‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiée (volume 2)Chapitre 48 sur 65 · JOSEPH II 1 MARIE-ANTOINETTE · texte numérisé non relu

JOSEPH II 1 MARIE-ANTOINETTE

ig novembre ijSâ. — Ma chère sœur, je vous écris exprès encore cette lettre à part, que je vous prie de garder uniquement pour vous, m'imaginant que vous pourrez être dans le cas de faire voir l'autre'^'

'') Joseph II à Marie-Aidoinetle , le iQ novembre ijSâ. «Ma chère sœur, je viens de recevoir voire chère lettre par ie courrier, rie même que celle que vous m'avez écrite en m'envoyant la lettre du Roi. Je vous joins ici ma réponse pour lui, en vous pliant de lui faire agréer mes excuses de ce que j'ai un peu tardé à la faire; mais, comme j'attendais l'arrivée d'un courrier d'un moment à l'autre, cela m'a fait perdre quelques jours.

«J'ai été on ne peut pas plus sensible à la marque d'amitié du Roi, et c'est avec la même confiance qu'une àme aussi honnête que la sienne est bien faite d'inspirer, que je lui réponds. Je désire qu'il en soit content et qu'il apprécie bien la vérité de ce que je sens pour lui et de ce dont je l'assure.

tf Je veux bien vous confier, ma chère soeur, pour preuve bien convaincante que je suis fort éloigné de toute vue d'agrandissement du côté des Pays-Bas, que me rappelant, il y a quelque temps, que M. l'Electeur de Bavière avait témoigné en plusieurs occasions beaucoup de penchant à donner les mains à l'ancienne idée de l'éclinnge de la Bavière, j'ai cru pouvoir lui demander s'il était encore toujours dans les mêmes dispositions à cet égard; et, comme il a témoigné persister à l'être, je lui ai fait exposer les bases sur lesquelles je croyais que pouvait et devait être appuyé un arrangement équitable sur ce sujet. 11 y a ac([uiescé en gros et j'étais même sur le point d'en faire la confidence à vous, au

Roi et à M. le duc des Deux-Ponts , lorsque les différends survenus entre moi et les Hollandais m'en ont empêché et m'ont même engagé à surseoir à tout pourparler ultérieur avec M. l'Electeur.

«Le tout contenait des propositions qui pour sûr devaient de toute façon faire la convenance de l'Electeur et de toute sa famille, do même que le système de l'Empire n'en aurait pas été altéré et que surtout le Roi y aurait trouvé la plus parfaite assurance de mon attachement éternel à l'alliance. Si vous voulez en savoir quelques détails, j'en ai informé en confidence le comte de Mercy, qui pourra vous les communiquer, et vous les jugerez, je crois, de même comme toute personne impartiale.

ce Voire bonne santé et l'heureuse continuation de votre grossesse me causent la plus vive satisfaction. Je souhaite très sincèrement que vous combliez tous nos vœux en donnant encore un fils au Roi.

«J'ai été enchanté de la nouvelle marque d'amitié que le Roi vous a témoignée par l'achat et le présent qu'il vous a fait de Saint-Oloud et de tout ce qui y appartient. C'est un superbe lieu et une bien belle position.

«Continuez toujours, ma chère sœur, à vous conserver son attachement et son amitié , qui seuls peuvent faire le bonheur de votre vie. Je vous embrasse tendrement et vous prie de me croire pour la vie. . . . ^ {Marie-

Anloiiwlte und Joseph II Ihr Brief-

wechsel, p. 67.)

au Roi. Je vous prie de me faire l'amitié d'écouter le comte de Mercy, fjue j'ai informé de tout ce qui est relatif au projet d'échange; c'est sûrement le seul et unique moyen de faire éviter, si l'on s'y prend à temps, les maux et les inconvénients cpje la guerre devrait amener, mais il faut autant de célérité que de bonne volonté pour sa réussite. Cet objet est de la dernière importance pour la patrie et pour votre famille , en même temps qu'il procure des avantages réels à la monarchie et rend à jamais indissolubles les liens d'alliance qui subsistent entre nous, en m'éloignant pour toujours de la possibilité de tout intérêt à ménager l'Angleterre, de même que cela mettrait les Hollandais à la disposition absolue du Roi. Enfin c'est un grand coup d'Etat, si cela peut réussir, et son succès dépend uniquement de ce moment et de la façon de voir la chose sans partialité ou vue seconde. Que ne vous devrais-je pas, ma chère sœur, si vous vouliez y contribuer, et, s'd était possible, la reconnaissance que je vous devrais augmenterait encore mon tendre attachement pour vous. Mais de grâce! ne faites aucune démarche que du su et de l'aveu du comte de Mercy, pour ne rien gâter par un empressement outré. J'ai mille grâces à vous rendre pour la façon charmante avec laquelle vous avez agi dans cette occasion et tout ce que vous m'écrivez f^l

Vienne, ig novembre ijSâ. — Je vous ai su bien bon gré, mon cher Comte, de la peine que vous avez prise de m'écrire une aussi longue lettre autographe ; mais comme la conservation de votre santé m'intéresse infinmient, et que j'appréhende que beaucoup écrire de votre main pourrait l'altérer, je vous autorise, mon bon ami, une fois pour toutes, de dicter dorénavant toutes les lettres [)arliculières et familières que vous serez dans le cas de m'écrire à celle des personnes affidées de votre secrétairerie qu'il vous plaira.

Il ne me reste rien à ajouter au contenu de ma lettre d'office qui

C' Voir plus haut, p. 827, u. i.

KAUiMTZ A MERGY.

est, comme vous verrez, des plus détaillées "\ si ce n'est qu'il serait cependant fort désirable que l'on pût obtenir du Roi d'écrire à l'Eni-

0) Le prince de Kaunitz commençait par communiquer à M. de Mercy la lettre du Roi à l'Empereur du 96 octobre (voir plus haut, p. 3i4, n. 1 ). Le chancelier trouvait, d'après divers passajjes, qu'il n'était pas vraisemblable que le Roi eût en entier composé et rédigé celte lettre de lui-même; il pensait qu'au moins pour certains endroits le comte de Vergennes avait été consulté sous main ou que le Roi avait conservé des parties du premier projet dont ■)n devait à la Reine le rejet. D'ailleurs, le chancelier était d'avis que, tout bien considéré, la cour de Vieime n'avait pas à se plaindre de cette lettre. Il trouvait même que, depuis l'oulrage fait au pavillon impérial par les Hollandais, la conduite du cabinet de Versailles était assez satisfaisante, car le comte de Vergennes n'avait pas épargné les représentations amicales pour calmer les Hollandais dont les têtes étaient si montées, pour leur faire examiner de sang-froid la situation et éviter l'ouverture des hostilités. Mais jusqu'ici ces représentations n'avaient eu aucun effet et, après l'insulte faite au pavillon impérial sur l'Escaut, les Hollandais n'avaient pas craint de commettre des actes hostiles sur un territoire qui appartenait incontestablement à l'Empereur. Il fallait attendre pour voir si les efforts du cabinet de Versailles aboutiraient, car si les Hollandais persistaient dans leur entêtement et si l'on ne trouvait aucun moyen d'arrangement, une guerre était inévitable. Dans ce cas l'intention de l'Empereur n'était pas de faire des conquêtes importantes, encore moins de détruire la République, sa réponse au Roi devait donner là-dessus toute certitude. Ses desseins n'allaient pas plus loin qu'à se procurer la réparation qu'exigeait le soin de sa dignité outragée, soin qu'une grande puissance ne pouvait négliger.

Quant à l'échange de la Bavière contre les Pays-Ras, l'Empereur en parlait amplement dans sa lettre à la Reine (voir

plus haut, p. 338, n. 1 ). La situation actuelle devait être très embarrassante pour la France, qui, si la guerre venait à éclater, serait placée dans une position très désagréable entre son ancien et son nouvel allié; celte lettre avait pour but de sonder le terrain et de voir si l'on ne pourrait pas amener le cabinet de Versailles à adopter cette idée de l'échange afin de sortir d'embarras et peut-être aussi afin de tirer la Hollande d'affaire pour maintenant et pour toujours. Car les prétentions de la cour de Vienne tomberaient entre les mains d'une cour qui ne serait jamais en état de les faire valoir et qui serait toujours dans la dépendance la plus absolue do la France. Pour faire accepter la chose par le gouvernement français, on pourrait lui faire remarquer qu'en proposant cet échange, l'Empereur n'avait aucune vue d'agrandissement, puisqu'il y perdait sous tous les rapports: population, revenus, ressources exlraordinaiies, etc. Il désirait seulement concentrer les forces de la monarchie pour la mettre mieux en état de résister à la puissance prussienne. La constitution de l'Empire no serait pas changée; les Hollandais ne pouvaient rien désirer de mieux et la France y trouverait aussi son compte.

Il faudrait , par l'intervention de la Reine , amener M. de Vergennes à s'expliquer sur celte affaire, ce qui fournirait à M. de Mercy l'occasion de lui en faire un exposé complet.

Le mémoire, joint à celle dépêche, devrait être présenté par la Reine au Roi, en ajoutant que l'Empereur lui disant dans sa lellre que M. de Mercy lui fournirait de plus amples renseignements. Elle lui avait demandé ce mémoire afin de mettre le Roi en état de se faire une opinion. Dans le cas où M. de Mercy ne serait pas d'avis de faire faire celle communication parlaReine, il pourrait prendre tout autre moyen qu'il jugerait bon ou attendre l'occasion de faire cette communication à M. de Vergennes lui-même.

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pereur qu'il pouvait compter non seulement sur la plus parfaite impartialité, mais même sur la persévérance de l'emploi de ses bons offices. Le moyen sans doute le plus efficace serait l'échange des Pavs- Bas, mais je ne vous cacherai pas que je le désire beaucoup plus que je ne l'espère, moyennant toutes les raisons que vous savez aussi bien que moi.

Puissent vos succès répondre à mes vœux ! Je vous le souhaite bien cordialement, et en attendant votre réponse à la présente expédition, je suis

Paris, le ^j novembre ijSà. — Lorsque dans ma dernière lettre j'eus l'honneur d'observer à V. A. qu'il pourrait devenir nécessaire de faire expliquer ces gens-ci d'une manière claire et positive, je ne prévoyais pas alors, que le moment fût si prochain où ils se décideraient par eux-mêmes à faire tomber le voile qui depuis trop longtemps couvrait la mauvaise foi et la perfidie de la France à notre égard. Les soupçons que j'en avais auraient peut-être été éclaircis plus tôt et plus facilement, si la manière dont la Reine s'est laissé tromper ne m'avait pas tenu dans un état de perplexité et d'incertitude sur bien des choses que je croyais apercevoir, mais qui se trouvaient démenties par des assertions émanées de la propre bouche du Roi. Maintenant tous les doutes cessent, et aussi longtemps que les individus actuels du ministère de Versailles resteront en place, il paraît presque impossible de rétablir un système d'alliance qui par le fait n'existe plus, puisque ses bases fondamentales sont si indignement méconnues ici.

La sphère de mes combinaisons est si étroite qu'elle ne me permet pas d'exposer à V. A. des idées sans doute trop au-dessous de ses lumières; mais en réfléchissant sur les embarras présents, je désirerais bien qu'il se trouvât un moyen d'en sortir, en parlant ici du projet de l'échange de la Bavière contre les Pays-Bas, non pas qu'à cet égard ni à aucun autre, je [)résume qu'il y ait à se flatter de la moindre bonne volonté de la part de la France, mais si en opposant une profonde dissimulation à la perfidie, on pouvait par des négociations quelconques gagner assez de temps pour avoir celui de se lier avec

d'autres puissances et se mettre en bonne posture , alors il en résulterait peut-être des facilités à faire repentir cette cour-ci de sa 'conduite choquante envers nous.

L'aveu aussi étonnant qu'indiscret de M. de Galonné ^^^ sur la manière

(•' M. de Mercy, qui dans la journée du dimanche •21, avait reçu avec un mot de M. de Vcrgennes une copie de la noie envovéo la veille au marquis de Noailles , éliiil lout occupé à réfléchir sur ce document sinji'niier, lorsque le lundi soir, on rentrant chez lui, on lui dit que le contrôleur général des finances, M. de Galonné, était venu lui-même s'informer comment il pourrait voir l'ambassadeur avant qu'il n'allât le lendemain à Versailles pour la conférence hebdomadaire du mardi avec le secrétaire d'Etat des affaires étrangères. M. de Mercy fut très surpris de cette démarche, car il n'élait pas en relations particulières avec AI. de Galonné. Il n'élait que très hé avec les d'Harvelay, les plus intimes amis de ce minisire, qui s'était toujours empressé de profiter de celte circonstance pour cultiver le plus possible la connaissance de l'ambassadeur, dans l'espoir sans doule qu'il pourrait lui être de quelque utilité près de la Reine, qu'il redoutait outre mesure. Mais ce ministre avait, avec beaucoup d'esprit , une grande ambition et un désir illimité d'acquérir l'apparence d'une influence prépondérante dans toutes les affaires et, en même temps, il était d'une légèrelé qui le rendait capable des démarches les plus irréfléchies. Bien qu'il fût absolument sans expérience dans les affaiies touchant à la pohtique extérieure, il parlait de tout avec une assurance qui laissait voir qu'il était incapable de diriger les affaires d'Etat et même de calculer les conséquences de ses paroles, ce qui ressortait clairement du récit de son entrelien avec lui, Mercy.

Le 28, à 7 heures du matin, l'ambassadeur fil dire à M. de Galonné qu'il était obligé de pai-lir avant 8 heures pour Versailles, que sans doule l'iieinv était

trop matinale pour qu'il pût le recevoir et qu'il passerait chez lui à son retour. Mais le ministre était déjà debout et M. de Mercy se rendit lout de suite chez lui. Après quelques vagues compliments, AI. de Galonné déclara à M. de Mercy que, bien qu'il n'eût pas l'honneur de le connaître intimement, leurs amis communs pouvaient élre de sûrs garants de leur loyauté el de leur franchise. Ges deux qualités formaient, dit-il, le fond d'un caractère et il était résolu à en donner à M. de Mercy dans cet entretien des preuves inconfeslables. Il y était poussé par deux motifs puissants : l'un était son profond dévouement à la Reine qui , par amour pour son frère , devait être effrayée de la situation des affaires ; l'autre consistait dans la connaissance qu'il avait de la loyauté de AI. de Mercy, de son amour du bien el de son allachement à la maison d'Autriche.

L'ambassadeur avait sans doute reçu une note de AI. de Vergennes, dont la teneur aurait mis sous ses yeux les conséquences incalculables qu'auraient sûrement les affaires de Hollande si l'on ne trouvait pas moyen d'y porter remède. Ces moyens n'auraient quelque utilité qu'autant qu'ils pourraient retenir l'Empereur dans l'exécution des ses desseins contre la République. Ce bienfait ne pourrait être que l'œuvre de la Reine par suite de son immense influence sur l'esprit de son frère. Or, comme celte princesse honorait de toute sa conhance AI. de Mercy, il avait cru que l'ambassadeur était en situation de faire à S. AI. les propositions convenables pour obtenir ce grand résultat, il pouvait lui donner l'assurance que le seul désir de contribuer au bonheur de l'iiumanité, lui avait suggéré cette déniaiche. Il lui donnait sa parole d'honneur en échange de la sienne que lout ce qui pourrait se dire entre eux resterait

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d'évaluer ici l'utilité de l'alliance, se rapporte parfaitement à la profession de foi de M. de Vergennes, qui a donné lieu à la lettre de

loujours secret, et il le priait même, dans le cas où sa visite serait connue, de dire qu'il était venu le voir poui- allaires de son département; quant à lui, il n'en soufflerait mot à personne, pas même à M. de Vergennes.

M. de Mercy ignorant où le contrôleur général voulait finalement en venir, ne sachant pas si celte ouverture était seulement un effet de la légèreté habituelle du ministre ou si elle cachait un i)iège, il lui fit une réponse analogue. Puis, après toutes sortes de protestations, il lui dit que, puisqu'il voulait bien l'assurer du secret, il allait lui confier ses idées personnelles. Il commença par insister sur la conduite inouïe du cabinet de Versailles envers l'Empereur, et il déclara que, dès maintenant, il considérait son ambassade comme terminée ainsi que l'alliance entre les deux cours. 11 raconta tout ce qui s'était dit entre le comte de Vergennes et lui depuis le commencement de cette affaire et, en distinguant entre les diverses époques, il montra clair comme le jour combien il était incroyable que la cour de France eût poussé si loin la perfidie afin de déterminer l'Empereur à prendre un parti décisif devant toute l'Europe et de l'engager au point qu'il ne peut plus reculer. C'est ce moment qu'on avait attendu pour déclarer à ce monarque une opposition formelle, dont jusque-là on n'avait pas laissé percer la plus petite trace. Sans insister sur les obligations nombreuses que la couronne de France avait envers un allié de trente ans, aussi puissant et aussi iidèlc, il ne voulait retenir que ce seul point: dans le cas où la cour de Versailles, après avoir reçu connaissance de tous les projets de l'Empereur dont on pouvait aisément calculer les suites, aurait cru, d'après des motifs certainement très peu plausibles, que ses véritables intérêts exigeaient qu'elle s'opposât à ces projets, la simple loyauté ne l'obligeaif-elle pas à faire

connaître ses idées trois mois plus tôt? Mais de la façon dont le ministère français avait agi, il n'hésitait pas à déclarer qu'on ne trouverait dans les annales des négociations politiques que peu d'exemples d'une conduite aussi déloyale et aussi choquante. Il pouvait même affirmer que si la dernière note envoyée à M. de Noailles avait été rédigée à Potsdam , elle ne l'aurait pas été d'une façon plus blessante.

M. de Galonné ne parut pas moins frappé des propos de l'ambassadeur que de la vivacité avec hqueile ils étaient dits. Il répondit à M. de Mercy que certainement il connaissait assez l'organisation du ministère de Versailles pour savoir que le ministre des affaires étrangères était celui qui dirigeait surtout la politique extérieure du royaume; seulement dans les cas très importants, comme celui-ci, cette règle souffrait quelques exceptions; que le Roi, dans cette dernière affaire, avait demandé un mémoire par écrit à chacun des membres du Conseil d'État (ce sont les mémoires de Vergennes, du 5 novembre; de Soubise, d'Ossun, de Castries, de Calonne, de Ségur, de Breteuil, du 1 1 novembre, publiés par M. Tratchewsky dans sa brochure ayant pour titre La France et l'Allemagne sotts Louis XV] . Paris, i88o, in-8"); que tous avaient été du même avis aussi bien sur la forme que sur le fond de cette note; il devait lui avouer qu'il avait aussi partagé l'opinion de ses collègues. Après une longue et mûre délibération, on s'était persuadé que les différends de l'Empereur avec la Hollande priveraient la France de son alliance avec la République, qui se jetterait dans les bras de l'Angleterre, ce dont tout récemment on avait reçu avis de bonne source. Cet événement causerait à la France un grand préjudice dans le cas d'une guerre toujours possible avec l'Angleterre, surtout dans les Indes orientales. Avec non moins de franchise, M. de Calonne déclara à M. de Mercy

Vift

MERCV A KAUNITZ.

V. A. du 8 décembre dernier, et dès lors que l'on peut croire que cette opinion s'est établie en système, il est clair que tous les avantages à

qu'on avait eu grand tort de ne pas s'expliquer plus tôt avec la cour de Vienne. Mais sans doute le génie de l'Empereur, par considéralion pour un Roi qui était à la fois son allié et le mari de sa sœur chérie, no manquerait pas de trouver des moyens de revenir en arrière.

Après avoir réfuté cet argument par des paroles aussi dures et aussi piquantes qu'il put trouver, M. de Mercy entra dans des considérations très détaillées sur les avantages réciproques que les deux cours de Vienne et de Versailles avaient retirés de leur alliance. Il tlt ensuite entrevoir au ministre les conséquences fâcheuses que la dissolution de cette alliance aurait pour la monarchie française, H lui montra les longues guerres continentales et navales que la France aurait à soutenir, les dépenses excessives qui épuiseraient le pays comme autrefois, et il ajouta qu'à son avis cet événement devrait surtout loucher le contrôleur général , qui aurait la lourde tâche d'y faire face.

M. de Galonné parut si ému de ces considérations, qu'elles le déterminèrent à faire des aveux irréfléchis. Entre autres choses, il dit à M. de Mercy qu'à Versailles on ne pouvait pas s'imaginer que l'Empereur se déciderait à rompre sérieusement avec la France. Mais si jamais cela arrivait , il voyait bien que ce serait la ruine des finances du royaume, car le trésor royal était déjà tellement ciiargé par les dettes provenant de la dernière guerre, qu'il lui serait impossible de remettre de l'ordre dans les finances comme il s'en était flatté jusqu'ici. Il ne lui resterait rien de mieux à faire que d'augmenter toujours et toujours les impôts qui étaient déjà excessifs. De cet aveu , il passa à un autre qui, suivant M. de Mercy, paraissait incroyable dans la bouche d'un ministre du Roi. Il confia à l'ambassadeur que depuis peu le cabinet de Versailles avait longuement délibéré sur les avantages de

l'alliance autrichienne pour la France; qu'on avait reconnu qu'elle était très utile aussi longtemps qu'elle assurait le maintien de la tranquillité générale, mais qu'en même temps on avait observé que sous un monarque aussi remuant que l'Empereur elle mettrait souvent la cour de Versailles dans l'embarras en l'entraînant dans des affaires fort épineuses.

Ensuite M. de Galonné raconta à M. de Mercy que dernièrement le prince Henri de Prusse était venu le voir sous prétexte de visiter les objets d'art rassemblés dans l'hôlel du Contrôle-Général , mais en réalité pour l'entretenir de la situation. Ce prince, entre autres clioses, lui avait dit que le caractère du Roi, son frère, était bien connu, qu'il savait de source certaine qne son esprit était très agité par les événements actuels et que l'on pouvait aisément se figurer ici que ce monarque, fidèle au système qu'il avait toujours suivi de prendre les devants (das prœveidre zti spielen), pourrait bien adopter un jour ou l'autre des résolutions qui déplairaient peut-être à la cour de France si on le laissait ignorer plus longtemps comment le cabinet de Versailles jugeait la situation. Au contraire, si l'on trouvait bon de l'informer dès maintenant des idées du gouvernement français, cette démarche serait un bon moyen d'empêcher ce Roi de prendre un parti, et, plus tard, il serait plus aisé de le déterminer à adopter des mesures qui concorderaient avec celles auxquelles se déciderait la France. Comme M. de Galonné n'était pas autorisé à entrer dans une négociation de ce genre, il se borna à faire une réponse polie, mais vague, et tout de suite, il rendit compte de cet entretien au Roi et à M. de Vergennes. Il fut alors chargé d'aller rendre visite au prince Henri, qui se trouvait chez le duc d'Orléans, à Sainte-Assise, et de lui dire que la communication dont il l'avait honoré avait paru

attendre de nos liaisons avec la France ne sont qu'illusoires et qu'il ne nous reste que des inconvénients à prévoir.

Il me revient d'assez bonne source que les Hollandais ont mis ici le marché à la main et que leur menace de se jeter entre les bras de l'Angleterre a décidé le ministère de Versailles à se déclarer dans le sens que porte la note envoyée à M. de INoailles^^^. Cependant la Reine

mériter la plus grande attention; que la cour de Versailles ne pouvait regarder d'un œil indifférent les desseins de l'Empereur contre la Hollande; que, toutefois, ils ne s'étaient pas encore assez clairement manifestés pour qu'on pût prendre une décision, mais qu'aussitôt que la situation serait plus nette, on n'hésiterait pas à confier au roi de Prusse le parti auquel la France pourrait se résoudre.

M. de Galonné affirmait qu'en cela seulement consislait tout ce qui s'était dit avec le prince Henri de Prusse; mais naturellement M. de Mercy ne croyait pas que celte confidence fût complète et il soupçonnait M. de Galonné de lui avoir caché la plus grande partie de son entretien avec le prince Henri. H ne se fit pas faute de représenter au contrôleur général ce que la cour de Versailles avait à attendre de la politique bien connue du roi de Prusse. Et pour amener M. de Galonné à lui faire par la suite des confidences encore plus complètes, il lui dit qu'en relour de la confiance qu'il lui montrait il lui ferait lire une dépêche secrète du prince de Kaunitz de la plus grande importance , celle du i o octobre (voir plus haut, p. 802). En même temps, il lui fit espérer qu'en temps et lieu il ne manquerait pas de lui rendre près de la Reine les services qu'il pouvait désirer, ce qui provoqua de la part du contrôleur général les plus vives assurances de sa sincère reconnaissance. Ainsi se termina cet entretien, qui avait duré plus d'une heure. (Dépèche d'office de M. de Mercy du 97 novembre 178^.)

!') Mémoire remis par le marquis de Noailles. — «L'amitié sincère qui attache le Roi à l'Empereur et les vœux que S. M

forme pour le maintien de la tranquillité publique lui font un devoir de s'exphquer sans réserve avec S. M. I. sur le différend qui s'est élevé entre ce monarque et les Provinces-Unies. Le Roi hésite d'autant moins à exprimer sa façon de penser sur cet important objet, que la pureté de ses principes et de ses intentions ne peut être révoquée en doute.

«S. M., en employant, à la demande des deux parlies, ses bons offices pour concilier l'Empereur et les Provinces-Unies, s'est abstenue d'articuler aucune opinion sur le fond des premières prétentions de S. M. I.; le Roi se prescrit encore le même silence ; mais l'intérêt qu'il prend à la gloire de l'Empereur l'auloiise à lui observer que ses premières prétentions et la demande de l'ouverture de l'Escaut ne sauraient être considérées sous le même point de vue. Les Hollandais, en résistant à cette dernière demande, n'ont fait que soutenir un droit qu'ils exercent sans trouble depuis près d'un siècle et demi, qui leur est assuré par un traité solennel el qu'ils regardent comme le fondement de leur prospérité et même de leur existence. Il semble résulter de là que le refus des Etals généraux, qui ne porte que sur un objet de compensalion , ne devait avoir d'autre effet que de ramener la négociation entamée à Bruxelles à ceux énoncés dans le tableau sommaire et d'établir une discussion dont le résultat devait naturellement dépendre des litres respectifs.

wLe Roi désirerait d'autant plus que cette marche fût adoptée, qu'elle préviendrait les hostilités et qu'elle pourrait conduire à des arrangements équitables.

«En suivant une marche opposée, il ost

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