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IMPniMEItlE NATIONAl-E.
que cela traînera encore quelques jours. Je crois, ])ar conséquent, ne pas devoir arrêter le garde-noble, parce que l'on ne se pressera pas à m'envoyer ce qui a été délibéré sur Maëslricht. J'irai demain à Versailles oiî je mettrai tout en œuvre pour y tirer le meilleur parti possible des circonstances.
Paris, le 3i décembre lySâ. — La lettre de V. A. en date du i" décembre m'avait été remise par un garde-noble arrivé le 8 ; mais comme je n'ai pas cru devoir le renvoyer avant de nouveaux ordres relatifs à mes dépêches du 3, je les ai attendus jusqu'au 2 5, jour auquel je les ai reçus par le dernier garde-noble avec la lettre dont V. A. m'honore en date du 17.
Ma dépêche d'office contient tout ce qu'il m'est possible d'exposer sur les affaires du moment; mais en y joignant une copie de mon rapport particulier à l'Empereur, je dois rendre compte ici des motifs qui m'ont porté à présenter à S. M. quelques idées, que je soumets au jugement de V. A., afin que, si Elle n'y voit que des erreurs, EHe soit à même de les rectifier, et de me faire connaître ses intentions éclairées.
J'ai pensé que, si l'Empereur se proposait de rester toujours, et en
le voir qu'en présence du Roi, afin qu'il no pût ni cxa<jérer, ni déûguror ce que je lui aurais dit. D'ailleurs il ne pourra plus avoir do doute sur ce que je dis au Roi en cette importante afl'airc.
« Je ne vous l'épéterai pas des détails que M. de Mercy vous fera mieux que moi. On doit lui envoyer le résultat du conseil qui n'en est pas un, si ce n'est pour Maëstricht, dont on doit proposer la cession aux Hollandais. On a remis à délibérer sur tout le reste. M. de Vergonnes communique à tous les ministres du conseil le rapport qu'il a fait sur la proposition d'échange. Je ne sais si c'est un nouveau manège de fausseté de sa part; mais d'après ce que le Roi m'a dit
son rapport est plus conciliant que l'opinion de quelques autres ministres. Quoique celte affaire , de la manière dont elle a été menée, m'afflige et m'inquiète, je commence à espérer que, malgré les fausses vues et contradictions qu'on aura encore à essuyer, elle pourra finir d'une manière passable. Mon cher frère doit être sûr que, quelque chose qu'il arrive, mon zèle et mon activité ne se ralentiront jamais sur cet objet.
« Recevez , mon cher frère , les vœux de la tendre amitié que je vous ai vouée pour la vie. Je vous embrasse de tout mon cœur.n {Mm-ie-AntoineUe undJoseph II... Ihr Drtefwechsel, p. 6/1.)
toutes circonstances dans une entière inaction, il lui serait alors bien facile de conserver l'alliance stérile de la France: mais si, comme on pourrait le présumer, ce monarque médite quelques grands projets et si leur exécution se rapporte à des temps rapprochés, alors en considérant l'état des personnes et des choses telles qu'elles se comportent ici, et telles qu'elles peuvent encore y subsister longtemps, je doute que dans des cas semblables il devienne possible de faire concourir la France à nos vues, ou même de l'empêcher d'y opposer tous les obstacles qu'il sera en son pouvoir de susciter. C'est dans cette persuasion que j'ai rédigé l'article de mon rapport qui a trait au système présent; je dois m'en remettre aux lumières supérieures de V. A., de prononcer si c'est une illusion de ma part ou une vérité.
Je n'ai point envoyé à l'Empereur copie de deux de mes lettres à la Reine et d'une réponse de cette princesse *^\ parce que la manière dont Elle s'y explique sur le Roi est un effet de la confiance particulière dont Elle m'honore; j'ai cru par conséquent que la réponse en ques-
'■' Pai-is, le 35 décembre lySù. — «Je reçois le courrier que j'attendais avec impatience et qui est porteur de la lettre ci-jointe, laquelle contient la réponse de l'Empereur au Roi. Dans l'incertitude si cette réponse sera dans le premier moment communiquée à V. M., je crois devoir en mettre sous ses yeux une copie, parce qu'il est très essentiel que la Reine sache la substance do cette réponse avant que le Roi n'en informe son ministre. V. M. verra au premier aspect toute l'étendue de la condescendance de l'Empereur dans les moyens justes et raisonnables qu'il propose; cependant , par des motifs que je ne puis concevoir, mais dont il n'existe que trop de vestiges , il serait possible que l'on s'occupât à déjouer les circonstances favorables qui se présentent, et, pour écarterce malheur, qui entraînerait tous ceux qu'il s'agit de prévenir, il semble que le moyen unique serait qu'il plût à la Reine d'avoir avec le Roi un entretien, dans lequel Elle porterait ce monarque à expliquer son opinion personnelle , et qu'ensuite le ministre fût appelé pour apprendre le résultat de cette opinion , laquelle, prononcée en présence de la Reine,
deviendrait une règle invariable que l'on ne se permettrait pas facilement d'enfreindre. Si, comme je le présume, la lettre de l'Empereur à V. M. est d'une tournure à être commimiquée au Roi, il ne pourrait sans doute qu'en résulter un bon effet, et la Reine jugera si cette remarque de ma part mérite attention.
«En attendant je ne paraîtrai à Versailles qu'après que les intentions et les ordres de V. M. me seront connus; et je ne manquerai pas de prétextes plausibles auprès de M. de Vergennes pour qu'il n'y ait pas lieu d'être surpris de ce retard, a
Marie-Antoinette à Mercy, Versailles, le u6 décembre lyS-t. — «J'ai lu avec bien de l'attention. Monsieur le Comte, tous vos papiers et je désire de tout mon cœur qu'ils produisent l'elïet que leur franchise et manière amicale doivent produire; toute réflexion faite , je ne donnerai au Roi sa lettre que ce soir tard ou demain matin ; il rae sera impossible , et vous le connaissez assez pour n'en pas douter, de lui faire prendre une décision de lui-même assez forte pour qu'il la dise à M. de Vergennes devant moi et que surtout il ne change
tion ne pouvait être connue que de V. A. seule. Elle daigne me rendre entière justice en se persuadant que je tenterai avec ardeur toutes les voies imaginables pour tâcher de tirer quelque parti de la crise présente; je serais plus tranquille, si mes faibles talents répondaient à l'opinion qu'elle veut bien en avoir.
Je suis pénétré de la bonté avec laquelle V. A, me parle de ma santé; elle est toujours fort dérangée et me tient dans un état de souffrances continuelles. Heureusement, à quelques journées près, elle n'a mis obstacle ni aux courses à Versailles ni aux autres démarches qu'exigent mes devoirs; j'ai été beaucoup plus affecté et inquiet de votre indisposition, Monseigneur, que de la mienne; mais le dernier garde-noble m'assure qu'à son départ vous étiez entièrement rétabli.
A cette nouvelle année, de même que dans tous les temps de ma vie, je ne cesse de faire des vœux les plus ardents pour tout ce qui tient au bonheur de V. A., à sa conservation aussi nécessaire.
point après; mais comme le moment me parait essentiel, je tâcherai de voir M. de Vergennes avec le Roi, et de là de les engager si bien tous deux, que ce ministre, quelque incompréhensible qu'il soit, se trouvera fort embarrassé; mais pour cela il faut attendre à demain, et si je donne la lettre ce soir au Roi après le conseil, je suis bien sûre qu'il ne reverra M. de Vergennes qu'après en avoir causé demain avec moi, et par là je verrai quelle couleur à peu près ses idées auront prise, ce qui me déterminera sur tout ce que j'ai à faire. Voilà mon plan; voyez s'il est bon.
«Adieu, Monsieur le Comte; je vous attends mardi ; je croirais avoir un tort avec vous, si je vous assurais de mes sentiments pour vous; ils doivent vous être trop connus pour que vous en doutiez un moment, n
Mercy à Marie- Antoinette. Paris, le a 6 décembre 1 ']8-i. — «f Je ne me permets qu'une seule remarque sur les objets importants qne V. M. me fait la grâce de nie mander, et c'est que , si M. de Vergennes témoigne vouloir traîner en longueur l'affaire de l'écliange de la Bavière, ce sera une preuve qu'il y prépare des obstacles sous mniu ;
les sacrifices énormes que fait l'Empereur et la résolution qu'il a prise de renoncer au pays de Salzbourg simplifient tellement cet échange, qu'il ne tient plus qu'au consentement de M. le duc des Deux- Ponts et à celui de M. son frère, et ce consentement peut être obtenu en huit jours.
trTout Paris s'occupe de la destination de M. de Maillebois , et elle est attribuée à une complaisance de M. de Vergennes pour M™° de Monconseil; cette destination est assez indifférente pour le fond , mais elle devient un nouveau scandale politique très fâcheux pour i'Empereur, surtout dans un moment où II donne le plus de preuves de sa confiance et de son amitié pour le Roi.w
Note de Mercy. — Sur cette lettre, la Reine a parlé de M. de Maillebois, et le Roi a assuré que l'on n'avait jamais eu idée de l'envoyer en Hollande ; mais que si ce général, ruiné et hors de carrière, persistait à désirer d'aller chercher fortune ailleurs, on ne le retiendrait pas ; qu'il était vrai qu'il avait le projet d'entrer au service de la République.
aussi précieuse à l'Élat, qu'elle l'est à mon cœur, et à tous les sentiments* de reconnaissance et de respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être. . .
P. S. La Reine me communique ce qu'Elle écrit à l'Empereur, et j'apprends que le conseil n'a rien statué sur l'affaire de l'échange, et que cela traînera encore quelques jours.
La Reine a vu avant le conseil M, de Rreteuil; il a osé Lui dire qu'il fallait que la France gagnât quelque chose à l'échange, et il a parlé de Luxembourg et Namur. La Reine l'a malmené, et il a été fort doux et pacifique au conseil.
Vienne, ce i8 janviei' ij85. — J'ai attendu l'arrivée de la lettre du Roi ^^\ et après l'avoir reçue, il m'a fallu quelques jours pour y faire ma
'*' Louis XVI à Joseph II. Versailles, le 6 janviei' i jSS. — «Mon cher beau-frère , j'ai reçu votre lettre du 17 du mois dernier. Le retour des sentiments dont vous m'assurez excite de plus en pins toute ma sensibilité, et ii augmente mon empressement pour coopérer au succès des vues de V. M., autant que la nature des choses et les circonstances peuvent le permettre. Je ne puis mieux répondre à cette confiance qu'en vous exposant avec la plus grande franchise les réflexions que me fournit l'expédient, dont vous avez bien voulu me faire part, pour trancher les difficultés qui subsistent entre vous et la Hollande.
«Gel expédient consiste dans l'échange de la Bavière contre la plus grande partie des Pays-Bas. Je m'abstiens , quant à présent , de le considérer sous les rapports qu'il peut avoir avec mes convenances , pour ne m'occuper que de l'elTet qu'il pourrait produire relativement à l'Empire. En examinant ce projet avec autant d'impartialité que d'attention, V. M. ne saurait se dissimuler
qu'il opérerait un changement de la plus grande importance dans la position actuelle du Corps germanique. En effet, il déplacerait la maison palatine du centre de l'Empire pour la reléguer à une de ses extrémités, ce qui dérangerait le système d'équilibre qui a été l'objet le plus essentiel du traité de Westphalie et qui a fait jusqu'à présent un des principaux soutiens de la constitution germanique.
«C'est celte considération qui m'a paru si majeure que de prime abord j'ai pensé qu'il convenait avant tout de s'occuper des moyens de prévenir les réclamations et les obstacles qu'on pourrait prévoir, soit de la part du Corps germanique, soit de celle de quelques-uns de ses co-États.
«C'est dans cette vue que j'avais proposé à V. M. de consulter au moins le roi de Prusse. Elle croit ce préalable peu nécessaire, se fondant sur l'article 18 de la paix de Baden, à laquelle l'Empire est intervenu. Mais, sans entrer sur le plus ou moins de force et d'étendue que peut avoir
réponse avant de renvoyer un courrier. C'est à cette occasion que jo vous t(5nioijjne avec plaisir combien j'ai été satisfait, tant de votre lettre particulière que de votre dépêche d'office aussi détaillée qu'intéressante. Vous avez entièrement saisi le sens et l'importance des objets qui vous avaient été commis; vous avez apporté toute la modération à entendre des propos et des faits même qui pouvaient être très choquants. Tout ce que vous avez conseillé à la Reine est calqué sur
l'obligation résuUaute de cet article, peuton se flatter que le roi de Prusse se croira tenu d'y subordonner ses vues et sa conduite? Ce serait vraisemblablement se faire illusion que de le supposer. Ce prince très certainement ne considérerait que son inlérot politique et il pourrait croire sa considération affectée si l'on suivait à son insu un projet de cette conséquence.
frV. M. ne s'y est arrêtée que dans la vue d'éloigner des occasions de {ijuerre et d'afferrnir par là le repos de l'Europe. Cette disposition, (pie je partage sincèrement avec elle, me l'ait un devoir de lui représenter de nouveau la nécessité de s'entendre avec le roi de Prusse. C'est à V. M. à détermiminer, si elle préfère de s'en expliquer avec ce prince ou s'il lui conviendrait mieux que je lui en fasse la première ouverture. Dans ce dernier cas, je vous prie de me faire connaître sans réserve les moyens que vous jugerez propres à s'assurer par des voies amiables de son concours. Jusque-là je garderai le silence le plus absolu vis-à-vis du roi de Prusse, et je crois à même dans le moment ne devoir faire encore aucune démarche vis-à-vis du duc des Deux-Ponts et de son frère.
rEn attendant la réponse de V. M. sur ce qui précède, je ne perds pas de temps à disposer les Hollandais aux objets de satisfaction qu'elle parait désirer. Je les ai fait instruire de celle que vous exigez préliminairement, mon cher beau-frère, par l'envoi de deux députés et de la demande que vous persistez à faire de Maëstricht et de ses dépendances. Vous êtes sans doute bien persuadé que je soignerai votre dignité autant qu'en pareil cas je soignerais
la mienne propre et j'espère que vous voudrez bien vous reposer sur moi des termes qui pourront vous satisfaire à ce premier égard. Cet objet rempli , et c'est selon moi le plus essentiel, je compte qu'il sera possible de trouver des tempéraments pour concilier tous les objets qui ne touchent qu'à votre intérêt.
«V. M. peut être assurée que je m'y emploierai autant avec le zèle qu'elle a lieu d'attendre de mon amitié qu'avec l'intérêt que j'attache à voir régner la plus parfaite intelligence entre toutes les puissances.
ffJe ne puis trop applaudir, mon cher beau-frère, à la disposition où vous êtes de convenir d'une suspension d'armes avec les Hollandais. Cette mesure ne pourra que faciliter le succès des négociations, et je remercie cordialement V. M. de ce qu'à ma prière elle veut bien placer celles de ses troupes qui se trouvent en marche pour se rendre dans les Pays-Bas, de façon à prévenir tout accident et en attendant de ne pas laisser dépasser ses frontières à celles ([ui devaient suivre. Dès que V. M. aura bien voulu me faire part de l'effet de ses dispositions, je m'empresserai d'en instruire les Hollandais, afin do renouveler auprès d'eux mes sollicitations les plus pressantes , pour que de leur part il n'arrive rien qui s'oppose au rétablissement de la bonne harmonie.
«J'espère , mon cher beau-frère , que vous reconnaîtrez dans la franchise de mes explications la sincérité de mes dispositions, mon fidèle attachement aux lions qui nous unissent et la tendre amitié avec laquelle je vous embrasse. n [Marie-Anloinelle , Joseph II. Ihr Bricfwechsel , p. 65.)
la prudence n<5ccssaire aux objets et sur son bien-être personnel; enfin vous ne vous faites point illusion et vous voyez au travers du masque dont le ministère de France couvre encore ses vues et ses maximes sous le titre d'allié. Je ne cesserai point de vous témoigner combien tout cela excite en moi d'estime, d'amitié et de reconnaissance pour votre personne.
Mais venons au fait. Depuis ma dernière lettre, les objets ont changé de face. Le duc des Deux-Ponts, conseillé aveuglément par la France et la Prusse, vient de faire la réponse au comte de Romanzovv, dont je vous joins ici copie "l Userait facile d'en réfuter le contenu, si le style vraiment indécent ne faisait voir clairement que cet homme renonce à tous ses propres intérêts pour se conformer à ceux des autres. Il faut donc renoncer d'autant plus à ce projet d'échange que, par la copie de la lettre que le Roi vient de m'écrire et que je vous joins ici, vous verrez que la France veut avant tout le consentement du roi de Prusse, chose qu'elle sait bien que je ne puis obtenir
C Le duc des Deux-Ponls au comte de Romanzow. Carîsberg, 3 janvier ijSS. — ffMonsieur le Comte, vos qualités aimables vous cautionnent l'affection générale et l'insouciance dont vous paraissiez regarder les objets politiques nie faisant oublier l'attention et la réserve dont on use avec les gens du monde, je me suis livré avec plaisir au penchant de mon cœm' et aux sentiments d'estime et d'amitié que vous tâchiez de m'inspirer par les assurances de votre attachement à ma personne et aux intérêts de ma maison. 11 est impossible que vous ayez puisé dans ces liaisons l'idée de me surprendre par la lecture d'un plan d'échange, dont vous refusiez la copie et auquel vous vouliez que j'accédasse sans consulter les personnes chargées de pareilles affaires et sans me concerter avec une grande cour qui a si généreusement défendu mes intérêts lorsqu'ils étaient en danger. En me faisant ces propositions, je pense que vous avez fait votre devoir. Permettez, Monsieur, que je fasse le mien en y répondant et que je vous dise, avec la franchise que vous me connaissez, que votre projet n'est pas neuf, qu'il a été suggéré par feu M. de Reckers
et proposé par feu le sieur Rittcr, précisément de la même manière, avec les mêmes circonstances et les mêmes motifs de persuasion; que l'Electeur l'avait agréé, et que je l'ai rejeté avec l'approbation de toutes les grandes cours et des princes de l'Empire qui ont jugé ce plan absolument contraire aux intérêts de ma maison , dangereux dans ses principes et funeste par ses suites.
tr En effet, il suppose d'un côté l'oppression du faible et de l'autre la convenance et la loi du plus fort. Son exécution saperait par ses fondements la prospérité de la maison palatine et la constitution germanique. Je conçois aisément les grands avantages que la réunion du cercle de Bavière aux États auti'icliiens donnerait au chef de cette monarchie et les obligations inGnies qu'il aurait à celui qui pourrait les lui procurer. Mais j'ai trop haute opinion des sentiments élevés de justice et de générosité de ce grand monarque pour penser un instant qu'il veuille ajouter ce surcroît à ses forces inmicnses par l'oppression et la ruine d'une maison , qui ne fut jamais funeste à aucun de ses voisins et qui a, par de grands sacrifices,
nue- par des sacrifices coûteux el qui en feraient évanouir tout avan-
Le Roi parle dans sa lettre de l'équilibre d'Allemagne, et il ne veut pas sentir que TElectcur palatin garderait d'abord son électoral et ne changerait que le duché de Bavière contre le duché de Brabant et les comtés de Flandres, de Hainaut, etc., par lesquels il acquerrait plus de moyens en puissance et en revenus. Il ne sent ou ne veut pas sentir non plus que l'acquisition des deux margraviats de Bayreuth et d'Anspach qui sont assurés à la maison de Brandebourg contre le pacte de famille et sans que troc s'ensuive de quelque autre de ses possessions, est une vraie perte, un vrai agrandissement, un vrai changement d'équilibre dans l'Allemagne et surtout dans le cercle de Franconie.
Mais dès que les mauvaises volontés et le principe de nuire de toute façon, joints à la fausseté, dirigent toutes les actions, rien ne doit plus étonner. Je vous en donne ici une preuve bien forte dans une copie d'une communication secrète des propos et des démarches que
déjà lanl contribué à la grandeur de la sienne. S. M. rEmpereiir trouvera sûrement des moyens plus justes et plus nobles de s'immortaliser.
«Le zèle ardent et généreux que l'auguste monar([ue de toutes les Russies a fait éclater en toute occasion dans la défense de la cause commune et particulièrement de celle des princes palatins me rassure sur la crainte que ses ordres allégués par vous pourraient m'inspirer touchant l'intérêt qu'EUe prendrait à l'exécution d'un plan qu'Elle a , de concert avec les cours de France et de Prusse, tâché d'anéantir en 1779. Sa haute prudence pénétrera certainement les suites incalculables qui en résulteraient par le désordre et la confusion que cela mettrait en Europe. Les autres souverains seraient invités ou nécessités de s'agrandir en proportion de la prépondérance que cet accroissement donnerait à la maison d'Autriche par les forces réelles qu'elle en acquerrait et la communication qu'elle établirait par là entre ses Etats d'Allemagne et d'Italie. Le grand génie et la sagesse sublime decctio auguste garante lui fourniront
l'occasion et les moyens de concilier les avantages légitimes de son allié avec les engagements solennels qu'Elle a pris à la face de l'Europe par la garantie de la paix de Tcschen et des pactes de la famille bavaro-palatine. Les assurances sacrées qu'Elle a daigné me donner et que vous, Monsieur, m'avez répétées si souvent de sa part et même de la part de l'Empereur sont trop respectable» pour oser douter de leur sincérité.
(t Je vous prie donc , au lieu de vous occuper du succès de voire projet, auquel ni moi ni les princes de ma branche ne consentirons jamais, sous telles conditions que cela puisse être, d'employer toute l'influence et le crédit que votre emploi vous donne tant à votre cour qu'à celle de Vienne, pour qu'on s'en désiste et que la paix de Teschen ainsi que les pactes de famille soient maintenus dans leur rigueur. C'est le seul el véritable moyen d'illustrer votre mission en Allemagne el de vous concilier la confiance des princes de l'Empire.
«Je suis avec une considération dislinguée. . . n
M. de Clioiseul-Gouffier se permet à la Porte ^^l Leur vérité est constatée et je vous prie même de n'en faire usage qu'en gros pour démasquer cet homme qui ne peut agir de cette façon par ordre , et qui surtout dans ses propos paraît mettre une légèreté qui, s'il y avait le moindre nerf dans le Roi, et qu'on pût le lui faire connaître, devrait casser le cou à cet homme et faire sentir qu'il n'est aucunement propre à la place où paraît l'avoir mis un mauvais livre dont il est auteur. Il est essentiel de ne pas commettre la voie sûre qui nous procure ces avis, mais vous pourrez en partie dire à la Reine les objets qu'Elle pourrait rendre au Roi et qui sont les plus forts et les plus propres à dévoiler cet homme.
Pour le présent, vous verrez par la copie ^^' de ma réponse au Roi
''' Le 10 décembre 178^, Tinternonce impérial à Constantinople envoyait au priiice de Kaunitz copie du rapport du drogman de la Porte sur l'enlrelien qu'il avait eu le 3 1 novembre avec l'ambassadeur de France. Entre autres choses, le marquis de Choiseul- Gouffier avait dit : «L'Empereur est un homme ambitieux. Il faut croire qu'il aime la guerre; mais il n'a pas assez de courage pour se tenir ferme dans ses résolutions, et quand on lui montre les
dents, il a cette bonté de s'apaiser
L'alliance que nous paraissons avoir avec la cour de Vienne ne doit pas du tout vous effrayer; car l'intérêt général du ministère et du public de France est le bonheur de la Turquie, et si la Reine de France est encore sœur de l'Empereur, mal gré, bon gré, les Français doivent prendre le parti des Turcs eucasde besoin.»
Le baron Herbert écrivait en même temps à propos du marquis de Choiseul- Gouffier : «Une mérite aucune confiance et se conduit de la manière la plus extravagante, r
'-) Joseph II à Louis XVI , iq janvier 1 jSo. — (rMon cher beau-frère, je m'empresse de vous témoigner combien je suis sensible au nouveau témoignage d'amitié que vous venez de me donner par votre lettre du 6 janvier et par laquelle V. M. me fait connaître ses réflexions sur le projet de
l'échange de la Bavière, ainsi que les assurances du zèle avec lequel elle veut bien s'employer à soigner ma dignité et mes intérêts vis-à-vis des Hollandais.
«Les difficultés que vous trouvez, mon cher beau-frère, à l'exécution du projet de l'échange portent d'une part sur la totalité du Corps germanique et de l'autre sur le roi de Prusse en particulier.
«Quant au premier, l'article 18 du traité de Baden a été fait dans un temps auquel le système d'équilibre dans l'Empire était bien plus en faveur de la maison d'Autriche qu'il ne l'est aujourd'hui, et, malgré cela, on n'en a pas moins envisagé la stipulation comme très compatible avec l'échange des Etats de la Bavière.
«Ma maison depuis a diminué de puissance par l'augmentation surtout, à laquelle est parvenue à ses dépens celle de Brandebourg, indépendamment d'autres acquisitions qu'elle peut compter, dès à présent, de faire encore, et comme , outre cela, la maison palatine gagnerait considérablement en forces et en revenus par cet échange et resterait en possession des Etats électoraux, dont elle porte le nom en Allemagne, elle y conserverait tout au moins la connexion et l'influence qu'elle y a actuellement.
«Quant au roi de Prusse en particulier, il aurait aussi peu de droit, que tout autre
qu'il ne s'agil que de faire agréer aux Hollandais la démarche de satisfaction préalable, et que surtout je sois mis en possession de la
membre do l'Empire à y melire obstacle et il n'est pas vraisemblable qu'assuré que V. M. l'approuvait et y consentait à l'instar (le l'impératrice de Russie, il voulût s'y opposer de vive force, d'autant plus que je crois pouvoir compter sur les engagements défensifs que j'ai contractés, au cas que je fusse attaqué en haine de cet échange volontaire, dont je serais convenu avec les parties irttéressées.
tt Voilà les réflexions que je soumets à voire pénétration; mais comme, de votre côté, vous croyez ne pas pouvoir concourir au sujet de l'échange proposé sans être assuré préalablement du concours du roi de Prusse, qui n'est pas même vraisemblable, que tout au plus sous des conditions inadmissibles, et que d'ailleurs le duc des Deux-Ponts vient d'écrire au ministre de Russie, comte de Romanzovv, la lettre ri-jointe en copie, du contenu de laquelle, quant au fond et quanta la forme, je vous fais juge, je vois bien que, dans cet état de choses, l'échange que j'avais proposé ne peut plus guère servir comme un expédient propre à trancher toutes les difficultés qui subsistent entre moi et les Hollandais.
«Il ne me reste donc qu'à me reporter à la lettre que j'ai écrite à V. M. le 3 0 novembre de l'année dernière, bien assuré que son amitié l'engagera à employer tous les moyens qu'elle jugera nécessaires et les plus convenables pour qu'au plus lard, avant l'expiration du terme de la suspension d'armes, il s'ensuive, sur le pied de l'alternative encore dans ma lettre susdite, de la part de la République des propositions que je sois dans le cas de pouvoir accepter, c'est-à-dire conformes à ma considération et à mes intérêts.
«En attendant, je remercie bien cordialement V. M. de la façon dont elle a bien voulu déjà s'employer à disposer les Hollandais aux objets de satisfaction que je lui ai témoigné désirer. Je ne doute] point
qu'ils ne défèrent à vos sages avis, sur la satisfaction à me donner au moyen de l'envoi de deux députés. Cela fait, ou au moins assuré, pour gagner du temps, je me prêterai à une suspension d'armes jusqu'au i" de mai; mais je ne puis en accorder une plus étendue, puisqu'il ne me convient pas de continuer des frais de guerre coûteux et que n'ayant consenti que par déférence pour les désirs de V. M. à suspendre la marche du reste de mes troupes , qui pourraient m'ètrc nécessaires encore aux Pays-Bas, s'il arrivait que les Hollandais ne fissent pas, sans perte de temps, des propositions acceptables, il m'importe essentiellement de pouvoir remettre ces mêmes troupes en marche, pour regagner autant que possible le temps que j'ai déjà perdu en consentant uniquement par amitié pour V. M. à suspendre leur marche, n'ignorant pas d'ailleurs l'état dans lequel se trouve en tous points encore l'armée de la République.
«Je suis persuadé que vous sentirez, mon cher beau-frère, l'imporlance dont ces considérations sont pour moi, et qu'en conséquence vous ferez comprendre aux Hollandais qu'il faut faire au plus tôt des propositions acceptables et analogues de tous points, nul excepté, aux circonstances dans lesquelles je me trouve, attendu que, si le terme de l'armistice venait à expirer avant qu'on pût arrêter les préliminaires d'un accommodement, V. M. est trop équitable pour ne pas sentir (|u'eii ce cas je me verrais dans la nécessité d'employer la voie des armes pour obtenir ce que je désirerais sincèrement ne devoir qu'à vos soins et à votre amitié.
tcCest en vous embrassant tendrement, mon cher beau-frère, que je vous prie de recevoir ici les assurances de mon fidèle attachement aux liens qui nous unissent et de la tendre amitié avec laquelle je suis. . . n {Marie- Antoinette, Joseph II. . . Jhr Briefwechsd, p. G9.)
ville et du territoire de Maëstricht, sans condition quelconque de sa restitution, puisque je regarde la possession de cette ville comme le seul moyen de sauver ma dignité et ma considération, et que plutôt je me porterais à encourir tous les hasards de la guerre, tout comme cette possession, qui au fond est un hors-d'œuvre pour les Hollandais, ne peut rien faire à la France, parce que les Pays-Bas restent également ouverts de son côté; elle n'augmente pas ma puissance, puisqu'elle me coûterait encore des frais d'entretien; enfin, cet article une fois arrangé, je serais plus facile sur les autres, puisque je le regarde comme le seul moyen de me faire renoncer à l'ouverture de l'Escaut. M. de Vergennes vous a déjà une fois fait cette question, mais alors probablement dans la seule vue de séparer l'objet de l'échange du raccommodement avec la Hollande. Si ce ministre s'imaginait que les trois millions que j'avais demandés pour rendre Maëstricht, en cas que l'échange eût lieu, et que j'avais distribués entre l'Electeur, le duc des Deux-Ponts et le prince Maximilien , en feraient encore aujourd'hui le prix, vous voudrez bien lui faire sentir qu'actuellement l'état de choses a entièrement changé, et vous tâcherez de lui ôter toute illusion que, l'échange n'ayant plus lieu, je puisse jamais m'engager à rendre Maëstricht contre de l'argent, mais surtout contre une somme si modique comme est celle des trois millions.
L'essentiel est de bien faire sentir au ministère et à la Reine, combien il importe que la France presse les Hollandais et leur parle d'un ton convenable, puisque, si la complaisance avec laquelle je me suis prêté aux propositions que, sous le voile de l'amitié, le Roi m'a faites de main propre, devait tourner contre moi-même, et que ce moyen ne fût imaginé que pour faire gagner à la Hollande et à la France le temps nécessaire pour faire leurs dispositions, en ralentissant les miennes, et qu'on voulût finir ensuite quand elles seraient préparées à exiger de moi, le couteau à la gorge, des choses nullement convenables ou à ma dignité ou à mon intérêt; on ne peut se dissimuler que ce procédé inspirerait de l'horreur à toute l'Europe, et que le Roi lui-même perdrait la réputation de probité personnelle qu'il a conservée et qui est si nécessaire à sa gloire, d'autant plus que le mauvais état de l'armée de la République et la confusion qui y règne ne me sont point inconnus.
Adieu, moucher Comte; voilà tout ce que je puis vous dire pour le
moment. Soyez persuadé que je vous conserverai toujours les sentiments d'estime et de confiance avec lesquels je suis
P. S. Je joins ici une lettre pour la Reine ^^' qui contient celle au Roi, et je vous prie de l'informer de son contenu et de tout ce qui a trait à la lettre du duc des Deux-Ponts.
Vientie, le ij janvier ij85. — Quoiqu'il soit vraisemblable que l'Empereur vous enverra copie de sa réponse à la dernière lettre du Roi '^', comme je n'en suis pas certain , je crois devoir vous en envoyer une, afin que vous soyez bien exactement informé delà façon dont j'ai jugé devoir tourner cette réponse , dont l'Empereur a bien voulu adopter le projet, au moins pour tout ce qu'elle contient d'essentiel. Mon objet a été : i° de faire sentir à M. de Vergennes que l'on ne nous fait pas voir, comme on dit, Lucciole per lanterne, et que l'on ne nous fait pas prendre de mauvaises raisons pour argent comptant;
2° De faire sentir l'odieuse différence qui se trouve entre la conduite de notre allié et beau-frère, le roi de France, et celle de l'impératrice de Russie à notre égard;
3° Que c'est se moquer des gens que de vouloir faire dépendre le consentement et le concours de la France à l'échange du consentement et du concours préalable du roi de Prusse, que l'on sait bien être non seulement invraisemblable, mais même impossible, moyennant les convenances qu'il faudrait lui faire, et par lesquelles naturellement nous diminuerions notre puissance en raison que nous augmenterions la sienne;
lx° D'obliger MM. les marchands de fromage à nous faire des propositions et d'éviter par là quelque nouveau ultimatum, que nous aimons tant, et que je crains horriblement, parce que je connais mes gens et que je sais combien l'on peut y compter ;
5° Et enfin de faire comprendre qu'il n'y a pas un moment à perdre.
<') Celte lettre manque. — '^) Voir plus haut, p. 377, n. 2.
Pour vous épargner des répétitions, je m'en rapporte au reste à ma lettre d'olTice ^^', mais ce que je ne puis pas me refuser la satisfaction de vous redire, mon cher Comte, c'est que j'ai trouvé le détail de la façon dont vous vous êtes conduit en dernier lieu , d'après vos lettres du 3 1 du mois dernier, digne de vous à tous égards, et que je l'ai bien fait
'•) Le prince de Kaunilz écrivail au comte de Mercy que , d'après les rapports du comte de Romanzow, le duc des Deux-Ponts était très bien préparé à écouter les propositions qu'on avait à lui faire. A plusieurs reprises, il avait même manifesté le désir qu'on lui fit bientôt connaître complètement le projet dont ou lui avait parlé. Il promettait de prêter volontiers les mains à tout ce qui ne serait pas ouvertement contraire à l'intérêt de sa maison et à ses liaisons avec la France. Son ministre flofenfels, qui était dévoué corps et âme à la Prusse, n'avait pas eu la moindre connaissance des insinuations faites par le comte de Romanzow. De tout cela il advint qu'on s'attendait d'autant moins à cette lettre aussi insolente envers les deux cours impériales qu'injurieuse au plus haut degré pour le comte de Romanzow personnellement. Qui la lirait sans avoir connaissance des propositions faites au duc des Deux-Ponts croirait nécessairement qu'on avait voulu employer la force contre lui pour le dépouiller de la Bavière sans lui donner un équivalent. Mais qui comparerait les propositions faites à ce prince avec sa réponse ne pourrait pas comprendre comment cette réponse avait pu être rédigée de façon si blessante, d'autant plus qu'il eût été bien facile au duc des Deux-Ponts de refuser positivement son consentement au projet d'échange, mais avec convenance et avec les égards dus aux deux cours impériales, tril y a assez d'indices pour révéler que les bons offices secrets de notre allié doivent nous avoir fort bien servi près du duc des Deux-Ponts, non pas que je pense le moins du monde qu'on lui ait conseillé une réponse aussi insolente, mais on a dû lui représenter l'affaire sous le jour le plus défavorable et
l'amènera consulter le Hofenfels, qui aura rédigé cette réponse en donnant libre cours à Yodiutn punicum qu'il nourrit en commun avec la Prusse contre la cour de Vienne, n
Dans ces circonstances, comme il ne pouvait plus être question en ce moment de l'échange de la Bavière contre les Pays- Bas , il ne restait plus qu'à revenir à la lettre de l'Empereur au Roi du ao novembre qui contenait l'indication de tous les moyens d'arrangement avec la Répubhque. Avant tout, il faudrait convenir de la satisfaction préliminaire à donner par les Hollandais. Il était indifférent que leurs deux députés vinssent à Vienne ou à Bruxelles. Le scandale que causaient les inondations devrait cesser immédiatement ; les écluses devraient être rétablies dans leur état ancien, et les sujets autrichiens devraient être complètement indemnisés ... Si les paroles du comte de Vergennes méritaient encore quelque confiance, il semblerait que tout espoir ne serait pas perdu de voir les Hollandais se résigner enfin à la réouverture de l'Escaut. Mais si on ne pouvait pas l'arracher, la cession de iMaëstricht et de ses dépendances resterait l'article essentiel . . .
L'ambassadeur devait demander avec toute l'énergie possible que la République fût pressée par la cour de France de faire à l'Empereur une satisfaction préliminaire pour l'insulte qui lui avait été faite et des propositions d'arrangement acceptables, c'est-à-dire conformes à la dignité et aux intérêts de ce monarque, et cela de manière à enlever aux Hollandais l'espoir que l'Empereur pût jamais faire d'autres propositions. (Rescrit du prince de Kaunitz au comte de Mercy du 1 8 janvier 1785.)
sentir à l'Empereur, qui en est convenu avec moi à ma grande satisfaction.
Je vous prie de brûler cette lettre, dont nul autre que vous, ni pour le présent ni pour l'avenir, ne peut et ne doit avoir connaissance.
Vienne, le h février ij85. — M. le marquis de Noailles est venu me remettre hier au soir le papier ci-joint en copie ''', dont le contenu signifiant, par la raison même qu'il est très insignifiant, m'a fait de la peine, ainsi que je n'ai pas pu m'empêclier de le témoigner à M. l'ambassadeur, parce qu'on n'y aperçoit aucun trait de dispositions compassées aux circonstances de l'Empereur, qui n'a pas le temps d'attendre et pour lequel il faut que la porte soit ouverte ou fermée incessamment. Ce n'est donc pas des réponses vagues, mais des déclarations positives et des propositions acceptables, calculées sur l'alternative, dont l'Empereur ne peut point se départir, qu'il faut, sans se bercer de l'espoir qu'il en fera de son côté, qu'il se laissera amuser et qu'il continuera à ne point remettre en marche toutes les troupes destinées pour les Pays-Bas, et auxquelles il n'a point encore fait dépas-
(') Ce papier était une note intitulée : Communication verbale, et remise au comte de Vergennes par ies ambassadeurs hollandais à Paris. Elle était ainsi conçue :
«Les ambassadeurs plénipotentiaires des Etats généraux des Provinces-Unies, ayant rendu compte à leurs maîtres de l'ouverture que S. E. le comte de Vergennes leur a faite des dispositions où se trouvait Sa Majesté Impériale d'éviter une guerre avec la République et de se prêter, au moyen de l'acceptation d'une condition préliminaire, à un arrangement amical, viennent de recevoir l'ordre de répondre provisoirement à celte communication que, comme l'intention de Leurs Hautes Puissances n'a jamais été de perdre de vue les égards qui sont dus à Sa Majesté Impériale, Elles sont aussi entièrement disposées à faire les démarches
qui pourront être garantes de la haute estime qu'Elles portent à ce monarque et du désir dont Elles sont animées de rétablir et de cultiver la bonne intelligence qui a toujours subsisté si heureusement entre les deux Etats; qu'en outre, Leurs Hautes Puissances sont disposées à s'entendre amicalement avec Sa Majesté Impériale sur toutes les réclamations, mais qu'Elles se promettent de sa justice qu'Elle leur permettra de les discuter et que Leurs Hautes Puissances sont prêtes à renouveler et à donner les ordres les plus stricts pour que leurs troupes s'abstiennent de toute hostilité dans l'attente qu'il plaira à Sa Majesté Impériale de donner aussi de son côté les mêmes ordres à ses troupes et de faire arrêter la marche des troupes impériales vers les frontières des Provinces-Unies."
ser ses frontières, uniquement par attention pour le Roi Très Chrétien. C'est ce que MM. des États généraux devraient sentir, ce me semble, s'il voulaient être équitables, et se mettre parfaitement à la place de l'Empereur, pour ne pas se tromper sur ce que l'on peut se permettre d'espérer de sa part, pendant qu'au lieu de cela, à en juger par la teneur de la communication verbale des ambassadeurs de la République auprès du Roi, ils y ont pris un ton un peu trop haut, ce me semble. Ils s'y méconnaissent un peu; ils s'oublient et oublient en même temps à qui ils parlent. Il semblerait à les entendre, que c'est l'Empereur qui est dans le cas d'avoir besoin à^éviier une guerre avec la République. Ce qui y est dit de leurs intentions relativement aux égards qui sont dus à S. M. I. et à la disposition où ils sont de faire les démarches qui pourraient être garantes de la haute estime qu'ils lui portent, ainsi que du désir de rétablir et de cultiver la bonne intelligence entre les deux Etats, n'a pas besoin de grandes protestations pour être cru. Mais il ne s'agit pas d'intentions et de dispositions où il est question de faire et d'agir, en conséquence des circonstances relatives, et c'est exactement ce que l'on ne fait pas, comme s'il y avait du temps à perdre pour prévenir et empêcher l'orage d'éclater.
Quant aux réclamations contenues dans le tableau sommaire des prétentions de S. M. I. , les Etats généraux ont eu tout le temps de les discuter depuis qu'il leur a été remis. Actuellement il ne s'agit donc plus que de faire à S. M. l. des propositions qu'Elle puisse accepter, et non pas de discuter encore, attendu que l'Empereur a tout dit et que la République a eu bien au delà du temps nécessaire pour discuter ses prétentions.
On ne comprend pas trop d'ailleurs ni l'esprit ni l'intention des ordres renouvelés, qu'elle prétend faire valoir, pour que ses troupes s'abstiennent de toutes hostilités, comme si on pouvait en supposer ou en appréhender de sa part. Il n'est pas plus concevable non plus, comment elle peut imaginer d'engager l'Empereur à faire arrêter la marche de ses troupes dans le moment même, auquel ses ambassadeurs auprès de S. M. Très Chrétienne par leur communication verbale se sont expliqués d'une façon à tous égards assurément bien peu propre à faire entrevoir à S. M. I. un espoir fondé qu'Elle pourrait n'avoir plus besoin aux Pays-Bas du reste des troupes destinées pour l'armée, qu'Elle jugerait pouvoir lui être nécessaire dans ce pays-là.
384 MERGY À JOSEPH II
En un mot, rien de plus déplacé et de plus déraisonnable, selon moi, que tout le contenu de cette communication verbale, et rien de moins propre à produire l'effet désiré. J'aurais pu, moyennant cela, différer jusqu'à l'arrivée du courrier, que nous attendons de votre part, tout ce que je vous mande dans cette lettre. Mais je n'ai pas pu me refuser à la sensation que m'a inspirée cette très mauvaise marche des affaires, qui finira mal, si l'on se flatte que l'on pourra continuer à la faire aller d'un pas aussi lent et aussi impraticable dans l'état actuel des choses.
M. de Vergetines est trop éclairé pour pouvoir ne pas le sentir ainsi que moi. Dites-lui ce que vous jugerez à propos de ce que je vous mande dans cette lettre. Je souhaite pour le bien de la République qu'il se détermine à serrer la mesure vis-à-vis d'elle autant que de besoin. Je compte que nous pourrons avoir un courrier de France dans le courant de la semaine prochaine et je suis