra plus que prendre l'intérêt général et le sien propre pour règle de sa con-

trop tard, vous leur rendrez un grand service. Surtout empêchez que la Reine ne donne ni ne laisse prendre copie de la lettre de l'Empereur, à qui que ce soit, et que pour cet effet Elle ne la laisse en mains ni au Roi ni à M. de Vergennes, sauf à la leur laisser lire en sa présence, tant qu'ils voudront, si Elle le juge à propos et que ce soit votre avis. Ayez soin surtout, si on s'avisait de prendre le haut ton et de vouloir nous intimider, de le prendre plus haut qu'eux en ce cas, et de leur faire sentir que leur infidélité à la longue au moins pourrait leur coûter plus cher qu'à nous. J'attendrai de vos nouvelles sur ceci pour vous en dire davantage, et je vous emhrassc pour aujourd'hui à la hâte, mon cher Comte, du fond du cœur.

Vienne, le a8 septembre ij83. — J'attends avec impatience, mon cher Comte, l'arrivée du courrier, par lequel vous nous apprendrez la façon dont vous aurez exécuté les ordres qui vous ont été adressés par le dernier qui vous a été dépêché, ainsi que ce qui en aura résulté, et jusque-là je crois devoir suspendre tout ce que je pourrais vous dire ultérieurement sur la conduite aussi indécente qu'incompréhensible du ministre français à notre égard, témoin entre autres ce que je vous mande aujourd'hui d'office des propos de M. d'Adhémar vis-à-vis de M. Fox'^^, que M. de Vergennes cependant aurait dû

duile, l'Empereur de son côlé croit ne pas devoir Lui dissimuler qu'en ce cas, qu'il veut bien espérer cependant ne devoir jamais exister, il ne pourrait plus également de son côté que prendre l'intérêt général et le sien propre pour règle de sa conduite.

L'Empereur ne peut s'en rapporter au reste qu'au propre jugement de S. M. T. C. des suites que pourra avoir la démarche qu'EUe a jugé à propos de faire vis-à-vis de S. M. Prussienne, ainsi que sur l'espèce de concert analogue à ses engagements avec la Russie, auquel ce prince croira pouvoir donner les mains.

L'Empereur de son côté n'en connaît

point de compatible ni avec sa propre sûreté ni avec les liens d'amitié et les engagements défensii's qui l'unissent à l'impérati'ice de Russie, et il ne peut par conséquent que se borner à des vœux bien sincères pour le maintien de la paix, et aux assurances réitérées qu'il continuera avec zèle à y contribuer de tout son pouvoir.

'') Les insinuations du comte d'Adhémar à M. Fox avaient été révélées par le ministre anglais an cabinet de Saint-Pétersbourg qui s'était empressé d'en faire part au prince de Kaunitz. A plusieurs reprises, M. d'Adhémar avait fait entendre à M. Fox que l'impératrice de Russie se

MERGY A JOSEPH II

sentir ne pas être payé pour lui en garder le secret, ainsi au contraire. C'est le comble de l'ineptie de faire tout ce que l'on peut pour se brouiller avec nous, pour rester vis-à-vis de rien et bien pis, attendu que M. de Vergennes devrait penser que, s'il nous y force, nous pourrions faire payer bien cher à la France l'énorme sottise qu'elle aura faite en abandonnant notre alliance. Car comme vous comprenez bien, nous ne manquerons pas de moyens de toute espèce. Enfin il faudra voir si la démence pourra aller jusque-là. Heureusement nous pouvons attendre tranquillement l'événement, car nous sommes en mesure, nous avons de grands moyens en nous-mêmes; et vis-à-vis de quiconque nous le voudrons bien, nous ne manquerons pas d'être reçus à bras ouverts. Proxime plura.

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