‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiéeChapitre 28 sur 37 · MAI 1770. 3G · texte numérisé non relu

MAI 1770. 3G

manicTC d'être, disant, que si ce prince ne cliangeail pas ii dcvicmlrait riiorreur de la nation. Le Roi a été fort ému de celle phrase; il est convenu de la nécessite' de laisser l'abbé de Vermond à Madame la Danphino, mais je crains encore la résistance de M. La Vaujjuvon.

Je supplie V. A. de nie pardonner le peu d'ordre qu'Elle trouvera dans celle lellre, l'embarras de mes fêtes v donne lieu.

\ icnni', ce aj ma}j ij'jo. — Votre lettre du a6 avril dernier ''', mon cher Comte, m'a été remise le i -2 du courant, par le comédien Baudot'-', qui est à peu près aussi mauvais qu'il est laid. Je ue conçois pas comment M. de Bréa a pu se déterminer à nous empêtrer de ce personnage, à moins que Afllisio ne lui ait donné des ordres de prendre le premier venu, ce que j'ignore, mais qu'il est très capable d'avoir l'ait. Quant au sieur do la Rive, il y a dans le procédé de messieurs les gentilhommes de la Cliambrc toute la déraison, toute l'inconséquence et toute l'injustice que l'on voit pratiquer souvent dans le pays où vous êtes. Mais je ne puis vous dissimuler que je suis fort étonné que M. le duc de Choiseul, dans lequel il n'y a rien de tout cela, ne nous ait pas fait rendre raison dans celle occasion, où la foi publique est intéressée, indépendamment des égards que peut mériter ce pays-ci, surtout dans une niaiserie de cette espèce; mais à bon chat bon rat : je vous réponds que je m'en souviendrai en lemps et lieu.

J'apprends que M. de Bréa nous a engagé aussi une certaine Mademoiselle Fleury '^' pour les reines; je ne sais pourquoi, car nous n'en avons (jue faire; mais je vous prie cependant, comme vous êtes le seul homme à l'exactitude des rapports duquel je me fie, de me mander son âge, sa figure, et si son talent et l'étendue de ses connaissances sont supérieurs à notre demoiselle Dorsay ''', ou au moins égaux, ce que ni l'un ni l'autre je ne saurais croire. Il y a plus, il semble que M. Bréa travaille à nous engager une tioupe toule nouvelle, et à nous obliger par conséquent h nous défaire de celle que nous avons, qui est bonne, et pour laquelle il ne nous faut qu'un homme pour les jeunes premiers, qui soit au moins-

(') Celle iollre niaiiquc. veiiibrc 1768 à lii Comédie Française dans

'^' Baudot parait n'avoir jamais joué l'emploi des reines. qu'en province; en 1758, il faisait partie ''' M"* Dorsay ou Dorcé était une actrice

de la troupe de Clermonl-Kerrand. de province; elle élail aussi à Clermonl-

3) M"' Fleury avait déjjulé le i/i no- l'>rrand en 1758.

368 MERCY À KAUMTZ.

(io la loiri' (loul ('-lait iNciiville, i[U(' vous avez vu ici en (lornicr lieu. CVsl là la seule aC(Hiisilioii (|uc nous avons besoin el envie que Ion nous lasse; allenclu ([ue jiour un roi, nous ne pourrons nous décider (juajirès que nous nui'ons vu la r.'ponse d'Aul'resne*' , i[uc nous attendons incessamment. De tout (|U()i je vous prie da\oii- la bonté d'avertir Al. Bréa pour sa direction.

Je vous fais mou compliment de tout mon cœur sur la Toison, à mon avis la mieux placée que l'on ait jamais donnée. Je vous remercie de m'avoir envoyé ce que je vous avais demandé, el quant aux chevaux navarrins, je vous prie encore une fois, quand ils seroul arrivés, de les juger à la rigueur, el de ne pas les envoyer, si vous ne les trouvez pas fort jolis de figure el bien bons.

Vos deux lettres du i /t cl du i -y me sonl aussi parvenues par l'exprès de M. de Starliemberg, sur le séjour duquel, dans le pays où vous èles, je compte que vous me direz (juelque chose une autre fois. En attendant, je pense avec l'ami dont vous m'avez envoyé le billet, que quant à notre petite, tout ira bien pourvu qu'on ne la gâte pas. Le souper de la Muette est en effet un trait de faiblesse bien déplacé; au fond, cependant, il n'y a rien à dire sur une chose que l'on partage avec toute la Famille Royale, d'autant plus qu'il n'v a (ju'à ignorer ce (jue l'on doit cl peut ne pas savoir, et dès ce moment c'est tout au plus comme une autre. Eu un nml, tout dépend dans ce meilleur des mondes possibles de la façon dont on envisage les choses, el je désire moyennant cela que Madame la Dauphine, pour les bien voir, se détermine à ne voir jamais que par vos yeux. Adieu, mon bon ami.

Paris, h ifijuin tj'jo. — Monseigneur, avant de r('|)ondre aux deux lettres dont V. A. m'a honoré en date du •?.-/ el îîq di^ mai, je crois devoir lui rendre comj)tc de; ce ([ui a iap])orl au séjour (|u'a l'ait M. le pi'incc de Starhcndierg, vis-à-vis dufjuel j'ai observé deux grandes maximes, l'une d'éloigner toute réilexion qui ne serait que relative! à mon personnel, l'autre de faire peu de cas des formes pourvu que le fond des choses tende au bien. D'après ces piiuci|)es, j'ai lâché nioi-nu'mi' d'eiiga-

'" Aufrpsne (J. lîivut, dil) avait délmli- le ."jo mai 17(15 à la Oomoilie Fiaiiraisc oi'i il avait élà reçu à quart (le part le aj) juin suiv.iiil. Il li c|uilta lo ;im nnvouiliic pour aller en Russie, puis à Berlin, l'ii llali:'. l'Ic.

ger M. de Starhembcrj; à agir cl lui eu ai fa(;ilité les occasions autant qu'il était on mon pouvoir. De son côté, il a répondu d'une façon obligeante et honnête à ma conduite envers lui; je ne crois pas qu'il ait parle à fond d'aucune affaire politique avec M. de Clioiseui, et il m'a communique' joiinicllumenl le peu qui s'e'lait dit entre eus sur cette matière; son attention principale et prescjue unique a porte' sur ce qui regardait Madame la Danpliine; il s'est même occupe' avec chaleur des moyens à m'assurcr, pour la suite, un accès facile auprès de cette princesse, et m'a confié sominaii'cment ce qu'il mandait à la Cour sur ce sujet.

J'ai cru remarquer plus de politique que d'intimité dans l'accueil que M. de Clioiseui et Madame de Gramont ont fait à M. de Starhembcrg; il a logé chez moi et m'a parlé plusieurs fois des motifs qui lui rendaient sa destination en Flandre très agiéable, ces motifs se rapportaient î» l'Empereur et à des expressions d'attachement et de respect pour V. A. La veille de son départ, il reçut par le courrier de Bruxelles une lettre de l'Impératrice, et me dit que l'intention de notre souveraine était que j'adressasse directement à S. M., et sous enveloppe à M. de Nény, tous les rapports que j'aurais à faire sur Madame la Dauphine; indépendamment de cela, soit que l'Impératrice eût réfléchi d'Elle-même sur son oubli total à mon égard, dans les ordres particuliers donnés à M. de Starhemberg, soit que M. de Nény y eût conlrii)ué, S. M. a jugé à propos de m' écrire la lettre ci-jointe en copie, à laquelle suit aussi la copie de ma réponse'''; j'aurai l'honneur de communiquer successi\ement à V. A. tout ce que cette correspondance pourra produire d'intéressant, mais pour ne pas L'ennuyer de détails minutieux, je ne le Lui présenterai (jue par forme d'extrait, à moins qu'EUe n'en dispose autrement.

La fermentation qu'ont occasionnée ici les démarches que j'avais ordre de faire en faveur de Madame de Brionne, se trouve exposée dans ma dépêche du 26 mai, elle ne pouvait pas encore être parvenue à V. A. lorsqu'Elle m'a fait l'honneur de m'écrire sa lettre du 99 du même mois; je crois par conséquent devoir suspendre l'exécution de ce qu'Ellc m'y enjoint sur cet objet qui est absolument manqué et «jui, vu l'irrésolution du Roi, sera très difficile à redresser.

Quant aux matières de spectacles, M. Bréa est toujours allé en avant, et ne m'a dit les choses que quand elles étaient faites; de là est parvenu l'envoi du comédien Baudot, auquel je n'aurais pas consenti si j'en avais été prévenu à temps. Mademoiselle Fleury passe pour une bonne actrice;

C' Il s'agit ici de la loUiu de Maiie- loules deux publiées dans le recueil de Thérèse à Mercy, du 3/1 mai 1770, et de MM. d'Arnelli et (ii-IVmy, t. t, )i. 8 et la réponse de Mercy du i5 juin suivant, suivanles.

MliRGY À KAUNITZ.

elle a le stinVagc des jjons di: son nirliei- cl de connaisseurs auxquels je crois que l'on peul s'eii rapporler, fe|)endanl je ne l'ai pas vue jouer, mais je sais qu'elle avait un ordre de début, pour Paris. Elle se donne vin<Ttciu(| ans, sa figure esL bien el son maintien annonce du (aieut.

Le nomme' Marsan''', qui doit jouer supérieurement les rôles de roi, se trouve à Prague, et au dél'aut d'AulVesne, ce serait une bonue accjuisition à faire.

M. Bréa propose )iour l'annexe piocliaine une (|uantil(' de sujets, lesrpiels, d'api'ès les inlorniations que j'ai jtrises, sont tous bons, surtout Mademoiselle Verteuil''' et le sieur Dugazon '•''. Si V. A. consent à la formation de cette troupe toute nouvelle, il faudra qu'ElIc me fasse parvenir SCS ordres à temps, parce que je prévois beaucoup de difficultés à faire partir tous ces personnages. M. Bi'éa \ient encore d'envoyer, à mon insu, un nonimé Lange', que j'ai vu très médiocre en Russie et que je crains qui ne se soit pas perfectionné depuis.

Quoique je n'aie cessé d'insister pour qu'on me rendît le comédien La Rive ou un sujet équivalent, je n'ai encore rien obtenu; maintenant je demande un dédit de cin(| mille livres, au(piel ce La Piivc s'était engagé; je dois rendre la justice à M. de Choiscul qu'il m'a secondé de son mieux, j'ai même été témoin d'une exhortation très vive qu'il a faite à ce sujet à M. de Duras; mais l'autorité du ministre est nulle vis-à-vis du despotisme des gentilshommes de la Chambre, ameutés par le maréchal de Richelieu. M. de Choiscul en a été réellement piqué et m'a promis que, sans eu prévenir ces messieurs, il me donnera dans la suite les passeports nécessaires à faire partir tous les comédiens qui seront engajjés pour Vienne. Entre temps, M. Créa suspendra toute démarche jusqu'à nouvel ordre de V. A. et nous nous bornerons à la recherche d'un sujet qui puisse remplir les rôles de jeunes piemiers et qui soit de la force de Neuville.

Malgié toutes mes recherches, je n'ai pu encore me procurer la brochure intitulée Requête au Parlement sur l'abolition des fêtes et du Carême, on me mande de Genève qu'il ne s'y en trouve |jlus un exemplaire; M. d'Alembert et M""' Ceolfrin m'ont j)rouiis de faire de nou\eiles perquisitions à ce sujet.

Je prends la liberl(' d'envoyer à \. A. (|uelqucs portraits en gravure de Monsieui- le Dauphin et de Madame la Dauphine, avec des estanijtes allégoriques sur leur mariage.

C Mai'san aviiil fif;iiré avec la (Àiini'dic Française dans los spectacles de la cour, à Versailles, de janvier à février i^O.^).

W M"" Verleiiil débula le )() avril 1768 à la Comédie Française <iù elle ne reparni

que le 1 f) oclohre 1771; pendant ce temps clic avait joué à Toulouse.

''' Dufjazon (17/11-1 iSo<)) déliuta à la Comédie Française le ag avril 1771 et en lut reçu sociétaire le 10 avril 177^.

l'i JUir.LET 177 0. 371

Paris, le là juillet ijjo. — Monseigneur, j'adresse par le courrier d'aujourd'iiui deux rap[)orts à l'Impératrice, le premier contient un délail peu imporlant sur les occupations journalières de Madame la Dauphiue, le second, inséré dans le premier sous une enveloppe à part, est plus intéressant et je crois devoir en joindre ici une copie à V. A.'^'.

Je n'ai rien pu Unir avec les {fcnlilhommes de la Chambre par rapport au comédien La Rive; ces messieurs se sont refusés à payer son dédit et ont manqué à la parole donnée de me procurer un autre comédien. Je crois, Monseigneur, que pour l'année prochaine le plan de M. Bréa sera boa à suivre, au moins est-il certain que les sujets désignés dans sa liste sont les meilleurs que l'on puisse maintenant trouver en France; je n'ai de doute que sur Mademoiselle Fleury, parce que, a|)rès de nouvelles infoi'mations, il m'est revenu que son talent ne répondait pas k sa figure, de laquelle seule j'ai été à même de juger et qui m'a paru bien. Je ne discontinue point mes recherches pour découvrir un sujet de dislinclion et propre aux rôles de jeunes premiers; il vient d'en débuter deux dans ce genre, au théâtre de Paris; mais ils sont au-dessous du médiocre et ne peuvent être proposés.

Le maréchal l'errant Walmischek se comporte bien et profile utilement de son séjour ici, il m'a demandé un habit et quelques ustensiles nécessaires à l'exercice de son métier, j'attendrai les ordres de V. A. avant de lui fournir ces objets. M. de Neuilly m'écrit de Barèges (ju'il a deux piqueurs occupés à la découverte des cbevaux que V. A. désire et je me promets beaucoup du succès de cette commission.

J'ai l'honneur d'être, avec un profond respect, etc.

Austei-lilz , ce ta septembre ijjo. — Je suis do retour ici depuis le 8, el c'est d'ici ([ue je vous dépêche le courrier porteur do ma lettre d'oflicc, quoique l'Impératrice ne l'ait pas vu, parce que j'imagine que le Roi doit être bien aise de savoir au plus tôt ce qui peut s'être passé d'essentiel entre le roi de Prusse et nous, pendant le séjour qu'il a fait à Neustadt, et que

(" C'est la lettre n° I\ de Mercy à Maric-Tliéi'èse, du ili juillet 1770, impr'iuit'e aux pages a5 et suivantes du louie 1" du Recueil de M\[. d'Anielti el (lelîroy.

ah.

•M'2 MERCY À KAlilNlTZ.

je suis bien ccriaiii que rimpéralrice ap|)i'ouvcra celle allenliou pour le Roi, qui est bien parfailemcnl conforme à ses scnlimenls pour Lui. Vous voudrez donc bien, mon cher (loinle, informer au piu'^ loi Monsieur le dur de Choiseul, auquel je vous prie de faire mille complimenls de ma part, du contenu de ma lettre, et vous pouvez y ajouter que je me flatte d'avoir convaincu entre autres le roi de Prusse, par une foule de raisons, de l'évidence desquelles il est convenu avec moi :

Que nous envisageons son alliance avec la Russie eonmic aussi conforme à notre système pacifique et aussi propre à maintenir la (ranquillilé {jéne'rale que la nôtre avec la France, et que moyennant cela il jiouvait compter que, supposé qu'elle ne nous en donne pas sujet, nous nous y tiendrons irrévocablement, et cire d'autant plus certain qu'il n'a point à craindre que nous tentions jamais de lui faire faire des infidélités par son impératrice de Russie; cpie je lui avais démontré que son alliance n'était plus conforme à nos intérêts et à notre système pacifique. Il m'a paru que j'étais parvenu à lui faire envisager bien des cboses tout aulrenient qu'il ne les avait vues jusqu'ici. Nous verrons par la suite des temps l'impression que pourront lui avoir faite mes entretiens aveclui, et en attendant, je suis bien ccriain que, si je ne suis pas parvenu à faire tout le bien (jue j'aurais voulu, je n'ai rien gâté au moins. Mettez-moi aux pieds du Roi et aimez toujours un peu votre ami qui vous aime bien.

Paris, le iq septemhre /770. — Monseigneur, M. Bréa m'a communiqué les rapports relativement aux sujets de théâtre qu'il propose, et j'ai vérifié l'exactitude de ce qu'il mande sur chacun de ces sujets, de façon que nous n'attendons que les ordres de V. A. pour arrêter l'engagement de ceux qu'Elle voudra choisir. J'ai vu jouer Dufreny à Parme, il excellait dans les caractères nobles et y mettait beaucoup de vivacité el d"('nergie. Toutes voix se réunissent à vanter les talents de Madame \('rleuil, mais on ne réussira pas à la séparer de ses deux compagnons, que l'on dit médiocres. Quant au sieur DorsevillcC, je lui trouve l'organe faible dans le tragique el le gesie outré, cependant il est un des meilleurs débulanis (pie j'aie vus depuis une année, au resle il sera nécessaire que V. A. nous fasse parvenii' incessamment ses volontés, parce que sans cela les sujets en

<*' Dorsevillo avait dclnilé à la Coinrdic Française le aS août 1770; il redélmtn le .'î août 177'!.

l'J SEPTEMBHi; 17 7 0. ;573

(|ucslioii nous (;clja|)|)uront, fil il sera presque impossible d'eu accpiérii- (le meilleurs.

.rallcuds M. de Neiiilly le mois prochain, cl suis bien impatient de voir l'emplette do clievau\ (ju'il aura laile pour V. A.

Je continue à n'avoir à mander, sur la conduite de Madame la Dauphine, (|ue beaucoup de bien et peu d'inconvénients; ceux-ci consistent en ce que Madame l'Arcbiducbesse se livre trop aux conseils de Mesdames, les- (juelles, n'ayant jamais pu se conduire Elles-mêmes, sont peu propres à diriger une jeune princesse. Madame la Daupbine né[;li{fe sa lijjure. Elle s'ennuie de la repre'sen talion et s'en dispense un peu trop souvent; son mariage n'est point encore consommé.

Le chapitre du bien est (pi'Elle plaît au Uni, qu'Elle gagne un ascendant marqué sur M. le Dauphin, qui est doux, complaisant, même confiant envers Elle, qu'enlin Elle ne se laisse entraîner ni aux recommandations, ni aux intrigues; voilà. Monseigneur, tout ce qu'il y a d'essentiel à en dire. Quand je saurai V. A. de r.'tour îi Vienne, je Lui exposerai des détails moins succincts; je La supplie de me conserver toujours ses bontés et d'agréer les sentiments inviolables et respectueux, avec les(|ucls j'ai l'honneui' d'èlre pour la vie

> 185. — MERGY À KlUNITZ.

Paris, le aS septembre l'j'jo. — Monseigneur, la lettre de V. A. du 12 et le P. S. séparé dont Elle m'a honoré, ont produit ici tout le bon ellet qu'Elle s'en était promis. M. de Choiseul, qui dans certaines occasions n'a pas toujours la conduite la plus nette, sent fort bien que ses petits détours n'échappent point à V. A. et qu'Elle pourrait un jour s'en faire justice. Cette réflexion, fondée sur une mauvaise conscience, rend M. de (]|ioiseul méfiant et la dernière entrevue de Neustadt l'avait tourmenté plus que de coutume. Il en résulte cependant un 1res grand bien, comme V. A. le verra par le contenu de ma dépêche, 01*1 je me suis attaché à rendre aussi littéralement qu'il m'a été possible, les expressions dont s'est servi vis-à-vis de moi le ministre français. Quoique ce dernier cherche à cacher ses idées le mieux qu'il le peut, je crois remar(iuer qu'il s'occupe encore à calculer les avantages et les inconvénients que pourrait produire, personnellement pour lui, une guerre avec l'Angleterre; il paraît eudjarrassé de la solution de ce problème, lequel pouriait peut-être se résoudre l'acilemenl par rim[)ossibilité évidente de sulfire

aux (li'|ifiiscs (111110 {jiierre et de la l'aiiL' avec quelque Maisemblaiice de succès.

Par roi'casioa de ravanl-dcniier courrier, rimpûratrice avait daiffué iirécrire de sa main une lettre leniplie d'inquiétudes sur Madame la Dau- |)Iiinc. J'ai eu l'honneur de mander à V. A. le précis de ma réponse; je n'ai rien à y ajouter et n'adresse aujourd'hui aucun rapport à S. M. J'écris simplement à M. de Ncny, pour le prévenir de la remise d'une médaille que l'Impératriee m'a ordonné de faire tenir à l'auteur d'un poème pieux dédié à S. M., et je joins à cela (juclques petits détails propres à tranquilliser S. M. sur le chapitre de Madame la Dauphinc.

Votie séjour à Austerlilz, Monseigneur, me ra|ipellc les moments heureux oîi j'ai été à même de vous y l'aire ma cour et d'y éprouver, connue partout ailleurs, tant de bontés de votre part. Je souhaite que V. A. jouisse aifréahlemeut de ce beau séjour, et (|u'Klle dai;|iie v recevoir mes vœux ainsi que les assurances de l'attachcmenl inviolable et très respec- . lueux, avec Iccpicl j'ai riioiineur d'ètie. . .

1«6. — KALINITZ A MERCY.

\icinie, ce -î octobre ijjo. — Je suis de retour ici depuis a\anl-liier, mon cher Comte, et comme l'inipéralrice est très empressée de dépêcher son courrier de tous les mois, dépense entre nous, vu le peu d'importance de son objet, assez mal laite, je suis dans le cas de devoir me borner à ce que je puis vous mander à la Làte.

Ce qui me paraît devoir vous intéresser davantage, c'est d'être informé avec plus de détails de ce qui s'est passé à Neusladt entre le roi de Prusse et moi, et je vous envoie pour cet effet, dans notre intimité et pour vous tout seul, le rapport que j'en ai fait à l'Impératrice. Il ne doit vous servir que pour régler, d'api'ès son contenu, vos propos de conversation avec M. le duc de Choiseul, s'il arrivait qu'il vous en donnât l'occasion, et il serait superflu de vous faire observer ce qui peut se dire ou doit se taire. Il le serait de même d'ajouter aucune réflexion sur la valeur de tout ce que j'ai dit et fait et qui ne saurait échapper à votre pénétration, et moyennant cela j'ajouterai seulement que lorsque vous serez dans le cas de renvoyer ce courrier, vous le renverrez par Bi-uxelles et enverrez au prince Starheiiiberjj le |)a(]U('t tel (jue sitb volanù il est ci-joint à son adresse, à moins (pie vous n'ayez peut-être quehiue autre occasion très sûre pour le lui faire passer plus tôt, auquel cas vous le lui fere/, |)ar- \cnir même avant le renvoi de ce courrier. Nous sommes actuellement

(luiLs rallunlo des réponses de Pétersbourg, (jue le roi de Prusse s'est (•li;iry(>' de nous coinnuiniquer, cl ce sera alors coninio alors.

En allcudanl, la Porte a l'air de nous honorer de la plus grande confiance; le Reis Effendi a eu avec Thugut une conférence noclurne de cin(j heures, à laquelle c'est lui quia invité notre résident, qui a été très amicale de sa pari et très utile, à ce que j'ai lieu de croire, parce qu'elle a mis Thugut dans le cas d'empêcher les Turcs de se livrer à tout plein de fausses démarches et de les engager, au contraire, à suivre le sage axiome du si vis pacem, para bclliim.

Je ne saurais vous cacher, d'ailleurs, cpie je trouve notre duc de Clioiseul coniplèlement fou ou bien malhonnête, si c'est réellement son projet d'eutiaîner la France dans une nouvelle guerre, en dépit de l'impuissance bien avérée où elle est de pouvoir la faire sans s'achever de perdre. On ne devrait le croire vis-à-vis de tout autre que lui, mais quand on le connaît on peut se permettre de croire bien des choses. En tous cas, je n'en suis pas fort inquiet, parce que très certainement nous ne nous laisserons point entraîner dans le précipice. Excusez le laconisme de cette lettre et croyez-moi toujours votre ami qui vous aime bien.

/'. S. On vient de m'apprendrc que l'Impératrice veut faire passer son courrier par Bruxelles et h; dé|)ê('her tout à l'Iieui-e, je ne sais pourquoi. Vous n'aurez, moyennant cela, mon rapport sur l'entrevue de NeustJidt (jue par le canal de M. de Starhemberg, que je charge do vous le faire passer. Vous me le renverrez par le premier courrier (jue vous me dépêcherez.

Je vous prie, mou cher Comte, de taire remettre incessamment la cijointe h M. de Bréa, qui est pressante comme vous verrez par son contenu.

FonUiiinhlcau, le ùo octobre i']jo. — Monseigneur, par le courrier d'aujourd'hui j'adresse à l'Impératrice un rapport aussi volumineux que peu irnportanl sur les occupations journalières de Madame la Dauphine. Il nie serait bien facile d'en rendre compte en peu de mots, mais S. M. veut des détails et je m'aperçois (jue les plus longs sont trouvés les meilleurs. Madame la Dauphine grandit, embellit, plaît au Pioi , à son époux, à la Nation. Elle se conduit bien en tout ce qui est essentiel. Elle est docile aux bous avis; on ne peut Lui reprocher que quelques petits enfantillages, un peu trop de dépendance de Mesdames ses tantes, qui ey

al)usenl, et il .s(' joint à cola que son mniiage ii est point encore consomme. Voilà tout ce que mon rapport conlicMit tic plus raisonnable cl je suis l)ie;i sur (jue V. A. n'en veut pas savoir davantage.

Ijlnipéralrice a daijjné m'ecrire de main propre une lellre 1res |fracieuse. Elle s'y explique sur les inquiétudes que Lui donnent la vivacité' de Madame la Dauphine. son inapplication, le danjfer de sa position dans une cour ainsi intrigante, et d'un aussi mauvais exemple que l'est celle-ci. Je réponds, article par article, tout ce que j'imajjine de plus propre à rassurer S. M. pl à Lui éparjfner le tourment inutile ()u"Ellc se donne. Elle a voulu très expressément que le présent counier lut de retour à Vienne à la fin de ce mois; moyennant cela, je n'ai pu attendre les nouvelles d'Angleterre qui seront peut-être très intéressantes. Je les ferai parvenir à V. A. par la voie de Bruxelles et par (|uelque occasion sûre.

Je remets ici le rapport que V. A. a bien voulu me confier; j'ai lu et relu, avec toute l'attention qu'e.xige l'importance de la matière, ce chefd'œuvre d'une politique éclairée et (jui a pour base la vérité, la justice et la raison, trois qualités qui vous sont aussi familières, Monseigneur, qu'elles sont étrangères à ce pays-ci, oiî l'on se conduit à tous égards d'une façon vraiment pitoyable et qui révolte le bon sens. M. de Choiscul commence cependant à se persuader que sans argent, sans crédit et sans généraux il n'est pas couseillable de faire la guerre. Il tâche maintenant de l'éviter et de calmer, en Espagne, des rodomontades dcs(juclles il avait lui-même donné Pexenijjle. J'espère au moins, qu'après avoir brouillé et ruiné les all'aires dans le Nord, il vous laissera le soin, Monseigneur, d(^ les raccommoder sans s'en mêler. Il m'en a donné parole et je ne nian(pie jias de la lui rappeler dans les occasions.

.N'ajant rien en nialièie d'allaires à ajouter an contenu assez mince de mes d('pècbes d'aujourd'hui, je me bornerai à rendre comjjte à V. A. de (pichpies détails parlicullers. Jai fait parvenir sur-le-oliamp sa lellre à M. Bri'a et lui ai mandé que M. le prince de Starhemberg me prévient (|ue l'on se désiste à Bruxelles de toute prc'tenlion sur le sieur Dufreny. Pendant mon séjour à Chanleloup, où M. de Choiseul avait une comédie, j'y ai vu jouer Dugazon (jui est un très bon sujet et assez approchant de lîréville; si V. A. l'ordonnait on tàcherail de l'accpiérir pour l'année prochaine.

Vos chevaux iiavarrins. Monseigneur, seront à Paris dans liuil jours; il y en a un gi-is et entier, l'autre est bai et hongre. M. de i\enilly, qui est ici, croit avoir l'ait une bonne enq)letle; je réponds de son intention et il semble qu'on pourrait s'en fier à ses connaissances; cependant j"ai prié M. Bertin, ministre ayant le déparlement des haras, de me donner les gens les plus experts pour examiner ces chevaux; si on les trouve sans

dôl'auts, je Jes enverrai tout de suite, mais au moindre doute, V. A. en recevra un détail eirconstanciû et j'atlendi'ai ses ordres. Si les chevaux en question ne lui convenaient [)as, il sera facile de s'en défaire à Paris sans que V. A. soit induite en dépense. M. de Neuilly n'a pas encore voulu me dire le prix de cette cuiplelle, jusqu'à ce qu'il y ait joint les frais du transport.

KAUNITZ A MEIIGY.

Vienne, ce hq octobre 1770. — P. S. Quoique je compte que M. le duc de Clioiseul sentira tout le prix de la démarche (jue vous êtes chargé de faire vis-à-vis de lui ''' et que je suppose, moyennant cela, que si sa couine peut pas èlre de la médiation, il doit désirer que nous en soyons, bien plus viveuu'ut encore (pic si elle en était-, si, contre toute attente, il n'appréciait pas notre |)iocédé qu'aucun engagement ne nous impose, autant qu'il mérite de l'èlie, ne man(jucz pas au besoin, mon cher Comte, de lui en faire sentir toule la valeur; et de même, si conire toute attente il arrivait qu'il ne sentit pas que la France, dans le cas de son exclusion de la médiation, doit encoie plus désirer que son alliée au moins en soit, (jue si elle en était elle-même, ne manquez pas aussi de le lui faire comprendre.

Mon but, comme il n'éciiappera pas à votre pénétration, c'est ()ue la Fi'ance, par sa réponse (|ue vous presserez et nous renverrez par le courrier le plus tôt que possible, nous mette dans le cas de pouvoir accepter la mc'diation malgré l'association de l'Angleterre et son exclusion qu'elle peut regarder comme très certaine et irrévocable. Vous sentez bien que, pour y faire consentir le duc de Clioiseul, il faudra n'en paraître nullement empressé et se contenter de lui faire observer, mais froidement, que si nous n'en sommes ni l'un ni l'autre, il n'y aura plus personne qui veille aux intérêts de la Pologne et de la Poite, ni par qui la France puisse

<" A la suilo de l'onlroMie de A'eusl.KU, l'Védéric II avait Dll'ort à Calliorine It la inédialion de ^a Piussc «t de l'Autriclic pour arranger son conflit avec la Porte. L'impératrice de Russie avait répondu au roi de Prusse qu'elle acceplerail volonlicrs sa médiulion cl celle de l'Enipereur à la condition que le roi d'Anjjlolerre y interviendrait l'I que le roi de b'rance en serait exclu. Lorsque le minisire de Prusse à

Vienne était venu lui coniuuniiquer celle réponse de Calherine II, Kaunilz l'avait prié d'écrire à son maître pour lui renouveler les représentations que l'Empereur et lui-même Kaunitz lui a'vaicnt faites à ce sujet à Neustadt; mais le (Chancelier ne comptait pas sur le succès de celte démarche et il diai'geail Mercy de la délicate mission de faii-e accepler par Clioiseul l'exclusion de la l'iancc.

MURGY A KAUNITZ.

avoir la inoiudro connaissance de ce (jui se passera, ni ivlalivcnienl à I.» [lacificalion, ni à ses inlérèls à cile-mènie. Je n)'en lie bien piuliiilenieiil ù votre dexlérile' el il nu me reslo, moyennant ci'ia, (jiià \oiis renouveler les assurances de ma lendre auiitië.

Votre ami qui vous aime bien.

Vii'Uiic, le 9. noccmhvi' l'j'jo. — P. S. Si la rc'ponse (|ue doit vous j'aii'e M. le duc de (dioiscul sur i'ohjcl de la medialion, conlre loiile alleule vous ne Tavie/ pas encore lorsque celh; dt'pècbe vous parviendra, on (pi'elle ne lui pas connue nous pouvons la désirer, ne lui failes pas, mon clier (ionile, contniunicalion de la lellr(! au Kaïniakan''' et conlentezvous, jusqu'à nouvid ordre, do lui en dire le contenu en {p'os, d(! peur ([ue Tinspecliou de celle lellre ne rengage à exijjer de nous de lenir bon, et ne nous entraine moyennant cela à cMi'e tous deux les dupes de C(!lte obslinalion doni, toute déraisonnable iprelle serait, je vous avoue «Imc je ci'ois mon duc de (Jboiseul tiès capable. J'attends a\cc inqialience le retour du ])rcmicr courrier (jue vous m'enverrez et je suis de tout mon cœur

Fontainehieaii , le i5 nnccmhrc l'j'jo. — Avant (|ue j'eusse reçu la lettre dont V. A. m'a honoré du ai octobre, j'avais déjà pressé l'eii{[aj{cment du sieur Dufieny et tout allait être en rè|[le à cet éjfard, lors(jue le sieur d'iMinelerri! '^i a |)aru vouloir s'y opposer sous le pnîtexlc (inoncé dans sa lettre ci-jointe à Dufrcny. J'ai fait sur-le-champ prévenir ce dernier que cette dilbcidlé ne devait point l'arrêter, et j'écris aujourd'hui à M. io prince de; Slarhemberjj pour le pi'ier d'iuqioser silence à dl'Ji net erre. J'espère, Monscijfiieur, ijuc vous aunv. poiii' rauu('e pi'ocliaine une bonne trou|)e, p(uirvu (pie les sujets en{fa|fés ne se dédisent pas. Je m'attends à

'■' La lellre de KauniU au Kaïmakaii Mclimod-Paclia était rédi|;ée cii latin ot portait la date du i" novembre. Elle semblait avdlr pour but d'exciter la Porte à rejeter l'inlcrveiitioii de l'Auglelerre à l'exclusion de la l'raiice.

'" D'Enneterre (lisez d'Hannelaire) avait débuté à la (Comédie Kranfaise sans succès, il tut directeur à Bruxelles el mourut en iy8i). On lui doit un exccllenl livre sur VAvl tlu coiiirdwii.

15 NOVEMIJKIi 1770. 379

essuyer encore des cliicniies de !ii pnri, des premiers {jenlilshomincs de la Gliambre; j'ai cependant recommande le secret à nos comédiens, et s'ils Tobservenl, M. de Clioiseul m'a promis (pie, sans consulter personne, il me donnera tous les passeports ([uc je lui demanderai. Nous cherchons encore, M. Bréa et moi, une soubrette; je me suis opposé à l'cngaffcmont d'une M"° Sainval, laquelle est trop médiocre. M"" Verleuil propose sa sœur dont on dit assez de bien, et je crois qu'elle pourra convenir. Je n'ai cessé, Monseigneur, et ne cesse encore d(î faire toutes les recherches possibles sur cet objet qui intéresse \os amusements; mais la disetle des sujets de théâtre est telle qu'on n'en trouve plus. La comédie cpie nous avons ici à la cour est exactement mauvaise; Le Kain cl Mole sont hors de combat et il n'y a guère (jue Pi'éville (pii soutienne le spectacle. A mon l'ctour à Paris, mon premier soin sera d'y remplir les commissions dont V. A. m'honore par une note jointe; à sa lettre du ag octobre, mais Elle ne pourra les rece\o:r (pie par le courrier du mois de décembre, et le tout sera adiessé à M. Durand.

Vos chevaux sont arrivés en très bon état à Versailles, Monseigneur. Je les V ai fait examini'i' par d'habiles gens que m'a procurés M. Berlin; ils en ont été tjès contents et les ont trouvés sans tares. Le cheval bai prend six ans; il est de (piiitre pieds sept à huit pouces, d'une belle avant-main annonçant de la légèreté. Le cheval gris et entier pi'end cin([ ans; il est de quatre pieds six à sept pouces, d'un beau moule et annonce beaucoup de vigueur. Madame de Brioiine voulait les olfiir en présent à V. A., mais d'après ses ordres je m'y suis opposé et les ai payés, ainsi ([ue les frais de transpor-t et de nourriture, comme le porte le mémoire ci-joint. Il serait dangereux de faire voyager ces chevaux dans la saison oiî nous sommes. M. de Neuilly voudrait qu'il ne fussent envoyés qu'à la fin de mars; on les habituerait en attendant à porter la selle et on les promènerait sans les monter. 11 m'est venu en idée que le meilleur moyen de faire ari'iver ces chevaux en sûreté serait peut-être de les confier au maréchal que V. A. lient en apprentissage à Paris. Ce gar.;;on s'y est fort applitpié et d'ici au print(;mps, je crois qu'il sera sufiisaniment au l'ait de tout ce qu'il pourrait apprendre ici, particulièrement de l'art du ferrage. J'attendrai les ordres que V. A. me donnera sur ce projet.

Touchant ce que V. A. me fait la grâce de me mander sur l'alfairc do la médiation, mes dépèches d'aujourd'hui el la lettre extravagante de M. de Choiseul''' dirent tout ce <iue je cioirais su|)ernu de répéter ici. J'ai

'" La noie du duc de Clioiseul au coiule donner ici en noie seulomenl les passages

de Mercy est datée de l'^onlainelilcau le les plus inarquanis :

13 novembre et ne ronlient pas moins de «Le Roi pense que la considération

onze pages. Nous devons nous borner à en de l'alliance eûl reçu un-accroissement con-

MI:RCY a kAU.MTZ.

fail tout ro que j'ai pu. Monseigneur, pour remplir vos vues; mais la jalousie et les soupçons clio(juanls de M. de Ciioiseul ne lui onl pas permis de voir les choses dans le vrai. C'est un bonheur pour moi que ce ministre soit aussi parfaitement connu de V. A. pour re (ju'il est; cela peut dans bien des cas me jusdiicr. M. de Choiseul veut aller attaquer les vaisseaux russes dans l'Archipel; il prétend faire faire encore quelques campagnes aux Turcs, enfin il imagine ou feint d'imaginer des folies dont il awiil paru revenu un moment et dans lesipieiiiis il retombe [)lus que jamais.

J'en étais ici de ma lettre lorscjuc le courrier Fœtb est arrivé avec les dépêches du i" novembre et la lettre *" et/'. S. particuliers dont V. A. m'honore du 9. Je vous avoue, Monseigneur, que je me sens fort soulage de ce que vous avez prévu (jiie M. de Choiseul fût capable de faire ce qu'il a fait en elïel. Je m'en tiendrai exaclement aux ordres qu ^ V. A. me donne relativement à la lettre écrite au Kaïmakan, et je tâcherai en tout de combattre les erreurs de la politique française autant ipi'il me sera possible. J'ai fait remettre sur-le-champ l'incluse à M. Bréu et jeveilleiai à ce qu'il remplisse les ordres qu'elle contient.

L'lm[)ératrice daigne m'éciire une lettre de main propre remplie d'observations sur Madame la IJauphine et de marques de sa salisl'acliou sur les soins que je prends de tout ce qui regarde cette jeune princesse. Si mes dépèches à son sujet étaient aussi intéressantes qu'elles sont longues.

sidérable par l'exercice commun des foiicllons (le niédialeur; la facililo que l'on nurail de coder au refus fait |)ar la Ilussie non sculi'uienl anéaulirait cet avanlaj;e, mais porterait même une atteinte sensible à cette considération doul l'eflet journalier inllue sur loules les alTaircs et que, l'alliance cessant d'imprimer de la retenue aux puissances qlji en sont cmieinies, par l'ensemble de sa conduite et par sa fermeté elle perdrait un de sos plus puissants ressorls.

rrS. M. croit donc qu'il serait non seulement dillicitc mais même danjjereiix d'abandonner la proposition faite par \l. le prince <le Kaunitz au roi de Prusse relativement à la France; il semblerait que le seul refus do la Russie sulfirail pour dé- Iruire l'intérêt que LL. MM. 11. ont pour le Roi et pour rompre riiarnioiiie entre les deux cours. . .

"La cour impériale se Irouvaiil sans in-

térêt dans ta médiation, celui du Roi et celui de falliance même demandent que LL. MM. 11. n'accejjlcnt pas la médiation concurrenuiieut avec l'An;;loterre et à l'exclusion de la France. . . Dans cette position, je suis chargé de déclarer à V. Exr. que le Roi croit qu'il n'y a que deux partis à prendre , celui d'insister sur rallernalive proposée et de rejeter la médiation, si la Russie persiste dans sou refus, on celui de donner au Roi l'assurance lormellc et positive (pie LL. MVI. II. ne permelliont pas (pi'il solt rien stipulé (]ui puissi; préjudicier à la France relativement aux deux points (essentiels du commerce de la mer IS'oire et du Levant et de rétablissement des Aujjlais dans ces parages. . . Le vœu du Roi csl donc que LL. MM. II. insistent sur l'alternative projjosée et (pi'en cas de refus Elles déclarent (ju'Elles ne veulent point avoir part à la médiation. . . i

'" Celte lettre du a uo\eintiie mau(|ue.

S. M. niirail lieu d'en être contente. Je Lui adresse aujourd'hui un rapport de cinquante pages dont je suis re'eUement honteux, parce qu'il ne contient en effet que deux ou trois articles raisonnables. L'un, que Madame la Dauphinc a obtenu le rappel à Paris d'une de ses dames exilées; l'autre que S. A. R. a pris une passion immodére'e pour monter à cheval, et que le Roi consent à Lui voir prendre cet exercice peu convenable d'ailleurs à sa position et à son étal; enfin j'ajoute qu'il n'y a point encore de consommation du mariage. S. M. m'ordonne bien expresse'ment de renvoyer le courrier au i5, afin qu'il arrive vers le a.'i à Vienne. Tl faut aussi que ce courrier passe par Rruxelles et je ne le chargerai d'aucune dépèche pour V. A. puisque j'expédie aujourd'hui, c'est-à-dire le même jour, le courrier Kleiner qui retourne par la route la plus courle et par conséquent arrivera avant l'autre courrier.

Paris, le i-j décembre ij'jo. — Monseigneur, le courrier qui m'a apporté les dépèches et la lellrc dont V. A. m'honore du a de ce mois '", n'est arrivé ici que le i 5 au soir. Le iG, j'ai été à Vei'sailles pour y remettre les lettres adressées à Madame la Dauphine et pour conférer avec M. de Choiseul. Depuis ce moment, je suis revenu travailler à mes dépêches avec plus de précipitation qu'il n'en faudrait pour pouvoir digérer un peu les matières; mais l'Impératrice veut absolument que le courrier mensuel soit de retour à Vienne avant la fin du mois, et je ne puis mieux remplir ses ordres qu'en l'expédiant aujourd'hui.

Ce courrier est chargé d'une petite caisse que j'adresse à M. Durand; elle contient deux figures en biscuit dont l'une représente la Vénus et l'autre le Mercure du célèbre sculpteur français nommé Pigalle. J'y ai joint une petite écritoire en porcelaine de Sèvres et deux crochets de montre; c'est ce que j'ai trouvé de plus nouveau de l'année et je prends la liberté d'offrir ces bagatelles à V. A., par un effet de ma confiance en son indulgence et ses bontés.

J'ai remis votre lettre au sieur Bréa, Monseigneur, il exécutera vos ordres et j'y concourrai; il s'est chargé de rendre compte à V. A. de tout ce que nous avons concerté ensemble relativement aux objets de théâtre.

M. de Neuilly m'assure que les chevaux navarrins ne sont dans leur force qu'à sept ans, que très communément les gentilshommes de ce pays-

'" Celle lellie du a décembre manque.

aSâ KAUNITZ À MERCY.

là, <|ui on (îlèvcnl dune espèce dislingiiée, ne les moulent point avant l'àye siistlit et que vos chevaux sont dans ce cas-là. J'ai eu riionncur de vous mander. Monseigneur, que je les avais vus et qu'ils m'avaient paru d'une 1res j(dle tournure. Une juste défiance de moi-même m'a fait recourir aux plus fameux connaisseurs de Paris et de Versailles; après plusieurs examens ils me disent tous que les deux chevaux sont beaux et sans défauts, mais je ne serai tranquille. Monseigneur, ([ue (|uand vous en aurez jugé de même. M. de Aeuilly, et plus encore M"' de Hrionnc se sont obstinés à vouloir les garder jusqu'à présent à Versailles, mais je vais les retirer chez moi oij ils seront soignés sous mes yeux jusqu'à ce que V. A. ait décidé du temps et de la façon de les Lui envovcr.

S. M. me fait la grâce de m'écrire qu'Elle est inquiète sur ce que Madame la Daupliine monte à cheval. Elle désirerait que celte princesse fût moins facile à se laisser aller aux insinuations de Mesdames ses lanles. S. M. voudrait qu'Elle fût moins facile à leur faire des confidences, qu'Elle pai'làt moins de Madame Duharry, qu'Elle s'appliquât un peu plus au\ occupations sérieuses, etc. J'ai dit tout cela dans mes rapports; celui d'aujourd'hui, aussi long et aussi peu intéressant qu'à l'ordinaire, contient plusieurs anecdotes de boulé et de manpies d'humanité de Madame la Daupliine envers tout ce qui l'environne. On L'aime à I^aris jusqu'à l'enlhousiasme; il est vrai cpie cette princesse se conduit bien dans l'essentiel et que ces petites légèretés ne portent que sur des misères. Elle permet (ju'on Lui dise la vérité et j'en use de toute occasion; cette méthode m'a concilié Ses bont(!set Sa confiance. M. le Dauphin Lui marque de l'amitié, mais II ne remplit point encore les devoirs du mariage. Ce prince se forme un peu, mais ses progrès sont bien lents etjedoule qu'ils puissent s'étendre bien loin.

Je n'attends ni la fin ni le commencement de l'année. Monseigneur, pour vous oll'rir mes vœux; mon cœur en l'ail pour vous dans tous les iiiomenis de ma vie. C'est avec ces sentiments et un profond respect (jue j'ai l'honneur d'être. . .

Vienne, ce 5 janvier fjji. — Je suis lâché, mais peu étonné, je l'avoue, mon cher Comte, de ce (|ui vient d'ai river à M. le duc de Cholseul'''. Ce

'■' La (lisjjnire iln dur do (llioisoul est ra- pitre IV de l'ouviaiic iiililiil(' : Le Chdiicelier ■

contée |iriiii'i|KdeMii'iil d'après les ilépêclies Maiipi-oit ci les l'wlciiiriilx, par Jules Klam- 9\

d'ofiîce du comte di' iMcirv, dans le clia- inerinnnl. Paris, icS8li, iii-S, p. i '>■! et sniv.

devait être à ta fin la suite fie loutes les imprudences que dans tous les temps, et sui'lout depuis deux ans, nous lui avons vu commettre, et comme ministre cl comme courtisan, et moyennant cela, j'aurais été beaucoup plus surpris, s'il s'était soutenu à la longue, que je ne le suis de sa chute. Dieu veuille seulement qu'il ne soit pas remplace' par quelqu'un qui soit encore plus brouillon qu'il ne l'a été', et surtout par un personnage (|ui s'aviserait d'avoir des procodés ou louches ou insolents vis-à-vis de nous, car en ce cas je ne répondrais de rien pour l'avenir, attendu que nous ne sommes faits ni pour être dupes, ni pour endurer des impertinences; mais en échange, avec de la loyauté dans sa conduite et des procédés convenables, la France peut compter irrévocablement sur la persévérance imnuialilo de nos senlimcnls pour l'alliance et sur le retour le plus parfait en tout genre. Il me semble qu'elle a bien autant d'intérêt (|ue nous à ce que les choses soient ainsi. Il n'est pas possible que tous les gens raisonnables ne sentent cette vérité en France, et je me flatte, par conséquent, que le changement de ministres n'en produira aucun d'essentiel dans les affaires, entre les deux cours s'entend, car je n'en ré- ])ondrai pas pour loutes les autres, tant internes (ju'externes, que la France a sur les bras actuellement.

Je vous remercie, mon ami, d'avoir bien voulu me faire mes petites conimissions, que j'ai reçues et trouvées fort bien. Je vous remercie aussi bien cordialement de la marque d'amitié que vous m'avez donnée par les jolies étrennes que vous m'avez envoyées et que j'ai trouvées charmantes. Je répondrai par la première occasion à tous les autres articles de votre lettre familière, et en attendant je vous embrasse de tout mon cœur.

Paris, le a8 janvier ij'ji. — Monseigneur, le P. S. dont V. A. m'a honoré du 9 '^', m'est parvenu le 19 par la poste ordinaire, et le courrier chargé des dépêches du 5 ainsi que de la lettre particulière de V. A. du G n'est arrivé que le 90 au matin.

Mon rapport d'aujourd'hui se trouve conforme à ce que V. A. me fait la grâce de me dire sur le renvoi de M. de Choiseul que nous devons moins regretter pour son personnel que par rapport au danger du choix ([ui sera fait de son successeur. M. de Vergennes passe pour être assez borné du côté des talents, mais je crois qu'il y aurait bon parti à tirer de

''' Ce posl-sciipluiii maii((ui'.

38i MERCV X KAUNITZ.

ses senlinienls sur le sysième ticliiel et de son sens froid; M. de Cliauveliii avec une e'corce assez brillante a donné assez de ])reuves d'incapacité en afl'aires, cependant il ne serait peut-être pas difficile de le conduire dans la bonne voie et de l'y maintenir; la tèle fougueuse du comte de l$roglie, ses préjugés et son esprit soup(;oiuH'ux causeraient plus d'embarras, et les sentiments suspects de l'abbé de la Ville ne le rendraient pas moins sujet à inconvénients; quant au dur d'Aiguillon il n'est point connu en matière d'alfaircs politiques, niais il l'est beaucoup par tout ce qui caractérise un bomme insidieux, méchant et dangereux à tous égards; quels que soient au reste ceux (jue je viens de nommer, je nie trouve eu position vis-à-vis de chacun d'eus, et partant du principe incontestable, qu'il importe pour le moins autanl à la France qu'à nous de maintenir l'alliauce, j'c'tablirai cet axiome dans mon début auprès du nouveau ministre, et lui en parlerai avec plus ou moins de netteté et de fermeté, selon le ton et la marche que je lui verrai prendre avec moi.

Je suis bien éloigné. Monseigneur, de pouvoir vous rendre un compte aussi exact et aussi frappant que je le désirerais, du désordre général qui règne ici; toutes les décisions y tiennent au caprice d'une favorite et à l'intrigue de quelques ministres et courtisans; celte position réduit tout au hasard du moment et intercepte toute combinaison ; il en résulte que je ne puis guère donner à mes dépêches que le mérite d'une gazette et j'en serais fort en peine, si l'intlulgcnre de V. A. ne me rassurait. Le seul petit avantage dont je jouisse ici actuellement, consiste dans la confiance sans bornes que me marque l'ambassadeur d'Espagne, et je dois dire à V. A. une vérité, que je n'ai osé énoncer aussi clairement dans ma dépêche, et qui est que, de toutes les démarches qu'a faites M. de Fuentes, il n'en est presque aucune qu'il n'ait préalablement concertée avec moi ou que je ne lui aie suggérée.

Relativement aux ordres particuliers que me donne V. A., ils seront exécutés avec soin et dans la meilleure forme possible; j'ai pris la précaution de faire instruire le maréchal ferrant de tout ce qui est nécessaire à bien panser un cheval, et il suffira seul pour la conduite des deux chevaux navarrins qui gagnent visiblement du côté de la tournure; j'achèterai un bidet de peu de valeur, il servira de monturt; au maréchal, et je le ferai partir le i""' avril en prenant toutes les mesures nécessaires à la sûreté de son voyage.

Je verrai ce soir ou demain M. Bréa et lui dirai les intentions de V. A.; s'il survient (pielque incident dans les olijets dont il est chargé, je m'occuperai avec lui des moyens propres à les aplanir.

J'adresse par ce courrier un rapport à rinipératrice sur ce qui regarde Madame la Dauphine. S. M. a dai;[ne' in'écriie demain propre ses inquié-

tudes sur l'innuoncc que peut avoir à IV'jjard de Madame la Daiiphiiic le renvoi de M. de Clioiscul, je lAclie de traiu|uillisor rinipe'rafrice en Lui exposant des délails, qui prouvent les progrès que l'ail Madame l'Archiduchesse sur ramilié du Roi et sur celle de son e'poux; je ne dissimule pas les petits inconve'nients qui résultent des mauvais conseils de Mesdames et des tracasseries de riiitérieur, mais tout cela ne forme que de moindres objets; le plus essentiel, qui est celui de la consommation du mariage, reste encore en souffrance, et c'est ce qu'il y a de plus fâcheux. J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, etc.

P. S. Le courrier est chargé d'un paquet de brochures pour S. M. sous l'adresse de M. de Nény, d'un aulro paquetconlenant mon rapport à S. M. et d'un troisième à M. de Pichler auquel j'envoie des mémoires de commissions pour S. M.

Vienne, ce a mars ij'ji. — Je vous dépêche ce courrier, mon cher Comte, sans allendie le relour de celui que vous avez, parce que l'Iuipératrice vent, dil-Klle, remcllre en ordre, moyennant cela, son expédition de tous les mois. Je profite de cette occasion pour vous communiquer dans notre intimilé tout ce que vous trouverez dans mes lettres d'office, et j'y ajoulei'ai seulement que, quel que soit le parti de communication plus ou moins étendue que vous jugerez à propos de faire là où vous êtes, dans aucun cas il ne faut donner copie de notre réponse verhale. En attendant il est certain qu'il est allVeux de voir un Etat gouverné comme l'est la France aujourd'hui. Je vous avoue que je crois que j'irais aussi loin que mes jambes pourraient me porter, si c'était ainsi chez nous; mais heureusement, quoi(]ue les choses n'aillent pas à beaucoup près comme je le voudrais et comme elles pourraient aller, par comparaison cependant elles vont bien moins mal que je ne les vois aller presque partout ailleurs. C'est une sorte de consolation dont je jouis et dont je réponds à ma patrie, tant et aussi longtemps que moralement et physiquement il me sera possible de continuer à garder ma place. Je ne vous cacherai pas rependant que, quel qu'il soit, le Roi ferait fort bien, ce me semble, de ne pas lambiner plus longtemps à se donner un ministre pour les affaires étrangères. Un choix quelconque aura moins d'inconvénients que l'état actuel d'anarchie. On saura au moins à quoi s'en tenir pour l'avenir, et on s'arrangera en conséquence, au lieu qu'avec des gens qui

KAUMTZ A MERCY.

lie soiiL en place (|ue du jour au leiuleinain, cl au sujet desijuels on ne sait s"ils niérilcnt confiance ou méfiance, on esl obligé d'avoir Pair de la dissimulation, tandis qu'au fond on n'est que prudent.

Pour Madame la Dau])liiiie, au bonheur de laquelle je m'intéresse sincèrement, je souhaite qu'Elle continue à suivre les conseils (juc j'ai pris la liberté de Lui donner, la seule et unique fois que j'ai eu l'honneur de Lui parler. Il me semhle qu'Elle s'est très bien trouvée jus(|u"ici do les avoir pratiqués, et je vois avec admiration tant de sagesse dans la conduite de cette jeune et aimable princesse, que j'y compte infiniment.

Quant à mes chevaux navarrins, je compte toujours que vous les ferez partir le i" avril, comme nous en sommes convenus; et je con(;ois très bien que mon maréchal ferrant peut sulîire pour les mener tous deux, si préalablement il a ajqjris à les panser et à les mener en mains, l'un d'un côté, fautre de l'autre de son bidet. Il faudra par conséquent lui faire apprendre incessamment l'une et l'autre de ces deux choses, qu'il est très essentiel qu'il saches et pour cet effet ne point tarder surtout à lui faire promener tous les jours, ou au moins de deux jours l'un, les deux chevaux de la conduite desquels il sera chargé, de la même façon absoiuinenl (ju'il aura à les mener sur la loute, afin que les chevaux et lui s'v accoutument. Et comme une longue expérience m'a appris qu'un des accidents qui arrivent le plus communément sur la route c'est qu'un cheval échappe souvent à celui «jui l'a en mains, je dois vous suggérer une méthode infaillible, que j'ai imaginée après que |)areille disgrâce m'était arrivée plusieurs fois et que j'ai toujours pratiquée du depuis avec un succès infaillible. Cette méthode est de faire attaihcr un anneau de droite et de gauche à l'arçon de la selle, do faire faire de (rois quarts d'aune plus longs qu'à l'ordinaire les guides ou HaiKhitcgcl (]ue le palefrenier a en mains et de les attacher par un nœud bien fait et qui ne puisse pas se défaire, chacune à l'anneau susdit de farçon qui est de son côté, avant que le pa- Icfreniei' ne monte à cheval. Au moyen de quoi quand même en dormant un llandzuegel lui tomberait des mains, jamais ses chevaux ne peuvent lui échapper.

Mandez-moi un peu par la première occasion, si vous avez vu ces chevaux sous l'homme et en ce cas s'ils ont des allures, c'est-à-dire si, entre autres, ils ont peu ou beaucoup de pas, s'ils sont brillants au galop ou simples et tout unis comme les chevaux anglais, enfin en gros et en détail ce qu'ils vous ont paru sous l'homme, supposé, comme je ne puis |)res(pic pas on douter dans des chevaux de cet âge, (pi'ils souffrent l'homme. Ce qu'il faudra , entre autres, rcîcommander très particulièrement à mon maréchal sous les comminations les plus graves, c'est qu'il ne s'avise pas de monter eu route ni sur l'un ni sur fautre des chevaux (ju'on

lui confie et s'il pouvait y avoir le moindre doiile à cet o'gard, ou si dans les essais que vous ferez faire avant leur départ, il se trouvait que les chevaux fussent trop vifs et trop l'ringaiils pour qu'un seul homme pût les mener sans risque tous les deux, j'aimerais mieux faire la de'pense d'un autre homme sûr jusqu'à Ulm ou même jusqu'à Vienne, afin que ces drôles se servent de contrôleurs l'un et l'autre et que les chevaux arrivent plus sûrement sans accident. Mais en ce cas, à moins que ce second homme ne fût d'espèce à pouvoir mener son cheval à pied, au lieu de deux bidets dont je ne saurais que faire, il vaudrait mieux me faire acheter deux bons chevaux bai clair, propres à me servir de timoniers dans mes attelages transylvains.

Voila bien du de'tail et blondes importunite's, mon cher Comte, mais votre indulgence me rassuie et moyennant cela je n'ai point he'sité à m'e'tendre un peu beaucoup sur toutes ces misères, qui font, comme vous savez, une affaire d'importance pour nous autres amateurs. Pardon donc, mon cher Comte, conserve/.-moi voire amitié', ipii me sera toujours précieuse.

Paris, ij mars 177/. — Monseigneur, le courrier Gergovilz m'a remis le 12 au soir les dépèches dont il était chargé, ainsi f|ue la lettre particulière dont V. A. m'bonore, du a de ce mois. Mon rapport d'aujourd'hui contient les raisons qui m'ont enqièclié de communiquer ici les diflérentes particularités dont j'étais autorisé à faire usage, et qui n'auraient pu y être confiées, sans s'exposer aux inconvénients qui résultent de l'extrême ineptie de M. le duc de la Vrillière, qui ne sait ni entendre, ni parler, et qui a une mémoire si infidèle, (ju'il n'a jamais pu rapporter la moindre afl'airc au Conseil, sans en avoir sous les yeux le précis par écrit. Dans cet état des choses il est impossible. Monseigneur, de traiter ici sur un objet politique, et pour tracer le tableau en deux mots, la France est actuellement sans exercice de justice, sans ministère et sans argent. Je joins ici la copie d'un placard qui a été alfiché dans plusieurs rues; la platitude du style prouve que c'est une production du peuple, et cela n'en est que plus dangereux. Il y a tous les jours de ces sortes de placards répandus et allichés, mais la vigilance de la police à les supprimer fait qu'il est très dillicile de se les procurer. Ou ne saurait calculer la durée, ni les effets de cette crise; pour peu qu'elle dure encore, la monarchie s'en ressentira bien longtemps. Le choix du ministre des affaires étrangères semble maintenant rouler sur M. d'Aiguillon ou le comte de Broglie;

MERCY A KAIINITZ.

copeiulaiil II n'y a à col ('(jnril (nio des conjccluix's assez dmileuses; h; Roi est absoliiiuenl éconduil j)ar s:i faililesse iialiirelle, par les inirigiies, et par la répugnance de méconlenlcr ou la nation entière, ou la cabale régnante.

Le très liuiiiljle rajjpiirl (pie j'adresse aujourd'hui à S. M. relaliveinent à Madame la Daupliine, ne contient que deux articles, qui méritent dêtre cités. Le premier est que, d'après mes représentations, S. A. R. a bien voulu s'abstenir de se mêler d'un projet de mariage du prince de Lambesc avec Madame la princesse de Lamballe. Madame de Brionne s'y élait prise de façon à effectuer celte alliance sous les auspices et bons oflices de Madame la Daupliine. Mais j'ai démontré à cette princesse les inconvénients (jui résulteraient pour le présent et pour l'avenir de la part qu'Llle pouri-ait y prendre, et S. A. R. s'est prêtée à mes raisons.

Le second point est que Madame la Dauphine a enlièremenl détaché M. le Dauphin de son ancien gouverneur, de la favorite et de tous leurs partisans. Quoique Madame la Dauphine ne se soit mise à découvert par aucune imprudence, on La soupçonne cependant d'avoir effectué le changement dont il s'agit et on a cherché à indisposer le Roi à ce sujet; mais celte méchanceté n'a point réussi. Madame la Dauphine est constamment très bien traitée par le Roi; sa conduite est excellente, surtout quand Elle veut bien ne pas suivre les conseils de Mesdames ses tantes; enfin je n'ai que des choses agréables et satisfaisantes à mander sur le compte de Madame l'Archiduchesse. Si S. !\I. voulait bien en croire à la fidélité de mes i-apporls. Elle s'épargnerait les inquiétudes, que Lui causent souvent les nouvelles indirectes qu'Elle se procure et qui sont toujours démenties par les faits. Le mariage de Madame la Dauphine n'est point encore consommé, mais il y a à cela un acheminement, qui ne peut tarder de tourner à bien. Cette jeune princesse marque constamment beaucoup d'estime pour V. A., et me demande souvent de ses nouvelles.

Depuis longtemps je m'étais proposé. Monseigneur, de retirer vos chevaux navarrins chez moi, mais un accident y a mis obstacle. La ville de Paris et les environs sont depuis deux ou trois ans infectés d'une espèce de morve, qui y fait de grands lavages. Je n'ai pu m'en garantir, et cette vilaine maladie m'a fait périr huit chevaux, et a rendu mes écuries trop suspectes pour que j'y exposasse les chevaux de V. A., qui sont restés à Versailles dans les écuries du Roi, et sous les yeux de M. de Xeuilly, ([ui en a le plus grand soin; d'ailleurs j'ai été les voir tous les mardis, et n)on écuver a été envoyé à Versailles une fois la semaine. V. A. peut être assurée ijue rien n'a été négligé à cet égard. Ces chevaux n'ont été montés qu'autant que M. de N'euilly l'a jugé U('cessaire pour les accoutumer à l'homme; je les ai vus sous un piqneur; ils m'ont paru avoir des allures

liantes, assez dans le <^ei\ve des clievaux d'Espajjne, un jfalop relevé', de beaux mouvements dans l'avant-main et de la disposition à être places sur les hanches. Voilà , IMonseigneur, ce que j'ai cru voir, quoi([uo ces chevaux ne soient point façonnés du tout. Ainsi que je l'avais fort recommande' à M. Neuilly, depuis le i^de ce mois le maréchal ferrant est instruit tous les jours de ce qu'il doit savoir pour le pansement et la conduite des chevaux. J'ai déjà un bidet fort bon et à très bon marché; je l'enverrai à Versailles avec le maréchal, pour qu'il s'habiluc à mener les deux chevaux en main; j'aurai soin de lui faire pratiquer la méthode que V. A. indique pour éviter qu'un cheval ne puisse s'échapper; enfin ce petit convoi partira le i" avril et toutes les précautions seront prises de façon à ce qu'il arrive heureusement et sans accident.

Lors du départ du dernier courrier, le s' Maillard avait envoyé à mon insu une lettre pour V. A., tandis que j'attendais une réponse de ce marchand, pour vous en rendre compte, Monseigneur. Le s' Maillard vous a envoyé différentes sortes de teinture écarlate, et quand V. A. aura choisi la nuance, sou camelot sera mis sur-le-champ à la teinture.

J'ai chargé M. Bréa de rendre compte à V. A. des procédés que j'ai eus à essuyer ici par rapport au départ des comédiens. Je n'ai pu mettre M. de Richelieu à la raison, (]u'en le menaçant formellement d'aller me plaindre au Roi des vilaines chicanes qu'on me faisait; enfin j'ai obtenu les passeports, et je me flatte que V. A. sera contente d'une partie des sujets (jui ont été engagés. Je La supplie de me continuel' ses boutés, et de vouloir bien agréer toujours l'hommage du vif attachement et du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc.

Vienne, ce i" am-il ijji- — Je n'ai rien à ajouter, mon cher Comte, dans ce moment-ci , en matière d'affaires à ce (jue contient ma lettre d'office, si ce n'est qu'en bons amis et alliés nous sommes honteux de l'ineptie et des causes misérables et scandaleuses de tout ce qui se passe là où vous êtes. Je suis outré entre autres des iniquités qu'éprouve M. de Breteuil ''' ; cela est infâme , et en vérité, du nombre de ces choses qu'il faut

''' Le baron de Breteuil, désijjné par le tard donnée au coadjiilciir de Strasbour;;,

Roi sur la présenl.ilioii du duc do Choisoul si connu dans la suile sous le nom de car-

pour l'ambassade de I""rance à Vienne, ve- dinal de Uolian. M. de Breteuil dut secon-

nait, au moment de partir, de se voir en- tenter de Napks. lever cette ambassade, qui lut un peu plus

390 MEUCY A KAUNIÏZ.

Noif |toui' pouvoir les croire. Sans rinoonslancc de la nalioi), je rejfjinlerais tout comme perdu d'après l'état où sont les choses actucllcnicnl; mais comme je crois que l'on peut y compter, je me Halle que nous ne tarderons pas à voir changer la scène; que, tout étant au ])is, on ne peut changer qu'en mieux. En attendant cependant, ce qui me lait un grand plaisir, c'est la sagesse avec laquelle Madame la Dauphine conduit son navire dans cette mer ora<;euse. Puisse-t-Elle continuer de même! Et nous aurons certainement la satisfaction de La voir à perpétuité aussi heureuse qu'Elle m'a paru mériter de l'être la seule fois de ma vie que j'ai eu l'honneur de Lui parler un quart d'heure, pendant lequel je Lui ai trouvé autant de sens et de raison que de grâces. Aussi je m'y intéresse infiniment depuis ce moment-là, et vous me ferez plaisir, mon cher Comte, de L'assurer que je Lui suis hien attaché, si vous croyez que S. A. R. puisse l'agréer.

Les détails que vous me mandez sur mes chevaux sont tiès satisfaisants. Je vous prie de remercier beaucoup M. de Neuilly de la bonté qu'il a eue d'en avoir soin, et vous suis on ne peut pas plus obligé, mon cher Comte, de tous ceux que vous avez bien voulu leur donner aussi de votre côté. Je m'en vais les attendre avec impatience et donner incessamment les ordres nécessaires pour leur embarquement à Ulrn.

M. Waillard doit avoir reçu depuis longtemps ma réj)onse à sa dernière lettre, au sujet des échantillons de couleur écarlate. Bréa est arrivé. Je vous remercie de la peine que vous avez prise vis-à-vis de M. de Richelieu qui est un méchant vieux.

Adieu, mon cher Comte, aimez toujours un peu voire hou ami.

Paris, le -ja juin 177/. — Monseigneur, tous mes rapports à S. M. ont roulé jusqu'à présent sur des objets de si peu de consé(juence (|U(! j'ai cru devoir en épargner les détails à V. A.; mais j'ai l'honneur de lui envoyer ci-joint, in extenso, le seul article de mon rapport qui peut mériter (|uel(pie attention'''. Le choix du coadjuteur de Strasbourg, pour l'ambassade de Vienne, paraît ici des plus étranges, parce que ce jeune prélat ne s'était fait connaître, jusqu'à présent, que dans les ruelles et par ses aventures galantes; il est d'ailleurs assez aimable en sociéti', fort gai et

''> C.'fsl la Ipllrc n° XXIV du lomo l du lîecueit de MM. d'Ainelli el Gollroy, p. i 77 d suivantes.

fl

encore plus l('|;er; je sais qu'il se pre'pare à endosser le manteau de Thypocrisie, mais je doute que sa pe'tulance naturelle lui permette de soutenir uu rôle si composé; V. A. jugera par le contenu de mes de'pêclies qu'il éliiil impossible d'aider M. de Breteuil à conserver sa première desliualion cl j'en ai un regret proportionne' à ma très mince opinion de son successeur.

Il est de notoriété' publique que M. d'Aiguillon a de l'espril, uu cœur Jiaineux et méchant, qu'il est intrigant, adroit, grand travailleur, ennemi implacable, mais aussi ami très constant du peu de gens auxquels il a voué ce soutimcnl; son début vis-à-vis des ministres étrangers annonce un grand désir de plaire et il ne serait peut-être pas impossible que, par nécessité et parsystème, il réformât en partie les vices qu'on attribue à son caractère; il y a gi'ande apparence que dans les premiers temps il s'occupera moins des affaires d'État que des intrigues de cour et, malheureusement, il y a ici dans ce genre de quoi remplir la vie d'un homme.

Je suis bien charmé. Monseigneur, que vous ayez été satisfait du camelot et des chevaux; j'étais bien en peine de ces derniers; j'ai dit à M. de Neuilly (>t au sieur Maillard que V. A. leur savait gré de leurs soins; c'est un \rai bonheur pour moi, Monseigneur, quand je puis employer les miens à vous obéir et à vous marquer l'attachement et le profond respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc.

Vienne, ce q juillet J771. — J'ai vu, mon cher Comte, tout ce que vous avez mandé à l'Impéiatrice du langage intéressant que vous a tenu le duc d'Aiguillon dans la première conférence ministérielle que vous avez eue avec lui, et ma façon de penser à cet égard ayant eu le bonheur d'èlre parfaitement adoptée par S. M., Elle m'ordonne de vous en faire part et de vous charger de vous y conformer.

M. le duc d'Aiguillon vous ayant |)rié de ne point faire usage de ce qu'il vous a dit au sujet de Madame Marie, sœur de M. le Dauphin, et ce (|ue vous lui avez répondu ayant été très sage et parfaitement conforme aux intentions de l'Impératrice, il faut laisser tomber ce propos et n'en plus reparler.

En échange, voici la façon dont il me parait ([u'il faut envisager les choses relativement à Madame la Dauphine. D'abord, il me semble qu'il faut regarder comme une marque de bonté de la part du Roi, de ce qu'il a bien voulu faire connaître ses intentions à Madame la Dauphine, par"

3«)-2 KAUNITZ A MERCV.

voli'c canal pliilôt (|ue par celui du 1 un de ses suivileurs, coinnic sans doute il auiail pu le laire, s'il ii'avail pas voulu pi-i'len-r la voie la plus douce. Et je pense de même qu'il l'aul savoir gié au duc d "Aiffuillon de s'èlre chargé de la coniiuission de vous parler. Mais pour ce qui est du fond des choses qu'il vous a dites par ordre du Roi, voici coninionl je les vois. Manquer d'égard à des gens que le Roi a mis en place ou dans sa société, c'est Lui manquer à Lui-nunne. Ce serait hien pis encore si on se permettait sur leur sujet des propos offensants. Ou ne doit voir dans ces sortes de personnes que la circonstance d'être gens que le souverain a jugés dignes de sa confiance et de ses bontés et on ne doit point se permettre d'examiner si c'est à tort ou à raison. Le choix seul du prince doit être respecté et, moyennant cela, par respect pour Lui, on doit des égards à ces sortes de personnes. La prudence même veut qu'on en ait pour eux, parce qu'ils peuvent être utiles et qu'ils peuvent nuire. H s'ensuit donc que s'il était vrai que Madame la Dauphine eût témoigné réellement une aversion marquée envers des gens qui forment la société du Roi, (ju'EUe leur eût refusé le traitement qui doit être accordé à ceux qui conq)osent sa cour, et qu'Elle y eût même ajouté des propos de satire et de haine, Elle aurait tort et un très grand tort. Jai peine à me persuader que, douce et raisonnable comme Elle l'est, Elle puisse ne point s'être dit à elle-même tout ce que je viens de dire, et je me llatte, par conséquent, qu'au moins ce qu'on Lui reproche a été exagéré, (lar en se mettant pour un moment à la place du Roi, et en supposant que (juelqu'un se lût avisé de manquer aussi essentiellement à des personnes qu'Elle honorait de sa confiance ou de son amitié, il me paraît impossible que Madame la Dau])hine pût ne pas sentir ijue rien ne serait i>lus injuste et plus déraisonnable que la conduite qu'on Lui rcpi'oche. Quoi qu'il en soit cependant, comme le Roi le croit, c'est tout comme si cela était et moyennant cela je suis d'avis :

(jue Madame la Dauphine, si cela n'est pas déjà lait, de\ rail incessamment chercher foccasion de parier au Roi en particulier et Lui dire, avec fingénuité et les grâces qui Lui sont naturelles :

rcMon papa, le duc d'Aiguillon a dit au comte de Mercy, à ce quil l'a assuré par voire ordre, que vous observiez en moi avec déplaisir des mouvements d'une aversion trop marquée envers des gens qui formaient votre société; que je ne me bornais pas à leur refuser le Iraitenienl qui doit être accordé à ceux qui composent la Cour, mais que j'y joignais encore des propos do satire et de haine; que cela attisait l'esprit de parti à la Cour; que d'ailleurs j'avais un maintien trop vif et trop enfantin; que toutes ces circonstances réunies amortissaient les bontés que vous vous étiez senti porté à avoir pour moi et (]u'ii était essentiel de trouver re-

y JUILLET 1771. 393

niôtlo il (le [jiiri'ils iiiroiivéïiieiils. Jo pourrais vous dire bien dos clioses, mon [lapu, pour ma juslilicalioii ; mais je crois devoir vous en épargner l'ennui, el je nie bornerai, moyennant cela, à vous prier d'avoir la bonté d'être, une fois pour toutes, persuadé que par devoir et par inclination vous plaire est l'unique objet de mes vues et que je suis prête, par conséquent, à faire ou à ne pas faire à l'avenir tout ce que vous voudrez bien me prescrire ou seulement me témoigner désirer. Faites-moi donc la grâce de me dire tout ce que vous voulez que je fasse et daignez y ajouter celle d'être persuadé d'avance que vous serez exactement obéi. Je suis bien persuadée que, bon et sage, vous ne m'ordonnerez que ce que vous croirez ([ue je puisse et doive faire et je vous réitère, moyennant cela, mon bon papa, l'assurance bien sincère que je tâcherai de ne vous laisser rien à désirer, n

Voilà mon très humble avis; je vous laisse la liberté, si vous le jugez à propos, de lire cette lettre à Madame la Dauphine, et f[uelquc parti tju'Rlle juge à propos de [irendre, je me llatte (ju'Elle y vcri'a au moins le scntimeiil d'un homme raisonnahie el (jui n'a pensé tpi'à Elle lorstju'il l'a mis par écrit.

Adieu, mon cher Comte, votre ami ([ui vous aime bien.

Compiripir , 2^1 juillet f]"] t. — Le même jour de l'arrivée du courrier, je remis à Madame la Dauphine les Icllrcs qui Lui étaient adre.-sécs. S.A. R. me dit à cette 'occasion ([u'Elle voulait profiter du séjour à Compiègne pour me paiier souvent et longuement; je répondis (pie j'en étais d'autant plus empressé que j'avais bien des choses essentielles à Lui exposer, et que V. A., par ordre de S. M., me chargeait de représenter à S. A. R. des moyens de conduite (jui Lui seraient fort utiles dans les conjonctures pnisentes. Madame l'Archiduchesse me répliqua que dans le moment Elle allait souper avec le Roi , que le lendemain , dimanche , la représentation à la Cour et les seivices d'église rempliraient la journée, que le lundi Elle allait à la chasse avec le Roi, qu'Elle destinait le mardi et le mercredi pour écrire et que ce ne serait qu'après le départ du courrier qu'Elle me parlerait en particulier, mais que je pouvais être assuré (pi'Elle sentait la nécessité de recevoir et de suivre de bons conseils. Ceux qui viendront à Madame la Dauphine de la part de V. A. Lui feront à coup sûr grande impression et, par le prochain courriel', je serai dans le cas de rendre compte de i'eiïet qu'aura produit la lettre de V. A., dont il me

parait iiccessaire de liie en entier le contenu à S. A. R. M. d'Aiguillon est muintcnanl très content de cette princesse parce quElle a bien \oiilii, à ma prière, réparer par un accueil de bonté la réception nu peu froide qu'Elie avait faite d'abord à ce ministre. J'espère et. suis même certain, que tout ce qui est essentiel ira bien, et qu'il n'y aura à combattre (pic des petits écarts momentanés provenant des mauvais cnlours et des exemples pernicieux.

Sur d'autres objets je n'ai rien à ajouter au contenu de ma dépêche daujourdliui. V. A. n'y trouvera encore rien de bien éclairci; il me faut un peu de temps pour étudier le nouveau ministre, et je ne crois pas devoir hasarder d'en parler légèrement ou sur parole.

Je supplie V. A. d'agréer toujours l'inviolable attachement et le profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc.

P. S. Mon rapport à l'Impi'rati'ice ne contient, comme de coutume, ([ue des détails peu essentiels sur les occupations journalières de Madame la Dauphinc. La letlre que S. M. a daigné m'écrii'e ne consiste que dans quelques remarques et une approbation des conseils que je tâche de faire valoir auprès de Madame rArchiduchesse, mais à la fin de la lettre écrite par M. de Pichler, S. M. a ajouté de sa propre main ce qui suit : fat communiqué m entier votre relation, qui contenait i entrelien d'Aiguillon, à Kauniti, in ayant dit que vous lui en aviez envoyé t extrait. — J'ai cru, dans ma réponse, ne |)as devoir faire mention de cet ailicle, et j'ai l'honneur de joindre ici la copie de ce que j'écris à ce sujet à S. M.

KAUÎMTZ A MERCY.

Vienne, le là août ijji. — Ce que vous me mandez des propos de Madame la Dauphine, à l'occasion de l'entrevue que vous Lui aviez demandée, a bien l'air d'une défaite, ce que depuis iors vous aurez sans doute eu occasion de vérifier. Quoi qu'il en soit cependant, je suis fort tranquille sur limpression que pourra Lui avoir fait ce que je vous ai mandé à sou égard, parce que je ne me suis expliqué aussi librement que pour l'acquit de ma conscience, par ordre de flmpératrice, et par inclination pour Madame la Dauphine, et (ju'au bout du compte ce sont ses alïaires.

l'our ce (jui est de votre nouveau ministre, le temps, les occasions et les circonstances nous le feront connaître, ([uelque fin et même méchant qu'il })uisse être. Jusque-là, comme de raison, nous mcllioiis des bornes au degré de notre confiance, et alors comme alors. Tout le monde ne

l/i AOUT 17 7]. 395

pense |)a.s ainsi cepondiinl, d'apiijs ce que jai vu dans le dialogue de ce Ijoiilioinnic de Fuentes que, je vous l'avoue, j'ai trouvé si singulier de la part d'un homme dont la tournure d'esprit m'avait paru jusqu'ici très éloigne'e de l'intrigue, que cela me ferait craindre que ce vice-là est contagieux, comme bien d'auties. Je ne pense pas néanmoins que ce mal-là nous gagne jamais, vous et moi. Adieu, mon cher Comte, aimez toujours un pou voire bon ami qui vous aime bien.

Paris, le a septembre ij"]!. — Monseigneur, j'ai reçu par le courrier Gergovvitseh la lettre dont V. A. m'honore du \h août. Le jugement (priîlie y porte sur les propos de Madame la Dauphinc n'est que trop vérifie' par le contenu de la copie ci-joinle de mon très humble ra[)port à rinipe'ratrice. Je mande à S. M. que jai Ihonneur de rendre conqjte à V. A. des diffâienls objels dont traite la copie susdite et que je m'en ac- (piitlc j)ar une lettre pnrttcuhère.

Il n'y a, je crois, qu'une cxhorlalion ferme et sévère de la part de l'Impératrice qui puisse mettre un fiein à l'empire que Madame Adélaïde s'arroge sur Madame la Daupliine. Toutes les bonnes qualités de cette charmante princesse sont défigurées par Mesdames, ses tantes, lesquelles, sans principes et sans ménagement, tiennent la conduite la plus pitoyable et en font partager tous les inconvénients à Madame l'Archiduchesse.

Quelques conversations (juc j'ai eues avec Madame du Barry me mettent dans le cas de pouvoir en dire mon sentiment, et je ne crois rien hasarder dans ce que je vais exposer à V. A. sur le chapitre de celte favolile. Elle a un assez bon maintien, mais son langage tient très fort de son ancien état. Elle paraît avoir peu d'esprit, beaucoup de sensibilité sur tout ce qui peut tenir aux petites vanités des femmes de son espèce. Elle n'a aucune apparence de penchant à la méchanceté, à la vengeance ou autres passions haineuses; en sachant s'y prendre, il est très facile de la faire parler et on pourrait, de ce côté-là, en tirer grand parti dans bien des occasions. Cette circonstance est cause, sans doute, que Madame du Harry est comme gardée à vue par sa belle-sœur, très adroite et toute dévouée à M. d'Aiguillon. Je suis le seul, au moins parmi les étrangers, qui ait parlé sans témoin avec la favorite. Tout son désir est que Madame la Dauphine lui adresse une fois la parole, et pour me mettre dans ses intérêts, elle a voulu avoir avec moi deux entretiens pendant lesquels elle a usé d'autorité pour écarter sa surveillante. Dans ces deux conversations

MERCY A KAL'MTZ.

clic a (!t(3 très codIciiIi' de moi, snns (lup je lui aie proinis la iimiiulrc chose, et par reconnaissance elle m'a conté avec nue léjfèrelé incrovalile lliisloire de son établissemenl à la Cour, ce qu'elle sait du caiaclère du Uoi, les moyens quelle emploie pour dissiper l'ennui de ce monarque, enfin ce qu'elle pense sur un grand nombre de gens de la (iour.

Quoique je passe ma \ie ici à voir des clioses extraordinaires, je ne ])uis souvent nie les l'eprésenter que connue des rêves. J'ai vu le Roi visà-vis de Madame du Barrj , elle l'appelle Monsieur elle traite comme son égal. Il le trouve très bon et tnéme, en ma présence, il ne paraissait pas gêné ([ue sa favorite en agît ainsi. M. d'Aiguillon n'a, jusqu'à présent, de consistance que celle (jue lui donne cette femme; il la gouverne moins par un ascendant décidé sur elle que par la souplesse, les égards et ies soins. Ce ministre concevra que cet appui est trop sujet aux vicissitudes; il sentira la nécessité de se procurer une considération politique, et probablement il cherchera à l'obtenir à notre cour, sachant bien que celle d'Espaj[ne est très prévenue contre lui et qu'un moyen de la ramener serait sans doute de iui faire remarquer que ia cour impériale lui accorde son approbation. Celte combinaison pourrait bien être la règle de la conduite acluelle du duc d'Aiguillon et le motif des bons procédés qu'il me fait éprouver jusqu'à présent en matière d'affaires; cependant je serai plus que jamais en garde contre le caractère de finesse el de fausseté qu'on lui attribue, et si sa conduite présente est un masque, les circonstances à venir ne manqueraient pas de le faire tomber.

Le comte de Fiientcs a diîinenli un moment son caractère par les propos singuliers qu'il a tenus au duc d'Aiguillon sur Madame du JJarry, mais je puis bien assurer V. A. (juc cet ambassadeur d'Espagne n'en est pas moins éloigné de l'esprit d'intrigue. Il ne faut d'ailleurs (ju'observcr le labhiau ([u'on a ici sous les \eu\ pour être tenté de prendre en horreur les inti'igues cl les intrigants.

J'ai été surpris do la dilliculté de trouver ici de belles éponges. V. A. en re.'cvra quatre par ce courrier, et c'est ce qu'il a été possible de trouver de mieux m ce genre dans toutes ies boutiques de Paris.

M. d'Aiguillon m'a dit que V. A. était à Austcrlilz. Ne sachant si, ni par qui dans ses absences les dépêches sont ouvertes, j'envoie la présente lettre sous l'adresse de M. de Spielmann^'', en le priant de la faire parvenir à V. A. Je la supplie de me conserver ses bontés et d'agréer toujours l'inviolable attachement et le profond respect avec lecpiel j'ai l'honneur d'être, etc.

''' Aiildiiic (lo S|iioliiianii olail iilorsciiiisi'illi'P il.iiis la (liane ellorie impériale. l'Ius lai'J il |jarviiil à aiqiiorir une position prc-

poiiiléraiitc el il joiiil de la plus jjrantlo iiilliienee iusi|ireii iSoi, où il penlil lout rrodil. Il inoiii'iit le 37 féviici' iHi.'i.

Vienne, ce i" octobre l'j'/i- — Je vous remercie, mon clier ambassadeur, des détails relatifs à Madame la Dauphine et à la favorile que vous avez bien voulu me communiquer. J'approuve très fort tout ce que vous avez dit ou (ail à cet égard à cette dernière, dans laquelle moi, si j'étais à Paris, je ne verrais, en homme sensé, qu'une dame de la Cour que je croirais, sans être le roi des fous, pouvoir d'autant moins plus mal traiter qu'une autre, que le Roi rhonore de sa ])ienveillance, et qu'en user autrement ce serait vouloir manquer au Roi, ce qui me semble qu'aucune créature raisonnable ne peut se permettre. Je tombe de mon haut, moyennant cela, Qn voyant que Madame la Dauphine, lorsqu'il s'agit d'opler entre le parti de déplaire à Mesdames ses tantes ou de déplaire au Roi, non seulement hésite, mais se laisse aller à manquer d'égaids au Roi, son grand-père, son souverain et son maître, par égard pour Mesdames ses tantes, qui devraient Lui paraître nulles dans ce cas de concurrence.

A sa place, je dirais tout naturellement à mes bonnes tantes ([ue je les prie de se mettre à ma place et de juger de sang-froid si, lorsqu'il s'agit de l'alternative inévitable de déplaire au Roi ou de leur déplaire, je puis me permettre d'hésiter un moment; et si elles ne se rendaient pas à un raisonnement aussi incontestable, je ferais ce qu'exigimt de ma part devoir et raison, sans m'cmharrasser davantage de l'effet que cela pourrait faire vis-à-vis d'elles.

Quant à M. d'Aiguillon, il ne tiendra qu'à lui dèlre bien dans mon esprit et, moyennant cela, dans celui de ma cour. Il ne faudra pour cet elïet que cliarrier droit vis-à-vis de nous, pendant un espace assez long, pour que je puisse croire que c'est tout de bon, car on est en droit d'être moins confiant vis-à-vis de quelqu'un dont le caractère, à raison ou à tort, a été aussi décrié que le sien.

Je vous remercie des éponges que vous m'avez envoyées et que j'avais cru que l'on trouvait chez tous les parfumeurs de l'aris. Adieu, mon cher Comte; d'où vient que vous ne me dites pas un mot de M. le Coadjuteur? Comple-t-il lanterner aussi longtemps que M. de Rreteuil?

Fontainebleau , le i5 octobre l'j'ji. — Monseigneur, le courrier Neumann m'a remis, le ii au soir, les dépêches dont il était chargé ainsi que la

398 KAUNITZ À MKRCY.

It'tlre paiiiciilière (|iie V. A. m'a fail l'Iionnptir de m'éciiic du i" de ce mois. Je joins ici loiil ce que mon lappoil ;i S. M. conlienl de plus esseulicl. Il est bien fâcheux d'avoir tant à écriie sur de pareilles misèi-es et de trouver autant d'obstacle que j'en rencontre à y remédier. La lettre de S. M. à Madame la Daupliiue est conçue dans des termes très précis et très forts sur les principaux objets de conduite; le premier mouvement de Madame l'Arcbiducbesse n'annonce pas que la leçon ait produit un elTet désirable et je crains des résistances sur l'article de Mesdames et sur celui de la favorite. Si S. M. ne soutient pas pendant quelque temps le ton sévère et ferme, tous mes soins seront supei-flus.

Je tarde encore, Monseigneur, à oser vous présenter mes idées sur M. d'Aiguillon. Quoiqu'il paraisse vouloir mettre assez de franchise et de droiture en alfaires, je remarque dans les détails de sa conduite sur les objets de l'intérieur tant de petits coins de fausseté, un si grand penchant aux tournures d'inti'igue subalterne, tant de propos légers, indiscrets, même peu adroits, que je ne sais retrouver dans cet assemblage l'homme habile, lin, laborieux et systématique que le public nous annonçait dans M. d'Aiguillon. Je doute fort qu'il devienne jamais un ministre de poids et de considération.

M. le Coadjutcur de Strasbourg prendra congé sous peu de jours, et sera rendu à sa destination à la fin de novembre. J'ai eu avec lui quelipies conversations dans lesquelles je lui ai tenu le langage convenable et préparatoire à sa mission. Il m'a répondu de jolis propos et il m'a paru aussi frivole qu'ignorant sur tout ce (juil devrait savoii'. Je n'ai lien à ajouter en matière d'affaires à ce (]ue renferme ma dépèche d'office, et je me Ixu-nerai aujourd'hui à réitéi'er à V. A. l'hommage des sentiments inviolables et respectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc.

20^1. — KAUNITZ A MKHCY.

\ tenue, ce i" novembre J77J. — J ai l'eçu voire dernière lelli'e famdière du i5 octobre, mon cher Comte, et l'Impératrice m'a communiqué celle que vous Lui avez écrite, ainsi que la sienne à Madame la Daupliine du mois de septembre et la réponse qui; cette princesse vient de faire à sa mère''', dont je n'ai été nullement content parce qu'elle n'est pas adéquate

''• Il psl (iiieslioii ici do la loltre (le 11" .'îç), do Morcy ù Mario-Tliori'so, du

Miirio-Tliérèse à Mario-Anloinclle, du 1 .') ocloliic, |iiiblii>os liuilo^ trois an tumo I"

3o sep|pinl)rn , dp la réponse de Mario-An- du liociicil do MM. d"Arnetli ol (ieiïroy,

loinollo, dn 1 li ortolin', ol (\c la dôpèclio, p. •?\-j et suivaidcs.

ol parce ([u'ollc tc'moigiie un eniêteincnt et une prévention Irès déraisonnablc. Et je vous avoue que si je ne comptais sur votre sagesse et voire patience, qui l'emporte de beaucoup sur la mienne, je n'espérerais plus rien.

Sur l'état des affaires, vous verrez ce que je vous écris d'ollice et je n'ai lien à y ajouter si ce n'est que le duc d'Aijijuiilon, comme je le sais de science certaine, en pariant de nous avec le sieur de Sandoz''', a dit à cet homme des choses peu faites pour le persuader de l'intimité qui règne entre nous, en nommant, cnlie auties , notre façon d'être en matière dalfaires, la morgue de la cour de \ iennc et simitia. Au lieu que, ce qui n'aurait rien coûté à la France et ne l'aurait engagé à rien, il aurait convenu, ])our faiie peur au roi de Prusse et le contenir, de déclarer à ce niinislrille, le sieur Sando/. , que si la Russie nous forçait à prendre part à la guerre, la France nous assisterait au besoin d'argent et de toutes ses forces, il s'est borné à lui dire qu'elle nous donnerait le secours stipulé de 20,000 hommes, au cas que le roi de Pj'ussc nous attaquât dans nos possessions, mais dans aucun autre cas et pas même celui où nous voudrions nous opposer au démembrement de la Pologne. En un mol, ses propos n'ont été ni honnêtes ni analogues au but auquel ils devraient être destinés. Je suis moyennant cela, comme vous pensez bien, fort éloigné de pouvoir lui accorder déjà toute la conOance qu'il voudrait et il me faudra encore bien plus d'une épreuve pour m'y déterminer. Je vous embrasse de loul mon cœur, mon cher Comte.

Vienne, le U décembre ijji. — Mon cher Comte, notre procédé pour le roi de Pologne est trop grand, tiop honnête et trop raisonnable pour pouvoir plaire là où vous êtes; mais je suppose cependant qu'ils auront la prudence de ne pas le témoigner. En tout cas, nous avons fait comme nous l'entendons et nous nous passerons fort bien de leur approbation. Je juge d'ailleurs comme vous de la tournure d'esprit et du caractère de M. d'Aiguillon, ([ui joue un jeu double auquel il pourrait bien se casser le nez et qui pourrait bien, par-dessus le marché, si bientôt il ne change de conduite vis-à-vis de nous et de l'Espagne, faire rester sa cour, comme on

''' M. (le Sandoz était alors, en l'abseiico quelle il iciidail compte de son entrelien du !)aronde Gollz, cliargé d'alTaires du roi avec le duc d'Aiguillon, avait été sans de Prusse en Fiance; la dépèclie dans la- doute interceptée par le cabinet de Vienne.

/lOO , MERGÏ A KAUMTZ.

dit, le c. . cnlrc deux cliaises. J'ai làclié à M. Durand ' , duii ton de mépris et de persiflage cependant, que je savais de Berlin que M. d'Aiguillon cajolait beaucoup M. de Sandoz, el que le roi de Prusse se croyait certain de renouer par son moyen avec la France dès qu'il le voudrait bien; qu'il pro'lendait aussi avoir des assurances positives du duc, que la France ne mettrait aucun obstacle aux projets d'agrandissement qu'il pourrait avoir aux dépens de la Pologne, et je lui ai l'ait observer que, moyennant cela, je ne pouvais pas m'empècber d'être un peu étonné toutes les fois que lui, Durand, s'avisait de me témoigner ses frayeurs au sujet des vues du roi de Prusse sur la Pologne. Je lui ai dit bier que je venais d'avoir les mêmes nouvelles de Hollande, et cela est vrai. \ous ne ferez cependant de toutes ces notions que je vous confie que l'usage que vous voudrez.

Selon les pi'opos d'un certain nombi-e des domestiques du coadjuleur ([ui sont arriv(>s avant-bier, il devrait être ici en peu de jours; nous verrons ce que c'est et j'en userai en consé(juence.

Ce que vous me mandez vouloir m'envoyer, mon cher ami, adressezle à mon fils Dominique sans autre adresse pour moi; je l'en préviendi'ai; et comme il est Reicbs-Hof-Ralb, tout ])ourra passer.

Je vous embrasse de tout mon cœur.

Paris, le it) dcmnbrc ijji. — Monseigneur, mes dépêches d aujourd'hui renferment ce que j'ai d'essentiel à dire sur Madame la Daupliine, el mon rapport à S. M. ne contient de plus que quelques anecdotes trop minutieuses pour que je croie devoir les mettre sous les yeux de V. A. Ce que vous aviez prévu, Monseigneur, relativement à noire procédé pour le roi de Pologne, s'est vérifié. M. d'Aiguillon n'y a cberclié et remarqué que de l'adresse, de la finesse; ce qu'il y a de grand et d'honnête lui est éciiappé et je crains bien (pi'il ne saura jamais voir les objets sous cet aspect. 11 paraît que M. d'Aiguillon , se laissant aller à son caractère, enclin aux intrigues, aux petites ruses et aux manœuvres sourdes, n'a cependant encore aucun projet bien décidé; sans connaissances fondées des alfaires d'Etat, il chemine dans les ténèbres, et comme il ne |i('ut manquer de s'abeurter de toute pari, il faudra nécessairement (|u'ii rexirune

''' M. Duniiicl clait cluirjjé des affaire.s do France à Vienno en aUeiulaiil l'arrivée du nouvel ambassadeur, le prince I.onis de Rolian, coadjuleur de Slraslioiirj;.

iy DÉCEMBRE 1771. ZiOl

sur ses pas; mais dans tous los cas, il esl apparcal que cet liomiue restera toujours un ministre très me'diocre, difficultueux et assez faux pour aliéner la confiance des cours. La conduite simple, modére'e et ])atiente que j'aurai grand soin de tenir vis-à-vis de lui me pre'servera de l'effet de ses passions soupçonneuses et haineuses, et en ne lui donnant aucune prise sur moi, je tacherai ou de le ramener ou pour le moins de diminuer ses e'carts.

Ma de'pêche contient ce qu'il m'a dit sur le propos tenu par V. A. à M. Durand relativement aux cajoleries faites au roi de Piusse. M. d'Aiguillon a cru bien masquer cette honteuse manœuvre en me disant après coup beaucoup de mal du monarque prussien. Cela est mise'rable et caracte'rise l'homme; le sieur Sandoz est une de ces espèces dont ce monarque aime à se servir de pre'fe'rence et qui ressemblent plus à des espions qu'à des ministres ; je sais qu'il se vante beaucoup ; cela me porterait à croire qu'il fait peu de besogne, mais je ne le perdrai pas de vue. J'observerai encore que M. d'Aiguillon ne prend pas dans la confiance du Roi et que toute son existence tient au cre'dit qu'il a auprès de Madame du Barry. Si Madame la Dauphine e'tait moins légère, moins obslinéc dans sa conduite envers la favoiite et (ju'Elle voulût me donner un peu de jeu, j'espérerais de remédier à bien des inconvénients; mais dans l'état où sont les choses il y a ici moins de bien à effectuer que de mal à éviter.

J'ai remis au courrier une boite (pii contient, en porcelaine de l'année, ce qui est nécessaire à prendre du chocolat dont je sais que V. A. fait usage; la boîte est adressée à M. le comte Dominique de Kaunilz; j'envoie séparément un ouvrage qui m'a paiu fort intéressant en mécanique; ce sont les méthodes qui ont servi à la construction d'un pont (|ue l'on dit être un chef-d'œuvre de l'art. Je supplie V. A. de vouloir bien agréer ces bagatelles et de me permettre, au renouvellement de l'année, de Lui offrir les vœux ardents que je fais pour un protecteur auquel je dois tant de reconnaissance et d'attacbemenl. C'est dans ces sentiments que j'ai l'honneur d'être, avec respect, etc.

•207. — KiUlMÏZ A MERGY.

Vienne, ce 5 janvier i'jj-2. — Mohrenheim m'a remis en bon état, mon cher Comte, tout ce dont vous avez eu la bonté de le charger pour moi, et j'ai été très sensible entre autres à l'idée qui vous est venue, de m'envoyer tout le nécessaire pour un chocolat, dont il est bien obligeant pour moi que vous vous soyez rappelé que je faisais un usage journalier. Je

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