‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiée (volume 2)Chapitre 62 sur 65 · MERCY A JOSEPH II · texte numérisé non relu

MERCY A JOSEPH II

Fontainebleau, 1 8 octobre ij85. — Le garde-noble, porteur des très gracieux ordres de V. M. I., en-date du 29 septembre, est arrivé ici dans la nuit du 7 au 8 de ce mois; c'était la veille du départ de la cour pour Fontainebleau. La Reine m'avait prévenu qu'Elle ne pourrait me voir le dimanche, de manière que je dus me borner à Lui faire parvenir sur-le-champ la lettre et la caisse qui Lui étaient adressées. La Reine me renvoya tout de suite ce dernier objet ^-\ en me mandant dans des termes d'une bonté inexprimable les grâces dont V. M. daigne me combler et dans lesquelles Elle a voulu réunir à la fois toutes les gradations et les formes qui constituent la plus signalée faveur. Dans tous les temps j'ai éprouvé celle de son extrême bonté et de sa confiance. C'était déjà la plus grande récompense qui puisse toucher mon

'■' Le rescrit du prince de Kaunilz au ^^> Pour témoigner à M. de Mercy sa sa-

comle de Mercy du j" octobre est très lisfaclion delà signature des préliminaires,

court et n'a pas grande importance. Le l'Empereur lui avait conféré la grand'croix

prince recommande surtout d'insister sur de l'ordre royal hongrois de Saint-Élienne,

la liberté réciproque en matière de douanes, et il avait prié la Reine de lui en remettre

et il dit que, pour l'obtenir, on peut faire les insignes. Le décret impérial est daté du

des concessions sur tous les autres articles. 3o septembre 1785.

18 OCTOBRE 1785. /i59

àine et que mes faibles services n'ont point méritée. Les nouveaux efl'ets de clémence que V. M. y ajoute sont accordés au profond attachement que j'ai voué à sa personne sacrée et à celle de son auguste sœur. Ce titre précieux est l'unique que j'aie acquis et que je conserverai jusqu'au dernier moment de ma vie. Pénétré de ces sentiments, que je ne puis assez exprimer, il ne me reste qu'à mettre aux pieds de V. M. mes très humbles actions de grâce avec les vœux que je forme pour un grand monarque, qui sera à jamais l'objet du zèle ardent, lequel ferait mon bonheur si, au moins dans une circonstance, je parvenais à le rendre réellement utile à l'auguste service. L'occasion présente m'était devenue à cet égard fort ingrate, par le fait de cette cour-ci ou par les erreurs personnelles du ministre qui en dirige la politique. Si ce dernier a fini par revenir un peu sur ses pas, ce n'est qu'après avoir tout gâté et s'être vu forcé par la Reine.

D'après cette vérité, j'ai usé modérément des témoignages de satisfaction que V. M. m'a autorisé à donner de sa part au comte de Vergennes; je lui ai dit que les Hollandais lui devaient de grandes obligations, mais qu'en même temps V. M. lui savait un vrai gré d'avoir finalement ménagé les choses de manière à la dispenser de sévir contre la République, ce qui serait infailliblement arrivé, si cette dernière n'avait pas cédé aux conseils prudents de la puissance médiatrice.

Le comte de Vergennes s'étant répandu, selon sa coutume, dans des protestations fastidieuses , je n'ai pas manqué de lui faire sentir avec des tournures convenables, que V. M. savait apprécier les paroles et les faits, que de sa part les faits avaient toujours prouvé son attachement à l'alliance , que cela était bien démontré à l'occasion des démêlés avec la Hollande, mais qu'il en existait encore bien d'autres preuves récentes. Il m'a paru que, sans une explication plus claii'e, celle-ci suffisait pour donner pâture aux réflexions du ministre, qui n'ignore pas les vues de l'Angleterre, ainsi que je m'en suis aperçu plusieurs fois. Il est même de mon devoir d'observer très humblement à cet égard, que peut-être le meilleur service de V. M. pourrait exiger que l'on ne soit pas ici sur l'avenir possible dans cette parfaite sécurité dont le ministère de Versailles a souvent abusé, en se permettant des petites manœuvres louches vis-à-vis de la cour de Rerlin ,

MERCY A JOSEPH II

mais seulement qu'on ait lieu de se persuader que, si V. M. veut bien oublier les fautes passées, Elle s'attend au moins qu'on les réparera dans les occasions futures.

Au point où en sont les choses sur l'ensemble du traité à conclure, il n'est pas probable, à moins de la plus mauvaise foi, qu'il survienne des embarras ou des longueurs artificieuses. Cependant, eu égard au système si connu des Hollandais et même à la manière d'agir de leur protecteur, il serait désirable que les provinces de V. M. aux Pays- Bas ne fussent pas entièrement dégarnies avant la signature du traité et qu'il subsistât des moyens d'en imposer au besoin à la République.

J'avais tâché de prévenir, par une dépêche du 21 septembre, le mouvement d'inquiétude que le comte de Belgiojoso a eu sur l'article de la liberté réciproque à stipuler en matières de douanes et de commerce. Indépendamment de plusieurs autres occasions, le jour même de la signature des préliminaires, je m'étais expliqué nettement en particulier avec le comte de Vergennes sur ce point capital et ses réponses ne m'avaient laissé aucun doute qu'il appuierait la demande en question. Comme cela s'est vérifié par la lettre de main propre qu'il m'a écrite le 1" de ce mois et qui sera maintenant sous les yeux de V. M. avec ma dépêche du 5 adressée au gouvernement général, cette stipulation étant mise à couvert, il ne s'agit plus que de ménager dans les détails de quelques autres articles le plus d'avantages qu'il sera possible d'obtenir et d'écarter des incidents nouveaux si on s'avisait d'en vouloir faire naître.

Depuis deux jours que je suis ici, l'expédition du présent gardenoble ne m'a pas permis d'avoir de longues audiences chez la Reine, mais cette auguste princesse m'a assuré de ses dispositions à interposer son influence dans tous les cas où elle pourrait devenir nécessaire '''.

O Marie-Antoinette à Joseph II. Fonlainehleau, ce 1'^ octobre 1 y 8 5. — et Je vous renouvelle de toute mon âme, mon cher frère, mon compliment et ma joie sur la décision de raffaire de Hollande. Elle me parait bien assurée, quoique dans certains moments je craigne que ces républicains, qui n'ont pu se décider que par la peur, ne reprennent de la hardiesse en voyant vos troupes s'éloigner et ne fassent les difficiles

sur les articles qui n'ont pu être décidés le jour de la grande conférence.

«J'espère qu'aclucllemenl on ne pourra plus répandre des nuages sur l'alliance. Je n'ai pas besoin d'exhortations pour y veiller; elle m'est plus précieuse qu'à personne. Si on était venu à bout de la rompre, je n'aurais plus connu ni bonheur ni tranquillité.

«J'ai eu grand plaisir à m'acquitter de

Après la signature du traité, je remettrai au comte de Vergennes, aux ambassadeurs de Hollande ainsi qu'au premier commis de Rayneval les présents que la munificence de V. M. leur a destinés. Il est convenu que dès demain les conférences commenceront, et il n'y aura rien d'omis de ma part pour que leur issue réponde à ce que mes devoirs et mon zèle me font désirer.

Je suis avec la plus profonde soumission

Fontahiehleau , le i8 octobre iy85. — Dans l'occasion présente, je n'ai d'autre mérite que celui du vif désir de suivre exactement la route que m'a tracée votre sagesse. Monseigneur; elle est la cause unique des succès que peuvent obtenir ceux qui ont le bonheur de travailler sous vos ordres. Cette vérité me rend bien intéressant le billet que l'Empereur a écrit à V. A. ; toute l'Europe sait que de pareilles récompenses sont les seules qui puissent flatter son cœur.

J'ai dit à M. de Vergennes que les Hollandais lui devaient de grandes obligations, mais qu'en même temps l'Empereur et V. A. lui savaient un vrai gré d'avoir finalement ménagé les choses de manière à dispenser S. M. de sévir contre la République, ce qui serait infailliblement arrivé, si cette dernière n'avait pas cédé aux conseils prudents de la puissance médiatrice. Le ministre s'est contenté de ce compliment, et sans doute, il a senti dans le fond de son âme qu'il ne méritait rien de plus, pas même autant. Dans ces derniers moments, je tâcherai de l'engager à réparer un peu le passé en ap[)uyant les mesures que je vais prendre [)0ur terminer prompte-

votre commission pour M. de Mercy, et je dernière guerre, au moins la rupture n'eût

vous remercie, mon cher frère, de ce que été m' si violente ni si prompte, vous avez pensé à m'en charger. Il s'est «Mes enfants se portent à merveille. Ma

conduit dans cette dernière affaire avec un lille est ici à Fontainebleau avec moi, les

mélange de fermeté, de patience et de autres sont restés à Saint-Gloud, l'autre à

douceur, qui a été très utile et qui était Versailles. Adieu , mon cher frère; je vous

peut-être nécessaire, vu la disposition des embrasse de tout mon cœur.n {Marie-

esprits. Si milord Stormonl en eût agi de Antoinelle, Joseph II... Ihr Briefwechsel ,

mémo, nous n'aurions pcut-i'lre pas eu la p. 97.)

/i62 ' JOSEPH 11 À MERCY.

ment; il me tarde que V. A. soit une bonne fois débarrassée de celte fastidieuse affaire. Le point de la liberté réciproque en matière de douanes et de commerce étant maintenant à couvert, il semble que rien ne devrait plus arrêter; cependant j'aurais bien désiré que le désarmement aux Pays-Bas restât suspendu jusqu'à la signature du traité.

L'Empereur vient de me combler d'un bienfait dont je n'ai pas hésité à reconnaître l'unique motif dans la protection et les bontés infinies de V. A.; ce seul titre est le plus précieux que je puisse ambitionner. S. M., dans cette occasion, a réuni à la fois toutes les gradations et les formes qui constituent une signalée faveur. Elle a voulu que j'en reçusse les marques par les mains de la Reine, qui me les a transmises avec des témoignages de sa part d'une bonté inexprimable. Ce serait le bonheur de ma vie si, par mon zèle, je pouvais me rendre digne de pareilles récompenses si peu méritées; j'en mets aujourd'hui aux pieds de l'Empereur mes très humbles actions de grâce. Je les présente également à V. A. avec l'âme pénétrée de la plus vive reconnaissance, du plus vif attachement et du respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc.

Vienne, ce 8 novembre ijSS. — Le porteur de cette lettre est un nommé Roër^^', que j'envoie à Paris pour y perfectionner ses talents pour l'art d'accoucheur. Comme je lui accorde le même traitement dont ont joui les chirurgiens militaires que je vous ai adressés il y a quelques années, je vous prie d'avoir les mêmes soins à l'égard de celui-ci et de lui faire payer G G florins ho kreuzer, argent de Vienne, par mois^-\ à raison de 8oo florins par an pour son entretien, ainsi que tout ce qu'il faudra pour ses collèges ^^^, les instruments et les livres nécessaires. Je vous

O Lucas- Jean Boer, né le la avril son temps; il mourut le 1 8 janvier i835.

1761, devint plus tard chirurgien de '-' Le ilorin argent de Vienne valait

l'Empereur et professeur d'obstétrique alors a livres 10 sous.

pratique à Vienne; il passait pour l'un (•'') En allemand coWeg/eng'é'W, frais de Ira-

des spécialistes les plus éminenls de vauxpratiqiH's,honoraircsdeprofesscurs,elc

iO NOVEMBRE 1785. â63

ferai rembourser ces avances à mesure que vous m'en ferez savoir le montant.

Quant à l'objet principal de sa mission, vous voudrez bien, mon cher Comte, le recommander au professeur Louis, à M. Vermond et à tous ceu\ de son art qui pourront contribuer à cultiver ses bonnes dispositions et à le rendre capable de remplir un jour sa tache avec succès.

Aussitôt qu'il aura achevé ses exercices à Paris, je pense le faire passer en Angleterre pour y cueilHr également les connaissances que ce pays pourra lui fournir dans sa partie, et quand il sera temps, je vous prierai aussi de pourvoir à tout ce que ce voyage exigera, en observant cependant de m'en prévenir pour que je puisse lui faire donner des lettres pour Londres.

P. S. A l'égard de son entretien, je dois vous prévenir qu'il a déjà touché une anticipation de six mois, à commencer du i" de ce

mois.

Vienne, ce lo novembre iy85. — C'est avec bien du plaisir que j'ai vu par votre lettre que le dernier courrier m'a remise, que j'avais réussi dans l'objet que je m'étais proposé, savoir de vous obliger, mon cher Comte, et de vous témoigner la reconnaissance que vous doit la patrie pour tous les services que vous lui avez rendus en tant d'occasions.

Je me flatte qu'à l'arrivée de celle-ci les points litigieux avec la République pour conclure le traité définitif seront déjà arrangés. Ils consistent essentiellement, à ce que je vois, en quatre points, savoir :

1° Que la propriété de l'Escaut '^^, au delà de Saftingen et du bras

''' «Sur le point do la souverainelé de garder ledit fleuve que comme étant la l'Escaut, il s'éleva la plus grande de toutes pleine mer; que cette explication avait telles diiricultés, et M. de Vergennes m'avait lement elTarouché les Etats généraux qu'ils prévenu d'avance en me disant que pen- venaient de donner l'ordre précis irrévodant les contestations actuelles il avait été cable et, selon le ministre, exprimé dans articulé de notre part que le fleuve de les instructions comme condilio sine qua l'Escaut finissait à Saftingen, et qu'à non, d'obtenir de notre part la reconnaiscommencer de ce point ou ne pouvait re- sanco formelle de la souverainelé des

JOSEPH 11 À MEUCY.

(lu Swin comme de tout ce qui en tlépend, soi( bien exprimée, il n'y a point de dilTicullé à l'accorder, puisque cela faisait l'objet primitif du litige sur lequel il a déjà fallu céder; mais il faudra faire valoir cette complaisance de rendre plus clair l'article des préliminaires pour obtenir :

9" Une concession ou au moins le stnluquo de liberté entière en fait de douanes et de commerce, point essentiel duquel je ne pourrais jamais me départir, et malgré la colère que M. de Vergennes en a eue*'', vous avez très bien fait de lui parler avec autant de fermeté sur ce point essentiel;

Hollandais sur la partie derEscaiil qui doit leur rester. Cette matière avait été depuis plusieurs jours celle des contestations les plus vives entre M. de Veqjennes et moi ; d'après tout ce que je vois, je n'ai pas la moindre espérance de ramener les ambassadeurs à stipuler l'article comme nous le voudrions.^ (Dépèche du comte de Mercy au comte de Bclgiojoso du ai octobre I 785.)

O Dans un post-scriptum réservé à sa dépêchedu ^h octobre 1785 au comte de Belgiojoso, M. de Mercy a raconté cotte scène en ces termes :

tr Je savais que les ambassadeurs de Hollande avaient vu hier malin M. de Vergennes et dans l'intention d'apprendre ce qui pouvait s'être dit enire eux et le ministre, ma présente dépêche étant déjà écrite, je me rendis chez ce dernier. Notre conversation fut d'abord tranquille et amicale; il me lut une lettre de main propre qu'il écrivait à M. de Vérac et par laquelle il mande à cet ambassadeur que ce serait une obstination aussi fâcheuse que gratuite de la part de la République de se refuser à une stipulation de liberté réciproque en matière de douanes et de commerce, d'autant plus que cette liberté est depuis longtemps établie par le fait et qu'en s'aheurtant à ce point, on courrait risque de faire manquer ou pour le moins d'embarrasser bien longtemps la conclusion d'une affaire importante, prête à finir; que M. de Brantsen est absolument du même avis; que

M. de Vérac doit employer tous les moyens de persuasion , pour que l'on ne soit pas arrêté par un tel obstacle.

trJ'avouerai à V. E. que celte confidence» me fit une forte impression eu ce que je crus voir réellement qu'il pouvait exister plus de difTicultés qu'on aurait pu et dû imaginer à emporter cet article, en ce qu'il m'élait comme démontré par la lettre écrite à M. de Vérac que M. de Vergennes ne s'était ni concerté ni entendu avec les ambassadeurs de Hollande, ainsi que V. E. l'avait cru et que je l'avais moi-même soupçonné à la suite du projet d'article que le minisire en question m'avait écrit le i" d'octobre. La perplexité où me jeta celte combinaison, me rendit fort pressant et pour serrer autant que possible la mesure, je dis à M. de Vergennes qu'il serait réellement inouï que nos affaires allassent échouer contre un pareil écueil , ce qui arriverait cependant en cas de refus de la part des Hollandais, puisque l'Empereur leur ferait plutôt la guerre que de céder sur la demande dont il s'agissait. A ce mot de guerre je ne puis exprimer à V. E. dans quel accès de colère M. do Vergennes se laissa aller; cela est d'aulant plus frappant que depuis dix ans que je traite d'affaires avec lui, c'est la première fois où je l'ai vu hors de lui-même; mais ce qui lendit la scène vraiment tragique, c'est qu'il s'avisa de me dire que je ne lui avais pas parlé ci-devant à temps de cette liberté réciproque. Il m'est également impossible

3" L'échange du pays de Daelhem contre la portion du pays de Fauquemont est une chose à régler d'après les connaissances locales que M. de Belgiojoso vous a communiquées et qui même pourra être remise à un arrangement amical après là conclusion du traité définitif, s'il n'est pas possible de l'arranger tout de suite;

k" De vouloir comprendre les anciennes dettes de la Silésie dans cet arrangement avec la République est une chose d'autant plus infaisable que les traités conclus avec le roi de Prusse l'ont constitué, lui, le créancier, comme il était très naturel en ayant l'hypothèque; il faut donc absolument couper court à tous décomptes qu'on voudrait faire sur cette créance des argents que la République doit me payer et renvoyer les créanciers au roi de Prusse et à la convention amicale pour la liquidation de cette créance, statuée par les traités, à laquelle le roi de Prusse n'a jamais voulu se prêter jusqu'à présent.

Voilà, mon cher Comte, comme je crois que, si la chose n'est pas

de rendre le mouvement d'indijjnalion que me causa un pareil déni et malgré tous mes efforts pour garder mon sang-froid je ne pus assez me dompter moi-même pour ne pas relever d'une manière très piquante un pareil trait; je lui rappelai et lui soutins fermement que dès les premiers temps des démêlés actuels je lui avais dit à bien des reprises dans son cabinet à Versailles que le point le plus essentiel pour ma cour était l'abolition de toutes les entraves insupportables que les Hollandais lui avaient imposées anciennement; que je lui avais nominativement expliqué le fond des articles i3 et i5 du traité de Munster; que lui, Vergennes, était convenu de l'absurdité de ces stipulations; qu'il avait également conclu à ce que rien n'était plus juste que cbaque souverain fit dans ses Etats les dispositions qui lui convenaient le mieux. },l. de Vergennes persistant dans ses dénégations et moi soutenant plus vivement que jamais de lui avoir dit, ce que je lui ai dit en effet, la scène devint d'une chaleur qu'il serait dillicile de rendre.

«11 semble cependant que le ministre sentit combien il s'était oublié; j'avais l'avantage d'avoir gardé mou sang-froid et je

n'avais opposé que de la fermeté et de la précision à beaucoup de colère. Enfin après quelques moments de silence, il parut se calmer et vouloir réparer un peu ce qui s'était passé entre nous. Il me dit que, vu les soins, les peines et le zèle que cette cour avait employés dans les aflfaires présentes. Userait cruel que la nôtre lui fit manquer une alliance, qui lui est utile, qui est pour ainsi dire conclue depuis un an et qui n'est tenue en suspens que par égard pour nous, et cela pour un objet qui, selon lui, Vergennes, ne nous est d'aucune conséquence, puisqu'il s'agit de stipulations non observées et tombées d'elles-mêmes par le laps de temps; qu'il pouvait même me prouver qu'en aucun état de cause ces stipulations ne pouvaient ni nous gêner, ni nous embarrasser, puisqu'au pis aller et au cas d'un refus constant de la part des Hollandais, il nous était parfaitement libre de faire à la suite du traité une déclaration portant que nous nous reconnaissions libres en matières de douanes et commerce et remettre cette déclaration à la puissance médiatrice, supposé que les Hollandais refusassent de l'accepter.?)

tU'jà (eriiiiiK'o, on |)ourra la régler avec la plus parfai((3 é([iiilé, hors qu'on ne veuille y niellre une chicane et une mauvaise foi inouïes.

Vous avez parfaitement raison, mon cher Comte, qu'il ne faut pas donner à la France cette certitude parfaite, comme si, qu'elle fasse ce qu'elle veuille, mon alliance avec elle m'importât trop pour ne jamais en changer, et je ne manquerai pas de profiter dans l'occasion de cet avis, que votre zèle et la connaissance que vous avez du local vous ont dicté.

Je vous joins ici la copie de la lettre que le Roi m'a écrite'''; vous verrez que son style est un peu emprunté. Par celte occasion je n'écris qu'à la Reine, dont je vous joins ici la lettre; je n'entre avec elle dans aucun détail '-1 Je désire bien que cette vilaine affaire avec le cardinal de Rohan se termine bientôt et que ce mauvais sujet soit au moins éloigné de la cour.

Adieu, mon cher Comte; portez-vous bien et croyez-moi avec beaucoup d'amitié et de considération

'*' Louis XVI à J()SPj7h II. Fontaineblonu, le iG octobre ij85. rfMonsieiir mon fi'ère cl bcau-frèro, la lotlre que V. M.in'aéciilc le 1*' de ce mois, m'a causé une salisfarlion d'autant plus vive qu'elle renferme rexpression non équivoque du conlentem Mit que lui ont donné les articles signés le 2 0 soplembro dernier. En me cliargeant d? contribuer par ma médiation au rélablissement de la paix entie elle et t^s Provinces-Unios, j? m'étais proposé d'> l'aire tout ce qui dépendrait do moi, pour qu'il no lui restât rien à désirer, ni par rapport à sa dijjnilé, ni par rapport à sa sa considération. Il m'est bien agréable d'avoir la ce. (ilude que j'ai réussi au gré de V. M. Ma (Oiiduilo doit prouver à toute

l'Europe qu^ j'aime la jusiioe cl la paix et surlout que je mets un prix infini aux liens (pii m'attachent à vous, mon cher beau Irère. La conservalion de ces liens sera invariablement l'objet do mes soins. Ils ont pour base notre utilité commune en même lemps qu'ils sont un tùr ga ant de la tranquillité gêné aie. Ceile-ci est essenliellement le but des vœux de V. M. comme elle est et le sera toujours des miens. C'est en vous emlirassant, mon cher beau-rrèro, et en vous reiiouvelant les assurances de mon lendre et fidèle atlaclienient, que ji'. vous prie de me croire pour la vie...n {Marie- Aiiluinetlp, Joue- h II, Iliv Ilricfœcclis^I , p. gG.) ' ' Celle Icilrc manque.

Vienne, le 10 novembre ij85. — Je me flatte, mon bon ami, qu'ayant l'air de vouloir tenir bon et en faisant le difficile sur l'article de la souveraineté de l'Escaut depuis Saftingen, à laquelle les Hollandais beureusement paraissent mettre beaucoup plus d'importance que la chose ne mérite, vous pourrez emporter tous les autres articles sur lesquels on chicanait encore au départ de votre dernière lettre au comte de Belgiojoso, dont je fais mention dans ma lettre d'office, et j'en serai, je vous avoue, fort aise pour vous voir débarrassé aussi de votre côté de votre fastidieuse négociation, dans lacjuelle il faut avouer que M. de Vergennes s'est bien mal conduit vis-à-vis de vous et même vis-à-vis des Hollandais, ses protégés. Cet homme ne peut pas se guérir de la peur qu'ils pourraient lui échapper, et c'est cette terreur panique qui l'excuse un peu vis-à-vis de moi.

Il me semble que nous avons assez lieu d'être contents de M. de Simolin^i\ Dites-moi un peu, je vous prie, ce que c'est au fond que cet homme, pour le caractère, pour le talent et pour la façon de penser, tant à notre égard qu'au sujet de la France et de l'Angleterre.

Il me tarde bien de pouvoir vous envoyer une bonne traduction de l'examen des déclarations prussiennes, qu'à mon grand regret je n'ai pas pu me dispenser de laisser publier en langue allemande, parce qu'il me semble qu'il devrait pourtant ouvrir les yeux sur bien des choses à tous ceux qui seront capables de voir de sang-froid. Il ne m'a pas été possible de m'en procurer une raisonnable plus promptement. Mais vous pouvez compter d'en avoir une dès qu'elle sera sortie de la presse. Je hais d'ailleurs les guerres de plume, parce qu'on ne finit jamais et c]ue communément cela ne mène à rien ou à peu près; mais, dans cette occasion , il n'a pas été possible de s'en dispenser, parce que le roi de Prusse a trouvé bon d'attaquer directement les deux cours impériales, en les dénonçant à toute l'Europe comme ayant attenté au système de l'Empire germanique et comme voulant en renverser la constitution pour avoir demandé tout bonnement à M. le duc des Deux-Ponts, s'il trouvait être ou ne point être de sa conve-

^'^ j\f. de Siinolin était depuis 178'! ministre de Russie à Puris; auparavant il avait été à Londres en celle mémo qualité.

li6S MERGY A JOSEPH II.

nance d'échanger les Etats de Bavière contre une partie équivalente et même supérieure en revenus des Pays-Bas autrichiens, c'est-à-dire pour lui avoir dit : k Voyez si cela vous convient, et si cela ne vous convient pas, comptez que je n'ai rien dit 55.

Vous avez bien raison, lorsque vous dites que vous eussiez désiré qu'avant la conclusion du traité définitif on n'eût rien altéré à l'état des choses relatives au\ troupes, tant présentes qu'en route. J'ai fait tout ce que j'ai pu ])our empêcher la hâte ridicule et enfantine que l'on a mise à cela, mais inutilement, uli solet, au moins bien souvent. Je souhaite que vous soyez bientôt dans le cas de me mander que tout est dit et fait, et je suis

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