‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiée (volume 2)Chapitre 59 sur 65 · ZI · texte numérisé non relu

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vous confie dans notro intimité, et ces messieurs, ainsi que le marquis de Noailles, sont aussi contents moyennant cela aujourd'hui, qu'ils

Uk'lier de le ramener aux siennes, il lui écrivit le lendemain une longue ictlrc (A. Béer, op. cit., p. 307) dont voici les passages essentiels :

«Si j'étais à la place de V. M. dans la circonstance dont il s'agit, je commencerais par me dire :

«J'ai obtenu une démarche très forte d'une puissance souveraine et indépendante , qu'au tond je n'étais pas en droit d'exiger d'elle et à laquelle elle aurait pu se refuser; d'ailleurs j'ai promis d'accueillir convenablement les députés qu'elle m'enverrait, et le Roi Très Chrétien s'est rendu garant de cette promesse. Il sera dans l'ordre par conséquent qu'ils soient accueillis favora- Llemont et même de mon propre intérêt (juc je donne tout le relief possible à leur caractère ministériel pour faire ressortir indirectement le degré do Thumilialion attachée à leur démarche.

«Et je conclurais, d'après ce raisonnemont, que je dois et qu'il me convient de les traiter avec toute la distinction possible ; bien loin de vouloir aviUr leur caractère, je lâcherais d'en augmenter le reUef , et à celte fin je les traiterais en tout et partout comme des personnes publiques, députées pour rexécution d'une commission solennelle par un Etat souverain, munies de pleins pouvoirs et de créditives, attendu que c'est ce qu'ils sont effectivement, et que, si on ne les envisageait pas comme tels, on ne pourrait pas même les recevoir.

«Je me rappellerais qu'en une occasion à peu près pareille Louis XIV, très prudemment, en a usé ainsi vis-à-vis du légat du Pape et des ambassadeurs extraordinaires de la République de Gènes; que, par celle considération, il les a reçus et traités avec la plus grande distinction pendant tout le temps de leur séjour à Paris.

(fPour ce qui est de la réponse que V. M. se propose à donner à MM. les

députés le jour de leur audience, je crois devoir observer que vraisemblablement elle deviendra publique, qu'elle se trouvera dans toutes les gazettes et sera commentée à tort et à travers; et que moyennant cela, pour ne donner aucune prise, la plus courte et la plus précise sera , selon moi , la plus conforme à la dignité de V. M. et la moins susceptible de commentaires odieux.

ff A celte iin , je me bornerais à dire : Que V. M. voyait avec plaisir que les Etats généraux, au moyen de leur députalion, venaient de satisfaire à la condition préalable à tout autre arrangement dont on était convenu; qu'en conséquence Elle autoriserait incessamment son ambassadeur à Paris à reprendre la négociation qui y était établie sous la médiation du Roi Très Chrétien; que V. M. comptait fermement qu'au plus tôt elle parviendrait à sa conclusion et qu'Elle souhaitait que par ce moyen on prévint promptement toutes les suites fâcheuses qui pourraient résulter d'un plus long délai.

crAu demeurani, il est sans doute très possible que les Hollandais cherchent à traîner la négociation, en se promettant peut-être du bénéfice du temps et des circonstances qui peuvent en résulter des avantages que ne leur fournit pas le moment présent et je ne vois également de moyens plus propres à renverser ce projet, qui peut-être existe, que la détermination d'une époque, comme par exemple celle du dernier de septembre, pour la signature effective des préliminaires et la déclaration préalable que dans le cas contraire on commencera les hostilités, bien entendu néanmoins que nous soyons assurés d'être en étal de pouvoir y procéder, sans nous exposer à quelque réciprocité lâcheuse de la part des Hollandais dans l'un ou l'autre des points d'attaque ou d'invasion possible, chose que j'ignore et que je ne puis qu'abandonner au jugement supérieur de V. M.

étaient désolés auparavant, et j'en suis bien aise, mais pas moins peiné cependant en même temps de ce que dans cette occui-rence, ainsi que dans tant d'autres précédentes, on ait encore préféré de faire de mauvaise grâce ce qui aurait pu et dû se faire d'emblée de la meilleure grâce du monde, et vous conviendrez avec moi qu'il est cruel de se voir réduit à ne pouvoir guère plus faire que du bien négatif.

J'ai raccommodé aussi du mieux que j'ai pu la lettre qu'on voulait écrire au Roi Très Chrétien ^^\ comme vous le verrez par la copie du billet ci-joint^-'. Enfin j'ai fait tout ce que j'ai pu pour que tout fût bien ou au moins passablement bien. C'est de vous, mon ami, que j'attends le reste, et je vous aiderai ici, vous pouvez y compter, par tous les moyens que je pourrai imaginer, pour contribuer à vos succès.

Puissent-ils être aussi prompts qu'il est désirable qu'ils le soient; inemer so venvorrenen iincl sclmtutzigen Sache^'^K

Dites-moi quelque chose de l'état actuel de votre chère snnté, et aimez toujours un peu

Vienne, ce '26 juillet lySo. — H y ^ quelque temps que je n'ai point eu le plaisir de vous écrire, mon absence et une certaine stagnation dans les affaires, occasionnée par la lenteur que les députés hollandais ont mise à se rendre ici, en étaient la cause. Actuellement qu'ils se sont mis en règle et que la condition préalable que j'avais

qui sait ce que je ne puis que supposer; mais même en ce cas je serais toujours du très humble avis que ce n'est pas ici , mais à Paris qu'il convient de le déclarer.

ffFinalement, je soumets à la pciiélralion de V. M. s'il ne conviendrait pas qu'EUe adressât une lettre autographe au Roi Très Chrétien pour l'informer de la commission exécutée à sa satisfaction vis-à-vis d'Elle par les députés de la République, pour le remercier de la preuve d'amitié qu'il Lui a donnée, pour le prier de vouloir bien continuer à s'employer cflicacement pour ce

qui reste à faire et pour y faire mcnlion de la fixation du dernier de septembre au plus lard, qui lui paraissait indispensable. 55

Mais ces sages conseils ne furent pas suivis tout d'abord et il en résulta une désagréable a(raire,où l'Empereur dut encore une fois renoncer à ses premières prétentions, mais trop tard. (Voir plus bas, p. /i3o , n. 9.)

'') Voir cette lettre plus bas, p. /i2f), n. 1.

■^' Ce billet manque.

'■' Dans une alfaire aussi embrouillée que sale.

2 6 JUILLET 178 5. Zi29

exigi^e avnnt la rontimialion de la négociation csl remplie, vous serez autorisé par le j)rincc de Kaunitz à la reprendre. L'essentiel en est de bien persuader le ministère de France et les ambassadeurs de Hollande que je suis inébranlable sur mes conditions contenues dans mon ultimatum et que je suis également très décidé, le terme fixé au i5 septembre prochain étant échu sans que les préliminaires soient signés, de faire la guerre et de commencer les hostilités. Vous ne pouvez assez appuyer là-dessus et presser une décision, puisque le temps s'écoule pour les opérations de campagne et pour la marche des troupes que j'ai encore arrêtées sur mes frontières.

S'il est possible d'ajouter foi et de donner croyance à ce que M. de Vergennes a dit et même déclaré aux Hollandais, on devrait croire qu'il trouvera parfaitement juste ce que je désire et contribuera de son mieux pour l'effectuer, ou au moins me donnera pleine assurance qu'il me laissera faire.

L'argent est l'article essentiel; mais avec l'alternative de Maéstricht et de son territoire il me paraît qu'il n'y a rien à redire, et au moins les dix millions devront être accordés, outre la libre navigation de l'Escaut jusqu'à Saftingen, et la remise des forts de Liefkenshoek , de Lillo, de Kruickenschanz et Frederik-Henri. Voilà les articles principaux avec les d(idominagements de ce que mes sujets ont souffert j)ar les inondations.

Je vous joins ici une lettre pour le Roi avec la copie ^''; il m'a paru

C Joseph II à Louis XVI , aG juillet i8jS. «En même temps, V. M. est trop clair- — (fMonsieiir mon frère, les députés voyante et équitable pour ne pas trouver hollandais qui sont arrivés ici, venant de juste que je mette un terme positif, dans satisfaire à la condition préalable que j'avais lequel la signature des préliminaires devra exigée, je m'empresse de remercier V. M. avoir lieu; rpie je déclare pour telle la mide la preuve d'amitié qu'elle m'a donnée septembre prochain ou que dans le qas en cette occasion , et de lui faire part des contraire les hostilités devront commencer, ordres que je viens de donner à mon am- étant visible que la République ne cherche bassadeur le comte de Mercy de reprendre qu'à gagner du temps pour me faire perles négociations interrompues pour l'an'an- dre la saison propre aux opérations et à la gement définitif de mes différends avec la marche des troupes que j'ai encore arrêtées Hollande. L'intérêt obligeant qu'elle a bien sur mes frontières, avec l'intention d'augvoulu y prendre par sa médiation ne me menter alors de rénilence. laisse aucun doute que l'on parviendra à «V. M., à qui s'ouvre là-dessus mon cœur terminer promptement cette affaire sous les sans la moindre réserve, comme j'ai fait en conditions vraiment modérées que je lui toute occasion, voudra bien continuer à ai confiées et desquelles je ne puis me dé- employer sa puissante influence auprès de partir. la République pour appuyer efficacement la

JOSEPH II A MEUCY.

convenable de Lui écrire en celte occasion, de même que je vous joins ici la leKre pour la Reine ^" qui devra de son côté presser la conclusion de cette désagréable affaire qui, après que le troc a manqué, ne vaut plus rien.

V^ous voudrez bien, mon cher Comte, faite connaître à M. de Vergennes qu'il ferait chose agréable et qu'il pourrait contribuer à consolider les liens qui sont sur le point de se renouveler avec la République de Hollande si celle-ci voulait se résoudre à changer son ministre le comte de Wassenaar-Twikel, qu'elle paraît avoir choisi pour résider derechef à Vienne, cet homme s'étant mis dans le cas d'être peu estimé ici, puisque avant la rupture et depuis son retour il s'est rendu odieux par son caractère, le peu de vérité qu'il met dans ses propos, et par l'indiscrétion qui y règne, par ses liaisons ridicules, enfin par plusieurs autres vilenies, au nombre desquelles il faut compter la contrebande de dix-huit pièces d'étoffes de femme, dans laquelle il vient d'être surpris à son arrivée ici'->. Son collègue, M. de Leyden paraît un

justice de nies demantles. Je saurai certainement apprécier ce nouveau témoignage de son amitié, n'ayant rien plus à cœur que de la convaincre également de la mienne dans toutes les occasions, ainsi que des sentiments de la plus liante considération avec

lesquels je serai toujours n [Marie-Aii-

toinellc, Joseph II lliv Briefwechsel ,

(') Cette lettre manque.

'-' îM.dcWassenaar, qui était ministre des Provinces-Unies à Vienne avant la rupture entre la République et l'Empereur, avait eu la faiblesse de promettre à un certain nombre de ses amis de leur procurer des étoffes prohibées et de les faire entrer à la faveur des privilèges diplomatiques dont il se croyait assuré; mais des indiscrétions furent sans doute commises; des dénonciations parvinrent aux autorités, qui donnèrent des ordres formels pour que la visite des bagages de M. de Wassenaar se fit avec la plus grande rigueur. Sans doute par précaution, M. de Wassenaar laissa chez un aubergiste de Purkerstorf, la dernière poste de la route de Linz avant d'arriver à Vienne, une caisse fermée à rlef conte-

nant di\-huit paquets de marchandises prohibées, et il s'arrangea de façon à n'entrer en ville qu'à minuit. (Rescrit du prince ds Kaunilz à M. de Mercy du 2.5 juillet 1785.)

A la barrière, après avoir examiné les papiers de M. de Wassenaar, les employés le firent conduire sous escorte à la grande douane, où, après une longue attente, arriva un employé supérieur qui lui déclara qu'il devait visiter tous ses bagages et sans rien omettre. M. de Wassenaar eut beau protester, invoquer son caractère diplomatique, se réclamer des termes du passeport qui lui avait été délivré au nom de l'Empereur et, en fin de compte, demander à être reconduit à la frontière pour y attendre les ordres de ses maîtres ; rien n'y fit. L'employé lui répondit : Je n'ai nulle envie de me faire chasser demain jmr l'Empereur. Ceux qui m'ont donné les ordres doivent en répondre. Tout ce qui se trouvait dans les deux voitures de M. de Wassenaar fut visité sans rien excepter. Mais le député hollandais n'eut pas la force d'attendre que tout fût fini; à h heures du malin, lorsque la visite do sa voiture particulière

âG JUILLET 1785.

lout autre homme que lui. Je ne doute point qu'en faisant connaître ce personnage au comte de Veigennes, il ne trouve moyen d'insinuer

enl été terminée, il demaiicla en grâce île tout laisser à la douane, même son linge, ses habits, ses papiers et son argent, et lie pouvoir se faire coniluire chez lui , car il mourait de fatigue et de faim ; il n'avait absolument rien pris depuis vingthuit heures, depuis son départ de Linz, «pril avait quitté la veille à minuit, (Lettre de M. de Wassenaar à iM. de Noailles, du 18 juillet 1'] Ho. Archives des Affaires étrangères de France, série Atih'iche, vol. 35o, P2Z1.)

Le 1 8 au matin, il alla voir l'ambassadeur de France, et il lui écrivit lout ce qui s'était passé. M. de Noailles envoya le jour même copie de celte lettre au prince de Kaunitz, avec une note où il disait qu'il no s'agissait pas d'une réclamation de franchises, mais d'une question de bons procédés. Le chancelier soumit cette affaire à l'Empereur, en le priant de vouloir bien prendre une résolution, sans doute bienveillante pour les députés hollandais. En efifet, le 19 juillet, il écrivit à Joseph II ce billet, qui suppose une communication antérieure que nous n'avons pas: «M. l'ambassadeur [de France] naturellement doit envoyer à sa cour une réponse quelconque, et, comme il doit la communiquer naturellement à MM. les députés des Etats généraux, selon l'ordinaire dans leur pays, elle sera vraisemblablement dans peu dans les gazettes, et je prie, moyennant cela, V. M. de vouloir bien me la prescrire, afin qu'elle soit bien parfaitement conforme à ses intentions.»

La décision de l'Empereur, que nous n'avons pas, ne fut pas favorable aux députés hollandais; d'ailleurs, dans l'intervalle, leur situation s'était aggravée; l'aubergiste de Purkerstorf, chez qui M. de Wassenaar avait laissé sa caisse, était venu on informer la douane; on y avait envoyé tout de suite des employés qui, en présence du juge du lieu, avaient fait ouvrir cette .caisse et y avaient trouvé dix-huit paquets

d'étoffes prohibées portant chacun l'adresse des diverses personnes auxquelles ils étaient destinés. (Roscrit du prince de Kaunitz, cité plus haut.)

Le 19 juillet, M. de Kaunitz pria M. de Noailles de passer chez lui, et il lui dit : tr Voici, contre mon attente, la réponse que j'ai reçue de l'Empereur, écri te de sa propre main.'i Le chancelier, après avoir donné lecture de cette note impériale à l'ambassadeur, la lui remit pour qu'il en prît connaissance par lui-même. M. de Noailles la résumait en ces termes : tt Qu'on examinerait si les gens de la douane étaient dans leur tort; que M^I. de Wassenaar et de Leyden devaient être regardés comme des voyageurs; qu'on n'avait exigé d'eux que ce qui était conforme à la loi générale; qu'ainsi on ne pouvait pas dire qu'il se fût rien passé d'inconcevable à leur égard. « ffJe me suis simplement récrié, écrivait M. de Noailles, sur la qualité de simples voyageurs donnée à des personnes dont l'Empereur avait reconnu le caractère publicdans un passeport muni de sa signature. M. le prince de Kaunitz m'a interrompu pour me faire, a-t-il dit, sa confession, me priant de croire (ce sont ces propres termes) que toutes les résolutions en général, qui étaient prises de celte manière là , ne seraient point de lui ; qu'il avait écrit très fortement et très longuement à l'Empereur après avoir reçu ma note; qu'il lui avait représenté qu'il faudrait faire un pont d'oraux députés pour en finir promptcment; que je voyais là le résultat do ses remontrances.» (Dépêche de M. de Noailles du 19 juillet, volume cité plus haut,P3o.)

M. de Noailles eut un moment fort critique à passer lorsqu'il lui fallut annoncer aux députés hollandais que l'Empereur voulait les considérer seulement comme de simples partictdiers d'un rang considérable. Ils furent d'abord d'avis de repartir dans la

à la République de choisir pour ce pays-ci un sujet plus propre à y ménager ses intérêts et à entretenir la bonne intelligence qui va être rétablie entre les deux Etats, et vous pourrez même déclarer à M. de Vergennes que c'est par mes ordres que vous agissez à cet égard. Il n'est pas croyable combien le ministère anglais, surtout M. de

journée, et si rambassadeiir avall le moins du monde approuvé ce projet, ils l'eussent mis tout de suite à exécution ; mais il se refusa à leur faire connaître son sentiment. A la fin, ils se décidèrent à prier M. de Noailles de faire une nouvelle tentative près du prince de Kaunitz en lui communiquant à titre confidentiel leurs lettres de créance. Le même jour (20 juillet) M. de Wassenaar écrivit une longue lettre, où il insistait sur les termes de leur passeport, signé de la main même de l'Empereur, où ils étaient qualifiés de deputati extraordinarii et où leur était assurée la faculté de libère transire ciim famnlilio et rehus suis ovmibus. Il terminait en disant : ttiXous osons encore nous flatter que dans tout ceci il n'y a eu qu'un malentendu d'ordres donnés, et qu'en nous laissant la qualité déjà donnée de députait exlraordinarii ou du moins sans faire aucune mention de la qualité de simples voyageurs, on voudra bien nous faciliter les moyens de ravoir nos papiers, afin de pouvoir accélérer des démarches qui prouveront à S. M. que la République est dans l'impossibilité d'ajouter à la solennité d'une députation qui, sans exemple dans ses fastes, convaincra S. M. I. de la sincérité avec laquelle Leurs Hautes Puissances désirent le rétablissement de l'harmonie avec S. M.

Daignez enfin implorer pour nous les bons oflices de M. le prince de Kaunitz près de S. M. I. La sagesse, l'équité et la justice de ce monarque font encore tout notre espoir.»

M. de Noailles s'empressa de faire parvenir au grand chancelier cette lettre avec une note à l'appui. Le soir même, le prince de Kaunitz transmit le tout à l'Empereur avec ce billet daté du ao juillet :

rrDès hier au soir, j'ai fait part à M. l'ambassadeur de France, que j'avais prié de passer chez moi, de ce que V. M. m'avait chargé de lui signifier en réponse à la note qu'il m'avait adressée, sans cependant lui rien donner par écrit, et j'y ai ajouté tout ce que j'ai pu imaginer de plus propie à adoucir la sensation que pourrait lui faire ma réponse et qu'efioctivement elle lui a faite,

«Il m'a proposé de recevoir aujourd'hui MM. les députés; j'y ai consenti; je les ai attendus d'après l'heure convenue depuis les deux heures jusqu'à quatre et alors on est venu me remettre de la part de l'ambassadeur la note très humblement ci-jointe par laquelle V. iM. verra entre autres que c'est à ma réquisition faite amicalement qu'il s'est procuré et m'a envoyé la copie de la lettre de créance de MAI. les députés des Etats généraux.

ffJe ne puis qu'abandonner aux sentiments de V. M. que réclament MM. les députés ce qu'Elle trouvera bon de déterminer sur l'objet dont il s'agit, et j'attendrai ses ordres avec le plus profond respect. >?

Nous n'avons pas la décision de Joseph II ; mais le 2t juillet le prince de Kaunitz annonça au marquis de Noailles «que l'Empereur s'était déterminé à traiter MM. les députés sur le pied des ministres étrangers, et qu'ils jouiraient même des franchises ; qu'on avait déjà envoyé des ordres à la douane pour que leurs effets fussent conduits chez eux et qu'on ne fît d'autre visite que celle qui était d'usage et qui s'était pratiquée chez M. de Noailles quand il était arrivé.» (M. de Noailles à M. de Vergennes, du 22 juillet 1785, vol. cité plus bail! , r 37.)

Zi33

Carmarllicn, intri|]ue, pour me détacher, soit directement, soit par le canal de la Russie, de mes liaisons aviecla France. Il se sert à cet effet des alîaires d'Allemagne, de cette fameuse ligue; il promet monts et merveilles; il menace de se lier plus étroitement avec le roi de Prusse; il a écrit en Russie un plan d'alliance qui n'a pas le sens commun. Mais vous pouvez compter que je suis irrévocablement attaché à mon alliance avec la France, dont je connais toute l'utilité et même la nécessité à l'égard de ma position. Vous pouvez faire valoir ces sentiments vis-à-vis de la Reine et même du ministère de France.

Mais n'y aurait-il pas moyen de faire goûter encore à la France l'idée du troc de la Bavière où elle pourrait trouver son avantage réel en même temps que la Maison palatine et le duc desi Deux-Ponts v gagneraient également? C'est ce que je laisse à votre prudence à développer; mais je désirerais savoir une bonne fois s'il v faut absolument renoncer ou s'il ne faut qu'attendre une occasion plus favorable, puisque je réglerais alors mes démarches en conséquence.

Adieu , mon cher Comte; mon amitié et l'intérêt sincère que je prenjds à tout ce qui vous regarde m'ont fait prendre les informations les plus détaillées du prince de Starhemberg^^^ sur l'état de votre santé, mais

(^^ Le comte Georfres-Adam de Slarheraberg, alors ambassadeur impérial à Paris, avait été élevé en 1765 à la dijjnité de prince autrichien et de prince d'Empire; le diplôme de rimpératrice Marie-Thérèse est daté du i3 novembre et celui de l'empereur Joseph II du 18 novembre 1760.

L'année suivante, il quitta la Franc?, où il fut remplacé par ^I. de ^Mercy, et il devint en 1770 ministre chargé de Tadminislration des Pays-Bas sous l'autorité du gouverneur génér^. Il resta à Bruxelles jusqu'en mai 1788; à cette époque, il lut nommé grand maître de la cour de l'Empereur et il eut pour successeur aux Pays- Bas le comte de Belgiojoso. Dans l'hiver de l'année 178^-1785, le prince de Starhemberg vint faire, sans mission politique, mais uniquement pour son agrément, un voyage eu France et à Paris, où, pendant son long séjour, de 1763 à 1766, il s'était fait beaucoup d'amis. Après son départ, il écrivit au comte de Mercy cette lettre,

qui est aujourd'hui dans les archives d'État d'Autriche :

ixA Spaa, ce ij juin ijSS. — A la veille de partir de Spaa, je vous écris. Monsieur l'Ambassadeur, ce peu de lignes pour prévenir Voire Excellence qu'ayant fait ici un séjour plus long que je n'avais compté et devant ra'arrèler encore quelque temps en chemin, je ne serai rendu à Vienne que vers le 20 du mois prochain. Dès que je m'y serai remis un peu au courant sur tout ce qui peut vous intéresser, j'aurai l'honneur de vous écrire et de vous donner les meilleures informations qu'il me sera possible de me procurer. Celles que j'ai reçues dernièrement de Bruxelles m'annoncent le départ des députés hollandais pour Vienne.

Je souhaite bien qu'elles se vériGent pour que vous puissiez enlin reprendre cette fastidieuse négociation, dont j'avais bien prévu que la conclusion ne serait pas si prompte que les premières apparences auraient pu le faire présumer.

comme il n'a pu m'en donner d'aussi satisfaisantes comme je l'aurais souhaité, je vous prie de m'en vouloir donner bientôt des meilleures et de ménager surtout une santé, à la conservation de laquelle je suis

tant intéressé. Croyez-moi toujours avec la plus parfaite estime

Le terme du 1 5 septembre étant donné pour commencer les hostilités au cas qu'on ne pût signer les préliminaires jusque-là, vous voudrez bien tenir au fait le gouvernement de Bruxelles du plus ou moins d'apparence qu'il y aura de parvenir à un accommodement jusqu'à cette époque, afin que de toute façon les dispositions puissent ou s'accélérer ou se ralentir de la part du gouvernement ou du militaire, et que si hostilité doit avoir lieu à la fin de septembre, tout puisse être en place.

R Quant à certaine autre afTaire ( sans don le les projets de retraite de M. de Mercy), qui doit rester absolument secrète entre nous et sur laquelle vous m'avez confié, Monsieur l'Ambassadeur, dans votre dernière, la réponse que vous veniez de recevoir du prince de Kaunitz (du 6 mai, voir plus baut, p. ^19), j'aurai l'air, si quelqu'un m'en parlait, de n'en avoir absolument- aucune connaissance, mais je saisirai néanmoins toules les occasions qui se trouveront de seconder vos vues si cela peut se faire, de manière à ne pas donner lieu de suspecter que je suis informé par vous de ce que je veux paraître ignorer. En un mot, me mettant à tous égards à votre place, j'en userai sur ce point comme pour tous autres qui peuvent vous concerner, comme je désirerais qu'il fût fait pour moi en pareille conjoncture.

tr.Ie ne saurais prévoir encore de quelle manière je serai accueilli et traité par notre maître à mon retour. Ma longue absence pourra peut-être avoir opéré une diminution de l'espèce de confiance qu'il me témoignait ci-devant, et, en ce cas, je me garderai bien d'avoir l'air de vouloir savoir ce qu'on ne me dira pas, ni de m'ingérer dans des affaires qui ne sont pas du ressort de mon emploi. Mais si, au contraire, j'aperçois une disposition à savoir mon sentiment sur des objelsqui intéressent le bien-

êlre public, je m'expliquerai avec ma francbisc accoutumée, sans néanmoins me laisser jamais entraîner au delà des bornes dans lesquelles je suis bien décidé de rester pour toujours.

«J'envoie la présente à M. de Crumpipen (conseiller d'Etat à Bruxelles), en lui réitérant l'injonction de ne jamais vous faire passer mes lettres que par des courriers ou autres occasions très sûres. Il en usera certainement de même de celles que Votre Excellence lui adressera pour moi. Ainsi vous pouvez, Monsieur l'Ambassadeur, m'écrire en toute confiance sans craindre que les lettres puissent être égarées ou tomber en d'autres mains. L'intérêt que je. prendrai toujours à ce qui vous concerne, ainsi qu'à tous les événements grands et petits du pays où vous êtes et à nombre d'individus qui ont d:^ l'amitié pour moi, me fera toujours beaucoup soubailer de recevoir fréquemment de vos nouvelles, mais, bien entendu, à condition que ce soit sans vous gêner ni embarrasser.

nM"*^ de Starhemberg veut que je la rappelle au souvenir de Votre Excellence, que je prie de vouloir bien me rendre le même service près de tous ceux à qui Elle jugera que cela pourrait être agréable et d'être toujours persuadée de la durée constante de ma sincère amitié et de mon profond attachement. 5)

MERGY A JOSEPH II

Paris, 12 août ijSS. — Les deux très gracieuses lettres que V. M. I. a daigné m'écrire de Mantoue et de Milan en date du 6 et du 9 5 juin me sont parvenues dans le temps avec les incluses que j'ai remises sur-le-champ à la Reine; j'attendais l'occasion d'un courrier pour en rendre très humblement compte à V. M., lorsque ses derniers ordres dates du 26 juillet m'ont été apportés par le garde-noble qui en était charge.

Les détails consignés dans ma dépêche d'office^'' d'aujourd'hui sur

<•) Le 3 août, M. de Mercy était allé communiquer à M. de Vergennes les instructions qu'il venait de recevoir et il avait surtout insisté sur la nécessité de presser les négociations de telle sorte que les préliminaires fussent signés avant le 1 5 septembre afin d'éviter l'ouverture des hostilités. M. de Vergennes n'avait pas fait d'objections ; il s'était surtout plaint des manœuvres de .M. Harris, ministre d'Angleterre à la Haye, qui conseillait aux Élats généraux de résister aux demandes de l'Empereur pour les éloigner de la France et les amener à renouveler leurs anciennes liaisons avec la Grande-Bretagne. M. de Mercy en avait conclu que la crainte que les intrigues anglaises ne réussissent engagerait M. de Vergennes à mettre les plus grands ménagoments dans l'emploi de ses bons offices en Hollande en faveur de la cour de Vienne. D'ailleurs l'ambassadeur avait vainement cherché à plusieurs reprises dans le cours de celte conférence à obtenir de M. de Vergennes la déclaration que, si les préHminaires n'étaient pas signés le i5 septembre, le Roi Tr. Cbr. ne pourrait qu'approuver la résolution de l'Empereur de recourir aux armes; toujours le ministre s'était borné à répondre qu'il espérait bien que les choses n'en viendraient pas à cette extrémité.

Le même jour, M. de Mercy se rendit à Trianon, où était la Reine, et il La pria instamment de convaincre le Roi qu'il était

absolument nécessaire de tenir aux Élats généraux un langage énergique qui les décidât à en finir avant le 1 5 septembre. La Reine déchira qu'Elle était prête à faire du mieux qu'il Lui serait possible; mais Elle ne cacha pas son embarras à M. de Mercv. Elle lui dit que, dans de semblables circonstances, Elle avait vu qu'après avoir ébranlé l'esprit du Roi par ses raisonnements pr.:'ssants et l'avoir amené à partager son avis, les ministres étaient parvenus à détruire, par des alTirmations contraires, l'impression qu'Elle avait produite sur son mari. Elle craignait que, dans cette occasion, le même effet ne se reproduisît et que les ministres, par leurs artifices, ne lui fissent perdre encore une fois le fruit de ses efforts et ne portassent un coup sensible à son influence et à son crédit. M. de Mercy parvint à La décider à agir énergiquement en Lui représentant que la situation était tout autre et que le prestige du Roi serait compromis si, malgré sa médiation, la Hollande ne voulait pas terminer les négociations dans le délai fixé.

En rentrant à Paris, M. de Mercy rencontra l'ambassadeur hollandais M. de Rrantsen qui, à son grand étonnement, lui apprit qu'il ne pouvait pas reprendre les négociations interrompues depuis le 1 0 mai , car il manquait d'instructions. M. de Mercy s'empressa d'en avertir la Reine en La suppliant de faire cesser ce scandale. Elle parla

/jlîfi

MERCY À JOSEPH II

la forme et le fond des affaires hollandaises m'imposent d'exclure de ce présent et très humble rapport tout ce qui sur cette matière ne serait c|ue des répétitions superflues, et je dois me borner à exposer à V. M. mes remarques relatives aux ordres directs qu'Elle daigne me donner.

Il est certain que la Reine vient encore en dernier lieu de renouveler avec autant d'attention que de zèle les démarches qui devaient déterminer cette cour-ci à une conduite telle que V. M. est en droit de l'cxin-er, mais le caractère indécis du Roi donne tant de facilités aux détours de ses ministres que la Reine se voit très souvent déjouée et qu'Elle en prend quelquefois un peu d'humeur. Elle m'en a marqué à l'occasion de la dernière lettre de V. M. au Roi; Elle y aurait désiré une sommation précise à ce monarque de s'expliquer clairement sur le cas d'une rupture avec la Hollande. La Reine m'a observé que cherchant à inspirer à son époux la crainte d'une guerre et le comte de Vergennes assurant qu'elle n'aura pas lieu, cette diversité d'avis pourrait aboutir à compromettre l'opinion de la Reine et à nuire par conséquent à son crédit. J'ai représenté à cette auguste princesse que l'on ne pouvait se méprendre sur l'unique motif qui jusqu'à présent a suspendu l'effet des résolutions de V. M., que ce motif était une suite de complaisances et d'égards pour le Roi, que le ministère de Versailles n'avait cessé d'en faire l'abus le plus contraire à l'alliance et à tout bon procédé, qu'avec de pareilles raisons la Reine était en force pour persuader la nécessité de réparer des torts qui portent atteinte au caractère de probité et à la façon de penser personnelle du Roi, que

avec tant de force au Roi qu'il fit appeler M. de Vergennes et iui donna l'ordre d'expédier tout de suite un courrier à M. de Vérac et de faire les plus vives représen lalions à M. de Branlsen. Le courrier partit le 5 août et le ministre eut le dimanche 7 au matin un entretien avec l'ambassadeur hollandais. Mais M. de Vergennes, sans doute par crainte des intrigues anglaises, n'insista pas trop, si bien que les États généraux ne se pressèrent pas et que leurs envoyés extraordinaires à Paris ne reçurent leurs instructions définitives qu'à la fin du mois. Leur première conférence sérieuse avec M. de Mercy se tint le 29 août.

M. de Vergennes avait bien cherché à suppléer au défaut d'instructions finales des ambassadeurs hollandais en les engageant à demander à M. de Mercy de reprendre provisoirement les négociations d'après les premières instructions qui leur avaient été envoyées; le 10 août, M. de Brantsen avait eu une assez longue conférence avec M. de Mercy, qui avail^bien voulu se prêter à cet expédient; mais, dans de pareilles conditions, il était impossible de négocier utilement et cette tentative n'avait pas eu de suites. (Dépêches d'office du comte de Mercy au prince de Kaunilz des 1 2 et 3 0 août Ï785.)

ce monarque s'étant expliqué qu'en cas de rupture avec les Hollandais Il ne se mêlerait pas de la querelle, il serait humiliant pour Lui que ses ministres l'entraînassent contre son propre sentiment, et que de pareilles remarques répétées avec l'énergie convenable, ne pouvaient manquer de faire une impression décisive. Quoique la Reine me parût convaincue et fermement disposée à agir, cependant je ne serais pas étonné que V. M. trouvât dans sa lettre quelques traces des idées dont je viens de faire une très humble mention ''\

'" Marie-Anloinetteà JoxephlL Trianon, ce 8 d'août i 'j85. — (rVolre grande activité , mon clier frère, me donne souvent de l'iaquiélude sur votre santé. J'en ai eu beaucoup depuis quelque temps cl votre lettre est venue bien à propos pour me rassurer. J'ai remis votre lettre au lloi ; il m'en paraît fort content; pour moi j'aurais désiré qu'en la faisant aussi lionnéte et polie qu'elle l'est, vous eussiez pris une conclusion plus précise et plus ferme comme de demander au Roi sa parole pour vous et sa déclaration aux Hollandais que, si passé le i5 septembre ils n'ont pas conclu, la France ne se mêlera aucunement do cette affaire.

«J'ai toujours pensé que h Roi ferait tout pour éviter la guerre. Il y a plus de six mois que, pour le décider à un langage et à une conduite ferme vis-à-vis des Hollandais, je lui ai montré que les longueurs et biaiseries de ses ministres pouvaient l'engager malgré lui dans une guerre. Je l'ai ébranlé et décidé plus d'une fois; mais son ministre a toujours su éluder le moment et les événements l'ont mis en force pour persuader qu'on ferait plus de bruit que de besogne et qu'il n'y avait rien à craindre. En effet , l'époque du mois de mai a été annoncée, comme l'est actuellement celle du 1 5 septembre. Vous aviez mandé que vous faisiez marcher 8o,ooo hommes; on a dit qu'il n'y en avait pas eu 35,ooo. Vous avez eu sûrement de bonnes raisons, mon cher frère, pour ne pas faire un éclat; mais, si vous êtes décidé à agir au lo septembre, les motifs qui vous ont arrêté au mois de

mai ne seront-ils pas les mêmes au mois de septembre? Kt puisque vous êtes pei-suadé qu'un langage ferme du Roi suffira , pourquoi, dans le moment où vous lui écrivez sur cet objet, ne pas lui demander positivement d'en prendre l'engagement avec vous et de le prononcer aux Hollandais?

pVous pourriez croire au premier coup d'œil quemes réflexions viennentde ressentiment. Jamais ce mouvement ne trouvera place dans mon cœur lorsqu'il s'agira de vos intérêts; je ne pense au passé que pour aviser à une bonne conclusion. Je crains de ne pouvoir obtenir du Roi ce que vous ne lui demandez pas, surtout lorsque par l'expérience du passé le ministre a im nouveau moyen de lui persuader qu'il n'y a rien à craindre. Je vois déjà que ^I. de Vergennes écoule M. de Merry sans le contredire; mais il ne prend aucun engagement. U espère probablement déterminer les Hollandais par la simple persuasion; mais ce moyen réussira-t-il avant le i5 septembre et ne serez-vous pas encore compromis par l'annonce de cette époque? Quoi qu'il en soit, mon cher frère, la crainte et le doute du succès ne m'empêcheront pas d'y travailler de toute mon âme : vous en devez être bien sûr,

«Mes enfants se portent à merveille; à la fin du mois, nous irons nous établir à Saint- Cloud pour l'inoculation de mon fils. Mes compliments à M. de Starhemberg si vous le jugez convenable; je lui sais bon gré de vous avoir parlé de moi; mais, depuis mon enfance, mon cœur vous a été trop constamment attaché pour ([u'il ait pu ajouter

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J'ai rempli avec succès les hautes intentions de V. M. relativement au comte de Wassenaar. Sur le récit de l'inconduite qui lui a attiré la juste animadversion de V. M. , le comte de Vergenncs n'a pas hésité d'autoriser le marquis de Vérac à faire à la Haye les démarches nécessaires pour que les Etats généraux choisissent un autre sujet plus propre à la mission de Vienne'^'.

Dans une de mes conversations avec le comte de Vergennes, les circonstances m'ont fourni tout naturellement le moyen de parler des intrigues de lord Carmarthen et du peu d'effet qu'elles produisent par une suite de l'attachement de V. M. à son alliance avec la France. Ce texte était susceptible de ma part de beaucoup de remarques et de vérités que j'ai tâché de déduire avec prudence, mais de manière à faire naître des réflexions salutaires sur le présent et l'avenir.

Quant à ce qui regarde l'échange de la Bavière, ce projet est sans contredit d'une si haute importance sous tous les aspects que selon mes faibles idées aucun serviteur fidèle de V. M. ne pourrait voir qu'avec bien du regret qu'Elle y renonçât tout à fait. J'en ai exposé celles des raisons qui se rapportent à cette cour-ci ; on ne saurait se dissimuler que quelques avantages qui pourraient être présentés à la France, compenseraient difficilement celui d'avoir sous sa main un gage qui, dans bien des circonstances politiques lui a été si utile et

à ridée de la tendre et inviolable amitié avec laquelle j'embrasse mon cber et bienaimé frère de tout mon cœur.

r Je ne vous envoie pas la réponse du Roi ; il vous écrira par un courrier du marquis de Noailles.n { Marie- Antoinette , Joseph II. . . Ihr Briefwechsel, p. 89.)

■'' Le 8 août 1785, M. de Vergennes écrivait à M. de Noailles : crLes désagréments qu'a éprouvés M. de Wassenaar nous ont infiniment peines, Monsieur, à cause des conséquences qu'ils auraient pu entraîner après soi; mais nous ne saurions disconvenir que ce député ne se les soit attirés de gailé de cœur et (jue sa conduite n'ait été on ne peut plus blâmable. n Et, dans une autre lettre de même date au même : trL'Empereur n'est pas d'accord avec M. le prince de Kaunilz sur le secret à garder de la contrebande que M. de Was-

senaar avait tenté d'introduire à Vienne. S. M. 1. s'en montre si irritée, ainsi que de plusieurs autres traits de légèreté et de manque de respect qu'Elle reproche à ce député, qu'Elle m'a fait requérir par son ambassadeur de sonder les États généraux sur le désir qu'Elle aurait que M. de Wassenaar ne restât point accrédité à sa cour lorsque l'accommodement aura lieu. Il paraît que l'Empereur serait content que M. de Leyden prît sa place. Quoiqu'un office de cette nature ne soit pas agréable à rendre, cependant j'ai pris la permission du Roi pour autoriser M. le marquis de Vérac à agir d'après les vues de S. M. 1. Si les Hollandais sont susceptibles de bons conseils, ils n'hésiteront pas à donner celte satisfaction à l'Empereur." (Archives des affaires étrangères, Autriche, vol. 35o, f°^ 78 et 83.)

peut encore lui procurer des moyens d'influence dans les événements à venir. Malgré cela, en consultant le chapitre des futurs contingents, il est possible, même vraisemblable qu'il en surviendra d'assez favorables pour en tirer au moins le parti d'un acquiescement passif de cette cour-ci. Quelque incertaine que soit l'époque de ces conjonctures propices, on pourrait les prévoir dans une plus grande consistance future du pouvoir de la Reine, dans quelques changements du ministère de Versailles, dans la mort du roi de Prusse, enfin dans le consentement de celui qui un jour pourrait avoir le plus de droit à transiger de cet échange; j'entends par là désigner le prince Maximilien des Deux-Ponts. Ce qui vient de lui arriver ici^'\ et la manière un peu

''' Après la mort du prince héritier des Deux- Ponts, la cour de France clierclia à s'attacher ie prince Max, frère du duc régnant et son héritier présomptif (voir plus haut, p. 297, n. a). Elle lui faisait une pension annuelle de 76,000 Hvres qui s'ajoutait à pareille somme provenant du revenu de son apanage situé en Alsace et lui faisait i5o,ooo livres de rente. Comme il n'en avait pas moins beaucoup de dettes, le cabinet de Versailles cherchait à lui faciliter un arrangement avec ses créanciers et se montrait disposé à y contribuer jusqu'à concurrence de 85o,ooo livres. On avait voulu le marier avec la princesse de Condé. Après l'échec de ce premier projet, on avait pensé à la princesse Augusta de Hesse- Darmstadt et, pour décider le prince, on lui avait promis de lui donner une forte somme d'argent. Néanmoins il avait montré peu ou pas d'inclination pour ce mariage et on avait découvert que la cause de sa répugnance était une intrigue amoureuse qu'il entretenait depuis un certain temps déjà avec une riche veuve américaine. Alors le ministère avait jugé nécessaire un coup d'autorité , ce qui loin d'améliorer la situation l'avait aggravée.

La dame en question était une dame Dupin, née en Lorraine, qui avait été mariée fort jeune à un très riche négociant de Saint-Domingue, dont la mort l'avait mise en possession d'une très grosse fortune (en-

viron 100,000 livres de rente). A la fin de la dernière guerre, elle était venue à Paris où elle avait li'ouvé l'occasion de faire connaissance du duc des Deux-Ponts, qu'elle avait su si bien prendre peu à peu qu'il lui avait sacrifié ses amourettes, ses parties de jeu, etc., pour vivre uniquement pour elle et qu'il lui avait fait par écrit une promesse de mariage. Ils vivaient ensemble depuis quelque temps lorsque fut mis sur le lapis le projet de mariage avec la princesse de Hesse-Darmstadt. On en attribua l'échec à l'aveugle attachement du prince à cette veuve, et, comme elle faisait mine de vouloir aller rejoindre le prince ^lax, qui était allé à Strasbourg, on lui intima, de la part du Roi , l'ordre de se tenir, maintenant et à l'avenir, toujours à plus de cent lieues du lieu où le prince Max pourrait se trouver. Cette injonction causa à la pauvre femme une telle émotion qu'elle tomba gravement malade; elle renvoya au prince sa promesse de mariage et le dégagea de tous les liens qui les unissaient. Lorsque sa santé fut rétablie, elle voulut se rendre à Aix en Provence; mais trois honnnos de police vinrent tout à coup s'établir chez elle en vertu d'un ordre du Roi et pendant deux semaines la gardèrent à vue jour et nuit. Enfin on la laissa partir, mais en lui renouvelant la défense de jamais se rapprocher du prince. D'un autre côté on avait mis à Strasbourg près de ce dernier un olTicier de conliance ,

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MERCY A JOSEPH II

sévère dont on a contrarie ses goiils désordonnés, en le détachant plus ou moins de la France, pourrait bien le porter à rechercher la protection de V. M. , d'où il résulterait des moyens qui n'ont pas existé ci-devant. Au reste il semble que dans le moment présent l'idée du troc de la Bavière ne pourrait être reprise sans risques, mais j'en ai parlé à la Reine et l'ai trouvée toujours dans l'intention d'y coopérer à la première apparence d'une possibilité de réussir.

L'indisposition de V. M. ^^' que l'on a attribuée ici à son pénible voyage

qui devait avoir i'œil sur loules ses démarches.

Le prince Max s'élait monlré très mécontenl de la conduite du gouvernement, et, comme pour manifester son intention de ne plus revenir à Paris, il avait envoyé à son intendant Tordre de vendre une parlie du mobilier de son hôtel et de lui expédier le reste à Strasbourg. Comme ce prince était brouillé avec son frère le duc des Deux-Ponts, M. de Mercy ne croyait pas impossible qu'il n'eût l'idée de se jeter dans les bras de l'Empereur et il pensait que tout au moins l'occasion présente était très favorable pour le détacher de la cour de Vei-sailles et de l'atlirer du côté de la cour de Vienne. (Post-scriptum de M. de Mercy à sa dépèche d'olTice du 1 2 août 1785.)

'•' En rentrant d'Italie, l'Empereur écrivait le li juillet à son frère Léopold que sa santé était encore un peu dérangée et qu'il avait commencé un decoctum; il toussait sec et il avait la voix plus faible et plus creuse. Puis un des côtés devint dur jusqu'à la hanche et le malade fut condamné à prendre des bains tous les matins avec des sachets d'herbes. Le 1 1 juillet la toux sèche avait pris fin ; mais la douleur du côté persislait au point d'empêcher la marche et il y avait plus de huil jours qu'il n'élait sorti de sa chambre. Enfin une tumeur se manifesta et après un traitement énergique le mal céda. Le 21 juillet Joseph II écrivait à Léopold :

rrPour moi l'appétit et le sonimeil étant revenus , la tumeur couimcucaul à se dissi-

per, je me porte mieux et je sors même déjà. 55 {Joseph II und Léopold von Toscana, Ihr Briefwechsel , i. I, p. 287 et suiv.)

A cette occasion le prince de Kaunilz adressa le 96 juillet à l'Empereur ce billet, qui est encore inédit et se trouve aux archives d'Etat à Vienne :

«Je remercie très humblement V. M. de ce qu'Elle a daigné me donner de ses nouvelles par son gracieux billet du t8 du courant, et mes vœux pour la continuation de la santé précieuse de V, M. la suivant en tous lieux, je La prie cependant de la maltraiter le moins qu'Elle pourra, car en vérité ses sujets en ont grand besoin et pour longtemps, pour qu'il puisse leur arriver, même malgré eux, tout le bien que V. M. a en vue dans tout ce qu'Elle fait et qui malheureusement souvent ne se fait que beaucoup plus imparfaitement qu'il ne pourrait et ne devrait se faire, comme je l'ai vu et avec une vraie peine ^ par ce qu'Elle a la bonté de me dire au sujet de la Transylvanie. Il est cruel , en vérité , de se donner moralement et physiquement loules les peines que se donne V. M. cl de se voir privé de la satisfaction d'en être récompensé par le succès, faute d'intelligence ou de volonté de la part de ceux qui sont chargés non pas de penser et d'imaginer, mais uniquement d'exécuter, quoique la pure exécution ne soit au fond qu'une espèce de matérialité, qui devrait être et serait certainement chose bien facile à qui ne manquerait pas de bonne volonté. Il faut cependant absolument trouver un remède au désagrément de n'être pas

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d'Italio, a beaucoup affecté la Reine; témoin de ses inquiétudes, je n'ose dire combien je les ai partagées. Je sens tout le prix de la clémence avec laquelle V. M. m'ordonne de Lui parler de ma santé; depuis près de deux ans elle n'a été qu'une suite de souffrances dont les causes peuvent admettre du soulagement, mais bien difficilement une guérison. Mon existence est trop peu de chose; je désirerais lui donner un prix en la rendant de quelque utilité à l'auguste service, et dans l'occasion présente j'y emploierai tout ce qui me reste de moyens et de force.

Je remplirai ponctuellement l'ordre que V. M. daigne me donner d'informer le gouvernement général des Pays-Bas du plus ou moins d'apparence à un accommodement; peut-être que les Hollandais, intérieurement décidés à finir, voudront cependant marchander jusqu'au dernier moment du terme fixé; les premières conférences donneront sans doute à cet égard des indices qui me serviront de règle

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