MERGY À JOSEPH II
Paris, i8 mars lySi. — Les très gracieux ordres de V. M. en date du II m'ont été remis le 1 1 par le garde-noble qui en était porteur, et la lettre adressée à la Reine lui est parvenue le même jour ^^1
M'étant réservé la journée du 12 pour méditer sur les objets d'affaires, le mardi i3, jour ordinaire des conférences, je me suis rendu à Versailles et m'y suis acquitté des communications qu'il m'était enjoint de faire aux ministres français. Ma dépêche d'office contenant tous les détails relatifs à la matière ^-\ je crois devoir me borner à mettre très humblement sous les yeux de V. M. quelques remarques qui s'y rapportent.
Malgré le langage assez confidentiel et amical des comtes de Maurepas et de Vergennes, je n'ai pas le moindre doute à leur regret de voir renouveler une liaison plus intime entre V. M. et la Russie. On a toujours été ici un peu offusqué de cette alliance; elle ne convient pas au désir que l'on a de primer partout, et elle réveillera quelques craintes sur le sort futur de la Porte Ottomane; mais ces spéculations qui ne egardent que l'avenir ne semblent pas pouvoir influer sur les
sur ces néji[Ociations le volume de M. d'Arneth intitulé Joseph II und Katharina von Russland, Ihr Briefwechsel (Wien, 1869, in-8°.)
('^ Cette lettre manque.
(^^ Le 1 3 mars , M. de Mercy mit le comte de Vergennes au courant des négociations engagées depuis plusieurs mois déjà par l'Empereur, afin de conclure un traité d'alliance avec la Russie. Il se livra à toutes sortes de considérations et de protestations pour tâcher de convaincre le ministre que cette nouvelle liaison ne pouvait en lien affaiblir l'alliance entre la France et l'Autriclie, que la cour de Vienne regardait comme la base de sa politique. M. de Vergennes écouta M. de Mercy avec la plus grande attention sans laisser percer la moindre trace d'étonnement, d'inquiétude ou de niécontenlenient. Il dit à M. de Mercy
qu'il lui répondrait avec autant de franchise et de confiance, et il lui avoua que déjà depuis plusieurs jours il avait connaissance des négociations engagées à Pétersbourg par le ministre de l'Empereur; que le 1 1 de ce mois il avait donné, sur sa demande, une audience spéciale au baron de Goltz, qui lui avait aussi signalé ces négociations, en les lui représentant sous les couleurs les plus sombres et en ajoutant que le Roi, son maître, savait de source absolument sûre que l'Empereur avait l'intention d'imposer à la Russie l'entrée du roi de la Grande- Rrelagne dans la future alliance, comme une partie contractante. Mais le comte de Vergennes, absolument certain que les dernières instructions reçues par le baron de Goltz ne contenaient rien sur ce prétendu projet de l'Empereur, qui n'était qu'une invention du ministre prussien, s'était borné
MERCY À JOSEPH II
objets présents, lesquels, par autant que la France doit y entrer, paraissent se disposer favorablement aux intérêts et aux vues de V. M. Si les circonstances admettent une médiation, la manière dont on vient de s'expliquer sur ce point est de nature à ne plus pouvoir tergiverser. J'aperçois évidemment que les machinations prussiennes se discréditent ici journellement davantage, et ce qui est aussi essentiel, c'est que l'on me parle avec plus d'ouverture des petits doutes passagers qui reviennent rarement sur les sentiments de V. M. envers l'Angleterre. Sa très gracieuse lettre m'a donné de nouveaux moyens de tranquilliser les esprits à cet égard, et j'en ai tiré un parti très utile.
En résumant ces différents objets, il est certain que depuis quelques semaines le service de V. M. se remplit ici avec plus de facilité et de succès; et je dois rendre cet hommage à la Reine qu'Elie y a beaucoup contribué par le zèle et la suite avec lesquels Elle s'est prêtée aux observations que je Lui ai exposées dans le temps. Cette auguste princesse a été enchantée de la dernière lettre de V. M., et Elle a voulu la montrer au Roi, J'ai supplié qu'en ce cas Elle ne la Lui laissât pas entre les mains, parce qu'il m'a paru que ces lettres confidentielles ne doivent point être exposées à l'inspection et aux commentaires des ministres. La Reine se plaint du peu d'intérêt et d'attention que le Roi met aux affaires; le comte de Maurepas pourrait être soupçonné de
à le remercier et à lui répondre que cette participation de l'Angleterre paraissait invraisemblable, car la Russie s'était toujours montrée très attentive à respecter son système de neutralité.
En réponse à celte communication confidentielle, M. de Mercy répéta plusieurs fois l'assurance que cette nouvelle alliance ne pourrait affaiblir en rien l'alliance entre l'Empereur et le Roi Très Chrétien, qu'au contraire l'Empereur pourrait user de sa liaison avec la Russie pour, dans la médiation commune, rendre à la France tous les services en son pouvoir. M. de Verjfcnm's remercia vivement M. de Mercy; mais bien que dans tout le cours de l'entretien le ministre n'eût rien laissé voir de ses senlimenlssin- celte nouvelle alliance, l'ambassadeur croyait pouvoir affirmer que la
France en avait un vif déplaisir. Cependant M. de Vergennes, sans doute pour le rassurer, avait témoigné à M. de Mercy la plus grande confiance. 11 avait paru désirer plus vivement que d'habitude la prompte conclusion de la paix avec l'Angleterre et avait dit qu'il avait le plus grand espoir dans l'intervention amicale de l'Empereur. Il s'était exprimé avec un vrai mépris sur les inventions méchantes et sur les calomnies du roi de Prusse, qu'il attribuait en grande partie aux faux rapports de ses ministres , qui le trompaient et le conduisaient à des démarches exagérées. Par exemple, il savait, lui Vergennes, de source certaine, que le baron de Goitz avait expédié, sur son dernier entretien avec lui un rapport aussi faux que ridicule. {Mercy à Kuunilz, dépêche d'office du i8 mars 1781.)
donner lieu à cet inconvénient. J'ai représenté que personne n'était plus à portée d'y remédier que la Reine elle-même; j'en ai montré les moyens ainsi que les avantages.
V. M. apprendra par la Reine la confirmation de sa grossesse; le second terme étant passé maintenant, il ne reste plus de doute sur cette heureuse circonstance.
Le directeur général des finances, Necker, a été très respectueusement pénétré de ce que V. M. a daigné agréer son compte rendu au Roi; il a donné en même temps un juste tribut d'admiration aux remarques et au projet queV. M. s'est proposé sur cette matière. Jusqu'à présent, l'ouvrage de ce directeur général n'a encore été attaqué que par quelques misérables sarcasmes que la police a d'abord supprimés, quoiqu'ils n'en valussent pas la peine. Les personnes impartiales et instruites présument qu'il ne paraîtra pas de critique fondée d'un ouvrage dont le succès général est assez constaté par l'effet extraordinaire qu'il a produit sur le crédit à l'occasion du dernier emprunt.
Le comte de Vergennes ne pouvait sans doute regarder que comme très absurde l'idée du cabinet de Berlin de tâcher d'être compris en commun dans le traité d'alliance des deux cours impériales, puisque le roi de Prusse est déjà et reste l'allié de la Russie. Quant à la France, sans qu'elle cherche peut-être à accéder au traité susdit, il serait possible qu'elle songeât à d'autres moyens particuliers de former quelques liaisons avec la cour de Pétersbourg, et je soupçonne depuis bien longtemps que l'on en médite ici le projet.
Vienne, ce 6 avril ij8i. — Mon cher comte Mercy, en vous joignant ici ma lettre pour la Reine ^'>, je ne puis pour aujourd'hui vous donner aucune nouvelle bien intéressante. J'attends encore un courrier de Pétersbourg avant que de pouvoir annoncer quelque chose de positif au sujet de la médiation. Je me flatte néanmoins que l'on
'') Celle lellre manque.
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verra, si on veut être juste et ne pas fermer les yeux de l'intellect, ma façon de penser sur la différence que je mets entre les intérêts de la France et ceux de l'Angleterre.
La grossesse décidée de la Reine me fait le plus grand plaisir, d'autant plus que cela peut et doit essentiellement contribuer à son bonheur si Elle en sait faire usage.