‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiée (volume 2)Chapitre 52 sur 65 · MERCY A JOSEPH II · texte numérisé non relu

MERCY A JOSEPH II

Paris, Si décembre ij8â. — Les très gracieux ordres de V. M. I., datés du i^' décembre, m'avaient été remis par un garde-noble arrivé ici le 8 ; mais comme cette expédition s'était croisée avec celle de mon très humble rapport et de mes dépêches du 3 , et que l'état des circonstances forçait à l'inaction jusqu'à ce que de nouveaux ordres relatifs au contenu de ces mêmes dépêches du 3 me missent en mesure d'agir, j'ai dû les attendre jusqu'au aS, jour auquel ils m'ont été remis par le garde-noble qui en était porteur. Quel que fût mon empressement à les remplir, je me suis convaincu que, pour y procéder avec succès, tout dépendait de bien préparer mes mesures et de les mettre à l'abri des pièges que la mauvaise volonté du comte de Vergennes pourrait me préparer. Cette réflexion a décidé la marche que j'ai tenue et dont j'expose officiellement les détails aujourd'hui. J'en éprouve une vraie mortification de devoir expédier une dépêche aussi énorme, aussi ditfuse que l'est celle qui sera mise sous les yeux de V. M. ^^\ et le tout sans pouvoir rien mander de concluant sur les objets essentiels; mais il s'était accumulé plusieurs particularités intéressantes et j'ai cru qu'elles étaient toutes nécessaires à exposer dans une conjoncture où il s'agit d'éclaircir à fond non seulement tout ce qui a

f La dépêche d'office du 3i décembre 178^ est, en effet, énorme; elle n'a pas moins de soixante-dix-neiif pages in-foiio; mais, bien qu'elle soit écrite en un allemand de chancellerie, surchargé de formules respectueuses et d'incises, elle n'en est pas moins très intéressante, car elle est d'une importance capitale pour l'histoire; malheureusement elle est si longue que nous ne pouvons pas en donner ici la traduction, ni même un résumé suffisant; nous devons d'autant plus y renoncer que l'un de nous aura peut-èlre à la publier un jour in exlensn dans celte même collection. Nous nous bornerons à l'analyse des passages qui nous paraîtront absolument nécessaires à l'intelligence du texte.

En recevant, le samedi -2.5 décembre.

jour de Noël, les dépêches 'expédiées de Vienne le 17, M. de Mercy, qui en vit la grande importance, se demanda s'il n'irait pas tout de suite à Versailles; mais il se dit que, s'il abordait la discussion avec M. de Vergennes avant que le ministre eût pu réfléchir sur la lettre de l'Empereur, il se bornerait à lui répondre qu'il prendrait les ordres du Roi, et il résolut d'attendre un peu cl de faire pendant ce temps préparer le terrain par la Reine. Le 9 5 décembre, M. de Mercy écrivit à la Reine pour lui communiquer la lettre de l'Empereur et la supplier d'agir en ce sens sur le Roi et sur M. de Vergennes (voir ci-après, p. 871, n. 1). La Reine le promit et, le a6 et le 27, Elle exécuta sa promesse comme on le verra plus lias.

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trait au présent, mais aussi tout ce qui peut servir aux combinaisons qui regardent l'avenir.

Cette dépêche répond à quelques articles essentiels des très gracieux ordres particuliers que V. M. daigne me confier en date du 17, et elle explique les motifs qui me déterminent à expédier le présent garde-noble, quoique le grand objet de l'échange soit dans une crise dont je ne puis encore prévoir l'issue. Peut-être sera-t-elle décidée avant le départ de mes dépêches, et en ce cas, j'y ajouterai ce dont je pourrais être informé; mais comme dorénavant j'ai à m'attendre, de la part du comte de Vergennes^^', à autant de mauvaise volonté personnelle à mon égard qu'il en a toujours marqué relativement au fond des affaires, il serait assez probable qu'il me cachât ce qui sera résolu au conseil, jusqu'à ce qu'il en ait informé l'ambassadeur du Roi à Vienne. Au reste, je dois cet hommage à la Reine qu'il est impossible de mettre plus de zèle, plus d'ardeur qu'Elle n'en a marqué à faire réussir ce que V. M. désire, et si la manière d'être inconcevable du Roi ne présentait des obstacles que l'on ne peut expliquer, il est certain que l'objet de l'échange aurait été emporté de haute lutte.

J'ai d'autant plus de regret à la terrible sortie de la Reine contre le ministre -'-', qu'il n'y a pas à en conclure que ce dernier sera renvoyé,

(') Le mardi 28 décembre, jour ordinaire de conférence, M. de Vergennes , encore sous le coup de l'algarade que la Reine lui avait faite la veille, avait pris la précaution de faire assister à son entretien avec M. de Mercy le premier commis Gérard de Raynevai, sans doute pour bien montrer à l'ambassadeur impérial qu'il se défiait de lui et qu'il craignait qu'il ne dénaturât leur conversation en la rapportant à la Reine (|ui se servirait de ses faux rapports près du Roi. En outre, M. de Vergennes s'était montré plus que froid. Il fut impossible à M. de Mercy d'entamer une discussion sérieuse et d'obtenir la plus petite réponse catégorique. M. de Vergennes se contenta de faire quelques objections de puie forme et de déclarer qu'il soumettrait l'afl'aire au Roi. (Dépèche d'office de M. de Mercy du 3i décembre 1786.)

-' Comme Elle l'avait annoncé à M. de

Mercy (voir plus bas, p. 871, n. 1), la Reine, le dimancbe 26 au soir, remit au Roi la lettre de l'Empereur, et Elle convint avec Lui d'en parler longuement ensemble le lendemain matin. Le 37, après que le Roi eut dit qu'il était tout particulièrement satisfait du contenu de cette lettre, la Reine discuta les détails de l'échange projeté. Elle s'efTorça d'en faire ressortir la grande importance , de montrer toutes les convenances qu'il présentait et de faire sentir au Roi toute l'étendue de l'amitié et de la confiance dont l'Empereur avait fait preuve dans cet arrangement. Quoique le Roi reconnût le bien-fondé de ces observations, cependant la Reine ne put pas tirer de Lui une seule parole formelle qui l'engageât à contribuer de son côté à la réussite de cette afTaire. Alors la Reine Lui proposa de faire appeler M. de Vergennes , ce que le Roi accepta tout de suite.

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au moins assez h temps, pour que l'auguslc service en éprouve des avantages réels, et, dans la perplexité où je me trouve sur l'issue qu'auront ici les choses, il est moralement impossible d'asseoir des idées précises et qui ne fussent pas sujettes à erreur. En attendant, sans oser porter un regard téméraire sur les résolutions que, sui-

A peine le ministre était-il depuis huit ou dix minutes seul avec le Roi , que la Reine entra dans le cabinet de son mari et se mêla à la discussion. Elle reprit les observations et les arguments dont Elle venait de se servir pour lâciier d'arracher au Roi un mot décisif. Le minisire y opposa la nécessité de s'assurer auparavant si le roi de l'russe n'était pas hostile à l'échange. Pour appuyer celte idée, il dit, entre autres choses, que ce serait rendre un fort mauvais service à l'Empereur si, dans l'instant même où l'on cherchait les moyens de le retenir d'entamer une guerre avec la Hollande, on lui attirait une affaire bien plus grave avec son dangereux voisin.

La Reine répliqua qu'Elle ne pouvait regarder cette réponse que comme une très mauvaise excuse. C'était une affaire qui regardait uniquement son frère qui était le meilleur juge de ses convenances et des dangers auxquels il pourrait s'exposer. Le service, que la France avait à rendre, consistait seulement à donner quelques preuves manifestes de son amitié et de son bon vouloir en retour de toutes celles que l'Empereur, dans la circonstance présente, avait données au Roi. Alors, M. de Vergennes présenta quelques observations sur le nouveau projetde restreindre les territoires à échanger et de garder les pays de Luxembourg et de Namur. Les règles d'une sage politique obligeaient à penser à l'avenir plus qu'au présent; en ce moment où elle était unie à l'Empereur par d'étroits liens d'amitié, la cour de France pouvait ne rien trouver de désagréable ni de contraire à ses intérêts dans la possession, par ce prince, de plusieurs provinces situées immédiatement sur tes frontières. Mais si l'on voulait jeter un regard .sur les événements qui

pouvaient se produire dans l'aveiu'r, on verrait que le seul avantage que le projet d'échange des Pays-Ras contre la Ravière présentait pour la France, consistait en ce que le royaume était complètement délivré de la présence sur ses frontières d'un voisin puissant qui, en temps et lien, aurait pu l'inquiéter. En outre, il était probable que, si elle appartenait à une faible puissance, la forteresse de Luxembourg, qui autrefois avait tant gêné la France, serait bientôt rasée. Ces avantages disparailraient si l'Empereur conservait les provinces de I^uxembourg et de Namin".

Dans ce nouvel argument mis en avant par le ministre, la Reine crut voir une marque de mauvais vouloir et un parti pris d'opposition. Elle ne put se contenir plus longtemps; Elle céda à un mouvement de vivacité et de colère, dont, dès le lendemain, à ce qu'Elle lit entendre à M. de Mercy, Elle se repentait. Elle déclara au comte de Vergennes qu'Elle reconnaissait bien là son désir de profiler des occasions qui s'offriraient d'être utile et agréable à l'Empereur. Dans les diverses conversalions qu'Elle avait eues avec lui. Elle avait bien vu quelles étaient ses intentions et combien peu ses paroles étaient vraies et sincères. Rien de tout cela ne lui avait échappé et Elle regrettait bien vivement de n'avoir pas toujours pris la précaution de ne lui parler qu'en présence du Roi. Elle ne faisait aucune difficulté de lui dire devant le Roi qu'Elle connaissait bien sa manière d'agir. Cette méthode consistait à avoir bien soin d'arranger les choses de telle façon qu'il semblât que les avis, dont cependant il était l'auteur, ne venaient pas de lui. Pour mener à bien ses manœuvres cachées, il savait gagner à lui la plupart des voix du Conseil

vont les JilTërcnles conjonctures, V. M. pourra prendre, et en restant strictement dans le cercle des combinaisons qui semblent tenir à mes devoirs, je ne crois pas en outrepasser les bornes en me permettant d'observer qu'en quelque hypothèse que ce puisse être, soit que l'on persiste ici dans la conduite odieuse dont on a donné tant de preuves,

(l'Klat o( , eiilrc autres, colles du marquis d'Ossun, du contrôleur général et du prince de Soubise; il faisait mouvoir ces trois ministres d'après ses instructions, et c'est ainsi qu'il savait faire proposer et passer les opinions dont il ne voulait pas paraître l'auteur.

Le coinlo de Vergennes fut excessivement énui par cette attaque imprévue à tel point que, pendant quelques instants, il ne sut que dire. Il se borna à répondre que si ses augustes maîtres avaient conçu de lui une telle idée, il ne lui restait rien de plus à faire que de se mettre à leurs pieds pour leur demander la permission de quitter sa place. D'ailleurs, puisqu'il avait eu le malheur de recevoir en ce moment de S. M. la Reine un si sensible témoignage de son mécontentement, il croyait devoir quitter immédiatement le cabinet du lîoi.

Mais la Reine lui répliqua que cela ne pouvait pas se passer comme cela. Elle avait prié le Roi de le faire appeler, lui, Vergennes, pour examiner une afTaire importante et il devait rester là jusqu'à ce qu'on eût décidé quelque chose de certain sur l'objet en discussion.

Alors la Reine entra dans les plus grands détails sur les principes de l'alliance francoautrichienne, sur l'utilité ciinsidérable dont elle avait été pour la France dan3 la dernière guerre, sur les avantages incalculables que ce royaume pourrait en retirer dans l'avenir. Puis Elle établit une comparaison entre les nombreux témoignages de loyauté et d'amitié que l'Empereur n'avait cessé de donner au Roi et la conduite de la cour de Versailles, où la Reine ne voyait que des marques de défiance , d'aversion et du mauvais vouloir le pins caractérisé. Enliii

il était temps de penser sérieusement à effacer la mauvaise impression produite par ce fâcheux système. Puisque l'échange de la Bavière ofiTrait une occasion favorable pour obtenir ce résultat, il serait incompréhensible qu'on n'y donnât pas la main , d'autant plus incompréliensible que cet échange réunissait toutes les convenances possibles pour la France, et la Reine se mit à détailler tout au long ces convenances.

Pendant (jue la Reine donnait toutes ces explications, M. de Vergennes avait pu se remettre un peu de sa vive émotion. 11 donna à la Reine l'assurance que son sentiment personnel n'était pas contraire au projet d'échange. Cependant l'afl'aire lui paraissait avoir trop d'importance pour que le Roi pût trouver bon d'arrêter une résolution sur ce sujet sans réunir au préalable son conseil pour prendre son avis. L'échange sans doute aurait lieu tout de même ; mais il était nécessaire de délibérer sur les moyens à employer pour l'exécuter sans créer d'embarras. Il termina en protestant qu'il était bien persuadé de la bonté et de l'utilité du système actuel d'alliance. Sur ce, le Roi mit fin à l'entretien en congédiant son ministie.

Jusque-là , dans toute cette vive discussion, le Roi avait joué un rôle purement passif; 11 n'avait pas dit un seul mot, ni pour, ni contre M. de Vergennes. Après la retraite du ministre, le Roi, en employant toutefois les expressions les plus douces, tenta de le justifier quelque peu. Il donna à la Reine l'assurance que ce ministre ne cherchait nullement à brouiller les deux cours de Vienne el de Versailles. La fâcheuse idée que la Reine s'en était formée ne reposait que sur des soupçons erronés qu'on avait insinués dans son esprit. Il voyait

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soit qu'on cherche à la replâtrer pour un temps, il n'en restera pas moins certain que, depuis la formation du ministère actuel de Versailles, on lui a vu constamment une tendance plus ou moins cachée à dissoudre le système présent dont la base fondamentale, savoir celle d'admettre une utilité réciproque, est tellement méconnue qu'il est presque hors de vraisemblance de parvenir de longtemps à la rétablir;

avec une vraie peine que la Reine s'était mise en colère. A l'avenir, quand Elle voudrait demander quelque chose à M. de Vergennes, 11 la priait de l'en avertir auparavant, afin qu'il fût présent et qu'il put voir comment Lui cl son ministre pourraient s'y prendre povn- donner pleine satisfaction à la Reine autant que lu nature des choses le permettrait.

A ces paroles aimables, la Reine répondit en donnant à son mari les marques de la plus vive sensibilité à ses attentions. Mais sans rien changer à l'opinion qu'Elle s'était faite du ministre, Elle continua à faire, à propos de l'échange, les plus fortes instances au Roi qui l'assura que, quant à Lui personnellement. Il y donnerait volontiers les mains pour autant qu'on ne Lui montrerait pas d'obstacles insurmontables.

Le mardi a8, lorsque la Reine lui eût raconté la scène de la veille, M. de Mercy prit la liberté de Lui représenter qu'une attaque aussi vive contre M. de Vergennes ne pouvait avoir d'autres conséquences que d'augmenter, d'une part, le mauvais vouloir du ministre, et, de l'autre, de l'exciter à redoubler de soins pour mieux cacher ses intrigues. Il lui semblait, à lui Mercy, qu'il serait bien plus avantageux de ne pas enlever à M. de Vergennes tout espoir de rentrer en grâce près de la Reine en adoptant une conduite opposée à celle qu'il avait suivie jusqu'ici et de le ramener par cet sppàt ainsi que par des raisonnements solides sur les affaires présentes.

La Reine en convint et, en même temps. Elle répéta combien Elle était désolée de ce mouvement de vivacité. Elle ajouta qu'Elle voyait bien qu'après un tel éclat sa dignité et son crédit exigeaient le renvoi immédiat

du ministre. Comme Elle manifestait quelque penchant pour le cardinal de Bernis, M. de Mercy chercha à La décider en faveur de M. de Sainf-Priest et il Lui lut une lettre du prince de Kaunilz qui recommandait chaudement ce diplomate. La Reine, comme Elle l'avait déjà fait plusieurs fois, assura qu'Elle était disposée à donner à cet ambassadeur, lors de sa prochaine arrivée à la cour, des marques de grâce et de bienveillance. Mais M. de Mercy vit clairement que la Reine était comme effrayée des nombreux obstacles qu'Elle aurait à renverser de tous côtés pour faire chasser M. de Vergennes et mettre à sa place M. de Saint- Priest.

M. de Mercy avouait au prince de Kaunitz que. malgré la puissance du grand crédit de la Reine, le sort de M. de Vergennes était très incertain, car, par caractère, le Roi répugnait à disgracier un ministre et surtout un ministre des affaires étrangères, dont le remplacement Lui causerait une foule d'ennuis. En outre, le Roi était lié à M. de Vergennes par une sorte d'accoutumance; une longue habitude avait une très grande influence sur l'esprit de ce monarque. Il n'était cependant pas impossible que la Reine ne réussît à le faire renvoyer. Mais il n'y avait pas d'apparence que cela pût se faire tout de suite et, par conséquent, à un moment où les convenances de l'Empereur l'exigeraient. Bien qu'il n'y eût pas à douter que l'énergie que la Reine venait de montrer ne lit une profonde impression sur le caractère timide de M. de Vergennes, on ne pouvait calculer sûrement quel en serait le résultat. 11 fallait en attendre les effets. (Dépèche d'office de M. de Mercy du 3 1 décembre 1 78/1.)

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(|u'enfin une alliance qui a été et aurait dû être toujours avantageuse à V. M., peut maintenant Lui devenir également dangereuse qu'elle l'est devenue même avec une progression plus ou moins lente, mais telle que lors du dernier voyage de V. M. en France, interrogé par Elle sur le système, j'osai Lui observer très humblement que ses avantages, incontestablement démontrés en bonne politique, n'étaient cependant plus pour l'auguste maison que des avantages négatifs. Mes moyens trop bornés ne me permettaient pas alors de voir plus loin; bien des causes ont contribué, même dans ces derniers temps, à dérouter le peu de prévoyance dont je puis être capable jusqu'à ce que les époques récentes aient tout éclairci de manière à ne pouvoir plus s'y méprendre.

La Reine ne se trompe pas sans doute sur les sentiments personnels du Roi; mais leur peu d'effet est constaté jusqu'à l'évidence; pour qu'ils en eussent de favorables, il faudrait le concours d'un ministère tout neuf, bien composé et bien intentionné, trois conditions dont rien n'annonce l'accomplissement prochain, tandis que tout semble en éloigner la probabilité. Malgré cela , aussi longtemps qu'il existera une lueur d'apparence de pouvoir opérer quelque chose d'utile aux vues de V. M. , la Reine paraît fermement résolue d'y porter tous ses soins. Quant à ceux que m'imposent mes devoirs et mon zèle, ils ne me laisseront certainement rien omettre.

Ainsi que V. M. daigne m'y autoriser, j'épierai les moments propices à faire usage des insinuations de nature à flatter les idées que l'on pourrait avoir ici sur quelques parties des Pays-Ras ou sur les deux provinces que V. M. se propose de conserver et qui pourraient un jour devenir le prix, soit de quelque important service à rendre parla France, soit de quelque arrangement à prendre avec elle. Enfin, je me replierai de toutes les manières pour tâcher de tirer parti de ces gens-ci, et je resterai dans la conviction que tous mes efforts, même les plus heureux, ne mériteront jamais la moindre partie de l'extrême bonté et de la clémence que V. M. daigne me marquer.

P. S. de même date. La Reine daigne me communiquer le contenu de sa lettre à V. M. '''; j'y vois que l'on n'a rien décidé sur l'échange, et

(') Marie-Antoinette à Joseph II, te 3i dé- ront, mon cher frère. Elies seraient encore cembre i jSâ. — «Les longueurs et les diffi- plus considérables si je ne lui eusse parlé cultes de M. de Vergennes vous impatiente- de manière à lui en imposer. Je n'ai voulu

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