‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiée (volume 2)Chapitre 42 sur 65 · JOSEPH II A MARIE-ANTOINETTE · texte numérisé non relu

JOSEPH II A MARIE-ANTOINETTE

système fixe peut-être à se trouver isolé aux premiers jours de tout allié, et sans moyens ni volonté de commencer une {ruerre dans plusieurs endroits et sur plusieurs éléments à la fois. Voilà comme je considère le conseil du Roi dans ce moment et, qui plus est, je suis sûre que vous êtes, ma chère sœur, leur dupe.

Dans les misères et dans les petites faveurs, ils vous font accroire que vous avez du crédit, et les grandes choses se font sans que vous les sachiez et sans qu'on se mette en peine d'en avoir votre avis préalable. Ceci me peine moins comme souverain que comme votre tendre ami; car je crois que vous imaginez bien que je suis préparé au parti que j'ai à prendre et que même j'en prévois l'événement; mais pour vous, je vous vois un avenir bien désagréable et qui vous le paraîtra d'autant plus qu'il ne dépendait que de vous de jouer le plus beau et le plus grand rôle que jamais femme avait

Vous aurez actuellement le prince Henri; comme je le connais, je puis me représenter ce qu'il y fera, mais cela suffira pour échauffer quelques cervelles et pour en inquiéter d'autres. Après qu'on vient de croire au roi de Suède el à des insinuations de la cour de Turin, que je visais je ne sais à quelle conquête en Italie ^^', l'on peut, en vérité, croire tout possible. Adieu, ma chère sœur, je vous embrasse de tout mon cœur. Croyez mon attachement et mon amitié pour vous à toute

(" Dans sa dépêche d'oflice du i3 août au prince de Kaunilz, le comle de Mercy disait que depuis quelque temps déjà il remarquait que le cabinet de Versailles se montrait très inquiet des projets de conquête de l'Empereur aux dépens des divers Etats d'Italie. 11 fut confirmé dans cetle opinion par une personne sûre qui lui commumuniqua une conversation qu'elle venait d'avoir avec le marquis de Talleyrand, nouvellement nommé ambassadeur de France à Naples. Ce diplomate avait dit que, lors de sa désignation pour ce poste, il pensait que ses occupations seraient peu ou point importantes, mais que depuis que l'on connaissait les idées d'agrandissement de l'Empereur, son ambassade ne serait pas moins épineuse que pénible; car la siluation des affaires l'obligerait à avoir constamment

l'œil OHvei't sur les démarches de la cour de Vienne, puisque toutes les puissances intéressées à la sûreté et au maintien de rilalie pouvaient à un moment donné se trouver placées dans la nécessité de prendre toutes les mesures nécessaires. Le confident de M. de Mercy avait ajouté celte remarque que le langage du marquis élait sans doute conforme aux insiructions qu'il venait de recevoir.

M. de Mercy croyait que le roi do Suède avait beaucoup contribué à inspirer ces craintes aux ministres français.

Dans son voyage à travers l'Ilalie, ce monarque avait sans doute recueilli par-ci par-là des bruits vagues, qui lui auraient été confirmés par la cour de Savoie à son passage à Turin, et il cji aurait fait un mauvais usage près du cabinet de Versailles.

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épreuve; ils font l'unique objet de mes désirs dans tout ce que j'ose vous mander ici. Présentez mes compliments au Roi, et je vous prie de me croire pour la vie

Turas, ce i'' septembre lySâ. — J'ai reçu par le dernier courrier mensuel votre lettre particulière ainsi que votre dépêche d'office qui y était jointe. J'y ai vu, avec scandale, la conduite de M. de Vergennes qui devient d'autant plus impardonnable qu'il n'y a plus à douter qu'il a joué la Reine et vous aussi, mon cher Comte, en niant toujours l'alliance contractée avec la Hollande, tandis que la Gazelle de Leyde ^^\ d'autorité publique, en annonce tous les articles.

Je vous joins ici l'original et la copie de la lettre que je viens d'écrire à la Reine en réponse à celle qu'elle m'a écrite et où elle me parlait de ces affaires. Vous verrez que je lui dis franchement la vérité, m'ayant paru nécessaire de lui donner l'éveillée là-dessus.

J'espère que Belgiojoso mettra de la prudence dans la déclaration dont je l'ai chargé ^-^ et qu'il donnera le temps nécessaire aux Hollan-

^'^ Dans le Supplément au numéro LXVI {iSoHvelles extraordinaires de divers endroits), du mardi 17 août i~8h, cette gazette publiait une lettre datée de la Haye, le 1 5 août, et commençant ainsi : «Les Etats

de Hollande et de ]\ est-Frise ont

unanimement approuvé, dans leur séance du ] 0 de ce mois, le projet de traité d'alliance offensive et défensive entre la France et les Provinces-Unies des Pays-Bas, qui avait été envoyé ici il y a quelque temps par les ambassadeurs de la République comme le résultat de leurs négociations avec

M. le comte de Vergennes Quoique

cette convention soit encore imparfaite à plus d'un égard, nous la communi(|uerons dès à présent à nos lecteurs en son état actuel 75

Suit la teneur de ce pi-ojel en treize articles.

'-' Dans une conférence tenue à Bruxelles le 28 août 1784, M. de Belgiojoso remit aux ambassadeurs bollandais le mémoire suivant :

«Dès le moment où il s'est agi des affaires et des événements qui ont donné lieu aux conférences établies à Bruxelles, TEmpereur, en exprimant d'une manière bien intéressante ses sentiments et son inclination pour la République des Provinces-Unies, n'a cessé de témoigner son intention et son désir de trouver dans l'esprit de concilialion et de confiance le moyen de terminer tons les dilléronds et d'établir sur un fondement solide la base d'une amitié sincère et inviolable avec la République.

c C'est dans cet esprit et avec cette confiance qu'on a rédigé et transmis à Leurs Hautes Puissances, au moyen du mémoire du II mai, le tableau sommaire des de-

dais pour avertir leurs vaisseaux garde-côtes et leurs forts de ne pas s'aviser à insulter mon pavillon sur l'Escaut.

Quant ù l'affaire secrète qui vous a été contiée, j'ai parfaitement agréé la discrétion dont vous avez usé en y répondant; nous n'en sonynes pas encore plus avancés. L'Electeur témoigne toujours désirer ce troc, mais il ne peut se décider définitivement, il veut finasser et faire des comptes d'apothicaire sur les revenus de sa Bavière et du Haut-Palatinat. Je presse autant qu'il est possible de parvenir à une décision finale sur cette affaire.

Je suis très curieux d'apprendre comment le prince Henri aura réussi et ce qu'il aura fait à Paris. A juger d'après la facilité qu'on y a de se faire accroire à mon sujet, il ne lui faudra que la moitié de sa fausseté et de sa facilité à avérer les choses les plus controuvées pour être entendu et cru. Au reste, vous trouverez, je pense, que ce n'est plus le même homme.

mandes et prétentions que S. M. a formées à la charge de la République, et il serait d'autant plus superflu de rappeler à MM. les Plénipotentiaires do Leurs Hautes Puissances le point de vue sous lequel le Plénipotentiaire de l'Empereur leur a constamment développé, de vive voix et par écrit, les sentiments favorables pour la République qui conduisaient S. M. dan» cette circonstaiice, que dans leur mémoire du 98 juillet ils ont réclamé eux-mêmes les assurances, données à cet égard au nom de S. M.

tf Leurs Hautes Puissances ayant adopté dans leur réponse le parti de contester les points k's plus essentiels des demandes et prétentions de l'Empereur, on a cru devoir mettre en évidence la justice et le fondement des unes et des autres, et c'est ce qui a été fait par la réplique remise le 18 du courant à MM. les Plénipotentiaires.

«A présent que ce préalable, dû d'ailleurs à la dignité de l'Empereur, est rempli, son plénipotentiaire ne saurait prendre sur lui de différer de communiquer à Leurs Hautes Puissances le moyen que la modération et la générosité ont dicté à S. M. pour établir promptomcnt cet ordre de

choses, qui doit être le pivot de la conciliation et de la confiance.

«S. M., dans la combinaison de ce moyen , a préféré à ses droits et à ses intérêts le bien de ses sujets et les convenances mêmes de la République; mais il ne Lui coûte pas de faire des sacrifices lorsqu'Elle peut trouver dans son désintéressement l'occasion de faire preuve des sentiments qu'Elle conserve à la République et de ses dispositions de vivre en bonne intelligence avec elle.

«Ce moyen consiste en ce que Leurs Hautes Puissances reconnaissent que la rivière de l'Escaut est rouverte et que la navigation y est entièrement et absolument libre; qu'il est libre aux sujets de l'Empereur de naviguer et de recommercer directement des ports des Pays-Ras aux deux Indes et que S. M. a le droit de régler ses douanes comme bon Lui semble.

«Moyennant cette reconnaissance, moyennant que les limites en Flandre restent déterminées sur le pied réglé par la convention de i664 et que l'on prenne des arrangements stables pour prévenir toute gène et difliculté par la suite relativement à l'écoutement des eaux dans cette partie,

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Je suis bien enchanté de la grossesse de la Roine, pourvu qu'elle se ménaj<je surtout les premiers mois afin d'éviter les accidents ])areils à celui qu'elle a éprouvé l'année passée.

Adieu, mon cher Comte; c'est du camp de Moravie que je vous écris et que je vous réitère avec plaisir les assurances d'estime et d'amitié.

Vienne, le à septembre lySâ. — Je me flatte que par la communication directe de notre ultimatum ayant délivré la France de l'embarras de devoir le communiquer aux FJtats généraux comme sa propre idée, M. de Vergennes aura au moins la bonne foi de l'appuyer, au cas que les Hollandais, comme sans doute ils le feront, lui de-

et moyeniiaiil que Leurs Hautes Puissances fassent évacuer les loris de Lillo et de Liel'kenslioeck , en même temps ceux de Cruysschans et de Frederic-Henry pour être démolis, S. j\I. veut bien renoncer à loules ses autres [;rétentions (errilorlales articulées dans le lableau sommaire, et nommément à ses droits et prétentions sur la ville de Maëstricht, le comté de Vroenhove et le pays d'Oulre-Meuse hollandais, de même qu'à toutes ses prélenlions pécuniaires, parmi la compensation de celles de la République.

«Quant aux prétentions des administrations et des particuliers, sujets de S. M., et aux petits diiïérends qui peuvent subsister à l'égard des limites dans le Brabant, le pays d'Oulre-Meuse et la Gueldre, ces objets seront traités et arrangés dans les conférences suivant l'équité et les convenances réciproques.

rr Telles sont les conditions auxquelles S. M. s'est déterminée à conclure d'abord un arrangement général avec la République. Elles présentent absolument son dernier mot, et avec l'intention qui anime cerlainenienl Leurs Hautes Puissances dans celte affaire, on ne saurait douter qu'elles n'ac-

cueillent avec empressement ces mêmes conditions comme une marque particulière de la bicnveiilatice et de l'affection de S. M. pour la République.

«En attendant, l'Empereiu' a jugé à propos de regarder déjà dès maintenant l'Escaut comme entièrement et absolument rouvert et libre. S. M. a résolu en conséquence d'y faire rétablir d'abord la navigation, et c'est par son ordre que le comte de Belgiojoso déclare à MM. les Plénipotentiaires de Leurs Hautes Puissances que, si l'on commettait de la part de la Républiipie quelque insulte au pavillon de l'Empereur, S. M. la regarderait comme une déclaration de guerre et comme un acte formel d'hostilité.

«MM. les Plénipotentiaires sont requis de porter incessamment le présent mémoire à la connaissance des Seigneurs Etats généraux, leurs maities.

«Fait à Bruxelles, le 28 août i78''i.n

Dans une lettre du U septembre , le prince de Kaunitz donnait à cet écrit son approbation formelle en ces termes :

«La tournure que V. Exe. a donnée au mémoire renfermant le dernier mot do l'Empereur est on ne peut pas mieux.»

mandent avis et conseil, et qu'au moins ni directement ni indirectement en ce cas il ne nous desservira, parce que cela serait infâme, d'après l'offre et les assurances des bons offices, lesquels tout au moins en doivent exclure de mauvais.

Quant au passé, entre vous et moi, je n'ai consenti à cette exigence de donner notre ultimatum comme leur idée, que parce qu'on l'a voulu absolument, ne l'ayant trouvé, quant à moi, ni juste ni raisonnable dans les circonstances où se trouve actuellement la cour de Versailles à l'égard de la République des Provinces-Unies et qui, sans contredit, requièrent des ménagements vis-à-vis d'elle. D'ailleurs, je n'y ai vu au vrai ni nécessité ni même une grande utilité, attendu que si, consultée, son avis nous est favorable, pour nous ce sera la même chose; tandis que, quant à la France, l'état actuel des choses lui épargne une démarche odieuse, qu'entre nous, je vous le répète, selon moi nous avons eu tort d'exiger d'elle. C'est par ces considérations que j'ai pardonné à M. de Vergennes l'humeur qu'il vous a témoignée, d'autant qu'il ne lui est pas venu dans l'esprit de s'en tirer comme j'eusse fait dans son cas, en vous disant tout naturellement, amicalement et du plus grand sang-froid : «Nousne pouvons pas. Monsieur l'ambassadeur, ce que vous nous demandez, par rapport aux ménagements que, comme vous savez, nous avons besoin d'avoir actuellement vis-à-vis des Hollandais. Mais faites remettre vous-même votre ultimatum, et soit qu'on nous consulte, ou qu'on ne nous consulte pas, nous dirons que vous nous l'avez communiqué et je vous promets que notre opinion vous sera favorable. »

Mais comme il n'est pas donné à tout le monde d'avoir les idées également nettes, et que l'on ne peut savoir mauvais gré à un homme qui n'a pas la vue aussi bonne qu'un autre de voir trouble, on ne peut, ce me semble, que le plaindre, mais on n'est pas en droit de se plaindre de lui.

Quant à notre autre beaucoup plus grande affaire vous avez parfaitement raison dans tout ce que vous m'en avez dit, et je ne doute pas un moment que l'on ne pensera tout ce que vous imaginez. On aura même raison sur plusieurs choses, mais je pense qu'on se gardera bien de le dire. Gela n'est pas fait cependant encore, et tant s'en faut; et tout ce que j'espère n'est fondé que sur la considération, que comme les extrémités se touchent, on est quelquefois le plus près

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d'une chose, lorsqu'on semble en être le plus éloigné. Au moins quant à moi, j'y ferai ce que je pourrai; mais je vous avoue que je suis bien mal secondé, et que je suis dans le cas de devoir me dire ihant qua poterant.

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