‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiée (volume 2)Chapitre 38 sur 65 · MERCY A JOSEPH II · texte numérisé non relu

MERCY A JOSEPH II

Paris, le ao avril ij8â. — Les très gracieux ordres de V. M. I., datés du 2 de ce mois, m'ont été remis le i/i par le garde-noble, qui en était porteur, et je n'ai pas tardé à aller présenter à la Reine la lettre

'') Celle lettre manque.

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qui Lui était adressée ^^^ Depuis quelque tenqis cette auguste princesse s'est occupée avec beaucoup d'altenlion, de zèle et de suite, des objets qui intéressent le service de V. M, , nommément de celui qui a trait à la prochaine ouverture des négociations à entamer à Bruxelles avec les Etats généraux des Provinces-Unies. Les premières démarches que je viens de faire sur cette matière, vis-à-vis du comte de Vergennes, ont été reçues de manière à me persuader que ce minisire aura dans cette occasion le bon esprit de chercher à réparer un peu les fautes passées, mais selon la marche qu'il pourra tenir, la mienne est combinée de manière à lui causer quelque embarras personnel , s'il donnait sujet de se plaindre de ses procédés.

La Reine se trouve toujours dans la position la plus favorable du côté de l'entière condescendance que Lui marque le Roi; mais cette princesse use particulièrement de son pouvoir dans ce qui regarde les objets de grâces, et ne l'étend pas autant qu'il serait à désirer, sur d'autres matières beaucoup plus essentielles. Elle a peine à s'accoutumer aux affaires. Elle les trouve arides, et il n'y a que le désir de marquer son attachement à V. M. qui puisse Lui faire surmonter quelcjuefois ses répugnances à tout ce qui tient à la politique; mais comme la Reine a vivement à cœur le maintien de l'alliance, et que je Lui représente souvent les objets sous des aspects très noirs, il en résulte le bon effet d'exciter l'attention et même un peu d'activité.

La Reine a été assez inquiète de l'état de M. le Dauphin; ce jeune prince a une humeur scorbutique qui exige de grandes précautions. Les médecins donnent les assurances les plus tranquillisantes à cet égard; mais leur réputation n'est pas le meilleur garant de la justesse de leur opinion.

J'ai été informé par S. A. R. Madame l'Archiduchesse et monseigneur le duc de Saxe du désir qu'ils avaient de venir ici, et la Reine a daigné m'en parler en dernier lieu. Elle tient beaucoup à ce que ce voyage ne s'effectue que lorsque la cour ira à Compiègne, qui est le lieu où Elle se trouve le plus débarrassée du tumulte et de cette affîuence de princes et princesses du sang, qui sont souvent incommodes par leurs prétentions, lesquelles relativement à Madame l'Ar-

^'' Celle lettre manque.

chiduchesse deviendraient un manque de respect dont le reflet tomberait sur la personne de la Reine.

Relativement à l'ordre que V. M, me donne, de Lui rendre compte de l'opéra de Salieri, je crois pouvoir annoncer d'avance que cet ouvrage aura le plus grand succès par l'opinion générale que je vois que le public en a. Salieri a été plusieurs fois à Versailles, la Reine est parfaitement contente de cette musique; mais il me semble que le maître de chapelle ne l'est pas du talent des acteurs qui doivent l'exécuter. On a fait une quantité de répétitions auxquelles personne, sans exception, n'a été admis, de façon que je n'ai encore rien pu entendre de cet opéra. Il devait être mis en scène cette semaine, et ce qui prouve l'opinion et l'empressement du public, c'est que depuis deux mois toutes les loges du théâtre sont retenues pour les six premières représentations.

P. S. par lequel j'avertis l'Empereur que le maquignon Pequet aura bientôt fini sa commission de chevaux et qu'il compte partir vers la fin de ce mois-ci.

Paris, le 2 0 avril ijSâ. — Le garde-noble mensuel m'a apporté, \g ih, les dépêches dont il était chargé, et parmi lesquelles je n'ai trouvé aucun ordre particulier de V. A.

Depuis quelque temps, la Reine s'est occupée avec plus d'attention, de zèle et de suite, des objets qui intéressent le service de son auguste frère, nommément de celui qui a trait à la prochaine ouverture des négociations qui vont s'entamer à Rruxelles avec les Etats généraux. Les premières démarches que je viens de faire sur celte matière, visà-vis de M. de Vergennes, ont été reçues de manière à me persuader que ce ministre se comportera plus sagement que par le passé; mais selon la marche qu'il pourra tenir, la mienne sera combinée de manière à lui causer quelque embarras personnel, s'il donnait sujet de se plaindre de ses procédés. La Reine a vivement à cœur le maintien de l'alliance; mais en voulant la chose, Elle ne veut pas toujours les

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moyens. Je lui représente souvent les objets sous des aspects très noirs pour exciter son attention et en obtenir un peu d'activité.

Vienne, ce i3 mai ij8â. — C'est avec bien du plaisir que j'ai reçu votre lettre et que j'y ai vu que la santé du Dauphin, qui était menacée, se trouve remise. Je voudrais que la Reine mît plus d'attention et de suite aux affaires sérieuses; mais trop d'intérêts multipliés des gens qui l'entourent s'y opposent pour qu'on puisse jamais l'espérer. En attendant, je voudrais au moins que pour son bonheur personnel elle tâche de ne point négliger tout ce qui pourrait lui procurer une succession et au moins encore un fils. L'idée seule de la voir derechef sans Dauphin me fait frémir.

Vous connaissez, mon cher Comte, tout ce que je désire de nos bons voisins les Hollandais, que ce ne sont ni polders, ni des morceaux de campines, ni de leurs forteresses, mais bien seule et uniquement la libre navigation de l'Escaut, dont la nature et le bon droit m'a mis en possession jusqu'à deux pas de son embouchure, à Anvers.

Moi je vous avoue sincèrement que depuis dix mois les Français se sont tellement fait connaître à mes yeux, que ce que vous avez fait sentir à la Reine est parfaitement de la possibilité, et un changement dans notre alliance n'est plus du tout une chimère, m'étant persuadé que les Français ne désirent que de trouver une occasion favorable et de ramasser assez d'alliés ou assez de moyens pour lever le masque et se lier plus que jamais avec le roi de Prusse. Ils n'ont point cessé et ne cesseront jamais de regarder tout avantage quelconque que la monarchie autrichienne pourrait avoir, pour un désavantage réel de la France. Avec cette façon de penser, que leurs belles paroles ne nous pourront jamais plus couvrir, ayant eu la maladresse de se montrer si à découvert dans ces derniers temps, vous sentez bien qu'il est de mon devoir de me préparer de loin à cet événement pour ne pas être pris au dépourvu.

Adieu, mon cher Comte, portez-vous bien. Je vous prie de remettre

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cette lettre à la Reine^^', et croyez-moi avec bien de i'amilié et estime. Je vous suis obligé des nouvelles que vous me donnez de Salieri et je souhaite d'apprendre bientôt que son opéra ait réussi, même avec les cbangemenis qu'on désire.

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