‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiée (volume 2)Chapitre 33 sur 65 · MERCY A JOSEPH IL · texte numérisé non relu

MERCY A JOSEPH IL

Paris, 10 novembre iy83. — Les très gracieux ordres de V. M. L, datés du i ^ octobre, m'ont été remis à Fontainebleau, le 3o du même mois au matin, et je me rendis sur-le-champ au château pour présenter à la Reine la lettre qui lui était adressée. Après en avoir fait lecture, Elle daigna me la communiquer et marqua la plus grande satisfaction de son contenu. D'abord, la Reine en revint à la remarque à laquelle Elle incline le plus, qui est de voir les choses sous des aspects satisfaisants, de croire la confiance rétablie et tout aplani. J'observai que la lettre de V. M. en marquait assez le désir de sa part, mais je fis voir par la manière de s'expliquer qu'EUe était un peu fatiguée des inconséquences, des jalousies, des soupçons dont on a donné ici de si fréquentes preuves, et qu'il fallait du temps et beaucoup de suite dans les procédés pour effacer tant de torts. Je fis porter principalement ces réflexions sur ce qui a trait aux manœuvres du roi de Prusse, et j'ajoutai que relativement à cet article, on ne me paraissait pas ici, même actuellement, exempt de reproches. La Reine m'assura que d'après le langage du Roi et de ses ministres, qu'Elle sondait de temps à autre sur ce point, Elle était moralement assurée qu'il n'y avait rien

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de sërieux ni d'essentiel dans le petit agiotage politique du comte de Vergennes avec la cour de Berlin. J'excitai beaucoup la Reine à y regarder de plus près et à confier directement à V. M. ce qu'Elle aurait lieu d'apercevoir à cet égard. Elle s'y engagea en daignant me dire que si Elle faisait quelque découverte, Elle le manderait par ce courrier ^^': mais l'accident arrivé le 2 de ce mois a suspendu tout moyen d'attention et de démarche de la part de la Reine sur pareilles matières. Le courrier français dépêché par ordre du Roi le 3 , et qui a porté à V. M. une lettre de la Reine, me dispense de rappeler ici les détails de cet événement, auquel trop peu de ménagements a donné lieu, mais qui heureusement n'a pas eu d'autres suites fâcheuses, la Reine se retrouvant dans son état de santé ordinaire.

J'éviterai de répéter ici ce que ma dépêche d'office expose très humblement à V. M., soit sur le roi de Prusse, soit sur les apparences du retour du comte de Vergennes à une conduite plus raisonnable ^^l

'■> Le 3o octobre, M. de Mercy fit connaître à la Reine les instructions qu'il avait reçues le matin et l'entretien qu'il venait d'avoir avec M. de Vergennes. Mais les distractions extraordinaires que le séjour de Fontainebleau offrait à S. M. l'empêchèrent de donner à l'ambassadeur toute l'attention qu'il aurait désirée et que l'importance du sujet aurait méritée. La Reine assura M. de Mercy que soit dans ses conversations confidentielles avec son mari , soit dans les divers entretiens qu'Elle avait eus de temps en temps avec les minisires, Elle n'avait pas découvert la moindre trace d'une entente dangereuse entre le cabinet de Versailles avec le roi de Prusse. Elle voulait même soutenir comme une vérité certaine qu'on n'était pas content de ce roi. Ensuite Elle parla de la complète impossibilité où se trouvait la France de penser à la guerre. A l'appui de cette opinion Elle cita la crise financière vraiment effrayante qui sévissait en ce moment. Cependant , M. de Mercy n'en pensait pas moins que le cabinet de Versailles pouvait avoir noué quelques intrigues avec le roi de Prusse et il supplia la Reine de scruter avec soin les idées de son mari sur cette importante

question. Elle le promit volontiers, mais en ajoutant que, comme cette recherche dépendait du temps et des occasions, M. do Mercy ne pourrait peut-être pas en attendre le résultat à Fontainebleau, auquel cas Elle l'écrirait Elle-même à l'Empereur.

(Dépêche d'office du comte de IMercy du ro novembre 1788.)

'^) Le 3o octobre, M. de Mercy eut avec M. de Vergennes une longue conférence.

L'ambassadeur impérial commença par établir qu'il était très peu probable que le cabinet de Versailles pût faire accepter par la Russie ses propositions de conciliation et encore moins vraisemblable qu'il réussît jamais à reconsolider l'Empire Ottoman.

11 entra ensuite dans de longs raisonnements sur la marche des armées russes dans la dernière guerre d'Orient, sur les préparatifs bien plus considérables que l'Impératrice venait de faire, sur le renouvellement de l'alliance défensive entre les deux cours de Vienne et de Pétersbourg, sur les mesures militaires que par suite l'Empereur avait dû prendre le long dos frontières turques et sur la possibilité d'événements qui pourraient forcer l'Empereur à reconnaître le casus fœdevis

V. M. daignera voir qu'il m'a formellement nié l'existence d'un concert réel avec la cour de Berlin. Ce n'est pas sans doute sur cette périlleuse parole qu'il y aurait beaucoup à compter, mais les observations suivantes pourraient en rendre la vérité assez vraisemblable.

Depuis le moment de la paix il n'a cessé de se manifester ici des plaies profondes et des embarras d'autant plus graves que les personnages, qui par leurs places se trouvent proposés pour y porter remède, en sont à tous égards et manifestement reconnus incapables. Leur désunion ajoute encore à l'inconvénient de leur insuffisance, et on peut dire que dans tous les départements, il ne se fait presque pas une opération qui ne soit une faute dont l'effet ne soit immédiatement ressenti.

Malgré cet état actuel des choses, qui n'est visiblement occasionné que par l'ineptie des gens en place, la monarchie offre tant et de si grandes ressources , que tout se trouverait promptement et facilement dans l'ordre, si l'autorité était remise entre les mains d'un homme capable, mais on peut moralement s'assurer qu'un tel homme ne sera

réclamé par la Russie. M. de Vergennes répliqua que ces considérations formaient le fond de la dépêche qu'il avait envoyée le 10 octobre à !M. de Saint-Priest el il déclara que rien n'était plus propre à maintenir la Porte dans des idées pacifiques que les énormes préparatifs de guerre faits par l'Empereur sur les frontières ottomanes. Là-dessus, M. de Mercy développa cet argument, fourni par le prince de Kaunitz, que le pire ennemi de la Porte serait celui qui lui conseillerait de risquer le tout dans l'espoir très incertain de sauver une partie de ses possessions. Et il ajouta comme une réflexion venant de lui-même : «Ce n'est pas le moment le plus favorable, monsieur le Comte, pour vous expliquer le sens de ces dernières phrases; mais iin temps viendra peiit-e'tre où vous connaîtrez à fond ceux avec lesquels vous pouvez avoir à faire dans ce moment-ci et alors le sens des phrases susdites s'expliquera de lui-même. v

M. de Vergennes répondit au comte de Mercy qu'il le comprenait très bien. Dans ces derniers temps, il avait même eu des

motifs de soupçonner le roi de Prusse d'avoir conseillé à la Porte de résister et de demander aide et secours à la France; mais il avait tout de suite enjoint à M. de Saint- Priest de rejeter nettement et sur-le-champ toute demande qui lui serait faite en ce sens. Il déclara qu'entre le cabinet de Versailles et celui de Berlin il n'y avait rien eu de plus que ce qu'il avait confié à M. de Mercy. Il pouvait lui donner l'assurance la plus formelle qu'il avait toujours été intimement persuadé et que cette conviction n'avait jamais été ébranlée, même un instant, qu'entre toutes les alliances possibles on ne pouvait en imaginer une seule qui fût plus essentiellement convenable el plus utile à l'une et à l'autre partie contractante que celle qui existait entre les deux cours de Versailles et de Vienne, tant que celte alliance aurait pour base et objet notre convenance , notre sûreté commune et celle de tout le monde.

M. de Mercy, tout en louant comme il convenait cette profession de foi, en profita pour entrer dans de longues considérations

NATIOS.AIP.

dbs longtemps ni cherché ni reconnu nécessaire. D'ailleurs, quand on en trouverait un, il est plus que probable qu'à moins de lui accorder, pour première condition, une refonte générale de tout le ministère, un pareil homme, connaissant le local, ne se résoudrait jamais à travailler avec des coopérateurs qui lui rendraient toute bonne besogne absolument impossible. Indépendamment de cela, il est reconnu que le Roi craint les gens de génie; c'est ce qui pour la finance a donné exclusion absolue à M. Necker, qu'un cri général de la nation, dans les provinces les plus reculées, redemandait. C'est aussi par la même raison que l'archevêque de Toulouse est tenu à l'écart, et il en sera de même de tous les personnages de cette trempe.

Le public est indigné de voir pour chef de la justice un homme comme le présent garde des sceaux, qui est aussi vilipendé et taré qu'il est ignorant et fourbe. Ce même homme est cependant établi comme principal membre du comité suprême, qui décide de toute la finance de l'Etat et de la majeure partie de l'administration du Gouvernement.

sur Texistence précaire qu'aurait désormais i'Empire Ottoman et sur sa chute inévitable à plus ou moins bref délai. Il conclut en disant que ce serait folie de s'en remettre au hasard sur les suites d'une telle catastrophe et que la prudence politique exigeait que dès maintenant, quand il en était encore temps, on s'entendît sur les moyens à prendre pour rendre le moins nuisible possible un malheur inévitable.

M. de Vergennes écouta ce raisonnement avec le plus grand calme; il répondit qu'il était absolument nécessaire que toute l'Europe s'employât à éviter encore cette foisci la révolution qui la menaçait; mais il ajouta qu'il ne pouvait pas faire autrement que donner son approbation aux considérations que M. de Mercy venait de développer, car elles présentaient l'avenir sous le jour le plus vraisemblable; il ajouta qu'il s'était entretenu à plusieurs reprises de cette question axec le Roi et que son maître était prêt à s'entendre en bon allié avec l'Empereur sur les moyens à adopter pour parer aux conséquences fâcheuses que

cette catastrophe pourrait avoir pour les cours alliées. II déclara que la Russie paraissait possédée d'un tel désir d'acquérir, qu'elle pouvait bien se tromper grossièrement dans son système d'agrandissement à l'avenir; caries défauts physiques et moraux de cette puissance étaient tels que si elle réussissait à étendre ses limites trop loin elle déterminerait infailliblement sa ruine par cela même, i^ Enfin, dit-il, en propres termes, si la Russie parvenait à s'approprier la partie européenne de l'Empire turc, je vous prédis que dans un siècle la maison d'Auliiche régnerait à Constantinople.n

M. de Mercy répondit en souriant à M. de Vergennes que les calculs politiques de la cour de Vienne étaient bien différents des siens; que dans les circonstances présentes elle ne s'occupait pas d'objets si lointains et certainement fort invraisemblables; mais qu'elle était tout entière aux soins qu'exigeait sa conservation, qui méritait toute son attention. (Dépêche (l'office du comte de Mercy du 10 novembre 1783.)

M. de Vergennes, qui depuis quelque temps donne lieu à le soupçonner d'être un ambitieux timide, marque de plus une avidité qu'il satisfait sans bruit ni éclat. Il veut ménager tout le monde, pour n'être pas troublé dans son petit système, et, se mêlant de tout, il ne fait absolument rien, si ce n'est peut-être dans la politique. Il est attaqué vivement par MM. de Castries et de Ségur: il les craint, et cette guerre ministérielle prévaut à tout autre soin.

M. de Castries jette les bauts cris sur les trois cents millions de dettes de la marine, qu'il s'agira de payer dans l'année prochaine, et ses clameurs assez publiques sur l'état des finances et sur ceux qui les dirigent, augmentent encore la crainte des particuliers, font resserrer l'argent des capitalistes, et ajoutent au discrédit général.

On a eu recours à l'expédient accoutumé en pareils cas, qui est de changer le ministre de la finance. Le sieur de Galonné, à qui cette place est confiée, la reçoit sous les plus mauvais auspices; on lui accorde de l'esprit, mais on ne peut être plus taré dans l'opinion publique, qu'il ne l'est du côté du caractère, de la probité, et les parlements lui sont contraires à la suite d'anciens démêlés qu'il a eus avec eux. La Reine ne s'est aucunement mêlée de ce choix (''.

^" Cette affirmation de M. de i\Iercy semble n'être pas exacte et il est probable que l'ambassadeur, ordinairement si bien informé sur ce qui louclie la Reine , ignora complètement les circonstances de la nomination de M. de Galonné, proposée le .3i octobre et décidée le lendemain. Cette mise en défaut de la surveillance si active de M. de Mercy s'explique aisément. Il avait bien eu le 3 o octobre une conférence importante avec M. de Vergennes et un long entretien avec la Reine sur les affaires d'Orient, sur les intrigues du roi de Prusse et sur la crise financière; mais ce jour-là, il n'était pas encore question de la disgrâce du contrôleur général d'Ormcsson et par conséquent Marie-Antoinette n'eut pas à parler à M. de Mercy du cboix du nouveau ministre des finances.

La veille de la Toussaint, l'ambassadeur impérial eut à préparer son retour à Paris pour les premiers jours de novembre

afin de pouvoir s'occuper plus à l'aise de l'expédition du courrier mensuel. A Fontainebleau, il n'avait pu trouver une maison assez vaste pour y installer pendant ce séjour toute sa cbancellerie; en outre, la température bumide lui occasionnait de fréquentes attaques de rbumatisme; enfin pour éviter l'encombrement de la route dans les derniers jours qui précédaient le retour de la cour à Versailles, il voulait partir de bonne heure, en même temps que la plupart des ministres étrangers. Le i" novembre, la Reine, toute à ses devoirs de représentation, ne put certainement pas s'entretenir en particulier avec M. de Mei'cy. Dans la nuit du i" au a , elle fut prise de douleurs qui se terminèrent par une fausse coucbe la nuit suivante. Et c'est seulement le 6 qu'elle put donner à M. de Mercy quelques instants qui se passèrent à parler de la politique extérieure. Ainsi M. de Mercy n'eut pas l'occasion de causer avec sa mai-

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Les mouvoments que se donne le maréchal de Ségur pour compléter l'armée de terre, n'aboutissent dans le fond cju'à la remettre sur le pied où elle était avant la dernière guerre. Le militaire est mécontent du ministre et on le tient pour incapable de remplir sa place. En résumant l'ensemble de cette légère esquisse, elle pourrait n'être pas inutile aux combinaisons présentes et à venir, mais elle semble surtout indiquer qu'un gouvernement qui se trouve dans une position

tresse de la nomination de Galonné. Il aurait dû être renseigné par l'abbé de Verniond; mais le cliangement du ministre des finances se fit si vile qu'il est vraisemblable que la Reine eut toule facilité de caclier son intervention à l'abbé afin d'éviter les reprocbes de ce confident très hostile à M"'" de Polignac et à sa société, dont l'élévation de Galonné était l'œuvre.

Il est vrai que M""' Gampan prétend que dès cette époque la Reine élait hostile à Galonné; elle s'exprime en ces termes : «Les amis de la Reine, réunis en ce moment au comte d'Artois et par je ne sais quel molil' à M. de Vergennes, firent nommer M. de Galonné, l.a Reine en eut ini déplaisir extrême.» {Mémoires, t. I, p. 261t.) Mais on a démontré que le témoignage de M"'" Gampan est sans valeur historique et qu'on ne doit tenir aucun compte des confidences, qu'elle dit avoir reçues de la Reine, dans le but de faire croire qu'elle possédait la confiance de sa maîtresse.

Nous avons d'adleurs deux autorités décisives sur cette question.

Le baron de Besenval, qni était un des amis intimes de M"" de Polignac et le confident du comte d'Artois, rapporte que tcM. de Galonné qui avait pour lui son oncle Bourgade, tous les d'Harvelay, mais surtout M. de Vaudreuil et par conséquent M '""de Polignac, l'emporta sur son concurrent, AI. Foulon. 75 ( Mémoires , éd. de 1 8a i , t. Il, p. i?i(), et aussi t. I, p. 3(j/j.)

Le i'ermier j;énéral Augeard est bien plus explicite et on doit le croire; car il lut direclemeiil mêlé à toute l'intrigue.

Augeard appartenait à la fois à la finance et à la robe. Très lié avec M. de Maurepas, il avait été son conseiller secret en matières financières; il était en étroites relations avec M. de Galonné, M. de Vergennes et leurs amis les d'Harvelay. M. d'Harvelay occupait les fonctions lucratives de garde du Trésor royal; il était beau-frère du célèbre banquier de Laborde, et sa femme, fille de M"'" Nettine, de Bruxelles, était depuis longtemps déjà l'amie de M. de Galonné qu'elle épousa quelques années plus tard. Très attaché à la Reine, dont il était l'un des deux secrétaires des commandements depuis 1777, Augeard lui donna do nombreuses preuves de dévouement, surtout au début de la Révolution et dans ses Mémoires il lui est très favorable. Quoique très passionné et très niélé aux intrigues de celte époque, Augeard est très véridique et ses Mémoires sont de ceux qui résistent le mieux au contrôle des lettres contemporaines d'authenticité certaine et des dépèches diplomatiques. Publiés d'après le manuscrit autographe seulement en i86(), leur rédaction est antérieure à la divulgation de la plupart des mémoires sur cette époque et spécialement de ceux du baron de Besenval qui parurent au mois d'août i8o5; Augeard était mort le 3o mars i8o5. G'est donc un témoignage indépendant et d'une autorité indéniable.

Augeard rapporte que le vendredi 3i octobre 1783 il eut une entrevue avec M. de Vergennes, en sa (pialité de chef du Gonseil des finances, à propos d'un arrêt qui portait cassation du bail des fermes générales. M. de Vergennes reconnut qu'il fallait

aussi gênée et critique, ne peut guère hasarder à roni|)re un système dont il a éprouvé Futilité, pour tenter des aventures périlleuses en se liant trop avec une cour telle que celle de Berlin, dont la politique est aussi décriée que reconnue.

En remettant ici très huuiblement les deux pièces de la correspondance prussienne, dont un paquet m'est arrivé par le garde-noble dépêché en Espagne, et les deux autres pièces par le présent gardenoble, je n'ai à faire sur ces deux dernières qu'une observation qui

changer tout de suite le contrôleur général des luiances ; mais il ne voulait pas entendre parler de M. de Galonné. Cependant quelques moments après, tout en refusant à M. d'Harvelay de proposer M. de Galonné au Roi, M. de Vergennes promit de ne pas s'opposer à sa nomination si elle était demandée par d'autres. trM. d'Harvelay courut chez M'"" de Poiignac qui protégeait M. de Galonné, pour l'avertir do ne point compter du tout sur M. de Vergennes et de lier sa partie d'une autre manière. Elle s'adressa au baron de Breteuil qui monta avec elle chez la Reine, le même jour vendredi et y entama la négociation pour Galonné. Ils trouvèrent d'abord la Reine très récalcitrante; elle les remit au lendemain samedi à la même heure, pour en conférer avec le Roi, et enfin ce jour-là, après bien des débals, ils obtinrent de Leurs Majestés une nomination d'où devait résulter un jour la destruction totale de leur royaume et ensuite la leur sur un échafaud. Cette princesse n'a pas été un mois sans se repentir de ce choix malheureux; elle ne s'est jamais pardonné cette futaie condescendance. Le baron de Breteuil ne fut pas plus de temps à ouvrir les yeux ainsi que moi. Je paitis le jour même de Fontainebleau, quoique malade. A mon arrivée à Paris, je fis avertir Galonné par mon valet de chambre de passer chez moi; je lui appris de mon lit sa nomination qu'il croyait encore manquée.» (Augeard, Mémoives ,

A ce récit, ou peut faire deux objections de détail : i" que la nomination de Galonné

no fut faite que le 3 novembre (dépèche d'ollice de AL de Alercy du 3 novembre); mais il est Ibrl possible que lo choix du nouveau ministre, arrêté le i"'', n'ait été publié que le 3 ; l'émoi que dut causer la fausse couche de la Reine, explique ce retard; 3° pendant ce voyage de Fontainebleau, ^1°"° de Poiignac, gouvernante des Enfants de France, aurait dû être constamment près du Dauphin (pii était resté à la Muette. Mais on sait (pie M"' de Poiignac sollicitait et obtenait la permission de quitter son service, mémo pour des causes futiles, par exemple pour aller chez M. de Vaudreuil à Gennevilliers entendre le Mariage de Figaro.

On doit donc admettre la version d'Augeard qui précise et complète celle de Besenval. C'est M"" de Poiignac qui arracha à la Reine la nomination de Galonné. 11 est probable que quatre ans plus lanl, dans une lettre à l'Empereur, qui nous manque, la Reine, tout en reconnaissant la bonne foi de M"*' de Poiignac, regrettait d'avoir eu la main forcée par sa favorite dans cette affaire; car le 5 novembre 1787, Joseph II écrivait à sa sœur : ttCo que vous me dites de M'"^ de Poiignac et de seS amis est parfaitement juste; mais je ne suis aussi bon de croire qu'ils se sont trompés au sujet de Galonné. Au contraire, ils l'ont très bien jugé en arrachant de lui nombre de concessions et d'avantages personnels sous l'apparence de le soutenir, sachant que cet homme sacrifiait tout à sa convenance, etc. 51 [Marie-Antoinelte , Joseph Il und Léoiiold II, p. 110.)

ré()oiKl à la noie de la chancellerie en chiffre insérée clans ia très gracieuse lettre de V. M.

J'ai connaissance presque certaine que depuis quelque temps, ainsi que cela s'est pratiqué dans d'autres circonstances intéressantes pareilles, les dépêches adressées au baron de Goltz sont envoyées au maître des postes à Wesel, et ce dernier les fait tenir à Paris soit par des voyageurs sûrs, soit par des employés au bureau de poste; ils viennent ici sans aucune marque qui les donnerait à reconnaître comme courriers. D'après mes recherches, on en a vu jusqu'à trois ensemble chez le baron de Goltz, qui les reçoit et les renvoie sans bruit et à ce qu'on m'assure pas toujours par ia poste. Il ne m'a pas été possible jusqu'à présent d'acquérir des notions plus étendues. Quant à celles que la chancellerie voudrait avoir sur la nature et les dates des insinuations que le baron de Goltz a à faire ici, il est bien difficile d'indiquer précisément le jour de ses conférences, et encore moins celui oh il en rend compte, mais les indications les plus rapprochées de ces deax articles se trouvent régulièrement dans mes dépêches d'office, quand j'ai à y marquer la connaissance de quelque démarche du ministre de Prusse.

Je me procurerai incessamment une boîte d'or pour être remise par ordre de V. M. au sieur Perronnet, et je dirai au ministre Franklin, qui n'a pas été à Fontainebleau, que V. M. a daigné agréer le très humble hommage qu'il lui a fait d'un exemplaire de la Constitution des Etats-Unis d'Amérique.

Paris, le 10 novembre lySS. — Le garde-noble mensuel arrivé le 3o octobre à Fontainebleau, m'y a remis les dépêches dont il était chargé, et parmi lesquelles je n'ai trouvé aucun ordre particulier de V. A., mais je dois accuser aujourd'hui la réception de ceux dont Elle m'avait honoré, en date du 28 septembre, par la voie d'un courrier passé en Espagne, et je ne puis mieux v répondre qu'en transcrivant ici littéralement ce que j'expose à l'Empereur, sur l'idée que me mar-

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que S. M., d'une liaison peut-être bien avancée, entre la cour de France et celle de Berlin.

En résumant cette légère esquisse, elle pourrait servir à des combinaisons qui semblent démontrer qu'au moins pour quelque temps, la France ne sera pas en mesure de prendre des engagements périlleux, et qu'elle prévoirait pouvoir l'entraîner trop loin.

Pour la première fois, M. de Vergennes a paru écouter l'importante vérité du besoin dont il est de prévoir la décadence inévitable de l'Empire turc, et de concerter des mesures raisonnables à cet égard. Je ne cesserai de le ramener à cette réflexion et de tâcher d'ea tirer le meilleur parti possible.

P. S. La lettre dont V. A. m'honore, du 529 octobre, m'a été remise au moment oiî, d'après les intentions de la Reine, j'allais partir de Fontainebleau. Ma dépêche d'office expose comment je m'y suis, acquitté des ordres que je venais de recevoir.

Je crois ne m'être point trompé dans ce que j'ai eu l'honneur d'exposer ci-devant à V. A., sur la tournure et le caractère de M. de Noailles. Il sait très bien que la Reine sera informée de sa conduite, et il la réglera à coup sûr au moins dans les formes apparentes sur le désir qu'il a de se concilier la protection de cette princesse; c'est dans les mêmes vues que M. de Rreteuil s'affiche maintenant comme un des plus grands zélateurs de l'alliance. Je ne répondrais pas qu'il remplît exactement cet office dans le conseil du Roi; mais il y a trop peu d'influence pour que ses avis y soient d'un grand poids. Il est décidé qu'il aura la place de M. Amelot si la santé de ce dernier l'oblige à quitter, ainsi qu'il y a toute apparence.

L'honnête M. Barré est depuis quinze jours attaqué d'une fièvre, qui a des caractères de malignité et me fait craindre qu'il ne succombe à cette maladie. Je suis moi-même tourmenté d'une goutte vague, qui me fait beaucoup souffrir : ce double inconvénient me cause de l'inquiétude sur l'expédition d'aujourd'hui, et je dois avoir recours aux bontés et à l'indulgence de V. A. sur les omissions qu'EUe pourrait y observer, mes dépêches ayant été assujetties à des interruptions et à des incidents qui m'ont empêché de les rédiger dans l'ordre convenable.

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Vientie, ce iS novembre ij83. — J'étais vraiment touché de l'attention amicale que le Roi vient de me témoigner, en me dépêchant un courrier pour me faire part de la fausse couche de la Reine. Ce fâcheux événement m'a vivement affecté, et la Reine se rappellera le pressentiment que j'avais eu, que le voyage de Fontainebleau ne fût nuisible à son état. Je m'empresse de marquer au Roi, par estafette, la peine que j'en ressens, ainsi que ma reconnaissance pour la lettre qu'il m'a écrite à cette occasion.

Vienne, ce 3o novembre ij83. — Mon cher comte de Mercy, le porteur de la présente est Salieri '^', mon maître de chapelle, qui se rend à Paris pour y faire exécuter un opéra, qu'il a composé sous la dictée de Gluck. Je vous prie de lui prêter tout l'appui et les secours dont il pourrait avoir besoin pour le succès de son ouvrage. Je vous adresse aussi, à cet effet, une lettre à la Reine, que vous remettrez à Salieri, en lui procurant l'occasion et les moyens, afin de pouvoir la présenter lui-même. Je crois que s'il n'y a pas de cabale , ce jeune homme, qui a déjà fait de très bonnes musiques italiennes, et qui d'ailleurs est un élève de Gluck, dont il est fort estimé, sera seul capable de le remplacer un jour, étant mis hors de combat.

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