‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiée (volume 2)Chapitre 32 sur 65 · MERCY À JOSEPH II · texte numérisé non relu

MERCY À JOSEPH II

Paris^ 10 novembre ij83. — Je regrette infiniment que les très gracieux ordres de V. M. I., relatifs à une emplette de chevaux, ne me soient pas arrivés au commencement d'octobre, temps où les remontes arrivent de Normandie. Ce qu'elles avaient de meilleur sera déjà en partie enlevé, mais je vais prendre toutes les mesures imaginables pour suppléer à cet inconvénient.

Le nommé Pecquet est absent d'ici pour huit ou dix jours; en attendant son retour, je vais voir d'autres marchands, pour m'assurer d'abord de l'état de leurs écuries.

Les maquignons sont certainement ici plus fripons que nulle part, et le service de V. M. courrait trop les risques d'être compromis, si, sur la parole de ces maquignons, j'arrêtais ici des achats avec eux, au lieu qu'en les chargeant de conduire des chevaux à leurs risques et périls, ils les vendront à la vérité un peu plus cher, mais les écuyers de V. M. auront le choix et les moyens de s'assurer de la qualité des chevaux.

Je ferai d'abord un prix pour le voyage de chaque cheval, en cas d'achat; la désignation delà taille et autres propriétés énoncées seront bien expliquées; mais il sera presque impossible qu'avant quinze jours ou trois semaines, je sois en état de rendre un très humble compte final sur cet objet. J'y mettrai tous les soins et l'activité que je dois et que me prescrit mon zèle pour le meilleur service possible de V. M. Je crains aussi les rigueurs d'une saison avancée et les risques auxquels elle expose les jeunes chevaux, pendant un long voyage; peut-être que les maquignons ne voudront l'entreprendre qu'à l'ouverture du printemps prochain ; mes premiers très humbles rapports exposeront ce qui en sera à cet égard.

P. S. A l'instant où , suivant les intentions de la Reine , j'allais partir de Fontainebleau, un garde-noble dépêché en Espagne m'a apporté le 6 à 9 heures du soir, les très gracieux ordres de V. M. I. , datés du 3o octobre. Il était trop tard pour que j'allasse présenter moimême la lettre adressée à la Reine, mais je la Lui fis parvenir sur-lechamp avec un très humble billet de ma part.

V. M. daignera voir dans ma dépêche d'office, comment j'eus encore le même soir occasion de faire usage auprès du comte de Vergennes de ce qu'il m'était enjoint de lui communiquer.

Je présume et j'espère que le marquis de Noailles aura une conduite mesurée sur le désir et le besoin de se concilier la bienveillance de la Reine; il n'est pas parti, sans savoir ce qu'il risquerait à en agir autrement.

Relativement au chiffre que V. M. daigne m'envoyer, je dois observer très humblement qu'il y a ici, dans le bureau du baron d'Ogny, des déchiffreurs d'une habileté à laquelle rien n'échappe en ce genre. L'indiscrétion française m'a donné lieu à avoir presque certitude entière sur ce fait; cela m'a toujours retenu de faire usage des chiffres et c'est ce qui rend mes rapports par la poste si arides; je ferai cependant ce qu'un ordre réitéré m'enjoindra à cet égard.

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