‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiée (volume 2)Chapitre 60 sur 65 · MERCY A JOSEPH II · texte numérisé non relu

MERCY A JOSEPH II

Paris, 12 août ij85. — D'après les ordres qu'il a plu à V. M. I. de me donner lors de son séjour à Milan, j'ai eu ici avec la supérieure de la Visitation de Sainte-Marie plusieurs entretiens dans lesquels cette religieuse ne m'a montré que des difficultés dont la plus réelle est qu'en effet les vocations monastiques deviennent en France aussi rares que partout ailleurs et que l'on y manque de sujets pour repeiipler les couvents. J'ai d'abord exigé que la supérieure en question m'écrivît ce qu'elle m'avait dit verbalement; elle s'en est acquittée comme le porte sa lettre très humblement ci-jointe, mais depuis

obéi. J'ignore quels sont les moyens que V. M. emploie et a employés jusqu'ici pour cet effet ; mais je vois par le lait qu'ils sont insullîsants, et moyennant cela je La prie de m'en informer au juste quand Elle eu aura le temps, afin que je puisse Lui en chercher et Lui en suggérer d'autres, si je suis assez heureux pour pouvoir en trouver dans mon imagination , et connue je

pense que cela ne doit pas être la chose impossible, qui sait? Peut être en trouverons-nous?

«Je me flatte que les premières nouvelles que nous aurons de l'état de la santé de V. M. continueront à être telles que je le souhaite de tout mon cœur et en attendant je Lui baise les mains avec la plus profonde soumission, n

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j'ai eu avec elle une conversation où elle s'est engagée à faire des recherches dont je tacherai par toutes les voies possibles de hâter le succès. J'ai cru devoir m'adresser pour le même objet à la religieuse de Beauvais, supérieure du couvent de Compiègne, et j'en ai reçu la réponse pareillement ci-jointe.

Ainsi qu'il en a été usé dans une autre occasion, l'expédient le plus sûr serait de choisir ici deux novices qui s'engageraient par leurs vœux pour le cloître de Milan, mais cette méthode plus stable est en même temps plus longue et un peu plus coûteuse. Entre temps, je mettrai à cet objet la même attention et le même zèle que je dois à tout ce qui a trait à l'auguste service, et je préviendrai le comte de Wilczek de ce qui pourra s'effectuer à cet égard.

Paris, le iQ août ij85. — J'ai été bien étonné des circonstances que V. A. a la bonté de me confier par la lettre dont elle m'honore en date du 2 4 juillet. M. de Vergennes, instruit par M. de Noailles de tout ce qui s'est passé^'', m'a dit que sans vous. Monseigneur, la députa lion hollandaise était manquée et n'aurait abouti qu'à augmenter les embarras. Le ministre, à cette remarque, en a ajouté d'autres auxquelles ils ne m'était pas facile de répondre. Je m'en suis tiré en récriminant un peu sur la conduite que l'on a tenue ici et qui, à bien des égards, était propre à donner de l'humeur à notre auguste monarque. Quoique pareils incidents tournent toujours à la gloire du ministère de V. A., je comprends les peines qui lui en reviennent et les obstacles qui en résultent au bien du servie . A cet égard, la Reine en devine beaucoup plus que je ne voudrais; Elle observe que, relativement aux résolutions annoncées par l'Empereur, Il a d'abord reculé sur l'époque du i^' de mai; qu'il pourrait en arriver de même pour le terme fatal du i 5 septembre; que, tandis qu'Elle tâche de persuader au Roi le danger d'une guerre , M. de Vergennes assure que l'Empereur est bien éloigné de s'y déterminer; que les faits, en

'■' Voir plus haut, p. ^3o, n. a.

vérifiant l'opinion du ministre, compromettent celle de la Reine et accoutument ici insensiblement à une sécurité qui y discrédite nos démarches et notre langage. C'est ce que la Reine mande aujourd'hui à son auguste frère; Elle Lui parle de l'annonce de 80,000 hommes aux Pays-Bas , tandis que l'on est persuadé ici qu'il n'y en a pas 3 0,0 00 et que les préparatifs sont en défaut de toute part. J'aurais voulu modifier la tournure de cette lettre , mais la tête de la Reine était montée sur ce ton et je n'ai rien pu obtenir; cependant cette princesse sent très bien tout ce que l'on a à se reprocher ici du côté des procédés ; Elle en est mortifiée. Elle marque autant de désir de coopérer à notre objet que de zèle dans la manière d'y procéder et Elle s'est prêtée en dernier lieu à tout ce que je Lui ai suggéré à cet égard.

La ligue signée à Berlin ^^\ l'abus qu'on en fait à la Haye'-^ et toutes les intrigues qui en résultent , exigeraient de la part de M. de Vergennes des offices très énergiques pour en imposer aux Hollandais. V, A. jugera, par ma dépêche d'office ^^' ce que l'on peut raisonnablement se promettre de cette cour-ci; quelle que soit sa conduite, au moins n'est-il pas vraisemblable, qu'en cas de rupture avec la Hollande , on osât ici porter l'indignité jusqu'à vouloir nous causer des embarras. Si même on y songeait, on n'en aurait pas les moyens cette année, de façon que si nous sommes en force suffisante au terme du i5 septembre et que les hostilités devinssent nécessaires, il serait peut-être facile de mettre d'un coup de main nos adversaires au pied du mur, avant que personne eût le temps d'arriver à leur secours.

Quant à ce qui peut dépendre des voies de négociations, je redoublerai d'activité et de zèle pour remplir mes devoirs. Je suis pénétré de la bonté avec laquelle V. A. veut bien faire mention de ma santé, qui est dans ce moment-ci moins souffrante, sans me donner l'espoir de la rétablir solidement.

''' La ligue germanique autrennent dite à M. de Mercy que le ministre d'Angleterre

l'alliance des princes, signée le a3 juillet à la Haye, M. Harris, promettait aux États

178.5 entre les Électeurs de Brandebourg, généraux l'appui de cette nouvelle ligue

de Hanovre et de Saxe pour le maintien et les pressait même d'y accéder. (Dépêche

de la constitution de l'Empire. d'office de M. de Mercy du 1 9 août 1785.)

'-' Le 9 août M. de Vergennes s'était plaint (^' Voir plus haut, p. 435, n. 1.

lillfl

Vienne, ce 2 septembre ijSS. — J'ai reçu votre lettre et j'ai vu vos dépêches adressées tant à Bruxelles qu'au prince de Kaunilz. Je n'ai pu regarder que comme une très mauvaise plaisanterie et faite très mal à propos la proposition que M. Rayneval s'est permis de vous faire au nom du comte de Vergennes^^', car l'on ne comprend pas faci-

(') Le 21 août 1785 M. de Mercy écrivait à M. de Belgiojoso :

«Hier au malin M. de Vcrgennes m'envoya le premier commis des affaires étrangères, le sienr de Rayneval, qui me dit que sur des nouvelles récentes arrivées de la Haye le ministère de Versailles se trouvait dans le plus grand embarras relativement à nos affaires et à l'influence qu'elles paraissaient avoir sur le sort dont la République est menacée; que le ministre d'Angleterre, M. Harris, conjointement avec le minisire de Prusse, avait excilé une fermentation dont il y a peu d'exemples; que par toutes sortes d'intrigues ils étaient venus à bout de procurer au parti statlioudérien une supériorité marquée; que les provinces d'Overyssel, de Gueldre et de Zélande étaient entièrement livrées à ce parti; que peu s'en était fallu que la province d'Utrecht s'y fût jointe et que si cela était arrivé, une révolution dans la constitution de la République aurait été inévitable; que dans une pareille crise le parti patriotique se voyant écrasé et sans force n'avait pu se déterminer à envoyer des instructions finales aux ambassadeurs de Hollande, parce que si ces derniers s'étaient trouvés autorisés à finir sur le pied qu'exige notre cour, aucun des membres patriotiques n'aurait été assuré de sa vie; que ces derniers désiraient sincèrement de terminer à la satisfaction de S. M. l'Empereur; qu'ils se décideraient à porter le prix de ^laëstricbt à cinq millions de florins; mais que l'acquiescement à une plus forte somme contre l'avis de trois provinces et de la ma-

jeure partie des individus républicains, donnerait lieu à ces derniers de les accuser de trabison ; qu'il s'agirait de liouver quelque expédient au moyen duquel on pût se rapprocher de la somme demandée pour Maëstricbt, sans que cela eût l'apparence d'un paiement pur et simple; que le meilleur moyen serait qu'il plût à l'Empereur de céder à la République certains terrains à titre de vente et qu'alors en fixant la valeur réelle de ces terrains, on pourrait en augmenter le prix de deux ou trois millions de florins, ce qui se rapprocherait beaucoup des conditions imposées.

M. de Rayneval appuya cette ouverture de beaucoup de raisonnements politiques.

11 supposa qu'une révolution dans la République ne pouvait pas plus convenir à notre cour qu'à celle-ci ; que la France se voyait au moment de perdre le fruit d'une négociation longue et intéressante, par laquelle elle s'était assurée de détacher la Hollande et l'Angleterre; que d'un autre côté et toujours dans l'hypothèse d'une révolution qui rendrait le stalhouder, en quelque façon, maitre de la République, celle dernière serait infailliblement entraîner d'accéder à la ligue d'Allemagne , événement qui, à bien des égards, ne pouvait pas être indifférent à notre cour. Il me réitéra ensuite l'assurance la plus positive et la plus claire que, dans ces derniers ten)ps, M. de Vergennes avait fait tenir à la Haye un langage tel qu'aurait pu le tenir la cour impériale; que l'on n'avait épargné ni raisonnements, ni moyens de jjcrsuasion,

lement comment à moi, qui demande des restitutions de la part de la République, qui prouve qu'elle a empiété sur mon territoire et qu'elle tient injustement entre ses mains une possession qui devrait m'appartenir, l'on ait osé me proposer de lui céder un territoire à moi appartenant incontestablement, et cela sous titre de vente, pour ne pas même compléter avec mes propres terrains l'équivalent modéré que je demande de la République. Ceci apprête vraiment plus à rire que l'on peut s'en fâcher, mais enfin de tout ceci la conclusion en est que les Hollandais ne veulent faire autre chose que tramer et se moquer par là de moi et en exagérant en même temps leurs troubles internes et leurs alTaires de parti, trompent la France et l'Angleterre qui les recherchent tous les deux. En calculant ce que la France peut faire de bien et de mal à la hollande, et en mettant en parallèle ce que l'Angleterre peut lui faire dans les deux genres, je crois qu'il sera facile de décider si les appréhensions du comte de Vergennes que les Hollandais se jetteront aveuglément dans les bras des Anglais, sont fondées ou seulement exagérées exprès.

Le prince de Kaunitz vous marquera tous les détails pour la négociation ; vous serez même autorisé de modifier la somme de douze millions jusqu'à six, si vous voyez que c'est à cela seul que s'accroche encore et se ro mprait la conclusion de la négociation. De tous les points dont on était presque déjà convenu, je ne puis et ne veux absolument pas me départir. Dans ces six milhons, argent courant de Vienne, l'indemnisation des sujets qui ont souffert par les inondations ne sera pas comprise; mais vous n'articulerez cette condescendance que si sur tous les autres points l'on ne soit déjà d'accord, parce que, si les hostilités ont lieu, je demanderais ensuite une indemnisation bien plus forte, et je ne voudrais point avoir annoncé déjà des six millions seulement.

Quant au commencement des hostilités, ce sera à vous, mon cher Comte, à en décider. Le prince Albert et le gouvernement de Rruxelles ont ordre de se tenir à ce sujet entièrement à ce que vous leur marquerez.

ni même les menaces en fléclaraiit que pareil refus; mais que telles et semblables

dans le cas où les États généraux hésite- démarches étaient restées sans eflfet et que

raient à se prêter, le Roi était invariable- les manœuvres de l'Angleterre et de la cour

ment décidé à n'inteiveniren manière quel- de Berlin avaient prévalu avec autant de

conque dans les suites qu entraînerait un rapidité que de succès, n

fiUÙ

L'essentiel est que tout le monde soit bien persuadé que c'est mon sérieux de faire la guerre, chose que bien gratuitement, par les complaisances outrées que j'ai eues pour la France, l'on veut bien mettre en doute jusqu'à présent. 11 est donc essentiel que si vous voyez qu'il n'y a point d'espoir fondé de conclure, aux conditions qui vous sont connues, des préliminaires, soit jusqu'au i5 de septembre ou peu de jours après, que vous en avertissiez tout de suite le gouvernement des Pays-Bas. Vous devez avoir l'air de prendre uniquement sur vous le délai de quelques jours au delà du i5. Vous ne devez en faire usage que s'il y a une grande probabilité et presque certitude que les Hollandais acquiesceront aux points préliminaires exigés et que ce ne sera point un prétexte , mais seulement un empêchement physique attaché à la longueur de leurs formes, qui £yrêteraient les ambassadeurs de signer à temps les préliminaires.

Je prévois qu'il n'y a rien de plus efficace, et que c'est le seul moyen peut-être de faire la paix que de commencer les hostilités et de faire voir par le sérieux de mes intentions et de présenter à la République tout l'effrayant des suites d'une guerre. Si elle a lieu, vous devez faire connaître au ministère de France que je ne m'y suis porté que pour obtenir de la République les conditions vraiment modérées que j'en avais exigées, et que je n'étais point intentionné de faire des conquêtes brillantes ni qui puissent menacer la République de sa ruine.

Je vous joins ici , mon cher Comte , ma lettre pour la Reine ^ l Je n'écris point au Roi parce que j'avoue que ses réponses, dont je vous joins ici copie de la dernière '-', ne sont point attrayantes, puisque l'on

'■' Celte leltre manque.

'^' Louis XVI à Joseph II. A Versailles, le 8 août i']85. — «Monsieur mon frère, j'apprends avec le pius fjrand plaisir par la lettre de V. M. du 26 du mois dernier que les députés hollandais ont rempli à sa satisfaction la condition préalable qu'elle avait exigée de la République et je regarde cette démarche comme i'heureux présage de la prochaine conclusion du raccommodement que V. M. a bien voulu confier à ma médiation. Elle peut être assurée que je ne négligerai rien pour engager les Hollandais

à se porter à des tempéraments propres à en assurer le succès. Je connais trop d'ailleurs les sentiments magnanimes de V. 1\J. pour n'être pas persuadé que de son côté elle se portera à toutes les facilités que sa modération lui suggérera. Je sens comme V. M. la convenance de ne pas laisser languir la négociation et j'ai déjà prescrit à mon ambassadeur à la Haye de faire connaître le terme auquel V. M. désire que l'arrangement soit consommé. Cependant comme il peut survenir des retards inattendus , j'espère qu'elle ne voudra pas rc-

fiUl

n'y voit que les propres termes et phrases ambiguës de M. de Vergennes. Je ne crois pas non plus pouvoir adopter ce que la Reine, par bonne intention et intérêt pour moi, a voulu me conseiller, savoir d'exiger du Roi, par écrit, une promesse positive de ne point se mêler de mes querelles avec les Hollandais, mais de me laisser agir librement. Or, voilà les raisons qui m'en empêchent : ±° je trouve un peu dur de faire connaître au roi de France que, si lui ne me promet pas d'une certaine façon de ne pas me faire la guerre , je n'oserais point la faire aux Hollandais; 9° il serait offensant pour le Roi, mon allié et mon beau-frère, de supposer qu'il pourrait, sans rime et raison et sans motif quelconque, m'attaquer; enfin, 3" cette démarche, qui contiendrait tout cet odieux, pourrait encore être infructueuse, puisqu'il ne manquerait point de phrases à M. de Vergennes par lesquelles il entortillerait si bien la réponse du Roi qu'elle me laisserait dans la même incertitude d'à présent.

Vous voudrez bien faire connaître ces raisons à la Reine , dont la bonne volonté et l'intérêt excitent toute ma reconnaissence et qui me sont d'un prix infini.

Je suis très fâché de l'histoire arrivée au prince Louis de Rohan ^^\

garder le terme indiqué comme péremptoire et jugeant seulement les Étals généraux par la sincérité des dispositions, qu'ils témoignent pour terminer, qu'elle no se portera pas à des hostilités, que je regarderais comme infiniment fâcheuses, mais pkitôt qu'elle voudra admettre les délais que la nature des choses pourra nécessiter.

«Je prie V. M. de ne pas douter de la continuation de mes soins pour tout ce qui pourra contribuer à sa satisfaction personnelle ainsi qu'au rétablissement de la bonne harmonie entre elle et la Hollande. Je me flatte que V. M. trouvera dans mes sentiments comme dans mes démarches une nouvelle preuve de la tendre et sincère amitié qui m'attache à elle et avec laquelle je suis.. . V {Marie-Antoinette , Joseph II. . . Ihr. Briefwechsel , p. 91.)

'') Marie-Antoinette à Joseph II , ce a a août ij85. — «Vous aurez déjà su, mon cher

frère, la catastrophe du cardinal de Rohan. Je profite du courrier de M. de Vergennes pour vous en faire un petit abrégé. Le cardinal est convenu d'avoir acheté en mon nom et de s'être servi d'une signature qu'il a cru la mienne pour un collier de diamants de i,6oo,OQO francs. Il prétend avoir été trompé par une madame Valois de la Mothe. Cette intrigante du plus bas étage n'a nulle place ici et n'a jamais eu d'accès auprès de moi. Elle est depuis deux jours dans la Bastille et, quoique par son premier interrogatoire, elle convienne d'avoir eu beaucoup de relations avec le cardinal, elle nie formellement d'avoir eu aucune part au marché du collier. Il est à observer que les articles du marché sont écrits de la main du cardinal ; à côté de chacun, le mot approuvé de la même écriture qui a signé au bas : Marie-Antoinette de France. On présume que la signature est de ladite Valois de la Mothe. On l'a

d'autant plus que la Reine est si désagréablement compromise. J'ai toujours connu le grand aumônier pour l'homme le plus léger et le plus mauvais économe possible, mais j'avoue que.je ne l'aurais jamais cru capable d'une friponnerie et d'un trait aussi noir que celui dont on l'accuse.

Adieu, mon cher Comte, je suis bien fâché que votre santé ne soit pas encore telle que je vous la désirerais de bon cœur. Les peines que vous coûte celte vilaine affaire m'inquiètent vraiment; mais, de l'une ou de l'autre façon, elle doit bientôt se terminer, et alors je vous prie de bien vouloir ménager votre santé et de me croire bien sincèrement

Quant aux religieuses de la Visitation qu'on souhaiterait d'avoir pour Milan , je vous prie de vous entendre à ce sujet avec le comte de Wilezek et de lui procurer une couple de bons sujets, soit comme religieuses, soit comme novices.

Comme j'apprends d'ailleurs que deux élèves de Saint-Cyr, qui sont connues à M"^ Fossière, supérieure du couvent de la Visitation d'ici, désirent d'y passer en noviciat, et qu'il me serait agréable de faire une bonne acquisition pour ce couvent, vous me ferez plaisir de vous informer de ce qui en est.

comparée avec des lettres qui sont certainement de sa main: on n'a pris nulle peine pour contrefaire mon écriture, car elle ne lui ressemble en rien et je n'ai jamais signé de France. C'est un étrange roman auxyeu\ de tout ce pays-ci que de vouloir siipposer que j'aie pu vouloir donner une commission secrète au cardinal.

ffTout avait été concerté entre le Roi et moi ; et les ministres n'en ont rien su qu'au moment où le Roi a fuit venir le cardinal et l'a interrogé en présence du garde des sceaux et du baron de Rrcteuil. J'y étais aussi et j'ai été réellement touchée de la

raison et de la fermeté que le Roi a mises dans cette rude séance. Dans le moment où le cardinal suppliait pour n'être pas arrêté le Roi a répondu qu'il ne pouvait y consentir ni comme roi ni comme mari. J'espère que cette affaire sera bientôt terminée ; mais je ne sais encore si elle sera renvoyée au Parlement ou si le coupable et sa famille s'en rapporteront à la clémence du Roi; mais dans tous les cas je désire que cette borreur et tous ses détails soient bien éclaiicis aux yeux de tout le monde.»

{Marie- Antoinette, Joseph II Ihr

DrieJ'wechsel , p. 98. )

Vientie, le 2 septembre ijSo. — Mon bon ami, je nie liiite de vous faire parvenir les nouvelles directions qui vous sont nécessaires, parce qu'il n'y a pas un moment à perdre pour conjurer encore, s'il est possible, l'orage qui est sur le point d'éclater, et je me flatte que vous trouverez dans mes lettres d'olTice ^^^ les seuls moyens que la combinaison des circonstances, tant réelles que personnelles, a [)u me permettre d'imaginer. Je vous avoue néanmoins qu'il m'est inconcevable que M. de Vergennes ait pu se charger de nous faire la plus absurde des propositions possibles, quelle que soit la façon dont on veuille l'envisager; même dans la supposition de la terreur la plus panique de la défection des Hollandais, dont il ne me paraît pas possible qu'il puisse être aussi effravé qu'il veut nous le faire croire, et à laquelle je suis très fondé à ne pas croire de mon côté, parce que je suis informé, de source certaine, que le degré de crise, quil prétend exister dans la République, n'existe pas.

('' Le prince de Kaiinitz considérait comme une l'ort mauvaise plaisanterie la proposition faite par M. de l\ayneval ot il croyait que les craintes du caliinet de Versailles sur le succès des intrigues anglaises à la Haye étaient fort exagérées. Il fallait rejeter nettement et san^; hésiter les propositions des soi-disant patriotes qui oITraient cinq millions de florins hollandais pour Maësiricht et demandaient la fixation de nouvelles frontières en Flandre au lieu de celles de i66'i. On ne pouvait pas plus accepter la cession d'une partie du pays de Fauquemont suggérée par AI. de Raynevai, car cette cession réelle de territoire serait d'autant moins compatible avec la dignilé de TEmpereur qu'elle serait faite pour de l'argent et uniquement pour augmenter de façon détournée le prix ridicule oflert pour le rachat de Alaëstricht. Par contre l'Empereur autorisait formellement M. de Mercy à réduire la somme demandée pour Maësfricht et même à six millions de florins, valeur de Vienne, mais seulement aux con-

ditions suivantes : i" que tous les autres articles , sur lesquels M. de Mercy n'était pas autorisé à faire de concessions, et spécialement celui visant la renonciation par la Hollande à l'article 3G du traité de Alunster, seraient complètement accordés par les plénipotentiaires hollandais; 2° qu'il n'y aurait plus d'antres dilïicultés à craindre que celle de la détermination du prix du rachat de Maësiricht; 3° qu'il y aurait absolue nécessité ou de rompi 6 les négociations et de recourir aux armes ou de réduire ce prix à sept et même à six milHons; 4° que dans ce chiffre ne serait pas comprise la somme à payer par les Hollandais à titre d'indemnité aux sujets de l'Empereur, victimes des inondations, mais qu'elle serait fixée dans un article séparé. Enfin dans le cas où il serait impossible de signer les préliminaires avant le 1 5 septembre, M. de Mercy pourrait retarder l'ouverture des hostilités jusqu'à la fin du mois. (Rescrit du prince de Kaunitz au comte de Mercy du il septembre 1780.)

/i50 MERCY À JOSEPH II.

C'est certainement le rhingrave de Salm qui doit être arrive à Paris le 10 ou le 9 0 au plus tard, peut-être même dès le 18, qui a été porteur de cette nouvelle absurdité, manifestement imaginée, comme toutes les précédentes, pour gagner du temps en embrouillant la matière. Quoi qu'il en soit cependant , il me semble que dans l'état actuel des choses on ne peut plus procéder de notre côté que de la façon à laquelle nous vous autorisons aujourd'hui. Je me suis refusé à la demande de M. de Vergennes de lui confier notre dernier mot, parce que je suis fondé à croire qu'il en aurait abusé, comme il l'a fait de toutes nos confidences précédentes, dont il n'a jamais fait que l'usage d'aller les dire tout de suite à ses prétendus patriotes Hollandais, sans aucune gradation, et j'ai d'ailleurs ajouté à mon refus que la connaissance du dernier mot n'était nécessaire qu'aux négociateurs et non pas aux médiateurs, et j'ai fait sentir en même temps qu'il n'avait pas plus de droit à la confidence du nôtre qu'à celui des Etats généraux, que sans doute il devait ignorer ou au moins ne pas trouver admissible, puisqu'il ne nous en avait rien dit jusqu'à présent.

Après-demain, je me propose de dire tout cela au marquis de Noailles, et en gros les raisons qui ne permettent pas à l'Empereur d'adopter en aucune manière la dernière absurdité que l'on venait de lui proposer, et de lui faire sentir la nécessité indispensable, dans laquelle nous nous trouverons, de réaliser ce que nous avons annoncé pour le cas auquel au 1 5 septembre on ne serait pas convenu de ses faits.

Les ordres que vous recevez aujourd'hui, je vous les aurais dépêchés il y a déjà huit à dix jours si on avait voulu m'en croire, mais ce n'est qu'aujourd'hui que j'ai pu parvenir à y être autorisé, encore vaut-il mieux tard que jamais. Soignez votre chère santé et conservezmoi votre amitié

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