‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiée (volume 2)Chapitre 5 sur 65 · MERCY A JOSEPH II · texte numérisé non relu

MERCY A JOSEPH II

Paris, i"' juin ij8i. — Un garde-noble, qui vient de passer en Espagne, m'a remis le 98 au matin les très gracieux ordres de V. M. en date du 20 de mai, et je me suis rendu sur-le-champ à Versailles pour présenter à la Reine la lettre qui lui était adressée f-l Cette auguste princesse, en ayant fait la lecture, me marqua de l'inquiétude et du déplaisir de ce que V. M. La laissait dans le doute si Elle viendrait à Versailles. La Reine se livra à plusieurs conjectures politiques sur la gêne et la circonspection que pourrait imposer à V. M. son office de médiateur à la paix, et le refrain de toute réflexion fut de dire : Il serait bien terrible que je fusse privée de revoir mon frère. S. M. me questionna beaucoup; mais je ne fis d'autre réponse, si ce n'est que les dépêches reçues ne m'éclaircissaient pas l'objet en question.

D'après l'ordre exprès qui m'en est donné, je dois exposer mon faible sentiment sur les avantages réels et certains, et sur les légers

"' Ces quatre articles préliminaires ont une circulaire explicative qui ne diffère été publiés par Flassan ( Histoire de la diplo- pas sensiblement des Observations verbales, malie française , t. Vil , p. 0 1 5 et suiv. ) , avec ('' Celte lettre manque.

inconvénients qu'un voyage de V. M. dans ce pays-ci pourrait produire.

Indépendamment d'une grande satisfaction pour la Reine, Elle obtiendrait l'avantage de bien des avis importants que V. M. seule pourrait Lui donner avec fruit, soit sur ce qui intéresse personnellement cette princesse, soit sur dés objets majeurs d'Etat auxquels il est désirable de fixer son attention.

Le Roi reverrait V. M. avec le plaisir dont son caractère modéré et tranquille est capable. J'ai lieu d'être assuré qu'il s'attend à cette visite; la Reine est persuadée qu'elle Lui sera agréable. Il n'y a que les comtes de Maurepas et de Vergennes auxquels la présence de V. M. ne saurait convenir; leur personnel et surtout leurs œuvres ont trop à perdre, en essuyant de plus près un coup d'œil pénétrant; mais cette raison excite mon zèle à désirer ardemment que V. M. fut à portée d'observer par Elle-même bien des nuances dont il est presque impossible de rendre un compte exact par écrit et qui cependant ne sont point inutiles au bien de son auguste service. Les deux ministres susdits m'ont d'ailleurs tenu un langage qui marquait leur persuasion que V. M. viendrait à Versailles.

Quelque grand que soit dans ma vie le bonheur de me retrouver aux pieds de V. M., je n'ai été guidé que par ma fidélité et mes devoirs dans ce que je viens de Lui exposer très humblement, et j'y ai mis toute la précision qu'Elle a daigné me commander.

Dorénavant je ferai passer toutes mes dépêches par Bruxelles. Je dois me référer à celle que je mets aujourd'hui très humblement sous les yeux de V. M. et qui contient ce que j'ai à dire sur l'objet important que je viens de communiquer à Versailles. La tournure timorée du comte de Vergennes n'admettait pas d'autre contenance que celle qu'il a eue dans le premier moment, mais je me persuade qu'il fera incessamment une réponse préliminaire honnête et qui marquera au moins de la sensibilité et reconnaissance du service réel que le ministère de V. M. trouve moyen de rendre à cette cour-ci ^^\

(') Vers ta fin du mois de mai, M. de mates dans son cabinet, ^I. de Vergennes

Mercy, accompagné du chargé d'affaires de prit un air sombre, qu'il conserva pendant

Russie, M. de Cholinsky, alla présenter au la lecture de ces deux documents. Comme

comte de Vergennes les Articles pour sei-vir M. de Mercy le pressait un peu , M. de

de base. En voyant entrer ces deux diplo- Vergennes répondit que dans une affaire

Indépendamment des dépêches ouvertes, le garde-noble est chargé de phisieurs autres lettres et paquets qui se trouvent cachetés, mais dont j'ai cru devoir mettre ici la désignation.

Je rejoins très humblement les pièces secrètes de la correspondance prussienne qui semble n'être que la continuation d'un tissu d'absurdités. Dans la position où le baron de Goltz s'est mis, il est a désirer pour le bien de l'auguste service qu'il reste à son poste et qu'il continue à y traiter les affaires de son maître à sa manière accoutumée. Il m'est démontré que le comte de Vergennes le connaît, le mésestime et que, si le comte de Maurepas se permet des légèretés vis-à-vis de cet envoyé, cela tient plus à une petite perfidie de caractère du vieux ministre qu'à des intentions plus suspectes pour le système actuel.

Profondément pénétré de la clémence avec laquelle V. M. daigne terminer sa très gracieuse lettre, je vivrai dans l'espérance d'exprimer à ses pieds le zèle ardent et la soumission avec lesquels je suis

Paris, le i" juin ij8i. — Monseigneur, le caractère timoré do M. de Vergennes a décidé sa contenance à la lecture du chef-d'œuvre que je lui ai remis par ordre de V. A. , mais la Reine '^' en a bien senti

de cette importance il ne pouvait taire connaître son avis sans avoir pris les ordres du Roi son maître et sans s'être concerté avec les puissances alliées de la France, c'est-à-dire l'Espagne et les Etats-Unis d'Amérique. Le chargé d'affaires de Russie se retira le premier, et M. de Vergennes, resté seul avec M. de Mercy, sortit un peu de sa réserve. Il dit que l'Espagne n'accepterait jamais le troisième article qui établissait un armislice de courte durée, et que la France ne saurait non plus y consentir; car tousses vaisseaux étaient sortis, et ses dépenses seraient aussi considérables ])ondant l'armistice que pendant la guerre. En outre, le statu quo était inadmissible, car il serait trop désavantageux aux Etats-

Unis. [Mercy à Kaunitz, dépèche d'office du i"^juin 1781.)

f Avant d'aller avec M. de Chotinsky chez M. de Vergennes, M. de Mercy s'était rendu chez la Reine, et il lui avait lu les Articles et les Observations verbales. Tout en déclarant que ces deux documents étaient un vrai chef-d'œuvre de la politique et que les parties belligérantes devraient s'y conformer sans difficulté, Marie-Antoinette déclara à M. de Mercy qu'EUe ne pensait pas que les cours de Bourbon accepteraient le troisième article relatif à l'armistice provisoire. Elle lui confia en même temps qu'on était décidé à porter cette année tous les eflorts dos alliés en Amérique, car on voyait qu'il n'y avait rien d'important à faire en

tout le prix, et m'a expressément chargé de vous le témoigner de sa part, Monseigneur! Je ne doute pas que l'on enverra incessamment et directement à Vienne une réponse préliminaire honnête, et qui marquera au moins une juste sensibilité et reconnaissance du service important que V. A. rend à celte cour-ci, en lui offrant des idées et des moyens auxquels les vues courtes du ministère de Versailles n'auraient certainement jamais pu atteindre. On ne sait ici que se bercer d'espérances ou chimériques ou incertaines par la nullité des mesures que l'on prend pour les rendre au moins probables. Mais au premier besoin de linances on ne saura plus où donner de la tête, et il se pourrait que la retraite de M. Necker ne tardât pas à donner lieu à l'existence de ce cas.

Dorénavant, d'après les ordres de S. M., je ferai passer toutes mes dépêches par la voie de Bruxelles, jusqu'à mes rap])orts de chaque semaine, quelque stériles qu'ils soient, par l'impossibilité de rien confier à la poste ordinaire.

Le baron de Breteuil doit arriver sous peu de jours; je supplierai la Reine de lui faire une leçon sur sa conduite à venir. Cet ambassadeur paraît trop ignorant en affaires pour ne pas être difficultueux, mais V. A. mettra bon ordre à sa jactance, et je tâcherai de faire eu sorte qu'il soit admonesté sur ce point.

Europe. M. de Mercy représenta à la Reine les raisons qui rendaient absolument nécessaire la conclusion d'un armistice, et il Ini dit que son intervention pour déterminer le Roi à accepter les quatre articles était d'autant plus indispensable que rien n'élait plus incertain que le sort des armes, et que l'état des aflaires intérieures et la faiblesse du ministère de la France ne permettaient pas d'espérer de grands succès. Cette réflexion de M. de Mercy amena la Reine à parler de l'insouciance du comte de Maurepas dont Elle cita un exemple tout récent. Il était venu l'entretenir de la situa-

tion des aflaires sans doute pour connaître son sentiment sur la retraite de M. Necker. En manière de conclusion, il lui avait dit que M. Joly de Fleury, qui avait pris l'administration des finances, serait de bonne humeur tant qu'il aurait de l'argent, mais que dans quelques mois il aurait fort à faire pour se créer des ressources, et il avait fait cette réflexion en plaisantant et en souriant; si bien que la Reine en avait conçu le plus profond mépris pour ce vieillard insouciant et léger. {Mei'cy à Kaimitz, dépêche d'office du 21 juin 1781.)

Vienne^ le â juin ijSi. — Ce n'est que pour vous mettre en état de pouvoir me renvoyer un courrier dans le courant du mois que je vous dépêche celui-ci, ainsi que vous le verrez par le maigre contenu de mes lettres d'otïice. Ce que je puis y ajouter, c'est que nos actions à Saint-Pétersbourg sont sur un assez bon pied, et seront bien mieux encore dans fort peu de temps, à ce que j'ai tout lieu d'espérer f'^. C'est encore une belle et bonne étourderie que la démission accordée à M. Necker ^~\ ne fût-ce que parce que mieux que lui certainement on ne trouvera pas dans tous les rapports qui se rassemblaient en lui. Je

(') Le prince de Kaunitz fait allusion au traité secret d'alliance offensive et défensive qui allait être concln avec la Russie sous forme de lettres autographes échangées entre l'empereur Joseph II et l'impératrice Catherine II. Les propositions del'Kmpereur, expédiées le 21 mai 1781, furent acceptées par l'Impératrice le 26 mai-7 juin et le prince de Kaunitz en reçut la nouvelle le 9 1 juin. (Cf. Joseph und Katharina von Russland, Ihr Briefwechsel , lierausgegeben von Alfred Ritter von Arneth. Wien; i869,in-8°, p. 67 à ga ,et A. Béer, op. cit. , p. 71.)

<-^ La conversation de M. Necker avec M. de Mercy, rapportée plus haut (p. 33, n. 3 ) , laissait entendre que la situation du directeur général des finances était très ébranlée; aussi l'ambassadeur redoubla d'attention, et, dans sa dépêche d'office du 3i mai, il put donner au prince de Kaunilz les plus grands détails sur la retraite de M. Necker, détails qu'il tenait de M. Necker lui-même et de la Reine. M. de Mercy commençait par rappeler la disgrâce de M. de Sartine déterminée par M. Necker, et la nomination de M. de Castries surprise au comte de Maurepas, qui, lorsqu'il connut la vérité, en avait beaucoup voulu au directeur général des finances. Aussi le principal ministre s'était opposé à ce que l'on punit les auteurs des critiques dirigées contre

le Compte rendu présenté au Roi par M. Necker, dont cette impunité avait affaibli le crédit. Le directeur des finances était très affecté de ces attaques et de cet abandon, qu'il croyait de nature à compromettre sérieusement sa situation. Il fut encore plus irrité par la publicité donnée malgré lui à son mémoire au Roi sur les assemblées provinciales et par les suites fâcheuses de cette trahison. En 1778, M. Necker avait présenté un mémoire au Roi sur l'administration provinciale pour proposer l'établissement, à titre d'essai, d'une assemblée provinciale en Rerry, afin de faire des économies et des réformes dans la répartilion de la taille et des autres impôts. Pour émouvoir le Roi, fort apathique de son naturel, M. Necker, comptant sur un secret inviolable, s'était permis quelques expressions vives contre les intendants et surtout contre les parlements. Cependant, dans les premiers mois de l'année 1781, des copies de ce mémoire furent adressées au premier président et à six membres des plus influents du Parlement de Paris, et bientôt en parut une critique très vive sous ce titre : Lettre d'un bon Français. M. Necker, très ému, crut d'abord qu'on avait forcé, dans son appartement à Versailles, la cassette où il conservait ce mémoire; mais il n'en était rien, et bientôt il sut que son travail avait été divulgué par une faute, peut-être invo-

hi

suis curieux d'apprendre tout ce que vous pouvez avoir à me mander à ce sujet, et bien plus encore la sensation qu'aura faite ma première démarche dans la grande œuvre de la médiation, et j'attendrai moyennant cela le renvoi de ce courrier avec un peu plus d'impatience qu'à l'ordinaire.

Mons, ce 8 juin ij8i. — J'ai reçu, mon cher Comte, vos dépêches par le garde-noble Danzkay, et, après en avoir fait lecture, je les ai fait

iontaire, du comte de Provence. Ce prince, ayant appris, on ne sait comment, que le directeur des finances avait présenté au Roi un magnifique mémoire, pria M. Necker de ie lui faire connaître; celui-ci ne fit aucune ditTiculté de lire son œuvre au premier prince du sang, alors encore héritier présomptif de la couronne. ^lais ce prince, bien qu'il eût promis le secret au directeur des finances , commit l'imprudence de parler de ce mémoire à son surintendant M. Cromot, un ancien premier commis de l'abbé Tcrray au contrôle général, un homme ambitieux et intrigant qui avait déjà osé se larguer du succès d'une grande fêle donnée par son maître à la Reine pour la supplier de le faire nommer ministre des finances. Par les confidences de son maître, M. Cromot comprit qu'il pourrait peut-être se servir de ce mémoire pour perdre M. Necker, qu'il considérait comme im rival heureux dont il voulait la place. Il engagea le comte de Provence à prier le directeur des finances de lui confier son mémoire pour le relire. M. Necker chargea un de ses confidents, M. de Lessart, d'aller lire lui-même son œuvre au prince; mais on dit à cet employé que le comte était très occupé , et on le pria de laisser le mémoire en promettant de le lui renvoyer tout de suite. M. de Lessart n'osa pas refuser, et M. Cromot en profita pour faire faire, à la hâte et en secret, une copie dont il fit, sous

main, l'usage que l'on a vu plus haut, quand il crut le moment venu d'altaquer M. Necker. Le Parlement voulait délibérer sur ce mémoire; mais le Roi le lui défendit formellement. Cependant on laissa circuler la Lettre d'un bon Français, sans même ouvrir une information pour en connaître les auteurs, qu'il eût été trop facile de trouver.

M. Necker crut que cette impunité ruinerait le crédit qui lui était absolument nécessaire pour continuer à remplir sa place d'une façon utile au service du Roi. En outre, il était très mécontent de n'être pas appelé à toutes les conférences des ministres, mais seulement à celles où l'on délibérait sur les moyens de se créer des ressources pécuniaires, tandis qu'il croyait qu'il était nécessaire qu'il fût présent aux comités, où l'on décidait les dépenses, afin de savoir si elles étaient indispensables et de pouvoir dire s'il pourrait ou non se procurer l'argent en temps utile. 11 témoigna jusqu'au dernier instant la plus grande confiance en M. de Mercy; il lui dit qu'il était obligé de penser sérieusement aux moyens de se retirer du jeu d'une façon honnête, que le moment présent lui paraissait le plus convenable, parce que les fonds pour la continuation de la guerre étaient faits jusqu'à la fin de l'année, et qu'ainsi le nouveau ministre des finances aurait tout le temps suffisant pour se pro-

passer avoc quelques observations au prince de Kaunitz. La réponse que vous recevrez ministérieilement éclaircira davantage la façon avec laquelle on envisage la commune proposition des médiateurs. Si effectivement on veut la paix, il faut bien se prêter à quelque moyen qui puisse la procurer. Si en revanche on ne la veut point, alors tout est dit : il n'y a qu'à faire la guerre et jouir des avantages réels ou imaginaires qu'on s'en promet; mais toujours l'on ne pourra que rendre justice là où vous êtes aux motifs, aux principes qui nous ont fait agir et aux moyens que nous avons mis en avant pour amener la conciliation d'intérêts si divers. Au reste, vous sentez bien qu'il n'y a pas de

curer des ressources pour les besoins à venir. Il dit la même chose à la Reine, qui employa vainement tous les moyens en son pouvoir pour lui rendre courage et le décider à reculer, tout au moins, Texécution dt son projet jusqu'à la fin de la guerre.

M. Necker, n'écoutant rien, composa un mémoire pour démontrer qu'après le coup que son crédit venait de recevoir il lui était impossible de se rendre utile dans son emploi, à moins que le Roi ne voulût relever le crédit perdu de son ministre par un témoignage public de faveur. Il proposait trois moyens : i" de l'appeler au Conseil d'Etat ou d'En-Haut; 2" de faire enregistrer au Parlement du très exprès commandement du Roi, et au besoin dans un lit de justice, Tédit établissant des assemblées provinciales dans tout le royaume; 3° de lui confier l'administration directe des caisses de la marine et de la guerre. Comme il s'était déjà entendu sur ce point avec le marquis de Castries, il ne lui resterait qu'à obtenir l'assentiment du comte de Ségur.

Avant de présenter son mémoire au iîoi, M. Necker alla en causer avec le comte do Maurepas, qui lui demanda s'il serait inébranlable sur l'adoption des moyens qu'il proposait. M. Necker répliqua que tous autres moyens lui seraient agréables, pourvu qu'ils eussent le même cQ'et. Alors M. de Maurepas lui fit observer que son entrée au conseil soulèverait de grosses difficultés à cause du préjugé universel contre les pro-

testants, et qu'on pourrait l'appeler à tous les comités. Comme M. Necker lui demandait s'il pensait que cela serait suffisant, M. de Maurepas lui répondit dédaigneusement qu'il savait bien de quelle sorte étaient ces comités. Il ajouta qu'on pourrait lui faire donner les grandes entrées, et M. Necker, renouvelant sa première question, le vieux ministre rabaissa cette faveur à presque rien , en disant que lui-même l'avait reçue, mais qu'il avait eu soin d'empêcher qu'on le mît dans la Gazette de France. En un mot, le comte de Maurepas s'arrangea de façon à ne laisser aucun doute à M. Necker sur son mauvais vouloir.

Néanmoins le directeur des finances crut devoir faire une tentative près du Roi; mais il vit clairement que S. M. avait été prévenue par le comte de Maurepas.

Alors M. Necker envoya le soir même son mémoire à Versailles, et l'affaire resta en suspens jusqu'au 20 mai , jour où le Roi fit savoir à M. Necker qu'il acceptait sa démission. En terminant son récit, M. de Mercy déclare que la Reine tint toujours le même langage et qu'EUe continua à reconnaître ouvertement les mérites de ce ministre; mais que, soit par défaut d'expérience, soit par timidité. Elle ne réussit pas à dissiper ou à détourner l'orage, quelque agréable qu'il lui eût été de pouvoir maintenir plus longtemps en place un homme devenu si utile à la France. [Mercy à Kaunitz, dépêche d'office du 3i mai 1781.

puissance en Europe qui puisse être plus indifférente sur la continuation, la fin et les etïets divers de cette guerre que moi.

Oslende, ce m juin ij8i. — Mon cher comte de Mercy, pour se remettre en règle et pour vous fournir des courriers qui puissent nous annoncer les nouvelles importantes que vous pourriez avoir à nous communiquer, le prince de Kaunitz vous a dépêché ce courrier; j'ai ouvert, comme nous en étions convenus, les dépêches à votre adresse, et je les ai refermées de mon cachet. Je compte dans une huitaine de jours avoir fini ma tournée et arriver à Bruxelles, oii j'attendrai avec empressement vos nouvelles pour me décider définitivement sur mon retour et si je prendrai par Versailles; voici une lettre pour la Reine, et en même temps je vous envoie des pièces secrètes de la correspondance prussienne.

Le renvoi de M. Necker m'a causé le plus grand étonnement, d'autant plus que je croyais, outre le mérite de sa personne, son existence , par son crédit, nécessaire pour le moment. On rêve parfois, et en seraitce un bien ridicule que de vous prier, mon cher Comte, de me dire bien sincèrement si vous croyez que cet habile Genevois serait capable de sortir de France et de se transporter en Allemagne. Ceci vous paraîtra singulier, et, s'il y avait moyen surtout dans le genre de connaissances des finances de faire quelque acquisition pour ma patrie, je croirais lui rendre un grand service. Ainsi marquez-moi bien sincèrement ce que vous en pensez et, si vous en auriez quelque lueur d'espérance de réussite, sondez un peu le terrain.

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