JOSEPH 11 A MARlE-ANTOmETTE
i" septembre ijSâ. — Vous avez parfaitement raison d'être sûre de la part que je prends à votre grossesse et des désirs que je forme pour qu'elle se termine selon nos communs souhaits. Le ménagement le plus exact et les précautions les plus suivies doivent être employés par vous, afin que vous n'ayez rien à vous reprocher, surtout les premiers mois qui sont les plus dangereux pour faire une fausse couche. Je vous rends en même temps des grâces pour l'intérêt que vous me témoignez prendre à mon aventure avec le cerf; elle s'est passée si heureusement que je n'ai pas cru que cela valait la peine de vous en parler. Quoique renversé et qu'il m'ait emporté avec les bois les boutonnières de mon habit, j'en étais quitte pour quehjues contusions, et comme je n'ai pas eu le temps de m'en effrayer, je n'ai pas cru nécessaire de prendre remède quelconque.
Il est sûr que la conduite de M. de Vergennes est peu faite pour resserrer et presque même pour ne pas conserver les liens d'alliance et de politique qui nous unissent. Une seule question dessillerait les yeux fascinés; c'est de se demander : Qu'esl-ce que l'Empereur a donc fait jusqu'à présent qui fût préjudiciable aux intérêts de la France? Et qu'aurait-il pu faire s'il eût voulu dans maintes occasions pour arrêter nos progrès et pour se procurer des avantages que nous n'eussions pas pu empêcher? Voilà les questions qui, si l'on veut y répondre impartialement, doivent faire sentir combien l'on donne en faux. Mais la mode, les petits écrivains sourds, les insinuations fausses, les menées du roi de Prusse, tout cela fascine les yeux, et à un ministre qui préfère son existence au bien-être de son roi, qui sent ne devoir point sa place à son esprit et à ses talents, mais à son bonheur et à sa souplesse, cela l'engage à se prêter à tous les cris, et sans
confier que ce bruit n'était pas aussi dé- petite île de Saint- liarllialemy, où il y avait
nué de fondement qu'il le croyait. Depuis à peine vingt habitants, à la condition que
des années, ia Suède demandait à la France ie roi de Suède accorderait à la cour de
de lui céder, moyennant un arrangement Versailles le droit de créer à Golhenbourg
convenable, luie de ses Antilles; elle était ré- un entrepôt pour le commerce Irançais.
cemment revenue à la charge, et enfin on (Dépèche d'olFice du comte de Mercy du
était convenu d'abandonner à la Suède la 6 juillet 178/1.)