‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiée (volume 2)Chapitre 57 sur 65 · JOSEPH II À MARIE-ANTOINETTE · texte numérisé non relu

JOSEPH II À MARIE-ANTOINETTE

Viorne, 6 mai ij85. — Ma chère sœur, j'ai été enchanté de la lettre que vous venez de m'écrire, qui, en m'assurant de votre bonne santé et de celle vos enfants, me donne en même temps les marques les plus flatteuses de l'intérêt que vous prenez à la réussite de mes négo- ' ciations avec les Hollandais; il faut espérer que, si cette fois-ci, on leur a tenu au nom du Roi le langage que vous me marquez, ils sentiront l'impertinence et la déraison de leurs difficultés. Ils traînent l'envoi de leurs députés pour sauver même l'apparence de me faire des excuses dont cependant le Roi et eux-mêmes avaient reconnu la convenance; .et pour la somme d'argent, s'ils la trouvent trop forte, ils ont le marché en main et ils n'ont qu'à me donner Maëstricht avec son territoire, et je serai très content, car ce n'est pas pour l'argent, mais pour l'indécence de me marchander et de ne pas m'offrir une somme qui eût l'air séant 'et pas celui d'un pourboire, comme est la somme à laquelle ils se sont déclarés. Le comte de Mercy vous informera plus en détail sur ces deux objets qui seuls rendraient toute négociation impossible, et je suis très décidé de commencer, plutôt que d'y souscrire, les hostilités.

Du reste je puis vous assurer, rha chère sœur, et vous pourrez vous en faire garante auprès du Roi, que, malgré tous les contes que le roi de Prusse et d'autres soufflés par lui répandent, il n'existe pas l'ombre d'une idée ou d'un projet.de ma part ni pour changer la Constitution germanique, ni de faire la guerre à la Porte, ni nulle autre part , et que je n'ai contracté de liens quelconques qui m'obligeraient ou pourraient m'engager à de pareilles démarches. Voilà ce que je puis vous assurer sur mon honneur, si vrai que je vous aime, et je le fais uniquement pour prévenir toutes les fausses insinuations dont il pourrait naître de fausses démarches

Vienne, ce 6 mai ijSS. — Mon cher comte de Mercy, j'ai reçu par le garde galicien votre lettre ; j'étais parfaitement content de la façon

6 MAI 1785. fill

dont vous avoz gerë loiite celle négocialion cl lire parli des élincelles de bonne volonté et de sincérilé du muiislère français; elle répond parfaitement à la juste confiance que j'ai toujours eue en votre zèle et en vos lumières. *

Vous verrez par la dépêche du prince de Kaunilz que, pour le présent, il s'agit principalement de deux choses, savoir que la mission des deux députés à Vienne, chargés d'y faire des excuses, soit bien voyante, car c'est enfin le seul objet qui doit aux yeux de l'Europe sauver ma considération gravement lésée. Il paraît que la République veut, par le lanternage qu'elle met k leur départ, attendre la conclusion de quelques préliminaires et ensuite les envoyer, ce qui changerait toute la forme et l'objet de leur mission en lui donnant l'air d'un mutuel envoi de ministres, ce que la France a déjà osé insinuer ici par son ambassadeur qu'elle espérait que j'enverrais également bientôt un ministre à la Haye. Voilà un point sur lequel je ne céderai jamais et après que la France et même la République ont reconnu qu'une excuse m'était due, je ne balancerais point de faire plutôt la guerre que de mollir sur cette demande qui doit être bien voyante et clairement une excuse. C'est en conséquence de cela que vous recevrez les ordres de suspendre toute négociation jusqu'à ce que vous soyez informé d'ici que les députés y sont arrivés et que j'ai eu lieu d'être satisfait de la manière dont ils se sont acquittés de leur commission. Je vous prie, mon cher Comte, d'employer à cet égard toute votre éloquence et toute la fermeté qu'il exige, et surtout de bien faire sentir à la Reine que mon honneur le demandait ainsi. Un peu plus de temps de perdu pour la conclusion, les frais une fois faits, ne peut plus faire un objet, lorsqu'il s'agit de maintenir la considération de la monarchie.

Quant au second point qui concerne l'argent, je crois qu'il faut également rester ferme sur l'alternative d'entrer en possession de Maëstricht et de son territoire ou d'y renoncer moyennant le dédommagement pécuniaire fixé d'abord à douze millions de florins d'Allemagne. Je désirerais bien, vu le dérangement de leurs finances, qu'ils prissent le premier parti en me cédant Maèstricht. Au pis aller, pourtant, vous êtes autorisé de leur faire grâce d'une couple de millions, parce qu'il ne s'agit pas absolument de l'argent, mais que je n'aie pas l'air de me laisser marchander sur la somme que j'ai fixée. Vous ferez sentir que comme j'avais lieu de douter que la République voulût sincè-

rement se prêter à ces deux ol)jets essentiels, je ne pourrai plus différer d'employer vis-ù-vis d'elle les moyens de force, et, qu'en conséquence, je rassemblerai mes troupes aux Pays-Bas pour qu'elles puissent se mettre en mouvement et agir hostilement aussitôt que je me serai confirmé de la mauvaise foi que les Hollandais mettent dans cette négociation. L'essentiel est de bien savoir le parti que les Français prendraient dans ce cas-là, et, pour vous mettre au fait du peu de détails que la Reine me fait, je vous joins ici la copie de sa lettre '".

Si son influence dans les affaires importantes devrait être de quelque valeur, elle aurait dû s'en préparer de loin les moyens et s'attacher quelque personne de poids et d'un caractère capable de la bien conseiller, au lieu de perdre son crédit jwur des petits objets et pour des personnes dont le seul mobile est l'intérêt d'argent, d'emplois et d'honneurs pour leurs protégés et amis.

En vous joignant ici une lettre pour la Reine, je ne puis, mon cher Comte, que vous renouveler encore une fois que je suis parfaitement tranquille de savoir cette affaire entre vos mains, connaissant la sagacité avec laquelle vous avez toujours saisi et combiné tous les objets qui ont été confiés à votre ministère.

Quanta tous les autres articles, excepté les deux ci-dessus , j'approuve tout ce qui a été réglé à leur égard. Il serait seulement à désirer que le mot de commerce pût passer et môme] être interprété en fdveur de mes sujets flamands pour la liberté du commerce aux Indes.

Adieu, mon cher Comte, soyez persuadé de tous les sentiments d'estime et d'amitié avec lesquels je serai toujours

Je vous joins ici une copie de la lettre que j'écris à la Reine. Il m'a paru important de la mettre dans le cas de contredire avec sûreté toutes les fausses insinuations qui, sur mes vues de troubles et d'agrandissements, pourraient parvenir au Roi et occasionner des fausses démarches. C'est surtout pour la Porte où les armements ne discontinuent pas et deviennent même embarrassants pour les voisins, que je vous prie de tenir le même langage au ministère de France.

'') Voir plus haut, p. /ii'j, ii. i.

6 MAT 1785. UVJ

Vienne, le 6 mtù 1^85. — La [)arlio de ce que voulait l'Kinpercur, et à laquelle il a bien voulu se borner sur mon avis, est le principal objet de cette expédition. Il m'a paru que cette dose du coup d'éperon, bien plus violente qu'on se ])roposait de vouloir donner, n'était sujette à aucun inconvénient majeur, et j'ai cru devoir moyennant cela y consentir. Il en résultera, à la vérité, un délai de quelques semaines; mais comme cefit pantalon chi pagn, ce sont ses affaires. Un peu plus d'argent jeté par les fenêtres: transeal cum cœleris. J'ai parlé raison et cru devoir inspirer un peu d'inquiétude au marquis de Noailles et je soubaitc qu'il fasse bon usage de mes propos.

Je me flatte au bout du compte que tout ceci approche insensiblement de sa fin, et je le souhaite bien fort, en grande partie entre autres par rapporta vous, mon bon ami, à qui je serais bien aise d'avoir redonné un peu de tranquillité.

Mais n'espérez pas que je puisse jamais consentir à l'exécution des idées que vous m'avez confiées par votre lettre en date du 8 du mois dernier, tant et aussi longtemps que je serai en place; et pour conserver à l'Empereur un serviteur aussi méritoire et aussi utile que vous, je vous promets d'y rester, si vous me promettez de rester dans la vôtre, au moins tant et aussi longtemps que je tiendrai bon dans la mienne, et je vous avoue que je compte si fort sur votre amitié, que je me flatte que vous me répondrez sur cet article comme je puis le désirer et le désire réellement avec beaucoup de vivacité.

Je vous prie de présenter la lettre ci-jointe à la Reine '^'. Je me flatte que vous en tirerez parti de plus en plus, attendu que ogni giorno passa un di, et que plus que toute chose, il me semble, nous n'avons besoin que de mûrir. Ayez soin de votre santé, conservez-moi votre amitié et comptez toujours, comme vous le devez, sur la mienne.

''' Celte lettre nuinqne.

MERCY A JOSEPH ÎI.

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