‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiée (volume 2)Chapitre 63 sur 65 · MERGY A JOSEPH II · texte numérisé non relu

MERGY A JOSEPH II

Paris, le 1 1 novembre iy85. — Le traité définitif que je mets aujourd'hui très humblement aux pieds de V. M. I. aurait été signé c[uinze jours plus tôt, si le comte de Vergennes, soit par oubli, soit peut-être à dessein, n'avait négligé de prévenir les ambassadeurs de Hollande sur la stipulation de la liberté réciproque en matière de douanes et de commerce, article dont je m'étais expliqué plusieurs fois avec le ministre, quoiqu'il ait eu l'indignité de me le nier, ce qui occasionna entre nous, le 28 octobre, une scène violente, de laquelle je me fis sur-le-champ raison par les réponses piquantes et dures qu'il me força à lui faire '^'. La Reine, instruite de la circonstance, de ses particularités et de ses motifs, en serait venue à un éclat, si je ne l'en avais retenue par mes supplications, croyant ce sacrifice de ma part nécessaire au bien de l'auguste service. Le comte de Vergennes a paru depuis sentir combien il s'était oublié vis-à-vis de moi; ses avances et prévenances me donnent lieu à le présumer; mais, au fond, il n'a cessé de me déjouer jusqu'au dernier moment de la négociation. Il aurait en efi"et terminé son traité d'alliance avec la République avant que celui de V. M. fût signé, si la Reine n'était interve-

f' Voir plus haul, p. hGl\ , n. i.

nue |)Oiir l'arrêter. Le zèle de cette auguste princesse ne s'est jamais ralenti un instant sur tout ce qui pouvait être agréable ou intéressant à V. M., et j'en ai eu une nouvelle preuve clans l'occasion dont il s'agit ('l

Ma dépéclie au gouvernement général expose la conduite que j'ai cru devoir tenir; j'invoque la bonté et la clémence de V. M. dans le jugement qu'Elle daignera en porter. J'ose espérer que les points principaux ont été mis à couvert; j'aurais insisté plus opiniâtrement sur quelques détails, mais il fallait finir pour éviter des embarras qu'une médiation aussi partiale me faisait sans cesse prévoir et redouter.

Le comte de Vergennes a reçu son présent avec des démonstrations de la plus profonde et respectueuse gratitude; il en a été de même de la part du premier commis de Rayneval et des ambassadeurs de

C' Marie-Anlomelte à Joseph IL Fontainebleau, ce 10 novembre 1^85. «Je vous fais mon compliment, mon cher frère, sur la signature du traité de paix avec les Hollandais. Cette affaire aurait été plus tôt terminée, si les intentions personnelles du Roi avaient été mieux secondées par ceux qui sont chargés de les remplir. M. de Mercy a éprouvé jusqu'à la fin heaucoup de dés:igréments et d'obstacles, que je suis parvenue, aidée de sa douceur et de ses conseils, à faire cesser. Ma tendre amitié pour vous ne m'a rien laissé oublier; mais aussi nous devons heaucoup à M. de Mercy et je doute que tout autre s'en fût tiré aussi bien.

«Mes trois enfants se portent à merveille; le petit mouvement de fièvre qu'à eu mon fils aîné n'a pas eu de suite. Il est à présent rentré à Versailles où dans huit jours j'irai le rejoindre. J'avoue que je n'en suis pas fâchée ; la vie d'ici est si active et l'on est toujours si fort entouré de monde que pour le corps et l'esprit on a besoin de repos. Adieu, mon cjier frère, ne doutez jamais de toute la tendresse avec laquelle je vous embrasse du fond de mon cœur. 55 (^Marte- Anloinellc, Josrph II. . .. Ihr Briefivechsel , p. 100.)

Peu de temps avant la clôture des négo-

ciations entre l'ambassadeur impérial et les envoyés hollandais, M. de Vergennes avait signifié à M. de Mercy «qu'il ne pouvait plus retarder la signature de son traité d'alliance avec la Hollande; qu'il avait la main forcée à cet égard par l'activité des intrigues de l'Angleterre qui offrait aux Etats généraux de payer les dix millions auxquels ils se sont engagés envers l'Empereur, pourvu qu'ils se désistassent de leur union projetée avec la France n. Pour arrêter M. de Vergennes, M. de Mercy eut recours à des moyens majeurs, comme il dit lui-même, c'est-à-dire à l'intervention de la Reine, qui eut l'effet qu'il désirait; cependant le comte de Vergennes n'en continua pas moins de mettre la dernière main à sou traité avec la Hollande, si bien qu'il put le conclure deux jours après la signature du traité entre l'Empereur et la République, qui ne s'était pas trop fait attendre et avait eu lieu le 8 novembre à Fontainebleau; car M. de Mercy avait vu la «nécessité indispensable de finir promptement avec des gens qui , sous le titre de nouveaux alliés de la France, se seraient montrés de plus en plus intraitables, n (Dépèches de M. de ^lercy au prince de Kaunitz et au comte de Belgiojoso du 1 1 novembre 1780.)

Hollande; ils m'ont tous requis d'en faire parvenir le témoignage aux pieds de V. M.

J'abrège ce présent et très liundile rapport pour ne pas r(;tarder le départ du garde-noble, et je suis

Paris, le 1 1 novembre i j85. — Je n'ai pas lardé à m'apercevoir ici, que le désarmement subit aux Pap-Bas me rendait plus difficiles les moyens de tirer tout le parti que j'aurais désiré de la négociation hollandaise, mais enfin le traité est signé, et il l'aurait été quinze jours plus tôt, si M. de Vergennes, au lieu de me nier indignement ce qui avait été convenu, s'était occupé de prévenir et de préparer les ambassadeurs de la République sur le point de la liberté réciproque en matière de douanes et de commerce. Cette omission du ministre a donné lieu entre lui et moi à une scène violente''^ dont la Reine aurait fait un éclat si je ne l'en avais dissuadée, croyant ce sacrifice de ma part nécessaire au bien du service; d'ailleurs je m'étais suffisamment fait raison par moi-même et M. de Vergennes avait paru sentir combien il s'était oublié.

J'ose espérer que les points essentiels du traité ont été mis à couvert; je n'y ai épargné ni soins ni zèle; la bonté et l'indulgence de V. A. la porteront à me pardonner les fautes que je pourrais avoir commises. Il fallait en finir promptement pour éviter de nouveaux embarras c[u'une médiation aussi partiale me faisait sans cesse prévoir et redouter.

Maintenant, je vais rassembler les arbres et arbustes que V. A. m'a chargé de lui envoyer; ils seront expédiés du i 5 au 20 par la voie d'Ulm et aucune précaution ne sera négligée pour que le tout arrive en bon état.

t'' Voir plus haut, p. /i6/i, n" i.

Vienne, ce (S déceinhre }j85. — Ce courrier-ci vous remelira les ratifications du dernier traité. Je n'ai pour le moment rien de bien intéressant à vous mander; j'attends d'un jour à l'autre des nouvelles de l'issue du procès du cardinal de Rohan.

La soi-disant ligue germanique va toujours son train, et plus ou moins le roi de Prusse est toujours siir de trouver ses dupes et des gens qui veulent bien croire aux calomnies qu'il débite et que pourtant les faits démentent l'un après l'autre.

Les religieuses du Saint-Sacrement destinées d'aller en Pologne, et que, comme vous savez, la Reine protège, viennent d'arriver ici au nombre de dix.

Je vous joins ici une lettre pour la Reine ^^^ que je vous prie de lui remettre, et en même temps de me croire avec une parfaite estime et sincère amitié

Vienne, le 8 décembre ijSo. — Vous ne nous avez lien laiss(' à désirer, mon bon ami, à l'occasion de la signature du traité, dont je vous envoie aujourd'hui les ratifications. Vous vous êtes empressé de terminer, et cela était essentiel, et vous nous avez obtenu les meilleures conditions possibles, et bien au delà assurément de ce (jue selon moi, de bon droit, nous pouvions exiger.

Il n'y a donc qu'à vous féliciter de vos succès, et c'est un devoir dont j(^ m'acquitte, comme vous pensez bien, avec une très grande satisfaction.

J'ignore si l'Empereur a pensé à féliciter le Roi de la conclusion de son traité avec les Etats généraux, directement ou peut-être par le canal de la Reine; et comme il se pourrait c[u'Il l'eût oublié, si vous ])0uvez parvenir à le savoir, ayez la bonté d'y suppléer en Lui faisant

^'' Celte leltrc maiir[iie.

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parvenir des félicitations convenables par le canal du comte de Vergennes, comme si vous en aviez été chargé ministériellement.

11 est inconcevable que le comte de Vergennes puisse ne pas sentir que, sous le nom de l'électeur de Hanovre, au moyen de son association avec le roi de Prusse, l'Angleterre fait actuellement à notre alliance tout le mal que dans ce moment-ci il est en son pouvoir de lui faire, en attendant pis, dès qu'elle le pourra, et cela par système non pas contre nous, mais contre la France, en haine de laquelle, n'osant le risquer directement, il n'y a sorte de moyens odieuv qu'elle n'emploie indirectement vis-à-vis de nous. Mais elle n'en retire que des réponses conformes à notre loyauté, et telles que je voudrais que fussent celles du comte de Vergennes, toutes et quantes fois de la part de notre ennemi implacable il est question de nous vis-à-vis de la France. Ce qui lui ferait bien plus d'honneur et de profit, comme on dit, qu'une conduite et des propos louches dont je n'appréhende rien à la vérité, parce qu'il est impossible qu'il nous remplace, mais qui n'en sont pas moins désagréables.

J'attends avec bien de l'impatience ce que vous avez la bonté de m'envoyer pour mes plantations et je souhaite bien fort qu'à l'arrivée de ce convoi le temps soit encore aussi favorable qu'il l'est à présent. Parlez-moi au moins de temps à autre de l'état de votre santé, qui m'intéresse toujours beaucoup, beaucoup, comme je me flatte que vous en êtes persuadé, ainsi que de ma tendre amitié.

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