‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiée (volume 2)Chapitre 54 sur 65 · MERGY A JOSEPH II · texte numérisé non relu

MERGY A JOSEPH II

Paris, S février i j85. — Contrarié ici en tous points de la manière la plus inouïe et la plus sensible, dans l'extrême désir que j'aurais de me rendre utile à l'auguste service, il ne pouvait rien m'arriver de plus encourageant, de plus consolant que le sont les marques de l'extrême indulgence et clémence que V. M. I. daigne accorder à mon zèle, et cette bonté me met au-dessus de tout ce que me fait éprouver d'ailleurs ma fâcheuse position.

C'est avec un véritable chagrin que je vois la grande affaire de l'échange de la Ravière manquée ou pour le moins remise à des temps plus reculés. Malgré les assertions du Roi Très Chrétien, on ne peut se défendre de croire que l'insigne perfidie du comte de Vergennes aura opéré dans cette occasion, ainsi qu'en tant d'autres, et la Reine en est si outrée que j'ai eu de la peine à La détourner de quelques scènes de vivacité fort inutiles dans le moment présent, attendu qu'elles n'auraient abouti qu'à intercepter l'avantage que je cherche de tirer du ministre relativement aux Hollandais. La Reine est d'autant plus piquée et affectée qu'Elle ne se permettra vraisemblablement pas d'en

expliquer la vraie cause à V. M. Cette cause tient à l'instabilité des idées du Roi, à une abnégation de toute volonté propre qui Le tient dans une sorte de tutelle de son ministre , ainsi que ma dépêche d'office en présente une particularité frappante '^', et cette cause rend l'influence de la Reine insuffisante à opérer le renvoi du comte de Vergennes, parce que le Roi est effrayé de l'embarras où 11 croirait se trouver dans des circonstances aussi importantes, aussi instantes que le sont celles du moment.

Cette conjoncture examinée dans son ensemble et dans ses résultats me porte à croire qu'une profonde dissimulation peut encore être nécessaire pour quelque temps, et c'est d'après cette opinion que j'ai proposé à la Reine de se conduire envers le ministre de la manière que l'expose ma dépêche d'aujourd'hui '-l

La Reine m'a paru fort frappée d'un passage de la lettre de V. M. où Elle cite, comme un moyen efficace d'abréger toute contestation

'') Le i" février 1780, la Reine raconta à M. de Mercy que le jour même, le 28 ou le 99 janvier, où le Roi reçut la lettre de TEmpereur du 19 janvier (voir plus haut, p. 377, n. 2), Il manifesta ouvertement à la Reine la profonde satisfaction que cette lettre Lui causait. En même temps, Il laissait percer un peu de mécontentement au sujet de la conduite des Hollandais. De son propre mouvement, Il fit remarquer à la Reine qu'en fait c'était une véritable impertinence de la part de ces républicains de se servir d'expressions comme celles qu'ils se permettaient dans leurs mémoires envers les grandes cours les plus considérables.

Une des phrases qui avaient paru le plus choquer le Roi était celle-ci : ^qu'ils (les Hollandais) désireraient pouvoir éviter la guerre avec l'Empereur y). Le Roi avait ajouté qu'on devrait enfin leur parler sur un ton qui mit fin à leurs excès de langage et les retint dans les limites de la considération et des égards dus à la cour impériale. Là-dessus la Reine, toute joyeuse de voir son mari dans ces bonnes dispositions, s'était appliquée à le maintenir et à le fortifier dans cet état d'esprit en lui

exposant tous les arguments qu'Elle avait pu trouver. Mais, deux jours après, Elle crut s'apercevoir d'un changement complet dans les idées du RoL II ne laissait plus voir que craintes et doutes sur ce qu'd y aurait à faire d'après la marche des événements. Sa première façon de voir les choses, si juste et si favorable à la cour de Vienne, avait été complètement changée par les discours de son ministre. (Dépèche d'office du comte de Mercy du 5 février 1785.)

'-' Le 1" février 1785, M. de Mercy dit à la Reine qu'Elle ne devrait pas suivre si ponctuellement la règle qu'Elle avait adoptée de ne voir M. de Vergennes qu'en présence du Roi. Au contraire, il lui paraissait nécessaire que S. M. daignât s'entretenir avec ce ministre sans s'emporter et en lui représentant toutes les excellentes raisons que la Reine était mieux que personne capable de faire valoir. S'il plaisait à S. M. d'agir en ce sens avec suite, fermeté et énergie et d'appuyer son intervention par des raisonnements fondés sur les véritables intérêts de la France, il était entièrement persuadé que ce moyen aurait l'effet désii'é. Rien que les intérêts de son frère tinssent

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avec les Hollandais, celui de leur porter sul)itcment quoique jjrand coup frappe de manière à les réduire. Si ce projet lient à la persuasion que la France ne se mêlerait pas de la querelle, l'opinion de la Reine n'admet point cette sécurité. Elle croit que, même sans le vouloir et en évaluant mal les fausses démarches auxquelles on pourrait se livrer, on se trouverait ici comme entraîné au delà des bornes dans lesquelles peut-être on se serait proposé de rester. Quelque possible que soit l'effet de celte conjecture, j'ai cependant bien de la peine à croire que, vu le chétif état où se trouve le militaire de terre en France, joint à l'embarras de ses dettes, de celui des dépenses à faire, et à tant d'autres considérations, on se déterminât à des entreprises hasardeuses, et si V. M. faisait rassembler 80,000 hommes dans ses provinces belges, il est vraisemblable qu'une armée si supérieurement composée assurerait le succès d'une première année de guerre et no donnerait lieu à quelques risques que pour les suivantes. Ce n'est qu'en guise de commentaire aux réflexions de la Reine que je me suis permis ces remarques dont l'objet passe d'ailleurs la sphère dans laquelle je dois me renfermer.

En usant de toute la circonspection convenable à ne pas compromettre la source d'où partent les avis que V. M. a daigné me confier sur la conduite de l'ambassadeur de France à la Porte, j'en ai dit les principales circonstances à la Reine, et Elle en a été d'autant plus indignée que les assertions du comte de Choiseul au grand-vizir sur le prétendu langage de la Reine sont de la dernière fausseté au point même que l'ambassadeur en question vient d'écrire à cette princesse une lettre où il déplore sa situation qui le remplit d'inquiétude sur le danger où pourraient l'exposer ses devoirs de déplaire à la Reine, finissant par proposer de renoncer à son ambassade plutôt que d'encourir ce malheur.

J'ai observé que cette hypocrisie était un masque très maladroit, emprunté dans la seule persuasion de l'impossibilité d'être si promptement rappelé d'une mission très éloignée, où l'on songe à mettre à confort à cœur à la Reine, Elle était si forte- après Lui avoir fait envisager tous les événement irritée contre M. de Vergennes que ments possibles, il réussit à obtenir de la M. de Mercy eut beaucoup de peine à l'a- Reine la promesse qu'EUo suivrait son mener à ce qui lui paraissait le ])lus avan- conseil. (Dépèdie du comte de Mercy dn

tageux dans la circonstance présenle. Enfin T) février i^S!").)

vert les manœuvres reprélicnsibles que l'on se propose d'y remplir. J'ai supplié en même temps la Reine de ne pas ])erdre de vue l'instant oïl ce rappel pourrait avoir lieu, et Elle m'a paru fort portée à s'en occuper. Au reste, à la nuance près des expressions insolentes, la marche du comte de Choiseul s'accorde avec celle de ses collègues dans les autres cours; on y voit partout une opposition odieuse qui caractérise le système actuel du ministère de Versailles et qui justifie les observations que mon très humble rapport du 3 1 décembre a mis sous les yeux de V. M.; il reste à voir jusqu'où ce système influera dans les affaires hollandaises. Je ne me fais pas illusion sur les motifs qui ont engagé le comte de Vergennes à tenir en dernier lieu quelques propos raisonnables aux ambassadeurs de la République; j'en augure encore moins des suites efficaces; ces propos, que l'on ne saurait prendre comme indice de bonne volonté, le sont plutôt delà peur d'une guerre et viendraient dans ce sens à l'appui de mes observations sur les idées de la Reine ^'l

(') Marie-Antoinette à Joseph II, Versailles, le à février i']85. — «Il est impossible , mon cher frère , qu'une affaire comme celle-ci ne me peine et ne m'inquiète beaucoup. Pour que M. de Vergennes ne puisse faire au Roi des rapports faux ou équivoques de ce que je lui dis, je me suis mise sur le pied de ne plus lui parler de l'affaire de Hollande qu'en présence du Roi, et ces jours-ci , je lui ai écrit pour faire cesser l'inondation des Hollandais et j'ai montré au Roi ma lettre et sa réponse.

cVous avez bien raison d'être content des sentimenis personnels du Roi; ils sont encore mieux dans son cœur que dans ses lettres. J'en ai été contente et vous l'auriez été vous-même si vous aviez entendu ce qu'il nie disait en lisant votre letlre. 11 trouvait vos demandes justes et vos motifs très raisonnables; mais, je rougis de vous l'avouer, après qu'il a vu son ministre, son ton n'est plus le même; il est embarrassé, évite de me parler d'affaires et, quand je le raels dans le cas de me répondre, il se trouve souvent quelque nouvelle entrave qui affaiblit ce qu'il m'a dit de bon. Il m'avait an-

noncé, il y a quelques jours, que les députés élaient décidés pour la réparation du coup de canon. J'en étais fort contente parce que c'était un grand pas pour votre considération et un acheminement à la paix. Aujourd'hui il se trouve que celte décision est si affaiblie par des préalables et des restrictions qu'elle en deviendra peut-être sans effet. (5 Vous avez toute raison, mon cher frère, d'exiger une prompte décision. J'y insiste et ne cesserai pas mes instances. Je crois aussi que vos troupes ne seraient pas longtemps à décider la querelle avec les Hollandais; mais seront-ils seuls? Cet article donne bien à penser. Devait-on croire que la France, instruite de la déclaration que vous faisiez aux Hollandais sur la navigation de l'Escaut, l'ayant presque approuvée, au moins n'ayant rien manifesté de contraire, vous déclarerait après coup qu'elle enverra une armée sur la frontière? Cette maudite déclaration, dont je n'ai pu arrêter le courrier que pendant cinq jours dans l'espérance qu'il en arriverait un de votre part, elle n'a pas été rétractée. Il est vrai, ce n'est pas une déclaration de guerre; il

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Dénué de l'espoir vraisemblable de rendre mes soins essentiellement utiles, je n'en serai que plus animé et attentif à lâcher d'emporter au moins dans les détails les moindres avantages qui tendront au meilleur service possible de V. M. Je n'ai pas cru quant à présent devoir laisser au comte de Vergennes une ombre d'idée que Maëstricht put être évalué à un prix d'argent, et, s'il devait en être question par la suite, je disputerais sur la quotité de ce prix avec toute l'insistance et la fermeté que V. M. m'ordonnera ou daignera me permettre d'employer.

Je remets ici très humblement les pièces secrètes et suis avec la plus profonde soumission

MERCY A JOSEPH IL

Paris, 5 février ij85. — Mes dépêches étaient cachetées et le garde-noble prêt à partir quand la Reine m'a fait savoir à l'instant qu'ElIe a eu ce matin avec le Roi un entretien très vif dans lequel, après Lui avoir rappelé les faits dans l'ordre où ils ont eu lieu, Elle avait conclu que, par principe d'honneur et d'honnête, pour procurer la paix, pour le bien même des Hollandais, il était temps que le Roi

ne s'agit que d'une armée d'observation; mais, quand deux armées sont aussi proclies l'une de l'autre, l'ordre de marcher est bientôt exécuté. J'espère qu'on n'en viendra pas là ; mais la conduite qu'on a tenue me fait cj-aindre pour la suite. Je voudrais bien que tous ces nuages fussent dissipés avant mes couches. Quand j'y serai, on aura moyen de me cacher bien des choses, sous le j)i'ctexte honnête de mon état et de peur de m'affligor.

«J'ai encore, mon cher frère, une réflexion à vous faire siu* ce que, vis-à-vis de vous, il n'y a plus rien à gâter. Vous avez certainement toute raison de vous plaindre des procédés de ce pays-ci. Rappeloz-vous ce que vous en avez vu , ce que vous en savez. Domandez à vos minisires, MM. de

Mercy et de Starhemberg. Les ministres changent quelquefois d'idées et de conduite; mais, quand ils seront constants, il est bien sûr que leurs successeurs auront d'autres vues. Je n'ai pas encore vu de changement de ministre qui n'en ait apporté d'essentiels dans chaque département. Il ne serait donc pas bien raisonnable de se vouer à un éternel mécontentement.

« Ma grossesse con tinue très heu reusemen t. Mes enfants se portent à merveille. Adieu, mon cher frère; je vous embrasse de toute mon âme. Le Roi me charge de ses compliments pour vous.

«J'espère que vous voudrez bien brûler tout de suite ceUe lettre, qui est une véritable confession. 11 [Marie -Antoinette, Joseph 11 Jlir liriej'wechsel , p. 72.)

leur fît déclarer qu'il ne les assistera pas s'ils diffèrent la cession de Maëstricht et l'envoi des députés.

Le Roi a répondu qu'il venait de faire écrire en Hollande pour le départ des députés sans attendre des réponses de Vienne: que le Roi confiait à la Reine de la meilleure foi qu'il était fort éloigné de se mêler de la querelle en faveur des Hollandais, mais qu'il était impossible de leur faire la déclaration proposée, parce qu'alors ils s'allieraient sur-le-champ avec l'Angleterre.

La Reine croit que le Roi s'attache trop aux expressions amicales contenues dans les lettres de V. M. et qu'il perd de vue ce qu'elles renferment de substantiel sur le fond des choses; qu'il en résulte que la Reine est dans le cas de donner des assauts dans lesquels Elle désirerait être soutenue; Elle croit quElle trouverait ce secours dans les explications suivantes, s'il plaisait à V. M. d'en faire

usage.

Gela consisterait à rappeler au Roi qu'on Lui avait communiqué VuUmatum sur l'Escaut, que son ministère n'y avait rien opposé, qu'ainsi, au contraire, il avait donné un conseil sur le délai convenable à faire naviguer les bâtiments impériaux; que le Roi avait demandé à V. M. de suspendre la marche de ses troupes et tout acte d'hostilité, qu'EUe y avait consenti; que le Roi avait conseillé aux Hollandais d'envoyer des députés pour faire satisfaction sur la canonnade et de décider Maëstricht et ses dépendances; que les Etats généraux ne paraissaient disposés à se prêter sur le premier point que d'une manière indécente et insuffisanle, et qu'ils se refusaient sur le second et principal article; qu'en conséquence de ce parallèle de complaisance entière d'une part et de rélicence offensante de l'autre, V. M. voulait bien, par égard pour le Roi, suspendre les hostilités jusqu'au i" de mai, mais qu'EUe ne pouvait pas également suspendre la marche de ses troupes, lesquelles devaient naturellement se trouver en lieu et place au moins quinze jours avant qu'il ne fut question de les employer.

La Reine désirerait principalement que V. M. voulût observer que si les propositions que le Roi par amitié Lui a faites de maiu propre, devaient toujours tourner contre Elle-même, l'Europe étonnée ne saurait que penser des sentiments que le Roi a voulu marquer à V. M.

MERGY A JOSEPH II

Le Roi écrira aujourd'hui ou demain à V. M.; la Reine a vu la lettre ; Elle y a trouvé plus de mauvaises tournures que de bonnes '^^.

Comme c'est par ordre exprès de la Reine que je mets tout ceci très humblement sous les yeux de V. M. et que je n'ai qu'un instant pour m'en acquitter, j'implore l'indulgence de V. M. sur la tournure et la rédaction de ce supplément à mon très humble rapport.

La Reine espère que V. M., dans sa lettre au Roi, ne Lui donnera aucun indice qu'Elle est instruite de la résolution où le Roi proteste d'être de ne point donner de secours réels aux Hollandais.

O Louis XVI à Joseph II. Versailles, le 6 février tySS. — wMon cher beaii-frèrc, j'ai reru ia lettre que V. M. m'a écrite le 19 du mois dernier; elle m'a été d'autant plus agréable qu'elle renferme de nouvelles preuves de sa confiance dans mon amilié pour elle et qu'elle fortifie mes espérances pour la conservation de la paix. Il ne dépendra pas de moi que les bonnes dispositions de V. M. à cet égard n'aient le plus prompt effet. Je m'en flatte d'autant plus que les Hollandais les partagent et qu'ils désirent bien sincèrement de regagner l'affection de V. M. Vous aurez pu , mon cher beau-frère, vous en convaincre par ia nouvelle résolution des Etats généraux que j'ai fait adresser, il y a quelques jours, au marquis de Noailles. Vous y aurez vu les dispositions où ils sont par rapport à l'envoi de la dépulation que vous avez demandée et à la reprise de la négociation sur les objets énoncés dans le tableau sommaire. Il me semble que dans cet état de choses V. M. peut sans inconvénient donner les mains à une suspension d'armes et consentir que les négociations soient reprises et continuées, soit directement, soit sous ma médiation.

«Je ferai certainement tout ce qui sera en mon pouvoir pour que vous obteniez une satisfaction convenable ; mais je suis persuadé d'avance, mon cher beau-frère, que rinlérêt de votre dignité, qui est le point le plus essentiel, se trouvant satisfait, vous

suivrez pour le reste plutôt l'impulsion de la magnanimité de votre âme que celle de votre puissance.

«Je crois devoir prévenir V. M. que je viens de presser de nouveau les Hollandais de délibérer sérieusement sur les propositions dont il conviendra qu'ils chargent les plénipotentiaires qui se rendront à Vienne; mais je désirerais, mon cher beau-frère, que vous voulussiez dès à présent me confier vos dernières intentions. Je ne forai de cette confidence que l'usage auquel vous croirez pouvoir m'autoriser.

«Quant au projet d'échange de la Bavière, je juge, par le parti que prend V. M. de l'abandonner, qu'elle en a prévu comme moi les difTicultés et les embarras. Il m'a été impossible de les prévenir f;iute d'avoir été averti à temps de la négociation secrète confiée au comte de Romanzow et, quoique je sois peiné de la réponse du duc des Deux- Ponts, je n'en suis pas étonné, parce que ce prince, livré à lui-même, s'est trop abandonné au sentiment que lui a inspiré la manière tranchante dont ce ministre russe lui a intimé vos propositions.

«En attendant votre réponse, mon cher beau-frère, je vous prie de recevoir les assurances de mon fidèle attachement aux liens qui nous unissent et de la tendre amilié que je vous ai vouée pour la vie.»

(Marie-Antoinette , Joseph II Ihr Brief-

xvechsel, p. 7^1.)

il FEVRIER 1785.

Vienne, ce 2 1 février ij85. — J'ai reçu deux de vos lettres à la fois et ai été vraiment peiné de vous savoir incommodé, craignant que dans ces circonstances votre zèle ne vous emportât à sortir et à faire des courses de Versailles, toujours très incommodes dans cette saison, avant le temps. Je suis vraiment et tendrement obligé à la Reine pour tout ce qu'elle m'écrit et ce qu'elle vous mande encore de me faire connaître; j'y reconnais en plein son amitié et sa bonne volonté; mais, en même temps, on ne peut disconvenir du peu de succès qu'on a à s'attendre de sa part et de la bonne volonté efficace du Roi.

Je vous joins ici la copie de la lettre que le Roi m'a écrite et la réponse que j'y fais en original et copie '^'. Vous verrez que mon ton est

(') Joseph II à Louis XVI, le 31 j'évrier 17S5. — «Mon cher beau-IVèro, j'ai reçu ia iettre de V. M. du 6 de ce mois de même que la dernière résolution des Etats généraux que vous m'avez fait communiquer par le marquis de Noailles et sur laquelle vous me témoignez votre opinion.

Je voudrais la partager, mais je vous avoue que j'ai peine à adhérer au degré de confiance que vous paraissent mériter les dispositions des Hollandais, queje trouve beaucoup trop équivoques pour pouvoir m'y livrer. Néanmoins, pour ne pas faire perdre à V. M. le fruit de ses soins, je veux Lien dissimuler tout ce qu'il y aurait à dire sur la façon dont ils ont motivé l'envoi de leurs députés et sur le langage trop familier de leur part, et je consens en conséquence à recevoir ces députés.

«Je veux bien également et uniquement par égard pour V. M. suspendre toute hostilité de ma part jusqu'au i" de mai prochain, et j'autorise le comte de Mercy à signer à cet effet une convention avec les ambassadeurs de la République auprès de V. M.

«Je charge aussi mon ambassadeur de porter à sa connaissance mes dernières intentions, conformément aux désirs qu'elle m'en

a marqués. V. M. trouvera bon que je m'y rapporte, attendu que les détails en seraient trop longs pour notre correspondance confidentielle.

«Je crois qu'elle trouvera ma proposition en tout point aussi modérée qu'équitable et propre à la fin à rendre les Hollandais raisonnables, si votre amitié et les preuves de confiance sans borne que je ne cesse de vous donner vous engagent à leur faire sentir de même que c'est mon dernier mot et que de son acceptation ou de son refus dépend la paix ou la guerre. Au moins il sera impossible que vous ne sentiez pas la différence qui existe entre la complaisance queje témoigne à tous vos désirs et celle i\ laquelle les Hollandais se refusent.

«Quant à ce qu'elle me marque dans sa lettre par rapport au projet de l'échange de la Bavière, je crois devoir la tirer dw l'erreur dans laquelle elle me paraît se trouver à cet égard. Ce n'est nullement parce que j'en ai prévu les difficultés et les embarras, comme vous le supposez, mais uniquement parce que vous avez cru ne devoir vous employer à déterminer le duc-j:les Deux-Ponts à donner les mains à une proposition qui lui était très manifestement des plus avantageuses et pour le présent el pour

un peu moins amical , et que, surtout au sujet du troc de la Bavière, je m'explique très clairement. S'il y avait moyen de parvenir encore à l'arranger, ce serait bien tout ce qu'il y aurait de plus désirable au monde; dussé-je même renoncer aux pays de Luxembourg et de Namur, je passerais sur toutes ces considérations, et si vous pouviez faire que la France me proposât cela et s'engageât d'y amener le duc des Deux- Ponts, outre les avantages réels qu'elle pourrait même se stipuler, soit du côté des pays rétrocédés ou dans le Luxembourg, ce serait le plus grand coup d'Etat que nous pourrions faire. Mais, s'il faut y renoncer, alors il ne reste plus que de finir cette mauvaise affaire le moins mal et le plus tôt possible. Les détails que le prince de Kaunitz vous envoie à ce sujet, vous en instruiront; l'essentiel est de presser une conclusion qui, parle caractère et la constitution des Hollandais, devient sans doute bien plus difficile que nulle part.

Je sais que M. de Vergennes a tout de suite consulté le roi de Prusse au sujet du troc de la Bavière; ainsi sa duplicité et ses mauvaises intentions sont bien clairement démontrées. Les mêmes insinuations insidieuses continuent de la part de leurs ministres à toutes les cours possibles.

Je n'ai pu me servir de toutes les expressions que vous avez bien voulu me suggérer, puisque je sais bien que l'effet de ma lettre n'était que très momentané auprès du Roi et toujours soumis à l'avis de ses ministres. C'est dans ma lettre à la Reine ^^' que je me sers de la plu-

l'avenir et qui ne nuisait à personne, ainsi que très certainement je l'eusse fait pour vous si vous eussiez été dans mon cas, que j'en ai abandonné l'idée, attendu que, si, comme n'a point hésité de le faire l'impératrice de Russie, mon amie, vous eussiez bien voulu vous interposer auprès du duc des Deux-Ponts, ou que vous voulussiez même encore lui en faire connaître les avantages et m'assurer par là le libre consentement des deux chefs de la maison palatine bavaroise, je ne regarderais plus que comme nulle toute autre difficuilé quelconque.

rt C'est en remettant avec une vraie confiance mes intérêts entre vos mains que je vous prie, en vous embrassant, de me

croire, avec tous les sentiments de la tendre amitié qui nous unit n [Marie- Antoinette, Joseph II Ihr linefwcchsel ,

''^ Joseph 11 à Marie-Antoinette , le so février ijSo. — «J'ai été sensiblement touché de votre chère lettre, qui m'a été remise par mon courrier. Je ne saurais assez vous témoigner combien toutes les marques d'amitié et d'intérêt que vous ne cessez de me donner me font plaisir.

tt C'est en vous priant de remettre la lettre ci-jointe au Roi que je ne puis vous cacher, ma chère sœur, que jusqu'à présent je ne vois dans notre correspondance confidentielle que de ma part des complaisances et de la sienne des phrases d'amitié.

part de ces expressions, et vous pouvez lui conseiller de la faire voir au Hoi, et en même temps elle ne sera pas sujette à être censurée par M. de Vergennes.

Je vous joins également ici la copie de cette lettre où il me paraît

ffSans vouloir récriminer, je ne puis néanmoins vous dissimuler ma sensibilité à ce sujet. Je crois avoir tout fait en allié et en ami. Je ne me suis permis aucune démnrclie ni même d'écouter quelconques propositions, qui n'ont pas manqué de m'avoir été laites de la part des ennemis du Roi; et jusqu'à ce moment, quoique le Roi veuille m'empéclier de prendre une juste satisfaction des Hollandais, même en rassemblant des armées, qu'il s'est lefusé de contribuer à l'arrangement de l'échange avec l'électeur palatin , quoiqu'il l'ait reconnu ministériellenient n'être aucunement contre les intérêts de la France, mais uniquement de crainte qu'il ne convienne pas au roi de Prusse, je n'ai sonné le mot vis-à-vis de l'Angleterre, ni cherclié d'autres liaisons quelconques, ne pouvant attribuer tout ce qui se passe au cœur du Roi, dont je connais trop la sûreté et la droiture. Mais ceci n'est pas tout encore.

«Quoique je voie l'intérêt qu'on a de mon alliance et de mon amitié subordonné à l'amitié et à l'alliance de la Hollande, au roi de Prusse, à la Porte et à tout plein de petits princes d'Allemagne, chez lesquels sans exception tous les ministres français tiennent le langage le plus odieux sur ma personne, je veux de plus, ma chère sœur, rappeler à votre mémoire la duplicité, pour ne pas dire la fausseté, avec laquelle on a en agi à mon égard.

^L'arrangement de mes limites dans un coin de la Croatie avec la Porte a été non seulement reconnu juste et même convenable pour le Roi , mais son ambassadeur a été même chargé ministériellement de conseiller à la Porte de me satisfaire à ce sujet. Dès le moment qu'on m'a vu des embarras d'un autre côté, on a changé de ton, et M. de Choiseul excite actuellement

la Porte à tenir ferme et à ne se prêter à aucun arrangement avec moi.

trie fais communiquer au Roi mon ultimatum sui' l'ouverture de l'Escaut. On n'y oppose rien; bien au contraire, on me fait une espèce de déclaration de guerre et on donne avec emphase des ordres pour rassembler deux armées, sans vouloir jamais me dire qu'on me ferait la guerre ni qu'on ne me la ferait point, pour me laisser dans l'incertitude. Le Roi désire que je suspende la marche des troupes et tout acte d'hostilité; j'arrête celles que je puis; je pe. ds le temps, pendant que je sais la Hollande dans la plus grande confusion.

Le Roi me propose l'envoi des députés de la République pour faire satisfaction sur la canonnade; il m'écrit de reconnaître mes droits sur Maëstricht et sur son territoire et de me les faire remettre sous des conditions. J'accepte cette offre et je renonce à cet égaifl à l'ouverture de l'Escaut et actuellement on ne veut plus qu'envoyer les députés d'une manière indécente et insuffisante et on ne me parle plus que très équivoquement de la reddition de Maëstricht. Je propose l'échange de la Bavière; il n'est possible qu'à la plus mauvaise volonté à y trouver à redire; on convient qu'il n'est point contre les intérêts du Roi; je ne demande que ses bons offices auprès du duc des Deux-Ponts; le Roi veut que j'aille oltteiiir le consentement des personries qui n'y ont rien à faire et qui ne peuvent pas le désirer et cela pour gagner du temps, afin d'eu avertir le roi de Prusse, et on fait prévenir le duc des Deux-Ponts par M. Grosschlag pour qu'i'. s'y refuse, comme il l'a fait; par la suite on m'écrit qu'apparemment j'y renonçais pour les difficultés que j'y avais reconnues.

que j'ai touch(5 tous les points, de même que je vous envoie une autre lettre pour la Reine, que je vous prie de lui remettre et qui est uniquement pour Elle seule '^'.

Il est de toute importance, mon cher Comte, que vous fassiez bien sentir que je sois informé tout de suite si les propositions aussi raisonnables que celles que je fais seront représentées avec énergie par la France à la République, ou qu'au moins la France déclare bien positivement que, si après ma complaisance poussée jusqu'à ce dernier période, la Hollande est encore déraisonnable, elle me laissera mettre ces messieurs-là à la raison, en me donnant des certitudes qu'elle ne s'en mêlera point et ne rassemblera aucune armée d'observation. Il faut que je sache tout cela le plus tôt possible pour remettre en marche les troupes qui sont encore arrêtées. L'objet essentiel est sans doute que les députés se rendent à Vienne pour m'y faire des excuses, sans être chargés d'aucune autre commission, et que le centre de la négociation reste à Paris.

J'en reviens toujours que, si le troc était faisable et que la France voulût l'appuyer, i'on voit déjà que le roi de Prusse n'osera rien faire seul et prendra son mal en patience.

Adieu, mon cher Comte, c'est là la seule façon d'en sortir honnêtement; mais si la chose n'est pas faisable, au moins il faut tâcher de la faire finir promptcment : autrement elle deviendra toujours plus désagréable.

Je vous prie d'être persuadé de la sincérité de mon amitié et de ma parfaite confiance

cr Voici la parallèle de ma conduite et de celle qu'on a tenue à mon égard, et si les propositions que le Roi m'a laites en amitic do mr.-n propre devaient toujours, comme jusqu'à présent, tourner contre moi et être insidieuses, pondant que je m'y livre avec francliise nt amitié, je vous laisse à juger, quant tout cela sera connu, ce que toute l'Europe en doit penser.

«Je presse fortement le comte de Mercy, et je vous prie, ma chère sœur, de l'épauler, pour me faire avoir tout de suite dos certitudes, si ce que je le charge de communiquer au Roi pourra passer tel qu'il

est ou non, parce qu'il serait par trop fort qu'on exigeât de ma complaisance de me faire perdre le temps pour assendjler mes troupes que j'ai fait arrêter et qui doivent cependant se trouver en place avant la fin d'avril pour pouvoir agir.

«Adieu, ma chère sœin-, pardonnez tout cet épanchement et gardez-le pour vous.

C'est avec la plus grande impatience que j'attends l'heureuse nouvelle de votre délivrance, et c'est en vous embrassant que je vous prie de me croire." {Marie-Anloinetle , Joseph II Ihr Briefivechsel , p. 7 G.)

^'' Celte lettre manque.

KlUNITZ A MERGY.

Vienne, le a o février ij85. — Je n'ai rien à désirer certainement, mon bon ami, ni sur le fond, ni sur la forme de tout ce que vous ont engagé à dire et à faire votre zèle et voire sagacité dans la fâcheuse circonstance où nous nous trouvons bien malgré nous, comme vous le pensez bien. Si nous étions assez équitables et assez raisonnables pour nous mettre de sang-froid à la place des gens auxquels nous demandons, ainsi que de ceux par lesquels nous exigeons que nos demandes soient appuyées , nous nous trouverions peut-être bien moins en droit de nous plaindre que nous ne faisons, soit dit entre nous. Mais être partout parfaitement équitable et raisonnable est le lot de bien peu de gens, et c'est malheureusement notre cas.

Vous verrez sans doute, par la teneur de ce qu'on vous écrit, que l'on est fort aigri , et je n'ai pas ou peu de peine à faire écrire ce (|uc l'on écrit aujourd'hui au Roi^'^ en réponse à sa dernière lettre confiden-

ce M. A. Boer(op. cit., p. igS el siiiv.) a publié une parlie de la correspondance échangée entre Joseph II et le prince de Kaunitz à propos de cette réponse qui se trouve plus haut (p. 091). Le li février l'Empereur envoyait au chancelier les lettres qu'il venait do recevoir de la Reine et de M. do ^lercy en date du 5 février. Il ajoutait qu'il irait en causer avec le prince le lendemain et il terminait en disant : trll me parait qu'il faut prendre un parti ou celui de renoncer à Maëstricht et à tout par conséquent ou tenir ferme et faire marcher les troupes qui sont encore arrêtées." On n'a pas le billet du prince de Kaunitz; mais par la réponse de l'Empereur en date du ]5 on voit que le ciiaiicelier avait demandé le temps de rélléchir et que Joseph II y avait consenti. Les méditalions du prince de Kaunitz aboutirent à la présentation de ce projet, que M. A. Béer n'a pas publié. Il est d'autant plus curieux qu'il porte les observations auiograpiios de l'Empereur : on les trouvera entre crochets après chaque article :

Aiiicles qui pourraient être mis sons les

yeux du Roi Tr. Chr. comme les dernières intentions de S. M. relativement aux affaires hollandaises.

tt 1. S. M. I. est disposée à renoncer aux droits incontestables qu'Elle a acquis par le traité de 1678 sur la ville et i'ortoresse de Slaëstricht à condition que la République des Provinces-Unies paye, à titre de rachat, la somme de douze millions valeur de Vienne et qu'elle acquiescs de plus aux conditions suivantes. [On peut marchander jusqu'à dix et même huit miUions.]

2. S. M. se réserve des parties qui lui ont été cédées éventuellement par ladite convention de 1678 : le comté do Vroenhove el le pays d'Outre-j\leuse, actuellement possédé par la République. L'on conviendra dix territoire à attacher à la ville de Maéslriclit et des conmiunications a lui conserver, en cédant à cet effet à la République, si cela est nécessaire, une parlie des terres dites de Rédemption, et si cet arrangement ne pouvait pas se faire à l'apaisement de la République, S. M. I. lui abandonnera même tout le comté de Vroenhove en se réservant le seul pays d'Outre-

KAUNITZ A MEKCy.

(ielle , quoiqu'on ail bien cruellement estropi(5 ce que j'avais proposé moyennant ce que l'on a retranché et ce que l'on y a ajouté. Mais

Meuse liollandais. [On pourra renoncer au pays d'Outre-Meuse.]

3. Les limites de la Flandre doivent demeurer aux termes de la convention de 1666, et s'il en était qui, par le laps de temps, pussent avoir été ou être obscurcies, il sera nommé des commissaires de part et d'autre pour les rétablir,

!x. On prendra les mesures les plus eiïicaces pour faciliter, d'une manière permanente et capable d'obvier à toute contestation , l'écoulement des eaux et prévenir les inondations tant dans cette partie que du côté de la Meuse , et on cédera à cet effet à S. M. les terrains et endroits qui lui seront nécessaires pour remplir cet objet. Leurs Hautes Puissances feront en même temps dédommager les sujets de l'Empereur des pertes qu'ils ont faites par les inondations que la République a fait faire à l'occasion des diflérends actuels.[ On peut remettre cet article à une négociation de plus longue durée. ]

5. Leurs Hautes Puissances reconnaiiront le plein droit de souveraineté absolue et indépendante de S. M. Lsur toute la partie de l'Escaut depuis Anvers jusqu'au bout du pays de Saftingen, de sorte qu'il ne leur sera pas permis ni d'y percevoir de leur part quelque droit au péage à quelque titre et dans quelque forme que cela puisse être, ni d'y gêner de quelque autre manière la navigation et le commerce.

6. Conformément à l'article G8 du traité de Munster de 16/18 les forts de Cruysclianz et de Frédéric-Henry seront incessannnent démolis et évacués.

7. Leurs Hautes Puissances évacueront aussi incessamment et remettront à la disposition de S. M. I. les forts de Lille et de Liefkeiishoek, qui d'ailleurs, d'après la stipulation de l'article 6, leur deviendront parfaitement inutiles. [ On pourra se relâcher au pis aller de cet article.]

8. On s'entendra à l'amiable sui' les prétentions de S. M. qui font l'objet des

articles 6, 7 et 8 du tableau sommaire. [On les remettra à une commission amicale après la signature de la paix.]

9. S. M. I. consent que les prétentions pécuniaires de souverain à souverain seraient compensées et quant à celles que des parliculiers pourraient avoir on nommera des commissaires pour les liquider avec les indemnités à payer aux sujets de S. M. du chef des dernières inondations. '5

Ces articles devaient être accompagnés d'un projet de lettre à écrire par l'Empereur au Roi, projet que nous n'avons pas. En effet le 19 février 1^85 l'Empereur écrivait au prince de Kaunitz : rcJe vous envoie ici la minute de la lettre que je compterais ccrii-e au roi de France; vous verrez seulement que j'ai tâché de la rendre plus courte et un plus sèche, croyant que cela pourrait faire effet; au reste j'y ai suivi la marche de la vôtre. Je vous prie de me faire l'amitié d'y ajouter ou effacer ce que bon vous semblera. L'article pour la marche des troupes peut être omis ou laissé comme vous le jugerez à propos. Ti

Le mémo jour, le Chancelier répondit :

tf Je n'ai aucune observation à faire sur la minute, dont V. M. a bien voulu me donner communication , si ce n'est que je croie ne pas pouvoir me dispenser de porter à sa connaissance que je pense qu'Elle peut omettre l'article enclavé, parce qu'on pourra y suppléer, en chargeant le comte de Mercy de faire entendre par manière de conversation que V. M. ne pourra pas se dispenser de remettre ses troupes en marche au cas que , en dedans peu , les choses ne prennent une tournure qui en annonce un succès vraisemblable, et on pourra en user de même au sujet du lieu destiné à la reprise des négociations. Je le rai d'ailleurs le plus tôt possible, du mieux que je pourrai, conformément aux résolutions de V. M. que l'on vient de me remettre."

que faire? Ihniit qun poteront. Pourvu que je puisse parvenir à tirer encore cette fois-ci la charrette du bourbier: alors comme alors. On se lasse à la fin; et j'ai, ce me semble, si bien et si abondamment payé mon écot dans ma carrière, que l'on n'aura aucun reproche à me faire, quel que soit le parti que je prenne.

Si nous pouvons nous en tirer encore sur le pied des ordres^'' qui vous parviennent aujourd'hui, je ne vous cacherai pas, dans notre intimité, qu'il me paraîtra que nous serons, comme on dit, encore bien plus heureux que sages. Je suis bien sûr que vous y ferez tout ce que vous pourrez, et je vous serai bien obligé, en mon particulier, si

(') Ces insiruclions sont basées sur les dernières intentions de rEmpereur, publiées ci-dessus. Le prince de Kaunitz informe en outre le comte de Mercy que l'Empereur est résolu d'accorder aux Hollandais un armistice jusqu'au i" mai et il lui envoie des pleins pouvoirs en ce sens. Il était évident que, comme le faisait remarquer si justement le comte de Mercy dans ses dernières lettres, la République et même le cabinet de Versailles s'efforçaient ouvertement d'arranger l'envoi des députés hollandais à Vienne, comme s'ils avaient surtout eu uniquement pour mission d'y poursuivre les négociations sous les yeux de l'Empereur. Pour faire échouer à l'avance ce projet l'Empereur était bien décidé à ne pas chicaner sur la teneur des pouvoirs de ces députés, mais à ne laisser s'entamer les négociations pour l'arrangement des dilTicultés pendantes nulle part ailleurs qu'à Paris par l'intermédiaire du comte de Mercy. Néanmoins, le cabinet de Versailles pouvait donner aux Etats généraux, au nom de la cour de Vienne, l'assurance ffque les députés choisis de leur assemblée seraient reçus et traités d'une manière convenable^.

Par égard pour les observations du Roi Tr. Chr. l'Empereur avait renoncé à sa demande de l'ouverture de l'Escaut et en était revenu à ses premières réclamations consignées dans le tableau sommaire parmi lesquelles la cession de Maëstricht et de ses dépendances était la plus importante cl

était fondée sur les termes formels du traité de la Haye du 3o août 1678. L'Empereur voulait bien aussi sur ce point entrer dans les idées du Roi Tr. Chr. Il faigait même plus : il ne réclamait plus la cession réelle de Maëstricht dont il laisserait aux Hollandais la tranquille possession, moyennant une somme de douze millions , à titre de rachat de la ville et forteresse de Maëstricht. On pourrait même, d'après les ordres formels de l'Empereur, descendre jusqu'à dix, neuf et huit millions. Il faudrait employer tous les moyens pour procurer à l'Autriche le paysd'Oiitre-^Ieuse et n'y renoncer qu'à la dernière extrémité.

L'Empereur ne doutait pas que le Roi ne fit connaître aux Hollandais qu'il approuvait ces propositions d'arrangement et ne leur fit sérieusement comprendre que la paix ou la guerre dépendait de leur acceptation ou de leur rejet. L'Empereur voulait bien attendre encore quelque temps pour voir si la République était sérieusement décidée à prévenir une rupture ouverte ou si les nouvelles concessions qu'il venait de faire pour faciliter la pacification ne seraient pas inutiles, comme cela était déjà arrivé. Dans ce dernier cas, l'Empereur devait déclarer par avance qu'il ne pourrait pas suspendre plus longtemps la marche des troupes destinées pour les Pays-Ras, qu'il avait arrêtées par égard seulement pour le Roi Tr. Chr. (Rescrit du prince de Kaunitz au comte de Mercy du 9 0 février.)

398 MERGY À JOSEPH II

vous réussissez et me délivrez par là du fiicheux emploi de devoir être l'avocal d'une mauvaise cause. Et, si vous croyez que la crainte de devoir remettre en marche les troupes f[ui sont encore en arrière puisse faire quelque effet, vous pouvez, par manière de conversation, leur en donner l'appréhension, ce que cependant, entre nous, je souhaite plus que je ne l'espère, attendu l'opinion qu'on y a de nous, dès qu'on montre les dents, et qui est malheureusement déjà assez généralement répandue presque en tous lieux. Ce n'est que vis-à-vis de vous que je puis m'expliquer ainsi, en vous priant toutefois de brûler celte lettre, comme vous avez fait de la précédente.

Je vous souhaite tout succès désirable et suis au reste, comme toujours, mon très clier et très bien aimé

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