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m'assure que le Roi est excédé et ennuyé dos Hollandais, qu'il s'en explique souvent ainsi vis-à-vis d'EUe; mais cela ne change rien à l'état des choses , et ne sert qu'à prouver la vérité de ce que j'ai eu l'honneur d'exposer à V. A. dans ma dernière lettre, savoir que le Roi n'a lui-même aucun crédit dans ses propres affaires d'Etat, parce qu'il n'y apporte ni connaissances ni volonté.
Je n'adresse point de rapport particulier à l'Empereur; j'espère que S. M. ne le trouvera pas mauvais, puisque je n'aurais pu Lui exposer rien au delà de ce que contient ma dépêche d'olïice; d'ailleurs les nouvelles qui arrivent de toutes |)arts annoncent que ce monarque est déjà parti de Vienne pour se rendre aux Pays-Bas. La Reine écrit à son auguste frère; Elle est dans une affliction très vive'^'; Elle s'en serait
à craindre que rEmpereur n'excite une inquiétude générale, et que la plupart des puissances ne se croient dans le cas de prendre les précautions et les mesures que les événements poin-ront exiger de leur part. Le Roi lui-même ne pourra se dispenser d'assembler des troupes sur les frontières.
«D'ailleurs, dans aucune hypothèse S. M. ne pourrait être inditïérenle au sort des Provinces-Unies et les voir attaquées à force ouverte dans leurs droits et leurs possessions. S. M. le peut bien moins aujourd'hui qu'Elle est au moment de consommer avec la République une alliance dont les bases étaient arrêtées avant les derniers différends.
«Si des considérations si importantes peuvent déterminer l'Empereur à suspendre toutes démonstrations hostiles pour n'écouter que la voie de la modération et de l'humanité, le Roi lui renouvelle l'ofl're de son entremise pour procurer entre lui et les Provinces Unies un acconnnodement juste et convenable. S. M. s'y portera avec d'autant plus de zèle qu'en suivant le mouvement de ses sentiments personnels pour l'Empereur Elle aura la satisfaction de concourir à éteindre dans un principe le feu d'une guerre dont les suites seraient incalculables, n
'" Le 23 novembre, M. de Mercy alla voir
la Reine, qu'il trouva très émue de tout ce qui s'était passé depuis huit joui's. Elle lui dit que le Roi était venu Lui parler de la noie à envoyer à Vienne et Lui en avait communiqué verbalement la teneur. La Reine s'était récriée vivement contre celte démarche inconsidérée, qui avait un caractère odieux. Elle dit que , dans le cas où il aurait paru nécessaire do tenir à la cour de Vienne un langage de cette sorte, les convenances exigeaient qu'on l'eût tenu tout au début sans attendre que l'Empereur eûl pris une position qui ne Lui permettait pas de revenir sur ce qu'il avait déclaré devant toute l'Europe; mais, ce qui rendrait celle démarche encore plus mauvaise, ce serait d'envoyer celte note avant que le Roi n'eût reçu une réponse à la lollre qu'il avait écrite à l'Empereur. Le Roi parut convaincu par ces raisons ; ce que voyant la Reine Le pria de Lui permettre de faire appeler le comte de Vergennes. Elle obtint sans diilicullé celte autorisation. Alors Elle manda le minisire et Elle lui parla avec la plus grande énergie. Du ton le plus sérieux. Elle lui déclara qu'il devait bien se mettre dans la léte que si la conduite de la France déterminait la rupture de l'alliance, toute la responsabilité en pèserait sur ses épaules dans le cas où les suites de cette démarche poiteraient atteinte aux véritables intérêts de la monarchie française. Le comte de Ver-
vraisemblablement épargné les causes si Elle avait bien voulu les prévenir à temps, mais je me suis assez expliqué sur ce chapitre pour qu'il me reste rien à y ajouter.
P. S. Je reçois dans l'instant la lettre de la Reine à S. M. l'Empereur; Elle m'en apprend le contenu, et me presse de la faire partir
«jennes, qui paraissait fort embarassé, répondit qu'it n'avait fait qu'exécutor les ordres du Roi, pris sur l'avis unanime de tous les ministres. Ensuite il avait voulu entrer dans quelques détails sur les motifs de cette résolution , et il avait cherché à en faire valoir pour la raison principale la crainte de manquer l'alliance avec la Hollande; en même temps, il feignait de redouter l'ambition de l'Empereur et ses vastes projets. Il avait fait encore remarquer à la Reine que le prince de Kaunitz, par le langage qu'il avait tenu aux Hollandais, avait par trop humilié ces républicains.
La Reine répliqua qu'Elle savait de quel ton les grandes puissances devaient parler aux petites, et qu'il serait à souhaiter que tous les ministres des grandes cours suivissent les exemples que leur donnait le prince de Kaunitz en cette matière tant pour le fond que pour la forme. Comme M. de Vergcnnes répondait que les règles d'une sage politique voulaient que les grandes puissances ménageassent les petites, la Reine lui répliqua que ce principe ne pouvait être appliqué qu'autant que les petites puissances auraient pour les grandes les égards convenables et prendraient envers elles une attitude de déférence et de soumission.
Ensuite M. de Vergennes se répandit en plaintes amères contre la cour de Vienne qui, suivant lui , semblait avoir pris à tâche de faire tout ce qui pourrait causer quelque embarras à la cour de Versailles. 11 dit même à la Reine que S. M. ne pouvait pas se figui-er avec quel superbe dédain le prince de Kaunitz avait coutume de parler de la France. La Reine pensait qu'en s' exprimant ainsi le comte de Vergennes faisait allusion à la dépèche du prince de Kaunitz
qui avait été dernièrement interceptée.
(Voir plus haut, p. 3o9.) Elle s'était bornée à lui répondre qu'Elle ne pouvait pas comprendre comment dans une afl'aire aussi importante on se contentait de raisons aussi misérables.
Elle persistait à penser que l'envoi d'une note, comme celle dont on avait l'idée, serait une démarche absolument inconvenante, ^lais si on voulait à toute force l'expédier, Elle désirait au moins que cela n'eût pas lieu avant l'arrivée de la réponse de l'Empereur à la lettre du Roi. Mais M. de Vergennes trouvait que celte réponse aurait dû être arrivée depuis plusieurs jours, et il voyait dans ce retard une preuve du peu de cas que l'Empereur faisait du Roi. La Reine au contraire soutenait que ce retard indiquait que la cour de Vienne préparait un plan pour donne:' satisfaction aux désirs du Roi.
En fin de compte, la Reine parvint à arrêter pendant cinq jours seulement, du i.5 au 9 0 novembre, l'expédition du courrier qui devait porter la note au marquis de Noailles pour la remettre au prince de Kaunitz.
Dans cet intervalle, Elle avait eu un autre entretien avec M. de Vergennes, et le peu de détails qu'Elle avait donnés à M. de Mercy suffisaient pour faire voir que le ministre avait été très durement traité.
En outre la Reine avait très souvent parlé de cette affaire au'Roi; mais, bien que ce monarque parût convaincu par les raisons qu'Elle lui donnait, Il finissait toujours par conclure qu'il devait se ranger à l'avis unanime de ses ministres.
La Reine, en racontant tous ces détails à M. de Mercy, le a 3, s'excusait de ne pas
MERCY À KAUNÎTZ.
proraptement. La Reine mande à l'Empereur que, si la réponse particulière qu'il doit au Roi présente des vues et des moyens, il sera essentiel que le ministère impérial ne réponde pas à la note remise par le marquis de Noailles, avant de savoir l'impression qu'auront faite les propositions que l'on attend de S. M. l. La Reine parle ensuite de l'étonnement et de la peine que Lui a faits la dernière résolution prise au consed du Roi; Elle réitère ses assertions sur l'attachement personnel du monarque pour l'alliance'^'.
l'en avoir averti plus tôt. Mais, comme il s'agissait d'un secret d'Etat qui avait été confié à la Reine, M. de Mercy n'aurait pu faire la moindre déraarclie ni paraître à Versailles sans La compromettre gravement, ^lais cette réserve n'avait p;\s en d'inconvénients; car Elle se souvenait parfaitement de toutes les considérations que M. de Mercy Lui avaient présentées à maintes reprises, et Elle en avait fait usage dans toutes les occasions qui s'étaient ofl'ertes.
La Reine était très émue tant à cause des événements en eux-mêmes qu'en raison du caractère et de l'esprit du Roi qui, tout en approuvant les observations qu'Elle Lui faisait, n'avait pas assez d'énergie et de volonté pour forcer ses ministres à y conformer leur conduite. Bien qu'il eût une piètre opinion de leurs capacités, H ne pouvait se décider à les changer pour porter remède aux maux du royaume par un choix meilleur. La Reine se désolait que par cette faiblesse les choses resteraient toujours dans le même état sans amélioration possible. Elle avoua même à M. de Mercy que, dans bien des circonstances très importantes.
Elle avait été jouée. (Dépèche d'ollice du comte do Mercy du 27 novembre 1786.) '') Marie-Antoinette à Joseph II , a6 710vembre ij8â. «Quoique dans le chagrin et l'agi lation que me .donne l'état des affaires je ne sois guère en étal d'écrire, je ne veux pourtant pas laisser partir le courrier sans vous dire un mot, mon cher frère, de ce que je vois.
«Vous avezdù être étonné et étrangement surpris de celte odieuse dépêche, sans attendre votre réponse à la lettre du Roi,
qui, aux yeux des gens les plus étrangers aux afTaires, ne rime à rien. Il y a quinze jours qu'elle a été arrêtée au conseil. J'ai suspendu le départ ducourrier pendant sept jours; c'est tout ce que j'ai pu obtenir. «Combien je désirais que votre courrier pût arriver avec un plan ou au moins quelques mots qui auraient suffi pour tout suspendre.
«J'étais enchantée de votre dei-nière lettre; je l'avais lue an Roi, qui en avait été louché. H est vrai que M. de Vergennes, à qui je l'avais lue aussi, m'y avait paru froid et indifférent et avait déjà pris son parti. Sa conduite est un tissu de fausseté, de faiblesse et de crainte des propos de ce pays-ci. «Au reste si j'ai été trompée sur ce qu'on tramait, c'est parce que les ministres euxmêmes ne devinaient pas, il y a un mois, qu'ils en viendraient où ils en sont aujourd'hui. Il me paraît que, quand même j'aurais été bien instruite d'avance, je n'aurais pu changer la résolution du conseil. Quoique je ne puisse plus me flatter de rien de bon, j'ai encore quelque espérance que votre réponse au Roi pourra changer les dispositions. Il est bien vrai que le ministre est venu à bout de persuader à son maître qu'il n'y a rien que de juste dans ce qui a été arrêté au conseil; mais le Roi tient fort à la paix et regretterait l'alliance, et je ne vois pas que, dans ses propos toujours peu suivis sur les aflaircs, il m'ait jamais trompée, comme l'a fait M. de Vergennes dans ses conférences avec M. de Mercy.
«J'attends avec bien de l'impatience votre réponse au Roi , et si elle présente des objels
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La Reine m'ajoute qu'EUe s'était proposé de venir passer deux jours à Paris, mais que dans l'attente d'un courrier essentiel, et dans la peine que Lui font les affaires Elle restera à Versailles dans l'espoir que quelque incident pourrait L'y rendre utile à l'Empereur.
Selon mon faible sentiment, le seul parti à tirer de tout ceci, serait peut-être de faire accepter et appuyer par la France la proposition de l'échange de la Bavière , échange qui mettrait l'Empereur bien à son aise vis-à-vis d'un allié qui n'en a plus que le nom. D'ailleurs tout ce que j'expose aujourd'hui sert à évaluer les idées de la Reine sur les sentiments personnels du Roi, ainsi que sur leurs effets, de façon qu'à moins d'une refonte totale du ministère de Versailles, il serait bien difficile de remédier aux maux présents et de se promettre un meilleur
avenu'.
Vienne, i"" décembre lySâ. — Je ne puis que me rapporter au contenu de la dépêche qui vous parviendra du prince de Kaunitz^^'. Je vous
à discuter, comme le délai me le l'ail présumer, je souhaite bien que vous puissiez différer jusqu'après cette discussion votre réponse à la noie qui a dû être remise par le marquis de Noailles.
«Quelle sera ma position si on ne peut étouffer ce fimeste germe de division ? Conservez-moi, mon cher frère, votre cœur, votre amitié; je le mérite par celle que j'aurai toute ma vie pour vous, je la sens bien dans cette horrible circonstance.» (Marie-Aiiloiiiette und Joseph II . . . Ibr Briefwechsel, p. 5o.)
''' Ce long rescrit est presque entièrement consacré à la discussion de la note française du ao novembre. (Voir plus haut , p. 3'i5, n" 1.)
Le prince de Kaunitz commence par rappeler que l'objet de la lettre du Roi à l'Empereur en date du 26 octobre (voir plus haut, p. 3ii , n° 1) se résumait dans cette phrase : tr Je m'adresse à V. M. I. pour La prier de me rendre dépositaire de ses vues et
de ses intentions et c'est dans ces sentiments que je Lui offre mon entremise pour terminer' les différends. -n L'Empereur répondit à cette ouverture avec la plus grande confiance et de la façon la plus amicale. Mais ce qui était absolument extraordinaire, c'était que sans même attendre la réponse de l'Empereur à la lettre du Roi on eût chargé l'ambassadeur de France de remettre à la cour de Vienne la note ci-jointe. Ce document était d'autant plus scandaleux , qu'il était tout contraire à la dernière lettre du Roi, au langage tenu auparavant par le comte de Vergennes et aux confidences faites par la Reine au comte de ^letcy.
En effet la Reine avait donné l'assurance que dans un des derniers conseils on avait agité la question de savoir si l'on devait réunir des troupes sur la frontière du nord de la France et que le Roi avait déclaré son intention formelle qu'on ne fit pas le plus petit mouvement parmi ses troupes.
Néanmoins la note déclare sèchement : que
laisse juger do l'impression et de l'effet qu'a faits sur moi cette déclaration de la part de la France. Je n'écris point à la Reine à cette oc-
le Roi ne pourra se dispenseï- d'assembler des troupes sur la frontière.
Dans sa lolire le Roi s'exprime ainsi:
Je n? Lui dissinnderai pas que c'est contre mon vœu que les Hollandais ont agi dans la dernière occasion, quoiqu'ils se croient fondés sur les traités.
Dans la note on parle sur un tout auli-e Ion de la conduite des Hollandais et on aflirn)e même que les Hollandais n'ontfail que soutenir un droit qu'ils exercent sans trouble depuis près d'un siècle et demi, qui leur est assuré par un traité solennel et qu'ils regardent comme le fondement de leur prospérité et même de leur existence.
Suivant un rapport du comte de JMercy, M. de Vergeunes n'aurait pas contesté que la République par ses insolences n'eût provo([ué le traitement qui l'attendait de la part de la cour de Vienne, et il aurait prononcé cette parole remarquable : ^pourvu que cela n'aille pas trop loinv. Maintenant ou s'exprime sur un tout autre ton: on emploie le langage le plus indiscret et on déclare tout net ^que le Roi dam aucune hypothèse ne pourrait être indifférent au sort des Provinces-Unies et les voir attaquées A force ouverte dans leur droits et possessions t^. Mais on oublie complètement que les Hollandais, eu recourant à la force ont placé l'Empereur dans la nécessité de mettre à exécution la déclaration préalable qu'il a faite publiquement. M. de Vergennes oublie même qu'il a fait l'aveu «que, malgré l'espèce de perplexité qu'il avait montrée précédemment sur le parti que prendrait la République à l'apparition de nos vaisseaux sur l'Escaut, il ne s'était jamais imaginé que ce parti pût devenir aussi violent et imprudent qu'il l'avait été en eff'elv. 11 oublie totalement qu'il a lui-même dit cr qu'il convenait de bonne foi que la République avait un grand tort à réparem.
Impossible d'imaginer rien de plus scandaleux que la comparaison du langage que
l'on se periuet envers l'Empereur avec celui que l'on tient aux Hollandais. Autant l'un est peu amical, contraire à l'alliance, pressant et presque ouvertement liostile, autant l'autre est mesuré, faible et partial.
D'après les confidences de la Reine à M. de Mercy sur le rejet du projet de lettre présenté au Roi par M. de Vergennes et sur l'erreur du ministre qui croyait que son projet avait été approuvé et expédié, le prince de Kaunitz pensait que M. de Vergennes avait pris secrètement connaissance de la véritable lettre, et que, furieux de cet ccbec, il n'en avait été que plus ardent à présenter à son maitre des insinuations hostiles à la cour de Vienne, et qu'enfin il avait réussi à faire passer dans sa note les expressions blessantes qui avaient fait repousser son projet de lettre.
Ce mémoire était de telle sorte que si la cour de Vienne devait y faire une réponse écrite, elle ne pourrait qu'être analogue, c'est-à-dire dure et blessante. Pour éviter d'en arriver à cette extrémité et mettre le cabinet de Versailles encore plus dans son tort, l'Empereur avait jugé bon de ne rien répondre par écrit à cette note et de charger M. de Mercy de faire verbalement cette réponse. Comme l'Empereur avait répondu à la lettre du Roi en date du a 6 octobre et s'était avec la plus grande confiance conformé au désir qui y était exprimé» la cour de Vienne faisait M. de Vergennes lui-même juge de la surprise pénible que S. M. I. avait dû ressentir en voyant que, sans attendi-e sa réponse, on Lui adressait une note semblable à celle que Lui avait remise l'ambassadeur de France. Ce mémoire était tel que l'Empereur croyait ne pas pouvoir donner une meilleure preuve de son amitié et de son estime pour le Roi et de son attachement à l'alliance qu'en considérant cette note connue nulle cl non avenue et en n'y répondant pas par écrit.
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casion par ménagement, craignant que ma plume pourrait ne pas iui épargner à ce sujet des vérités bien trop odieuses. Vous voudrez donc
D'ailleurs ia réponse de rEinpereur était contenue dans ce passage de sa lettre au Roi : Après le refus absolu de la compensation que j'avais proposée, il ne me reste qu^à en revenir à mes prétentions et griefs (léldillés dans le tableau sommaire que je leur ai fait communiquer.
n faut donc dans les termes oii Von est actuellement de deu.r choses l'une, ou dfaut que l'on me satisfasse sur toutes mes prétentions et que l'on me rembourse les frais de la guerre ou que l'on consente à la compensation que j'ai offerte. Dans l'un ou l'autre cas, je me tiendrai pour satisfait et ne prétends rien au delà.
L'Empereur désirerait encore obtenir ce résultat par des moyens pacifiques , en maintenant la tranquillité générale et il serait heureux de le devoir à la médiation amicale du Roi. ^lais il doutait fort de l'issue d'une négociation et d'ime discussion, dont le succès devrait dépendre des titres respectifs. L'expérience n'avait que trop appris combien peu de cas la République faisait des prétentions les mieux justifiées de l'Empereur. On devait s'attendre à ce qu'elle persévérerait dans celte ligne de conduite et qu'il s'ensuivrait un procès sans fin , ce qui était inadmissible dans une situation où l'on était presque en état de rupture ouverte. D'ailleurs il n'était pas possible maintenant d'entrer dans une discussion juridique, dont personne ne pouvait être juge. Avant toute chose il fallait que l'Empereur reçût une satisfaction snfiîsanle de l'outrage fait à son pavillon. Pour le reste sa lettre au Roi prouvait clairement qu'il élait loin de penser à la ruine de la République, à agrandir les possessions de la monarchie autrichienne , à rompre l'équilibre européen et à donner de l'inquiétude à une cour quelconque.
Cela dit, M. de !Mercy devait entamer une discussion de la note du 20 novembre
et sur un Ion d'amitié et de confiance faire remarquer à M. de Vergennes le scandale considérable, qu'elle devait nécessairement causer. 11 devrait surtout insister sur les différences manifestes entre les déclarations, que lui avait faites à diverses reprises M. de Vergennes et dont il avait rendu compte dans ses dépêches, et cette note, diiïérences qui étaient telles que l'Empereur pouvait supposer que ^l. de Mercy avait mal compris ou inexactement rapporté dans ses dépêches les paroles du ministre. M. de Mercy dirait ensuite à M. de Vergennes qu'il regardait comme un véritable bonheur que la lettre amicale du Roi et la réponse de l'Empereur eussent précédé celte note. Autrement la cour de Vienne aurait dû y faire une réponse écrite qui naturellement aurait dû être rédigée sur le même ton. Les conséquences s'en présentaient elles-mêmes à l'esprit. Elles auraient été d'autant plus tristes que si l'on considérait de sang-froid la véritable situation des choses, cette conclusion s'imposait, qu'il ne s'agissait pas de la réalisation d'un projet dangereux, mais simplement d'une satisfaction suffisante que l'Empereur ne pouvait pas négliger de se faire rendre sans exposer au mépris la dignité impériale et sans rabaisser le prestige de toutes les grandes puissances.
Le prince de Kaunitz terminait en disant que, si l'affaire, comme tout le faisait espérer, se terminait par la réouverture des négociations, il faudrait avant tout convenir d'une suspension des hostilités et d'une réparation préliminaire à faire par la République à l'Empereur. Et pour montrer à M. de Mercy qu'il élait possible de l'obtenir, il lui communiquait dans le plus grand secret ce passage d'une dépêche interceptée de M. de Rérenger, le chargé d'affaires de France en Hollande , datée de la Haye le 12 novembre: tfJe hasarderai de dire ici , que , comme il est probable que
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bien faire connaître cette raison à la Reine, et, en attendant vos réponses avec grande impatience , croyez-moi