II. 3i
1res, parce que, arrivé à peu près au degré' du vrai sage, je vois toujours les choses de sang-froid, et ne juge jamais les autres qu'en me mettant à leur place. Ainsi faisant, il m'a paru tout simple que la Reine, le lloi et sou ministère n'aient te'moigné que 1res sobrement le plaisir que devrait leur faire le voyage de l'Empereur.
En voici selon moi les raisons. La Heine a peur d'être sermonne'e. Le Roi appréhende que l'Empereur ne Le mette dans l'embarras, en Lui parlant d'alfaiies, et le miuistère en détail craint que l'Empereur n'insinue des choses favorables aux uns ou défavorables aux autres, et moyennant tout cela il n'y a pas de quoi s'élonner de ce que tous ces gens-là aient reçu un peu froidement une nouvelle que cerlainemeul ils auraient accueillie tout autrement, s'ils avaient su ou pu croire qu'il n'arriverait lien de tout cela, et que l'Empereur, ne venant exactement que pour donnei-unc marque d'amitié distinguée à sa sœur el à son beau-fière, doit [lar eu\ être accueilli avec toutes les démonstrations de reconnaissance el de bonne amitié réciproque, que mérite un procédé aussi honnête el aussi amical de sa j)art.
Or je vous préviens que je Lui ai dit tout cela avec la franchise qui est dans mon caractère et (ju'il a plus (|ue jamais eu la bonté d'agréer de ma pari. El je Lui ai dit d'une ))arl pour qu'il ne me [)renue pas deriuimeur contre ces gens-là, et d'un autre côté, poui- (pi'Il veuille bien déférer à mon avis, qui est: Que tout eu arrivant II dise avec cordialité à sa sœur cl à son beau-frère : je ne viens ici que pour vous donner à tous deux par la visite que je vous fais une marque de ma bonne et sincère amitié. Qu'à tous deux ainsi qu'à leurs ministres. Il ne leur parle d'aucune alfaire, ni domestique ni autre, à moins qu'ils ne lui eu parlent les premiers, et pour ce cas je L'ai mis en l'état de Les satisfaire sur tout, et sans Leur laisser rien à désirer sur chose quelconque (jui puisse avoir rapport ou à eux, ou à nous, conjointement ou séparément.
Pour ce qui est de la Reine, quoi qu'il puisse voir pendant son séjour, je Lui ai conseillé de ne Lui rien dire du tout jusques au moment auquel Il prendra congé d'Elle, mais de Lui dire alors, soit que pendant son séjour Il ait vu des choses répréhensibles, ou qu'il n'en ail pas \u: frJe ne vous ai pas dit un mot, ma chère sœur, pendant tout le temps que j'ai passé ici avec vous, sur ce qui vous regarde, parce que je n'ai pas voulu vous mettre dans le cas de pouvoir supposer que je veux me mêler de vos alFaires. Mais je crois devoir en échange vous dire amiablement ma pensée à cet égard, à présent que je suis sm- le point de vous ijuitter, parce que si j'en usais dllféremment, vous seriez en droit de soupçonner que vous m'êtes indilh'rente, elque je serais bien fàdié (|ue vous puissiez supposer un sentiment aussi éloigné de ma fiiçon de penser à votre égard.
1" JANVIER 1777. /i83
Ce que j'ai à vous dire cependant no sera pas long, cl le voici : Vous savez, ma so-ur, (juc le sort des reines de France dépend uniquement du bon plaisir des rois, leurs époux, lesquels, ainsi que le prouvent maints exemples des temps passés, à leur volonté les font être quelque chose, ou rien du tout, ainsi qu'il leur plaît. Vous savez aussi que, depuis que le monde est monde, les ministres des princes ou ceux qui les approchent davantage, plus ou moins influent sur leur façon de penser et sur leurs résolutions; et vous savez enfin que des successeurs vraisemblables, et même la partie la plus raisonnable d'une nation, méritent des égards ou des attentions par rapport au temps présent et aux temps à venir. En partant de toutes ces vérités incontestables, tout ce que le tendre intérêt que je prends à vous me porte à vous conseiller, c'est de ne jamais rien faire, ni dans les grandes, ni dans les petites choses, ([ui puisse déplaire au Roi, votre époux, ou avec raison vous aliéner les esprits des princes du sang, des ministres, ou de la saine partie de la nation, et de ne vous jamais laisser aller à une action quelconque, sans examiner auparavant de sanglioid, si elle n'est pas en opposition avec les vérités susdites. Eu faisant ainsi vous vous assurerez un soii heureux pour le présent et pour tous les cas possibles. Prenez en bonne part ce conseil dicté uniquement jiar la tendresse la plus vive et en même temps la plus désintéressée, et faites, je vous en conjure, en conséquence, afin que je n'aie jamais lieu d'être inquiet sur votre sort. 15
Je suis bien aise, mon cher Comte, de vous confier ces petites anecdotes pour votre direction, et afin que vous puissiez m'informer dans le temps de tout ce qui se sera passé en conséquence pendant le séjom- do l'Empereur dans le pays où vous êtes. Je Lui ai conseillé aussi de distinguer avec précaulmu MM. de Maurepas, de Vergennes el de Saint-Germain, et d'être sur ses gardes à l'égard de M. de Choiseul. A tout cela cependant j'ai cru devoir ajouter encore mon autre petite lettre ostensible ci-jointe, datée du 3, et je vous pi-ie d'en faire l'usage indi(]ué par mon P. Spt. qui eu traite. Je suis comme toujours, mon cher Comte, votre bon ami.
Vienne, le 3 janvier ijjj. — Mon cher Comte, le départ de l'Empereur restant fixé pour le 8 de ce mois, vraisemblablement vous n'aurez plus de couiricr de ma part d'ici là, el je crois devoir profiler moyennant cela de celui-ci pour causer encore un peu confidemment avec vous sur révéneincut de ce voyage dont le succès me tient fort à cœur, [)arce que je
àfih KAIÎNITZ À MERCY.
ne iiK' borne pas à èlio Ibii allaclié à la famille iinpérinlc, mais que je vais, comme vous sa\c/,, jusques à aimer de loul mon cœur la personne de rKmpeieurel de rimpératrice. Avec ces sentiments, qui sont au fond de mon cœur sans aucune \ue seconde, je vous avoue que je ne suis pas absolument sans inquiélude à ce sujet, en me rappelant que dans tous les temps on n'a jjuère vu d'entrevue entre souverains qui ait tourné à bien, ou parce que c'étaient des gens qui n'étaient pas faits pour gagner à être vus de près, ou parce que, à tort ou à raison, prévenus l'un contre l'autre en se voyant, ils se sont conduits en conséquence de leurs préventions, et se sont déplu moyennant cela réciproquement, tandis ([u'ils auraient pu se plaire.
Je ne crains pas la première de ces deux causes, parce que je connais personnellement l'Empereur et la Reine, et que je juge l'avoraiilemenldu Roi, sur ce que j'en ai vu jusques à présent, et sur ce que j'en ai ouï dire par plusieurs personnes dignes de foi. Mais je vous avoue qu'en échange je ne suis pas tolaicmeni sans inquiétude sur la seconde. Si le Roi, la Reine, ou leur ministère supposent que l'Empereur vient en France pour se mêler de leurs afl'aires personnelles ou autres, sa prochaine arrivée doit ne pas leur être agréable, et leur conduite respective à son égard doit se ressentir de celle supposition; elle sera embarrassée ou gênée, au lieu d'être franche, cordiale et amicale, et en ce cas elle déplaira avec rais(m à TEnipereur, et I! déplaira aussi parce qu'elle Le révoltera, et qu'elle Lui ôlera moyennant cela l'envie de plaire. Or, cela serait très fâcheux, et je vous avoue que cela me ferait beaucoup de peine. Je ne puis pas me permettre de ne pas tâcher de l'empêcher, et je vous prie, moyennant cela, d'aller dire de ma part à la Reine, à laquelle je baise très humblement les mains: que je La supplie d'être persuadée que l'Empereur ne vient à Paris que pour avoir le plaisir de La revoir, et d'établir une bonne et sincère amitié personnelle entre Lui et le Roi, son époux, Qu'Eile peut être assurée qu'il ne parlera d'aucune atl'aire quelconque, ni domestique, ni autre de la France, à moins qu'on ne Lui en parle, et (ju'U en usera de même pendant tout son séjour, au sujet de tout ce qui peut regarder personnellement le Roi ou Elle. Dites à la Reine que je crois qu'il serait utile qu'Elle prévînt là-dessus en secret le Roi et ses ministres, afin que tout le monde ait l'esprit au repos; et dites-Lui enfin (pi'en bon serviteur des deux cours je La prie instamment de l'aire en sorte que l'Empereur soit reçu et traité en France avec toutes les mar(|ues de cordialité et de tendre amitié que mérite un bon frère, un bon ami et un bon allié qui fait ti'ois cents lieues au milieu de l'hiver, uniquement pour aller voir sa sœur et son beau-frère, et pour leur donner par là à tous deux une marque d'amitié à la face de toute l'Europe. Dites-moi bien tout cela.
3 JANVIEK 17 7 7. 485
je vous prie, à celle cliarmaule piiucesse, qui ae me saura [las mauvais gre', j'espère, de celle nouvelle preuve d'allachement de ma pari, el aimez toujours un peu d'ailleurs
P. S. Diles à la Reine, mon cher Comle, que je vous ai prie' d'aller Lui exposer de ma ])art dilîerentcs choses relatives à l'arrive'e prochaine de l'Kmpereur en France. Et que comme ma lettre vous parait ne rien contenir qui puisse ne pas être mis sous ses yeux, vous croyez bien l'aire en la Lui apportant telle qu'elle est. Vous pouvez même la Lui laisser si vous voulez, alin que, si par hasard Elle en avait envie, Elle puisse la laisser lire au Roi, et à ceux de ses ministres qui méritent la plus y[randc confiance. Mon intention est louable, el je crois (|ue ma démarche ne peul Hiire qu'un grand bien.
Le 8 janvier ijjj. — Mon cher comle Metcy, il paraît (jue c'est un vrai sort que les éléments sont déchaînés même pour empêcher mon voyage en France. Une neige incroyable me met dans le cas, joint à plusieurs autres viaies raisons qui me la font servir d'excuse pour dilférer mon voyage jusqu'au mois de mars. J'en suis vraiment fâché, suilout pour loules les peines que vous avez déjà été dans le cas de vous donner, el toujours en vain, [)ar trois fois pour celle idée. Si je [)uis passer h; mois d'avril ou une partie du mois de mai à Paris, et le reste jusqu'à la mi-juillet à l'aire le tour des ports et provinces, je crois que je n'aurai point à regretter la perle du carnaval. Voudriez-vous bien me marquer si la fin de juin est une saison si insupportable pai' la chaleur dans les provinces méridionales, qu'on y ait de la peine à voyager. Je vous prie d'envoyer cette lettre à Belgiojoso tout de suite par eslal'elle, pour qu'on f empêche, s'il est encore à temps, de passer la mer pour rien. Adieu, mon cher Comte, si j'étais aussi sîir de lentes les autres raisons comme je le suis que vers Pâques nous n'aurons plus de neige, je vous garantirais plus sûrement mon voyage. A revoir donc, si j'en vois le moment, ce sera toujours avec bien du plaisir, el croyez mon estime cl amitié invariables. Adieu.
/i8() MERCY À JOSlil'H 11.
Vienne, le 8 janvier ijjj- — Mun cliei' (loiiile, rEmpereur et lliiipératrici; viennent de m'envoyer les trois iellres ci-jointes. Vous verrez par celle qui vous est adresse'e bonurou|) miou\ que je ne pourrais vous le dire, les raisons qui ont obliî]e' l'Empereur à diirjrer son voyage jusqu'à l'entrée du printemps prochain, les chemins et le temps qu'il fait actuellement rendant re'ellement un aussi long voyage presque impraticable. Tout ce que je i)uis y ajouter avec vérité, c'est (jue l'Euipcrcur est sincèrement peiné d'êlre obligé de se prêter à ce délai, et que nous en sommes lous lâchés. Mais vous pouvez compter ijue cela ne lail qu'une partie tie plaisir différée.
Paris, ij janvier iyyy. — Au moment oii le courrier mensuel allait |)artir, je reçois celui qui m'appoile les (rès gracieux ordres de V. M. I. eu date du 8 de ce mois, et c'est avec bien du regret que j'éprouve encore un retard à l'espoir si prochain de me trouver à ses pieds.
L'expédition de mes dépèches ne me permettant pas d'aller aujourd'hui à Versailles, j'y ai envoyé sur-le-champ les lettres adressées à la Reine. S. M. y répoudra par le même courrier qui les a apporle'es et que je renverrai sous huit jours.
L'usage des estafettes n'étant pas établi en France, et l'expédition d'un courrier en Angleterre pouvant occasioniicr dans le moment pi-ésent trop de conjectuies, je crois devoir user de la voie ordinaire de la poste pour adiesscr ce soir au comte de Belgiojoso les ordres de V. M. J'espèi'e qu'ils arriveront à temps pour suspendre le départ de ce ministre.
Toutes les informations que j'ai piiscs me confirment que les chaleurs de l'été ne sont dans les provinces méridionales de la France qu'une incommodité supportable et moindre qu'en Italie. Il est par consé([ucnt hors de doute que le voyage de V. M. ])lacé dans les mois d'avril, mai, juin et juillet serait à tous égards plus agréable et moins pénible. Ce serait une vraie affliction pour la Reine si ce voyage n'avait pas lieu, et j'ose allirmer que le public d'ici le désire avec un empressement qui tient à la |irol'onde vénération dont il est pénétré pour l'auguste personne de V. M. Enlie temps je reste en mesure de tenir prêt pour chaque moment tout ce (jui m"a été dicté par les ordres de V. M. et je fais des va?u\ pour
iiY'Iri; poiiil privô du liôs grand bonheur de metlre à ses pieds quelques le'moignagcs de mon zèle, ainsi (|ue l'entière soumission avec laquelle je suis
Ce 3 février ijyj. — Mon cher Comte, j'en suis encore au même point d'incertitude pour mon voyage; les raisons qui me firent remettre mon depart subsistent en entier. Nos arrangements dont ou me promettait la décision de jour en jour, môme avant le 8 janvier fixé alors pour mon voyage, ne sont jusqu'au jour d'aujourd'hui point encore pris. Mon projet est encore le même : si je puis partir, ce sera vers le 12 mars. Je passerais la semaine sainte à Fribourg et les dernières fêtes de Pâques à Strasbourg el de là je viendrais de la façon convenue à Paris; mais je ne quittoi'ai pas d'ici que je no sois ou entièrement tran([uillisé sur les dispositions qu'on fera au sujet de la Bohème, ou que l'on ait pris un parti entièrement opposé à ma façon d'envisager les choses, qui par conséquent rendrait ma présence entièrement inutile. Je suis au désespoir de savoir (|ue M. de Belgiojoso soit arrivé à Paris et que l'on n'ait pu au moins lui épargner le passage de mer. Je vous prie de lui communiquer cette lettre et de fassurer de toute la peine que me fait cette attrape. Il sera le maître de prendre en conséquence le parti qui lui sera le plus agréable. Je ne puis lui donner d'autres assurances de probabilités que celles que je détaille ici. Si peut-être il voudrait attendre le prochain courrier, il devrait probablement lui apporter alors des nouvelles plus sûres, mais qu'il fasse ce que bon lui semblera.
Adieu, mon cher Comte, ce sera toujours avec plaisir que je vous reverrai.
Vienne, le 3 février ijjj. — Mon cher Comte, Kleiner ne m'a point apporté de lettre familière de votre part; mais j'ai vu ce que vous mandez à l'Impératrice sur la sensation qu'a fait la nouvelle du voyage rompu de l'Empereur au moins pour le moment. On a supposé des choses vraisemblables; mais elles n'en sont pas plus vraies pour cela, et au moins est-il bien certain que le roi de Prusse et la charlatanerie de ses ostentations guerrières n'y ont été pour rien. Un peu de raisons domestiques assez fondées, voilà tout; au moins je le pense ainsi, et je me flatte toujours
JOSEPH II À MEHCV.
que ce voyage n'est que diiïérc. A l)on compte je suis bien aise que ma lettre ostensible ait fait TcHet auquel elle était destine'e, et il conviendra, moyennant cela, d'en rappeler le souvenir en temps et lieu. Je serai toujouis bien aise de tout ce qui arrivera d'agréable au baron de Breteuil, et je vous prie de lui faire remetire la petite lettre ci-jointe qui n'est qu'un compliment en ré|)ouse à celle qu'il m'a écrite. Je vous remercie de ce que vous m'avez envoyé en Inocluires, cl je vous prie de m'envoyer le contenu de la pelite noie ci-jointe. Je vous avertis que, d'après ce que m'a dit hier Barthélémy par oi'dre de M. de Vergennes vraisemblablement, ce ministre vous mettra dans le cas de faire usage de ce que je vous mande aujourd'hui d'office'^'. Et s'il ne le fait pas, pour ne pas avoir l'air de vouloir tirer à la courte paille, pour savoir à qui de vous deux parlera le premier, je crois que vous ferez fort bien de le prévenir, en lui disant que je vous avais mis en état de pouvoir causer avec lui amicalement sur le présent et l'avenir possible de nos circonstances politiques, communes et particulières, et cela sera d'autant plus convenable que j'en ai piévenu Barthélémy, pour ne pas être dans le cas de devoir lui dire plus que n'a besoin de savoir un homme de son espèce'-'.
Adieu, mon cher Comte, ne me privez pas à l'avenir du plaisir d'avoir au moins deux mots de votre part familièrement.
Ce II mars fj-j-j. — Mon cher comte Mercy, vous devez être excédé en entendant nommer s^^^uiement mon projet de voyage tant de fois projeté
f 11 n'y a pas de leltre poliliqiie en (laie du 3 lévrier expédiée jjar le prince de Kaniiilz au comte de Morcy; la dernière est un rescript du 3i janvier 1777. C'est un examen liés détaillé de la situation politique de l'Europe et en particulier des rapports de l'Aulriclie avec la Prusse, la Russie, la Porte, le Palalinat el la Bavière. M. de Bartliéleniy, chajjjé d'affaires de Fi'auce à Vienne, eu l'absence du baron de lîreleuil, avait lait pari au Cbanceiiei' du vil désir qu'avait M. de Verj;enues de pouvoir se concerter conlldenticilenient avec le Cabinet de Vienne sur la situation très critique des affaires polili(pie-!. M. de Ver|;enncs aurait
été particulièrement heureux de pouvoir établir ce concert entre les deux cours à propos de l'extinction inunineute de la descendance masculine eu Bavière et des intentions que l'Aulriclie pouvait avoir pour la défense de ses droits en cette circonstance. '-' Cet agent ne méritait pas le dédain que manifeste jiour lui le prince de Kaniiitz. C'était un diplomate de haute valeur, qui plus tard rendit de grands services à son pa\s, comme le prouve la publication de ses papiers, faite ])ar Jl. Kaulek dans la colleition imprimée sous la dircilion de la Commission des Archives du Mini^tèie des alVaires étraiij;ères.
/i MARS 1777. à89
l'I jamais accompli. Pour le coup je crois que, si chose imprevoyable n'arrive, je parlirai réellement le li tie ce mois d'ici, c|ue prenant la roule que j'avais toujours eu en iclé(^ je n'y changerais autre chose que (l'aller de Stiill|;anl à Friljourjj pour y l'aire un séjour de quelques jouis (]ni seront justement les jours de la semaine sainte, et les deux fêtes de Pâques; qu'ainsi vers le lo avril, après avoir passé par Strasbourg, \ancy et Melz, je pourrais être à Paris. Tout reste aux dispositions préalables que vous aviez bien voulu laire il y a deux mois, et si vous pouvez épargner à Valentiii Eslerhazy sa mission à Strasbourg, de même (|u'à tout^ autre dont ma sœur voulait le charger pour me complimenter, vous m'épargnerez une secature, et mon incognito si désiré, si nécessaire, n'en sera que plus alVermi.
Je suis vraiment charmé que Belgiojoso ait pris le parti de rester à Paris. J'aurais été en peine de lui avoir fait faire ce voyage pour rien et fort embarrassé de le lui proposer une autre fois. Je vous prie de lui remettre cette lellre'''; son séjour à Paris et dans votre société, dont il ne peut assez se louer, autant qu'il rend justice au fait des circonstances auquel vous avez bien voulu le mettre, selon l'entière et parfaite connaissance que vous en avez, le dédommagera de l'ennui de l'attente de mon arrivée. Ce n'est pas sans inquiétude, pas sur le qu'en dira-t-on de ma personne, mais sur la délicatesse avec laquelle il faudra m'y prendre, pour persuader une sœur, à latjuelle je prends un intérêt si vrai, à employer et embrasser les moyens uniques qui lui peuvent conserver la considération ifénérale, et par conséquent assurer son bonheur pour la vie. 11 me parait qu'elle commence à s'en égarer, et vous pouvez compter que ce ne sera (ju'a|)rès avoir bien vu et après avoir gagné sa confiance, s'il est possible, au moins bien sûrement qu'après vous avoir consulté, et que nous serons convenus ensemble, que je réglerai mes propos.
Adieu, mon cher Comte, je n'ai pas besoin de vous répéter le cas que je fais de vous revoir, et le plaisir que j'aurai de vous persuader de toute mon estime et amitié. Croyez-moi donc bien sincèrement votre
Ma lettre à ma sœur ne contient pas la nouvelle positive de mon départ, mais je lui en annonce la probabilité plus prochaine.
''' Celte Ii'Uk^ lie J()si'()li II aii coiiile de ayaiil pour litre : CuriosM sloriche e lU-
15elj;iojoso, ainsi que lonle la corrcspon- plnmaliclic dii secolo decimuilmu , Miiaiio,
ilance de rEmpcreiir avec ce ministre, est 1S78, in-8°, p. iig-SiS. publiée dans Tounafçe de M. Fclice Calvi
■im KAUMTZ A MEHGY.
Vienne, le h mars ijjj. — Kn nie mettant, cominede raison, ;i la place de M. de Vei'jjennes, que ses circonstances personnelles ne peuvent pas nian(|iR'i' de rendre souvent einiiarrassante, je n'ai rien eu à désirer sur ce (|u'il a pu vous dire ex arcna, et je vous avoue (|ue, sur tout ce que je suis à portée d'observer dans ce brave bonime, je le regarde de plus en plus comme un liomme non seulement précieux à l'alliance, mais |)récieux à la France même, beaucoup plus qu'à mon grand regret il le pniait où vous êtes. Il est bonnète, il voit bien et il est juste et raisonnable. Voilà bien des choses réunies et on ne les trouve pas souvent ensemble.
En échange je ne suis pas à beaucoup près aussi content de la l'acon dont s'est expliqué vis-à-vis de vous le baron de Breteuil. Et je ne vous caciicrai pas <|ue, s'il s'avise de me parler du même ton à son retour, il ne lui réussira pas vis-à-vis de moi, et il s'en attirera un de ma part, que je n'ai pas pris encore vis-à-vis de lui; car ce n'est pas ainsi qu'il convient de répondre à un bon procédé amical, dont nous aurions pu nous dispenser, n'ayant de compte à rendre à personne.
Quant à la Reine, il me semble qu'il faut toujours se dire à soi-même : ibant qua poterant; quoi qu'on obtienne, c'est toujours, comme on dit, autant de pris sur l'ennemi. Nous sommes bien jeune, et j'ai peur que nous le serons encore longtemps.
Quant à Noverre, il est fort apparent (|u"il ne fera pas de vieux os dans le pays où il est. Il a déjà écrit plagas contre les Parisiens, et, si cela parvient à leur connaissance, je ne pense pas que cela le raccommode avec eux.
.le suis bien aise, au reste, (jue l'on continue à désirer chez vous l'ai'rivée de l'Empereur; car je désire moi-même qu'il fasse ce voyage, persuadé qu'il ne peut que gagner à être connu personnellement, aucun prince de son temps et bien peu du temps passé ayant ou ayant eu autant de grandes (jualilés et aussi peu de défauts.
Vienne, le lo mars l'/'j'/. — Vous verrez, mon cher Comte, par la coj)ie f
ci-jointe du billet''' que je viens de recevoir, ce que m'ordonne f Empereur *
''' C'est sans iloule ce billel, sans date, j'ai parlé à S. M. au sujet de mon voyage et *"
de Josii|ili It à Kaunitz : tMoii clier Prince, lille a approuvé sa diialion jus(|u'au lundi '!
cl vous voudrez bien vous y conl'ornicr. Vous juircz sons tlouto du mes nouvelles d'ici là cl il ne m'importe moyennant cela qu'i!i vous reitérer
Paris, le j6' mars 1777. — D'après ce que V. M. I. a daigne' me niar(|uer j)ar ic courrier mensuel, je pre'sume et j'espère d'être à-ses pieds a\aul que ma préseule et très humble réponse puisse Lui parvenir et je ne la Lui adresse que pour me précautionner contic les cas imprévus qui pourraient retarder le voyage de V. M.
La Ueinc m'a dit positivement qu'Ellc enjoindrait au comte d'Estcrliazy de s'abstenir de se rendie à Strasbourg, et j'ai renouvelé toutes mes mesures de précaution pour que V. M. soit exactement obéie sur l'article des démonstralions à éviter dans tous les endroits par où Elle passera en France. Ce n'est qu'en Lorraine où je crains que cet ordre ne soit point strictement observé.
La Reine m'a marqué un grand désir rl'ètrc plus positivement informée du départ de V. M. et surtout du moment où Elle arrivera ici, mais j'ai gardé le silence à cet égard et ai laissé subsister les doutes de la Reine. La présence de V. M. peut devenir à cette auguste Princesse d'une utilité bien essentielle, et si V. M. daigne me l'ordonner, je Lui exposerai avec zèle tout ce qui peut tenir à cet objet import.int.
Je viens de commander un habit de demi-saison, ainsi que les dentelles nécessaires à l'usage de V. M.
Le 3i mars ijjj- — Enfin, nmn cher Comte, l'on ne peut pas èlie plus près de son dépari (|ue moi; car demain malin je monte en chaise pour exécuter enfin ce voyage tant ballotté d'incertitude. Je ne puis plus vous
(te Piiqiies. Je vous prie donc de fniio mar- à Fribourg, je pourrai toujours iHre à 1 comte de Mercy par la poste d'an- Paris vers le 20 avril; qu'il en donne [larl
(incr an (
jourd'liiii que qui l(|nes atl'aircs nj'avaient aussi à M. de lielgiojoso, mais qu'au reste
empêché de partir avant Pàqnes; mais «pic il n'oji dise rien. Adieu, mon cher Prince,
je comptais toujours partir tout de suite porlez-vons bien et conservez -moi votre
après les tètes et que , ne faisant |ilus séjour amitié (|ui nie doinie iilée de moi-mènie.»
/j92 KAUNITZ À MERCY.
(lire iiulic chose, sinon que j'en reste fermemenl à mes arrangements d'incognito. Voici la liste à peu près de ma roule; je dis à peu près, car le i() au plus tard je compte être à Paris pour vous témoigner tout le plaisir que j'aurai de \ous revoir, et la peine (pie me t'ait toute la peine (]uecotle excursion vous coûte.
Adieu; mes compliments, je vous prie, .mu comte Belgiojoso; à revoir.
Vienne, le i" avril l'j']']. — Je commence, mon cher Comte, par ce que j'ai de plus important à vous marquer aujourd'hui. L'Empereur est enfin réellement parti aujourd'hui. Il compte être à Paris, à ce qu'il m'a dit, du 20 au 22 d'avril, et je compte qu'il ne laissera rien àde'sirer dans le pays où il va, car il a assurément en lui tout ce qu'il laul pour cela. Vous verrez que le temps et l'expérience l'ont également servi , et je ne doute point que vous ne trouviez en lui des progrès de toute espèce. Cela fait que je désire beaucoup savoir tout ce qui se sera passé de relatif à lui pendant son séjour en France, et je vous prie instamment moyennant cela, lorsque vous en aurez le temps après son départ, de me mander à cet égard tout ce qui sera parvenu à voire connaissance avec le plus grand détail et la plus grande ingénuité possibles, n'y ayant rien de ce qui le regarde qui puisse ne pas m'intéresser.
Je vous sais bon gré de n'avoir point laissé ignorer à M. de Vei-gennes ma façon de pensera son égard, parce qu'il me semble que l'humanité ne peut que gagner à ce que les braves gens soient bien ensemble. Je me suis attendu d'ailleurs au projet que vous supposez à M. deVcrgennes de faire traiter ici ex ralione inversa, ce que j'eusse été bien aise de faire traiter à Paris par votre canal, et j'en suis, en me mettant à sa place, d'autant moins étonné, qu'en lui supposant la bonne intention de faire valoir nos raisons, il peut lui avoir paru qu'avec son peu de crédit le moyen de pouvoir les porter au conseil avec plus d'apparence de succès, pouvait être celui de pouvoir mettre dans la bouche du baron de Breteuil et de se faire étayer par les rapports de cet ambassadeur, qu'il pourra porter au conseil, et que peut-être aussi il ne veut pas désobliger en lui faisant jouer un mauvais rôle à Vienne. Je puis me tromper, mais je pense de bonne foi que ce peuvent être là les raisons ijui l'ont déterminé, et si cela est, comme il faut toujours se mettre à la place des gens, et (|ue ce ministre en ce cas a de plus devers lui le mérite de la bonne intention, nous inivous point do quoi nous plaindre, ni vous, ni moi. Je crains un
I" AVHIL 1777. h'rS
peu à la vérilé les vivacités déplacées, ainsi que rigiiorance cl le jicii de lumières de notre ami, le baron de Breleuil, mais je n'en suis pas cinljarrassé cependant, et j'espère (jue je pourrai le contenir. Les moyens de se prévaloir du crédit de la Reine malgré cela ne manqueront pas, parce que j'aurai soin de ne vous rien laisser ignorer de ce qui pourra se passer d'essentiel entre lui et moi.
Je vous remercie de tout ce dont vous avez ciiargc (iaironi pour moi, el je vous prie de m'envoyer les deu.x premiers volumes des Annales de la Chine; laites moi mettre nu'au; dans la liste des souscripteurs, et payez pour moi. Ayez la bonté d'ordonner ()u'on retire par la suite les exemplaires bien collationnés, à mesure (ju'ils paraîtront. Si Noverre veut rester à Paris, il faudra sans doute qu'il s'accommode au goût du pays. Est-il vrai qu'il a fait une répon.sc à la mauvaise plaisanterie de la cbansnn sur les Curiaces? Si cela est, envoyez-la-moi, je vous prie, parce que je crois qu'elle sera plaisante. Portez-vous bien, mon cber tlomie, et aimez toujours un peu
Vienne, le ù 5 avril 1777. — Nous attendons encore ce soir, mon cber Comte, le courrier par lequel vous nous apprendrez l'Iieureuse arrivée de l'Empereur, supposé qu'il soit arriv(' le 18, ainsi que je le pense, el en ce cas je vous le manderai par apostille. Je vous prie encore une fois instamment, lorsque vous en aiii'ez le temps, de votre main, ou même de la main du plus alTid(; de vos copistes, de me mander dans le plus grand détail tout ce qui pourra avoir rapport à ce prince, qui a toujours été l'objet de mon admiration et (jui est aujourd'liui celui de ma plus tendre amitié, depuis qu'il m'a permis de l'aimer et qu'il m'bonore de son amitié.
Pour ce qui regarde les Turcs, vous comprendrez, mon cber Comte, (jue tout ce que contient ma lettre d'office ne veut pas dire que nous voulons que la France fasse peureux, en aucun genre, ce que ses circonstances présentes ou à venir pourraient ne pas comporter, mais seulement qu'elle fasse dans tous les temps, présents ou à venir, ce qu'elle jugera pouvoir faire, et surtout qu'elle sente et avoue que non seulement dans aucun temps nous ne serons dans le cas de pouvoir plus qu'elle, mais même jamais de pouvoir autant, ni de la même façon.
J'attends avec l'impatience d'un amateur votre réponse à la lettre que je vous ai écrite au sujet des cbevaux barbes. Je vous prie de m'envoyer
à9fi KAUNITZ A MERCI.
pai' lo pioniior counicr ([uelques boîtes des meillouis |)iiinenii\ de Tours séclie's possibles. Je vous embrasse de tout mon rœiii' et suis romme
IdUJOUIS. . .
Vicnue, le a mai J777. — Je comprends parfailenieni, mon cher Comte, ronibien un rœur aussi iionnête et aussi sensilde que le xôlie doit avoir souffert du fàcbeux contretemps qui vous a mis liors d'état de pouvoir suivre l'Empereur pendant son séjour à Paris et je vous assure que j'ai bien cordialement partagé votre chagrin. J'espère cependant, d'après ce que vous me mandez, que dans ce moment-ci vous aurez pu reprendre vos fonctions et je le souhaite de tout mon cœur.
Nous sommes bien satisfaits de ce que mandent à l'Impéiatrice l'un de l'autre, ses deux illustres enfants, et je vous avoue que je ne peux pas attendre le moment de nous voir arriver par vous et par d'autres le journal circonstancié du séjour de l'Empereur à Paris, parce que naturellement tout ce qu'il aura dit et fait, ainsi que tout ce qui sera arrivé à son sujet, ne peut qu'infiniment m'inl('resser. Je vous remercie en attendant de ce que vous avez bien voulu me mander sur son sujet dans votre dernière confidentielle C; et je vous avoue que cela m'a fait un plaisir singulier dans tous les sens. Je ne sais si le premier courrier que nous vous enverrons, trouvera l'Empereur encore à l'aris, parce que dans la lettre qu'il a écrite à l'Impératrice, je n'y ai pas vu qu'il ait dit combien de temps il comptait encore s'y arrêter. Les |)iemières nouvelles qu'il nous donnera nous l'apprendront sans doute, et nous nous réglerons en conséquence.
Portez-vous bien, mon clier Comte; ne manquez pas, je vous prie, de m'écrire tout ce (jue \ous pourrez ])ai' le |)i-cniier courrier que nous vous dépêcherons, et conservez votre amitié au meilleur de vos amis.
29'i. — KAUNITZ A MERCY.
Vienne, le si mai ij'/j. — Si Neumann ('tait parti hier au soir, comme il était sur le point de faire, lors(|ue Zinner arriva, je n'eusse pas eu le ^euips d'ajouter quelque chose familièrement à ma letlre d'ollici'. Mais
C OIIp li'llic iiiamnic.
•2fi MAI 1777. ùdb
comme rimpc-i'atrice-Reinc a jiijjc' à propos do l'arrêter jusqu'il ce soir je vous dirai, mon cher Comte, en peu de mots i'iniprcssion que m'a faite votre dernière depèclie [lour autant qu'elle a rapport à vos coiilerenccs avec M. le comte de Verjjennes. Il devait entrer naturellement dans le dénombrement des choses que pouvait faire la France dans ce moment-ci en faveur de la Porte, ce qu'il |)ouvail y avoir à dire ou à faire de sa part vis-à-vis de ialiussie. Ce n'est cpie sur les instances de M. de Breleuil que je me suis prêté à lui dire ma pensée sur les différentes espèces de services que je croyais que sa coui' pouvait rendre à la Porte. Je lui avais même déclaré d'abord , qu'à cet égard la France devant mieux savoir que moi ce qu'elle pouvait ou voulait faire, je n'avais rien à lui dire. Mais comme il insista malgré cela, je lui dis (ju'entre autres il me semblait que, la France ayant fait dans tous les temps profession publi(|ue d'êlre l'amie et l'alliée de la Porte, elle pourrait de la façon (|u'elle jugerait êtnla plus convenable, rappeler cette circonstance au souvenir de la cour de Pétersbourg, et en partiint de là, lui faire témoigner combien elle désirait que la paix et bonne intelligence puissent se maintenir entre elle et l'empire de Russie. Et celle démarche m'a paru aussi naturelle, qu'elle serait monstrueuse, si elle venait de nous, qui bien loin d'avoir jamais été dans de pareilles liaisons avec l'Empire Ottoman, l'avons toujouis legardé ainsi qu'a fait l'Europe entière, comme l'ennemi naturel de la chrétienté et surtout celui de la maison d'Autriche. Les objections de M. de Vergennes sur ce point ont donc été aussi déraisonnables (pie le cas de comparaison qu'il vous a allégué a été faux et sophistique. Je ne puis pas vous cacher ([ue j'en ni été choqué. Je ne pense |)as qu'il puisse m'échapper aucune des considérations relatives à notre intérêt [lolilique, j'ose même dire à celui de toutes les autres puissances de l'Europe, et M. de Vergennes pourrait me faire l'honneur de ne pas en douter. En tout cas ce sont mes affaires. Mais je ne puis pas vous dissimuler que la conduite du ministi'rc français dans toute cette occurrence inc porte à être d'avis (pie, comme il ne nous reste plus rien à dire, il nous convient de ne plus mettre dorénavant de vivacité à la poursuite de ce qui regarde les Turcs et les Russes. En conséquence dites donc tout froidement à M. de Vergennes les raisons qui m'ont engagé à répondre ainsi que j'ai lépondu aux questions de M. de Breteuil, et qu'au reste le cas qu'on jugerait à piopos de faire ou de ne point faire de mes avis me serait toujours très indillérent. La façon dont il a accueilli celui-ci, tout raisonnable qu'il était, m'engagera cependant, je vous l'avoue, à mcllie dorénavant beaucoup plus de sobriété aux conseils qu'on pourrait s'aviser de me demander.
Les nouvelles ijue nous vous donnons aujourd'hui et ipie nous pour-
/i<JG JOSEPH II A MERCY.
roiis vous donner pnr la suiic do Conslanlinopic, conlonlcz-vous d'en donner connaissance à M. do Vergennes, mais sans njmiler aiinine inflexion, et, s'il \ous Cl) fait, répondcz-v toujours sur le jned de noire système et de nos intentions sur cet objet, que vous connaissez.
Neumann ne trouvera plus sans doute l'Empereur à Paris. Je suppose que i'Imporatrice vous donne ses ordres sur ce qu'il en faut l'aire. Nous attendrons avec impatience les premières nouvelles que par courrier vous nous donnerez du pays où vous êtes. Vous aurez besoin de vous reposer après le de'part de l'Empereur. Je vous recommande do prendre gi'and soin de votre santé et je suis toujours bien cordialement, mon cher Comte, votre bien bon ami.
Brest, le 9 juin ijjj- — Mon cher Comle, le courrier m'a remis à Brest, où je l'ai fait passer du Haras, ne m'y e'tant pas rendu, votre lollro qui m'a inquio'té au sujet de ma sœur. Je suis au désespoir de lui avoir causé cet accident; mais elle a voulu (jue je ne parte ])as à la souidine et je l'ai fait. J'ai changé mon voyage pour voir la partie supérieure de la Norinaudie et j'ai gagné deux jours par là. Mon voyage a éti' un peu leste, mais très heureux. J'ai bien vu le Havre et Honlleur qui sont deux objets très intéressants, de même que Saint-Malo. Pour ici l'apparence est belle cl agréable, mais ce qui est à la rade est aussi le non plus ultra. Les autres vaisseaux au port, hors la Bretagne, sont bois délat d'aller en mer et il faut presque les refaire à neuf. Leurs magasins sont de superbes bâtiments, mais ils sont presqucs vides d'agrès nécessaires, et pour armer ces quatorze voiles en tout, il a fallu prendre des magasins particuliers, que cha(]ue vaisseau doit avoir, tout ce qu'on trouvait de bon; par conséquent les autres sont entièremeni dépareillés de leurs agrès nécessaires.
Les points [lour ïluigut je me lierais presque de les répondre; rien de vigoureux, ni de coûteux on obtiendra de cette administration.
Je vais rester encore trois jours ici, puis je pars pour Lorient. Si vous voudriez bien envoyer l'eau de Spa au lien à Orléans jusqu'à Saumur pour le 16, ne sachant pas encore si je remonterai aussi haut lu Loire. Voici une tabatière pour l'abbé Rochon que je vous prie de lui faire remettre. Vous me liiez plaisir aussi |)ar le |)assa;;o des courriers de me dire un mol si mes sermons ont produit (piolqiio friiil ou changeiuoiit dans la vie de la Reine. De grands je n'eu espère point; il faut coimnencer et se contenter des petits même.
i) JUIN 1777. WJl
Adieu, mon cherComlc, je n'oublierai jamais tout ce que je vous dois pour les peines que vous vous êtes données avant et pendant mon séjour de Paris. Croyez mon amitié bien vraie et sincère. Adieu.
Bocftefort, le jq juin ijjj. — Mon cher Comte, je viens de recevoir votre très chère lettre''' avec bien du plaisir; ma sœur et tout ce qui la regarde m'intéressent infiniment: si ces heureux commencements pourraient être de durée, je serais bien content; mais peut-on l'espérer, entourée de séductions comme elle l'est.
Les eaux de Spa m'ont été très bien remises à Saumur et je vous prie de m'envoyer (rente autres bouteilles à Lyon pour le k juillet. Je suis vraiment honteux des commissions que je vous donne, mais la connaissance de voire amitié m'enhardit à continuer.
Le premier courrier que vous recevrez, vous voudrez bien me l'envoyer par la roule de Lyon à Marseille. J'ai un peu dépêché ce voyage pour éviter Monsieur que je compte dépasser pendant les six jours qu'il voguera sur le canal du Languedoc. Je n'ai pas remonté la Loire jusqu'à Orléans par la même raison, et ainsi j'ai évité très naturellement l'embarras de Chanleloup. Faites le valoir chez le minisire, si vous le jugez à propos.
Je vous prie de faire passer celte lettre au résident Nagel; je lui demande des explications positives sur ce qu'il vous mande. Vous pourriez même faire passer ce courrier par Baie sans difficulté; le détour ne serait pas si immense, afin qu'il reçoive ma lettre siîrement et promptement.
La lettre que la Reine m'écrit est de huit pages, très jolie et très amicale. Le Roi m'a répondu aussi fort bien sur ce que je lui avais écrit; enfin je ne suis pas mécontent de mon séjour. Pour ce pays, je le trouve très beau et assez bien cultivé, quoique peu riche le cultivateur. Des carabiniers j'ai été surpris ; ils sont exercés à merveille et sont de toute beauté. Vous pouvez dire la justice que je leur rends, à quiconque veut l'entendre; M. de Poyannc enlend siiremenl cette partie-là.
Adieu, mon cher Comte, porlez-vous bien et oubliez-uioi aussi peu que j'oublie tout ce que vous voulez bien faire pour moi. Adieu, je serai toujours
- '" Cette lolire manque.
iMpniuLnie naik
JuSr.PH II A MKHCV.
JOSEPH II A MKRCY.
Bordeaux, le 9 3 ^«1» ij'/j- — Mon rlier comlo Mercv, comme après tous les calculs l'nils je n'ai pu dcvauror iMoasicur pondant qu'il vojjuesur le canal du Lantfucdoc, puis(|uc ses ('(piipages prennciil toujours la roule de terre, je me suis détermine à prendre d'ici mon chemin par Hayonne et par conséquent de rallonjfef de deux ou trois jours, de même que je me rendrai à Toulon avant d'aller à Marseille, et je ne compte <|ue de passer une journée avec lui à Toulon. Ainsi le courrier qui m'arrivera, vous voudrez bien diriger sa marche droit à Ai\ où il pourra prendre ou sur Toulon ou sur Marseille, comme il apprendra qu'il y a des jours que j'ai pas.sé; de même que comnie je ne pourrai être que le to à Lyon, vous vous voudrez bien avertir à Bàle le résident Xagel qu'il fasse aller plus loin à ma rencontre le courrier que j'ai désiré (pi'il m'envoie avec sa réponse.
Adieu, mon cher Comte; nous avons un temps aiïreux, je passe ma vie chez moi à causer avec Messieurs les néjjociants sans aller au spectacle ou autre amusement. Cela paraît un peu siuj;ulier, mais je n'y sais que faire. Voilà mon système; je ne partirai pas d'iri sans avoir pris (juelques connaissances sur le néjjoce qui se l'ait. De Betlimann je suis fort content, mais encore plus des lumières que j'ai |)ècli('es du correspondant de Laborde.
Toulon, le 5 juillet '777- — Mon cher Comte, je viens de recevoir par le courriervotre leltreC. Je vous suis infiniment obligé des détails que vous m'y mandez, et la retraite de M. de Taboureau ne pourra tpie contribuer ù réunir les finances sous un même chef et par conséquent à faire du bien. Gomme j'aurais trouvé Monsieur à Marseille au milieu de fêtes, je l'ai passé eu ne faisant que changer de chevaux et l'ai attendu ici où il est arrivé hier avec toute la pompe imaginable extérieure, mais très singulièrement pour sa personne, car par popularité il descend de voilure à toutes les portes, et comme il faisait nuit, trois flambeaux éclairaient sa marche et il suivait ce lugubre éciuipage ù pied le mieux (|u'il pou\ait sur un mauvais pavé où les aplombs sont encore plus dilliciles à trouver que
'" Celle lettre manque.
5 JUILLET 1777. /i99
sur les parquets de Versailles. Je reste relie nialinée avec lui et puis je vais à Marseille.
Je désire bien que les bons effets se soutiennent chez la Heine; ce serait tout ce que je pourrais désirer de plus flalleur pour mon voyage; mais les occasions sont si fréquentes que je crains plus que je n'espère. J'ai très bien reçu tout ce que vous avez bien voulu vous charger de m'envoyer; je vous en suis infiniment obligé et honteux réellement des détails dont je vous ennuie souvent.
Adieu; jusqu'à présent je suis très content de mon voyage; je ne jurerais pas qu'on le soit autant de moi. Les chaleurs ne sont point insupportables encore, et je compte être le lo ou le 1 1 pour sûr à Lyon.
Adieu, croyez-moi bien sincèrement et pour la vie votre
Voici une lettre pour la Reine qui en contient une de Monsieur auquel je viens, j'espère, de faire ma cour en plein.
Genève, le i3 jnUlcl '777. — Mon cher comte Mercy, me voici hors de France; je la quitte avec satisfaction pour tout ce que j'y ai vu et avec reconnaissance pour les témoigna'fes que ses habitants m'ont donnés. Pour vous je suis vraiment honteux de toutes les peines que pendant mon séjour à Paris et depuis vous vous êtes données. Si la parfaite réussite, l'obligation sincère ipie je vous en ai et l'estime et amitié ((ue je vous ai vouées, vous sullisent, vous pouvez être content. J'ai terminé à Lyon à voir une partie des fabriques que celte belle et grande ville contient, dont j'ai été très satisfait. J'écris par ce même courrier qui est un premier postillon de la poste de Paris et que Monsieur d'Ogny avait envoyé pour me suivre en cachette dans ma tournée, en veillant à me devancer aux postes pour que je sois bien servi en chevaux. Je l'ai été très bien partout, et je vous prie d'écrire là-dessus un mot à Monsieur d'Ogny, en lui témoignant toute ma satisfaction, et d'y ajouter le présent de la boîte ci-jointe. De même vous voudrez bien témoigner à Monsieur de Laborde de ma part, combien utiles m'avaient été, en me procurant de bonnes connaissances, les adresses qu'il m'avait données, dans toutes les places marchandes, dont j'ai eu des informations relatives au commerce du lieu. Ainsi ornez cette épître, je vous en prie, car cet honnête homme ne se paye que de cette monnaie.
J'ai parfaitement bien reçu le courrier de Râle qui était un abbé, et la
500 JOSEPH 11 À MKRCY.
nionlagiie de (iilliriilh'S s'est évanouie. De inèrne les bouteilles d'eau de S|)a; enfin vous a\e/. voulu penser à tout. Voudrioz-vous bien, cher Comte, me mander sincèrement ce que vous apprendre/, de mes séjours en province, si l'on a été content de moi ou pas, el le iiouripioi ; cela m'est parfaitement égal, mais pourrait nie servir à l'avenir.
Vous voudrez bien continuer par les courriers du njois à m'envoyer les journaux et antres pièces curieuses (jui pourraient venir à voire connaissance, .surtout celles qui sont d'un genre à intéresser une lecture de société. Pour mes arbres fruitiers, dont vous avez bien voulu vous charger, vous voudrez bien en prendre la meilleure saison et y ajoulei' des plants de figues blanches, pris et achetés dans les potagers de Versailles, où le jardinier m'a assuré en avoir de très bonnes.
.l'ajouterais bien une autre commission, mon cher Comte, mais qui est bien plus difficile. C'est que j'aurais grand besoin d'un homme qui sût bien écrire le français, pas seulement beau caractère, c'est le moins, mais bon et vrai style, et correctement. S'il savait avec cela de l'allemand, cela n'en vaudrait que mieux, ou s'il a\ait une bonne poitrine pour pouvoir lire habituellement de l'imprimé, non des affaires, à haute voix, alors ce serait, en y ajoutant l'âge de la plus grande force, garçon ou abbé, et les qualités d'honneur requises, l'homme (pie je pourrais désirer. Il jouirait de douze cents florins d'appointements, joint à un quartier, et s'il était comme je le désire, l'on s'arrangerait fiicilement sur quelque chose de plus et il pourrait compter d'être content, n'ayaut à faire qu'à moi et dans mon bureau particulier. Son titre serait de commis ou lecteur. Voilà une commission difficile, mais je ne crains pas d'ahuser de votre amitic' et vous pouvez y mettre du temps, et si vous croyez avoir trouvé fliomme, je vous prierais de m'en marquer les circonstances avant de conclure finalement avec lui. Peut-être que l'abbé Vermond pourrait vous donner quelques renseignements. Enfin vous ferez comme vous l'entendrez pour le mieux, et je vous en serai infiniment obligé. J'écris par celte occasion à la Reine dont voici la lettre qui eu contient uue pour le Roi de compliment.
Frihourg, le au jvillel ^777. — Mon cher Comte, une occasion aussi sûre que celle de Helgiojoso fait que je ris(iue de vous envoyer celte pièce secrète qui pourra vous paraître intéressante par la tournure de l'introduction el de tout son contenu. Il est incroyable, et on ne connaît pas
i'i JUILLET 1777. 501
cela autre pari, qirun siiballerne approuve ainsi pi encourage pour ainsi dire le ministre à continuer dans ses arrangeineuls, en lui donnant néanmoins des leçons et en pre'lcndant dans peu de jours de séjour avoir pe'ne'tré le fort et le faible du service prussien, en ne disant rien <|uo ce que les petits subalternes savent et en cela encore se contredisant du blanc au noir. Ceci me fait juger que Jaucourt est une pauvre espèce, qu'il n"a point e'té charge' directement de commissions, et que le roi de Prusse l'a jugi' peu digne de lui faire des confidences.
Enfin vous voici bien sûrement quitte de moi ; je vous en fais mon compliment. Belgiojoso pourra vous donner des de'tails de notre voyage qui a élé fort heureux. Si vous apprenez quelque chose de quelque efl'et contraire, vous me ferez plaisir de me le marquer par le courriel' du mois, en adressant la lettre rien qu'avec une double enveloppe au lieutenant-colonel Weber.
Pour la Reine je suis vraiment affligé de ce (|ue la fureur du jeu la tienne encore, et surtout qu'elle se soit intéressée dans une banque, car c'est envie de gain seule qui peut occasionner une pareille démarche. Je n'ose lui en rien loucher directement dans mes lettres, crainte que cela ne vous fasse mauvais jeu, mais je lui rappelle en gros mes avis amicaux et je la supplie pour son bonheur de ne les point oublier.
Voudriez-vous bien, mon cher Comte, témoigner de ma part à Messieurs de Maurepas, de Saint-Germain surloiil et Monlbaircy et Sarline, combien je leur suis reconnaissant pour les dispositions qu'ils ont faites, et les ordres qu'ils ont donnés partout pour que je sois servi et que je puisse tout voir avec tout l'incognito possible, (jui ont élé parfaitement observés et qui m'ont rendu mon voyage très agréable. Voudricz-vous de même témoigner à M. de Trudaine l'obligation que je lui ai pour les détails intéressants que par ses ordres tous ses ingénieurs subordonnés m'ont donnés, et qui pour les ponts et chaussées avec autres bâtisses m'ont fait grand plaisir. Par là je crois avoir coulé à fond heureusement toute cette excursion et avoir satisfait à ce que je leur dois. Je ne viendrai pas sur votre chapitre, mon cher Comte; vous me connaissez, j'espère, assez pour me croire sincère et je vous connais suflîsaniineni pour savoir que ma sincère reconnaissance, mon estime et ma vraie amitié vous suffisent; je vous les garantis pour la vie et me dis votre
La pièce secrète , comme elle est copiée, je vous prie de la, brûler tout de suite.
Suis ddic^' . — Le IciidciiiHiii du dépuiL du courricM' de juillul, ceslà-diie le lO du même mois, un oificier de la poste de Paris me remit la très gincieuse lettre que V. M. I. a dalifué m'c-crin- do Genève on date du i3, et je ne tardai pas à aller présenter à la Reine la lettre (|ui Lui était adresse'e. J'écrivis aussi sur-le-champ aux sieurs d'Ojjny et Laborde qui me firent les réponses que jo joins ici en prouve de Texécution dos ordres de V. M. J'ai fait comprendre ensuite à Laborde qu'il ne devait aucunement se natter d'obtenir une grâce que ce bonhomme n'aurait osé demander s'il avait bien jugé de la tournure qu'il lui était permis de donner aux marques de profond respect et au zèle qu'il a eu le projet de manii'ester envers V. M.
Le grand nombre de lettres que j'ai vues écrites des provinces attestent toutes l'admiration et le parfait contentement (]ue la présence de V. M. y a occasionnés ; les chefs et jirincipaux emplo\('.s ont mandé à leurs minisires respectifs qu'ils avaient été comblés de falfabilité et des grâces de V. M. A Brest il y a eu un mouvement de jalousie parmi les capitaines de vaisseau sur des apparences de distinctions accordées au .sieur de Bougainville qui n'est point aimé dans son corps. Ces mêmes lettres parlent beaucoup des soins et peines iiil'alijfables (|ue V. M. s'est données pour bien voir les objets utiles, en ni'giigoant ceux qui n'auraient été ipie de simples agréments. On a cité les observations éclairées et les questions que V. M. a faites sur loutes les matières (|iii excitaient son altenlion à Brest, au canal de Languedoc el particulièrement à Toidon, lelativenicnt aux ouvrages du sieur Groniard; on a observé la modération et délicatesse avec la(jui'lle V. M. a usé des ordres donnés pailoul de Lui exposer les oi)jets aux(]uels on met du secret, et on ajoute (|ue V. .M. a quelquefois refusé à cet égard des communications par écrit. D'après ces mêmes relations le |)ubiic dos villes aurait désiré (jue V. M. se fût prêtée davantagit à ses importunilés, mais il ji'y a eu à ce sujet que des regrets, sans aucune plainte, el on a infiniment relevé les générosités el bienfaisances (jue Y. M. a répandues |)arloul. L'ordre des gens qui a le plus manifesté ces sentiments d'admiralion et d'allectiou est celui des |)rincipaux négociants de Nantes, Bordeaux, .Marseille et Lyon (si j'ose m'cxprinier ainsi, s'agissant d'un si giand moiiar(|ue vis-à-vis de si [)elils |)orsoniia|;es); V. M. s'est acquis auprès d'iux un cro'dil personnel et une telle couliance
'" (a Ile li'lli'o n'est jias ilalcc, mais, d'après son contenu, il nsl à jilii pics certain qu'elle .1 clé envolée p:ir le ronniei expédié le i 5 août 1777, pai M. de .Merey.
dans ses luiiiières, ses moyens, sa justice et srs vues, (jiie cette opinion, établie à si juste titre, pourrait influer très avanla;;eusenient clans les spéculations à venir des commerçants français reialivenieiit aux Etats héréditaires.
Il y a eu sur le voyage de V. M. plusieurs anecdotes imprimées et écrites; je mets très humblement sous ses yeux une partie de ces productions, et j'enverrai bientôt un autre ouvrage en ce genre qui est encore sous la presse; ces anecdotes, nicine dans ce qu'elles ont d'inexact, prouvent le grand plaisir que cette nation a trouvé à en rendre hommage à V. M., et après les recherches les plus suivies je n'ai pas relevé line seule remarque criticpie. Voilà ce qu'en toute vérité j'ai à exposer sur cet article; je passe aux autres points des ordres de V. M.
Je continuerai à envoyer par les courriers mensuels les journaux et autres pièces un peu remarquables que je pourrai me procurer; il m'a [)aru que le Journal de Paris était, à ([uelques égards, dans ce genre, et V. M. en reçoit les j)reinièi'es l'euillcs dans m\ [laquet sé|)aré.
Les arbres fruitiers ne peuvent être transportés qu'apiès avoir |)erdu Icui- sève, c'est-à-dire au commencement de novembre; j'ai déjà retenu dans les pépinières do Vitry un nombre d'arbres (pii ont été choisis avec le plus grand soin; j'y joindrai vingt-quatre plants de liguicrs tiiés des potagers de Versailles, et le tout pourra arriver à Vienne dans les premiers jours do décembre, mais comme il y a ([uelques précautions à ]ircndre contre les premières gelées de l'automne, j'ai cru qu'une petite note ci-jointe pourrait être remise aux jardiniers de V. M. qui, étant prévenus, jugeront de ce qu'ils auront à faire pour le mieux.
J'attends l'abbé de Vermond de retour d'un petit voyage qu'il fait pour ses affaires particulières, et je me concerterai avec lui sur la recherche, à la vérité très dilTicile, d'un sujet tel que V. M. le veut pour commis ou lecteur. Il ne manque point ici de gens qui ont l'aptitude requise et même la meilleure tournure, mais c'est un hasard bien heureux et bien rare de trouver dans la sphère dont il s'agit un Français qui réunisse les talents nc'cessaires aux qualités morales nécessaires, (|ui ne soit ni suffisant, ni parleur indiscret, ni étourdi. L'état ecclésiastique ofl're le plus de ressource à pareilles recherches; il y a ici nombre de jésuites parmi lesquels on rencontre des gens instruits et de bonnes mœurs, mais ils sont tous suspectés d'esprit de parti et d'inirigue, par conséquent sujets à de grands inconvénients. J'emploierai Ions les soins et toutes les précautions imaginables pour lâcher de bien remplir ce point des volontés de V. M., mais j'ose Lui demander, en grâce, de me donner beaucoup de temps, parce que avant de reudre compte d'un pareil sujet il faut que je sois au fait de sa vie et(|ue je passe, au moins, quelques semaines avec lui; à [)eine ces
504 MERCV À JOSKPH II.
épreuves réputées pourront-elles me rassurer sur le vif chagrin (juc j'aurais d'avoir mis un homme médiorrc à portée d'approcher de la personne sacre'c de V. M.
J'avais déjà rassembhi toutes les nouvelles ordonnances de marine, lorsque M. de Sarline m'en remit une collection en me priant de la faire parvenir, de sa part, aux pieds de V. M. avec Thommage de son très profond respect. Ce ministre est celui de tous qui a paru le plus vivement pénétré des bontés que V. .M. a daigné lui marquer. La collection susdite est remise dans le paquet sc'paré.
En 1770, le nomme' Piller, (|ui lors du maria{je de la Heine suivait le prince de Starhemberg en qualité de secrétaire de légation, eut ordre d'acquérir pour V. M. tout ce qui avait paru jusqu'alors de la grande carte de France; il se procura les premières feuilles, j'ai envoyé successivement les suivantes jus(ju'inclus la 1 10''. Je présentai les dernières à V. M. pendant son séjour à Paris; maintenant il reste encore en\iron Go feuilles à publier pour compléter ce grand ouvrage qui ne sera pas achevé de (|uelques années. J'envoie, aujourd hui, tous les cahiers explicatifs de l'as-iciublage de cette grande carte, et lorsqu'elle sera entièrement finie, si V. M. en veut un second exemplaire tout arrangé, il y sera pourvu dans le temps selon les ordres qu'Elle daignera en donner.
Le courrier est chargé des plans que j'ai pu recueillir jusqu'aujourd'hui des principales villes et ports de ce royaume; il doit exister quelques plans que j'enverrai à mesure que je pourrai me les procurer.
Le sieur de Trudaine a présenté à V. M. les détails imprimés des ouvrages de Pont des Moulins; maintenant je joins deux autres ouvrages qui sont les seuls que l'on ait sur les ponts et chaussées; à la fin de l'année il paraîtra un troisième du sieur Péronnet et V. M. en recevra sur-lechamp un exemplaire.
Le comte de lielgiojoso, arrivé ici le 3o de juillet, ma remis les très gracieux ordres de V. M. datés du 2 4 et auxquels était jointe la pièce secrète relative au marquis de Jaucourt. Si l'on pouvait soupçonner cet odieier d'une tournure assez rallinée pour avoir prévu que sa lettre serait lue à Vienne, alors elle ne signifierait pas grand'chose, mais dans tous les cas elle présente un ciief-d'œuvre de la sufiisance nationale de laquelle j'ai tous les jours tant de preuves sous les yeux tjuc rien ne me surprend en ee genre. Au reste ce sera un point intéressant de constater rap])arence que ledit Jaucourt n'a ou charge de rien dire, ni de rien écoutera Berlin, et j'ai toujouis plus d(! sujet de présumer que cela est ainsi sans prendre inquiétude des vanteries et des mouvements empressés du ministre prussien Goltz; il paraît démontré que les démêlés de l'Amérique, l'occasion qu'ils pn'scnleiit de rétablir tant bien que mal la marine française, les
moyens de finnnces ni'cessaiics pour aller au jour la journée et, plus (]ue tout cela, de la pari des niiiiislres le soin de làclier chacun de conserver sa place, sont les objet» qui, dans le moment pre'sent, absorbent toute l'attention du cabinet de Veisailles, sans qu'il s'y joigne aucunes jjrandes ^ues politiques quelconques. Quant à l'ordre de V. iM. de brûler la pièce secrète, je crois ne pouvoir mieux obe'ir qu'en la remettant à ses pieds avec mes 1res humbles aciions de grâces de la bonté qu'Elle a daigné me manjuer en me la confiant.
J'ai proposé au comte de Belgiojoso de se joindre à moi pour témoigner aux ministres français la satisfaction que V. M. a eue de leurs altentions et soins respectueux; j'ai abondé avec succès dans les assurances que je leur ai données à cet égard; ils m'ont tous prié de les meltre aux pieds de V. M. Le comte de Maurepas m'a dit qu'il resterait toute sa vie très respeclueusement attaché à V. M. et qu'il devait ce sentiment aux bontés distinguées et à la confiance qu'Elle a daigné lui marquer. Le comte de Sainl- Germain, le prince de Monibarey et, particulièrement, le sieur de Sarline ont paru comblés des grâces de V. M.
Il me reste à rendre compte du chapitre le plus intéressant, qui est celui de la Reine. Cette auguste princesse reste encore dans plusieurs articles de sa conduite, dans les termes de réforme que V. M. y a opérés; les moments de retraite et de lecture subsistent ainsi que le maintien plus attentif et plus amical envers le Roi; le changement en mieux dont les effets sont plus manjués et soutenus, consiste dans la manière de traiter un chacun avec discernement et avec la bonté et dignité convenable; il faut joindre à cela une diminution considérable dans les objets de dissipations bruyantes, mais le plus fatal de ces objets existe malheureusement et c'est celui des jeux de hasard. La Reine y tient avec une passion dont Elle sent Elle-même le travers et les inconvénients, comme Elle nous l'a plusieurs fois avoué à l'abbé de Vermond et à moi; Elle se reprochait sincèrement d'avoir manqué à ses engagements en allant un soir jouer chez la luincesse de Guéménée, ce qui dans le fait n'est arrivé qu'une seule fois; d'ailleurs le gros jeu a toujours augmenté; la Reine a gagné pendant ijuebjue temps, la chance a tourné et cette princesse perd maintenant assez pour se trouver très gênée dans toutes ses autres dépenses; les anciennes dettes contractées pour des diamants se payent mal; il n'v a plus de fonds pour les dons de bienfaisance, et le pire de tout c'est le mauvais exemple, le regret qu'il cause au Roi et l'effet fâcheux qu'il produit dans le public. Je n'ai cessé de rappeler, de temps en temps, la nécessité de donner un peu plus d'attention aux objets sérieux et propres à donner une consistance solide au crédit de la Reine; ce n'a été qu'après couj) (pi'Elle a élé informée de toutes les nouvelles dispositions qui vien-
JOSF.IMI II A MEltCV.
lient délie c'iablius dans i:i liaancc el il en a e'ié de uiènie sur la distribution de quelques places et grâces iiuportanles; j'ai relevé les consé- (]uences d'une conduite si indilVc'i'ente, et il m'a paru que mes misons étjiient senties. L'insiruclion par écrit de V. .M. a été relue; la Heine, dans ses conversations, m'a répété, avec l'air de la plus {{rande persuasion, un nombre des maximes si sajjes cl si nécessaires que V. M. lui a suj;jjérécs; j'observais, l'autre jour, à celle princesse (|u'Elle avait à répondre à six lettres de V. M. et ([u'HIle devait assez connaître son auguste frère pour se persuader qu'il ne se laissait pas payer par des défaites ou de mauvaises raisons. La remarque a paru embarrassante à la Reine et je ne sais comment Klle s'en tirera par ce courrier. Elle a été très frappée de la lettre (|ue V. M. Lui a écrite de Marseille sur le chapitre de Monsieur et de M. le comte d'Arlois dont les vovagcs ont été couverts de blâme et de ridicule par le public; la Reine inrlinaità monirer cette lettre au Roi, j'ai appuyé sur ce projet, mais il n'a pas ('lé rempli. La Reine a eu un sujet grave de méconleulemeiil sur M. le comte d'Arlois, parce quElle a su (juece prince avait eu l'imprudence et la mallionnètelé de dire qu'il devait désirer pour son intérêt que la Reine n'eût point d'enfants, et que si Elle devenait veuve, le meilleur parti qu'Elle aurait à prendre serait relui de retourner à Vienne, Ce trait est un secret dont V. iM. ne pourrait paraître instruite sans que je fusse imniédialemcnt découvei'l pour l'avoir révélé.
Plusieurs indices cpii siifiiilient dans la tournure du Roi, mar(|urnt (ju'il a conçu de rallaclieuieiil pour V. .M. cl (]u'il compte sur son amilié; il m'est revenu des propos (|iii me confirment dans cette o[)inion.
Je n'ai pu remplir l'oi'dre de V. M. à réi;aid du sieur Tnulaine. parce (ju'il vient d'être enlevé par une mort subite.
Si le devoir, l'honneur et, j'ose le dire, un sentiment personnel ne me (iiclaieni pas le zèle le plus viai il le plus fidèle pour V. M. il me serait inspiré par l'exlrème bonté (pi'Klle daij;ne me marquer et dont mon âme sera pénétrée jus(|u'au dernier moment de ma vie. C'est loul ce qu'il est permis à un petit sujet d'exprimer sur sa façon de penser envers un si
ind
Je suis.
Sans (/rt/c'''. — Mon «lier Comte, au milieu des camps, j'ai leçu les
''I Le i-J nuùl, Jusi'|ili 11 cl.iit iinivoù Bude avec son fri'ro Maxiiiiilicn cl iv loiiilciiiiiin il so rciid.iil .iii r,iin|> rlalili dans
lcMoi>iiw(;c de l'islii. Le jti .loi'il , rKiiipcrcur ronirail à Scl)OCiil>niiiii el dés \c leiidcni.iin il s'iiislallail .i La\enl)nur(;, d'où
nouvelles que vous avez bien voulu me mander par le dernier courrier. Je vous eu suis inrinimenl obli^rj^ de même que de tout l'envoi. Vous mêlez même la possibilité de vous témoi^Mier ma reconnaissance, par les protestations que vous faites à chacune de mes expiessions. Je vous en [farde tout dans le fond, même si vous ne voulez pas des le'moignages. Les occupations des camps m'empêchent d'être aussi long (pie je le voudrais, mais je ne pourrai m'empêcher de loucher à la Reine un mot sur sa fureur du jeu. Sa lettre a été très courte; en revanche le Roi m'en a écrit une très jolie dont voici la copie'". Elle s'excuse et me marque ne vouloir entrer dans de grands détails qu'après mon retour des camps; cela sera oublié juscju'alors. Si l'on a été content de moi, je ne sais pourquoi, et même en province, je sais pour sûr (|u'on m'a trouvé de mauvaise humeur, car j'évitais la foule et d'exciter de l'enthousiasme; on sait peu gré dans ce pays à la discrétion.
Voici les lettres de retour que vous m'aviez envoyées. J'ai tâché de bien traiter M. de JaucourI; il n'est plus retourné en Silésie et compte partir pour Paris. Il me parait léger, mais ieni[ili de désii's et d'espérance de parvenir ou à l'ambassade de Vienne ou à la place du prince Montbarey à liKpielle il vise de préférence.
Si le vieux Labordc veut m'écrirc une fois, c'est pour avoir une réponse à montrer, il faudra bien |iasser par là et le contenter avec ((ueltpies lieux communs pour le lecteur. Je vous prie, sans le perdre de vue, de [irendie le temps nécessaire.
30;j. — KAUNITZ A MERCY.
La.cenbowij- , le -jij août ijjj. — Le counier Neumann m'a bien remis, mon clierComtc, votre letti'edu i5 août'-' courant, avec tout ce dont vous l'aviez chargé pour moi et dont je vous remercie. J'ai lu aussi la lettre que vous avez écrite à l'Impératrice; et j'y ai vu ainsi que dans celle que vous m'avez adressée, qu'à la manie près des jeux de hasard, sur tout le reste il y a uu changement très satisfaisant. La Reine ne pourrait rien
cliaqiic jour il allait au caujp do Minken- iculiail à Vionnc. Celle lettie est sans
(loiï. Eu sc'|ilouiliic, il sn rendit ou caiiip doule de la lin d'aoùl et elle a dû éli'e
de Bolième et de là à celui de Moravie; le éirile à Laxen|]Ourjj eu même temps que
2 0 septembre, il était à Biiinii pour suivre celle du priuce de Kaunilz, qui la suit, les exercices du camp établi dans le voisi- " Cette lettre manque,
nage, à Turos. Le 'io septembre au soir, il '' Cette lettre manque.
508 MERCY A JOSKPH 11.
faire de |>liis [jrand ([uc de |)reiulre le parti de (juiller Ions les jeux de iiasard, sans exception, loul d'un coup, et cela fait, demander au Hoi que par un nouvel e'dit des plus positifs il défende tous les jeux de hasard dans loul son royaume; (jue sans miséricorde il fasse tenir la main à rexéculinn de sou édit, et (|ue ce soit toujours le souverain et sa cour (pii donnent lexemple. La Heine rendrait par là un service très essentiel à toute la nation. Elle se déharrassei'ail de toute persi'cutiou, ferait plaisir au Roi et la déuiarclie ferait riinj)ressiou la plus favorable dans le pultlic.
Ne parlez plus des Turcs, je vous prie, au ministère français que liisloriquenient et du ton dont ils eu parlent eux-mêmes; faire autrement est inutile, et pourrait même vous attirer des réponses désagréables.
Quant à l'Angleterre, M. de Vergennes pense que les Anglais pourraient de rage attaquer la maison de Bourbon au cas que leurs affaires ('(uitinuassent à aller mal en AMiéri(]ue. J'espère (|ue non, mais si lanl est (pi'ils eu aient le projet, je craindrais beaucoup plus l'exaltation de leur arrogance, s'il leur réussirait d'avoir quelques succès brillants.
3()'i. — MEUGY A JOSEPH II.
Piirvi, le la septembre ^777. — Un courrier dépêché à Madiid m'a lemis le 5 de ce mois les ordres de V. M. 1. et j'ai ét(! sur-le-champ présenter à la Reine la lettre qui Lui était adressée. Le contenu de celle lettre a paru un peu sévère, mais bien plus embarrassant encore dans la manière il'y répondre. J'en ai proposé ruiiicpie moyen (jui était d'avouer de bonne foi à V. M. qu'apiès une résistance de quelques semaines on s'était de nouveau laissé entraîner au gros jeu, qu'il en était résulté quel- (jues disputes entre les joueurs, et cela chez la Reine, que pour faire diversion à pareils scandales, S. M. était retournée plusieurs fois jouer chez la princesse de Guéménée, mais que, faisant amende honorable iàdessus, la Reine se proposait de revenir à ses résolutions sages et à ne plus s'en départir. Ce très humble avis de ma part a été reçu en silence et je crains qu'il ne sera pas, au moins complètement, suivi. Au reste je me suis permis d(! représenter avec ('nergie qu'après tous les témoignages que V. M. a donnés de ses sentiments si ttMidrcs et si vifs pour la Reine, le moins (ju'KlIe pouvait et deviiit lain' l'Iait de répondre catégoriquement aux lettres de sou auguste frère, (juiuie uiélhode contraire serait un vrai nuoKpie di> priK'i'ih's et ipie la Reine (pii aime bien réellenicnl V. M. ne se pardonnerail pas de Lui avoir iiiaïupu' aussi sensiblement. Celte véiilé palpable a fort iiugmenté l'embarras et je ne sais comment la Reine
12 SEPTEMBlîE 1777. 509
se sera décidée à s'en liror p.ir et- cotirrier. D'ailleurs au jeu près, les autres articles do conduite se soutiennent dans un mieux assez suivi. Pendant liuit jours ou a cru la Reine enceinte et, (juoique pour le moment on ait e'te de'çu de cet espoir, il existe une certitude physique qu'on ne lardera pas longtemps à en être dédommagé. Cette époque si désirée amènei'a nécessairement une rél'ornie dans le système actuel de la Reine; le temps de grossesse, les privations auxquelles elle assujettit, les réflexions qu'elle doit faire naître, tout cela réuni rendra alois les avis de V. M. plus efficaces et dissipera les prestiges qui en suspendent l'effet.
Je mets aux pieds de V. M. mes très humbles actions do grâce de la bonté ([u'EUe a eu de me communiquer co|)io de la lettre que Lui a écrite !e Roi. Ma dépèche d'office contient aujourd'hui la remarque des impressions que V. M. a faites sur ce monarque qui pour la première fois a témoigné une volonté propre, en ordonnant qu'il fût pourvu aux désordres qui régnent à l'Hôtel-Dicu.
Depuis un mois nous avons, i'abbé de Vermond et moi, examine onze sujets parmi lesquels un seul aurait pu convenir pour lecteur ou commis auprès de V. M. Cet homme avait été attaché au sieur Turgot; il s'est marié depuis huit jours et a obtenu une place dans le bureau de la finance. Je vais pouisuivre mes recherches avec le plus grand soin; mais ce n'est toujours que d'un hasard heureux que je puis en attendre le succès. Il ne sera rien omis pour que V. M. soit obéie.
Mes dépêches devant être mises sous les yeux de V. M., je crois devoir m'abstenir ici de Lui rendre compte des détails (|u'exposent ces mêmes dépêches. Le courrier est chargé du peu de nouveautés littéraires que j'ai pu recueillir dans ce mois.
Ce 2 octobre l'j'j'j. — Ce maudit jeu est une affreuse chose, mais tant que la Reine ne substituera pas quelque amusement plus solide ou plus convenable, il ne faut pas espérer qu'elle aura la force ni le courage de s'exposer à s'ennuyer pour laisser là le jeu.
Voudriez-vous bien faire tenir cette lettre à Relgiojoso et l'autre de mon secrétaire à l'abbé Nicolli. Portez-vous bien, mon cbei' Comte, je reviens dans ce moment de terminer mes camps le plus heureusement du monde. Deux lettres que j'ai reçues de la Reine étaient si laconi(]ues qu'à la première page d'un fort petit papier et d'un gros caractère elles se terminaient; il faudra voir celles qui suivront.
510 MERCY A JOSF.PIl II.
fjn.reuhmirg , le i" octobre '777. — J';>i à ri'pon(li<' à vos deux dornières, mon clicr Coiule, des 12 et ai tiepleinbre. I>a rureiir du jeu est une passion, el de loutes les passions, à mon avis, la plus vive après ramonr. et je ne suis point élonné moyennant cela, (|u"an deijré aïKpiel elle me parait être, d'après re ([ue vous m'en dites, dans la Reine, cette princesse ne voie ni n'entende sur ce ciiapitre dans ce moment-ci. Il n'est que le temps on ([uelque honiie ralaslrophe (jui en résultera, (|ni ])nisse moyennant cela l'aire ell'et. Et il faut par consé(juent nitendre et prendre patience en attendant.
Vous pensez bien que la grande nouvelle ipii rejjarde la Keine nous a l'ait grand plaisir de toutes laçons; el les choses aussi bien établies que vous nous assurez qu'elles le sont actuellement, il serait ridicule de vouloir s'im)>alienter. Le moyen de ne pas rlieminer en celle matière, c'est celui de vouloir aller trop vite.
Je pense bien comme vous d'ailleurs (|ue, peu accoutumés à voir leur marine un peu passablement bien, ces bons Français ne se fassent illusion sur la figure qu'elle pourra faire en cas de guerre, attendu qu'indépendamment de la disproportion toujours immense en nombre des vaisseaux celle de la difle'i'ence de la valeur intrinsèque d'olliciers et de matelots est bien plus giande encore, et je ne pense par cons('quent qu'en tremblant à tout ce qui poui'ra leur arriver, si par malheur ils en viennent à devoir gneiToyer avec la Grande-Bretagne. Je suis bien content de la façon dont vous a parli- M. de \'ergennes sur le système politique de nos deux cours; et il |ieul compter sur la réciprocité de sentiments la plus parfaite de ma jiart.
Je vous remercie bien cordialement des soins obligeants que vous avez bien voulu donner à ma commission de prunes.
Fonlainebleau , le . . octobre 1777. — Le courrier mensuel m'a remis le 12 les très gracieux ordres de V. M. 1. du 2 de ce mois. Je viens d'envoyer au comie Reigiojoso la letlre qui lui (-lait adressée, et l'abbé Nicolli a reçu celle du secrc-t^nire du cabinet de V. M.
Je vivais dans l'espoir de pouvoir exposer à V. M. une suite de nouvelles également satisfaisanles, soil au physique, soi! au moral de la Reine; mais
mon altente est encore difterëe en tout sens, et mon très liumble rapport à S. M. rimpérnlrice ({iii sùreinont sera mis sous les ypnx de V. M., n'annonce rien d'agréable sur le système de conduite dans lequel la Reine est relombe'e. Il n'y a plus de bornes, ni de mesure à son jeu, ni à ses veille'cs, qui sont la vraie cause que le Roi fait lit à part. Les séances chez la princesse de Guéménée ont également repris leur train ordinaire; les moments de retraite et de lecture ont été suspendus; les mai'ques d'attention et d'égards pour le Roi diminuent, et c'est avec une vraie douleur que je dois avouer à \. M. que depuis un mois toutes choses ont repris une tournure des plus fâcheuses. Il se prépare ici, en spectacles, en courses de chevaux et en apprêts de jeu un magasin de dissipations que je redoute infiniment et d'autant plus que l'abbé de Vermond s'est dispensé du voyage, après avoir repré.senté énergiquement que sa présence au milieu de ce tourbillon ne pouvait être d'aucune utilité au service de la Reine. De mon côté j'ai exposé fortement à S. M. tous les inconvénients des circonstances présentes, et j'ai marqué un grand découragement sur le manque de parole de la Reine envers V. M., et plus encore sur l'omission inouïe de répondre catégoriquement à .ses lellrcs. Je ne reviens point de mon étonnement de voir combien la Reine paraît touchée de ces vérités, et malgré cela prompte et facile à les perdre de vue. Plus je les Lui représente, plus Elle daigne me traiter avec grtice, bonté et confiance. Elle marque pour V. M. les sentiments les plus tendres et les plus reconnaissants des avis qu'Elle a reçus. Elle convient que ces avis sont d'une ))ralique nécessaire, et les pernicieux entours efiacent sans cesse le fruit de ces réflexions. Cependant il m'est démontré que l'excellent caractère de la Reine subsiste dans son entier, et l'époque d'une grossesse remédiera sans doute à des inconvénienis que l'on ne |)eul allribucr qu'à l'excès de dissipation ol à un défaut d'objet d'intérêt solide.
Nous n'avons encore découvert, l'abbé de Vermond, ni moi, aucun sujet tel que V. M. l'ordonne pour èlre employé auprès de sa personne; l'abbé a cependant jeté ses vues sur un homme qui est connu de l'archevêque de Toulouse, mais il faut savoir ce qu'en pense ce prélat. Je continue en attendant mes recherches de toutes parts, et je n'omettrai aucun moyen pour que V. M. soit obéie.
Je joins au paquet des journaux et brochures de Nouvelles Anecdotes sur le voyage de V. M. en France. Cet ouvrage, quoique mal rédigé et inexact dans les faits, n'en est pas moins un témoignage de la profonde admiration que V. M. a inspirée dans ce pays-ci, et de laquelle j'aperçois des preuves constantes et des plus marquées.
Le nommé Carburi, avant de partir pour Céphalonie, son pays natal, où il désirerait d'obtenir le titre de consul impérial, m'a prié de faire
il2
parvenir aux pieds do V. M. un oxcniplaire de rouvrajjo qu'il vient de publier sur le transport d'un rocher servant de base à la statue de Pierre I". J'ai cru pouvoir me prêter à la demande de Carburi, parce que je sais que le {jenéral Bet/.ky n'a pu envoyer à Vienne que dos détails et modèles 1res incoin|)lets sur cette opération niécaniipie assez, reinarijuable et dont l'auteur s'e'tait toujours réserve' rex|iiication des |)rini i|):ni\ moyens.
Au retour de Fontainebleau j'enverrai les arbres l'ruitiers que V. M. a ordonnes. J'espèie ipie tous les ellets en ta|>isserio, tapis et [)orcelaincs sont arrivés à bon port. Je me suis fait donner [lar les emballeurs une atl(!slali(in de toutes les pièces <]ui sont passc'os par leurs mains, alîn que, si au déballage il se rencontrait (jueli]U(! eireur, je puisse la rectifier ici.
Je partage avec tous les fidèles sujets de V. M. la joie (pic nous cause son lieuroux retour d'un long voyage suivi d'occupations p(M)iblcs <pii, grâce au Ciel, n'ont point porté d'atteinte à sa précieuse santé.
Je suis avec la plus profonde soumission . . .
Le n novembre 1777. — Mon cher Comte, je suis vraiment fâché que nos conseils, nos raisonnements, surtout pour la fureur du jeu, aient si peu d'i^lfet sur i'es[)rit de la Reine. Ses ulculours, sa dissipation, son besoin de s'amuser et celui de trouver ceux qui lui en procurent disposés et de bonne humeur est la seule cause de ces désordres; car au fond ma sœur n'aime pas le jeu. Voici ci-joint, pour votre notice, la copie de sa lettre; je continuerai ainsi pour que vous restiez au fait; bien entendu que ma sœur n'imagine pas cette petite trahison. L'on me promet toujours de longs raisonniiinents, mais je ne les vois point arriver encore. Ma lettre par ce couri-icr ]>arle encore du jeu comme d'une nouvelle que tout le monde mandait et débitait; mais tant qu'on ne substituera pas d'autres ressources, d'autres occupations ou d'autres liaisons à la Heine, il ne faut pas se flatter de rien gagner là-dessus.
Pour les peines que vous voulez bien vous donner à me trouver un lecteur et en même temps un homme pour écrii'e en français, je vous en suis infiniment obligé. Donnez-vous tout le temps nécessaire, car il vaut mieux attendre encore quelques mois même que de ne pas trouver un homme comme il faut. L'Alsace cl Strasbourg, où l'on sait en même temps l'allemand, ne pouirail-elle pas fournir peut-êtie un pareil homme? C'est une idée vague (|ue je vous fournis, mon cher Comte, et vous n'aurez (pie faire de vous y attacher.
± NOVEMIÎIiK 1777. 513
Tous les ballols, laiil en tapisseries, lapis cl porcelaines, sunl jirrives très bien conservés et je ne viens que de les faire (h'haller à cette heure. Les tentures seul superbes et S. M. de même que ceux qui les ont vues en ont été très contents Pour la porreiaine elle clak emballée à merveille e' le peu que j'en ai vu est su|)erbe; rar la plupart est emi)allée, non dans les caisses, mais dans du papier, ne sachant point encore où je la ferai placer. J'en marque même ma satisfaction à la Reine, pour qu'elle le dise de ma part au Roi et vous pouirez aussi, si vous le jugez à propos, dire que j'en suis exirèniement content à tous ceux que vous croirez intéresses ou curieux de le savoir.
Adieu, mon cher Comte, au milieu de vos occupations, je me fais vraiment un scrupule de vous incommoder encore par des lettres et des réponses.
Vienne, le 3 novembre ijjj. — Mon cher (ioinlo, j'ai vu voire dernier rapport particulier à S. M. rinipératrice-Reiiie, et comme vous pensez bien, non sans peine, l'acharnement pour le jeu (jui ne fait ([ue croître et embellir. Mais j'ai cru devoir observer cejiendant à l'Impératrice (|ue je pensais qu'Eile ferait bien de ne rien dire sur cet objet à la Reine qui pût La choquer; parce (|u'au bout du conq)le Elle est la maîtresse de faire à cet égard comme Elle l'entend, et qu'en insistant trop sur ce chapitre il en arriverait ou le désagrément de ne voir faire aucune allenlion à ses représentations, ou peut-èlre tôt ou tard quelques réponses peu convenables; qu'il valait mieux par conséquent ne pas perdre ses peines, et préparer les moyens de pouvoir tirer parti de la Reine dans les all'aires, en l'engageant insensiblement à s'en occuper plus qu'Eile ne l'a fait jusqu'à présent, et à acquérir des connaissances qui puissent dounei' .ni Roi de la confiance dans ses lumières en pareille malière.
Tout ce que vous dit M. de Vergennes de temps à autre sur le chapitre de ce faquin de M. de Goltz, ne permet pas de douter qu'il ne voie loutes ses lettres, et j'en suis bien aise, parce que rien n'est plus |)ropre à le fair.^ connaître, lui et son maître, que leur correspondance. Tout ce (|ue je crains cepi'ndant, c'est (]ue la chimère d'une alliance entre lui, la France et la Russie ne tente le ministère français, et il faudra sur cet article ne pas le perdre de vue et l'éclairer sur le captieux et l'illusoire de cette partie, s'il lui arrivait de vous en fournir l'occasion, ou si par InsarJ elle se présentait d'elle-même.
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MIÎHCV A JOSEPH II.
mi:hcy a JOSEPH ii.
Paris, le icf novembre 1777. — Le tivs luinil)lc rapport que j'adresse aujourd'hui à S. M. l'Impéralricc et (|ui cerlaiucnicnl sera mis sous les yeux de V. M. I., présente les détails du dernier séjour à Fontainebleau, qui a été renijili par une dissipation aussi complète dans sa variété (|ue dans ses exrès; je me bornerai sur cet article à ([uciques remarques (|ui sont pour \. M. seule, et que j'ai cru superllu d'insérer dans mon rapport.
D'après mes entreliens avec la Reine il m'est plus que jamais évident que cette auguste princesse sent trè^ bien les inconvénients de sa manière de vivi'e actuelle, niais le besoin de se distraire en fait saisir tous les moyens; cependant ])ar jugement et caractère la Heine rejetterait les plus dangereux, si Elle n'y était sans cesse entraînée par M. le comte d'Artois et le duc de Cbarti'es qui sont les plus terribles instigateurs de tout désordre, et un vrai fléau pour celle cour-ci. A cela se joint le plus grand de tous les malheurs qui est que le Roi, par complaisance ou faiblesse, contre son gré, semble applaudir à ces mêmes désordres, et les excite lui-même en quelque façon, ce qui nommément a eu lieu par rapport au jeu, aux courses et aux bals masqués; cette circonstance rend infiniment dillicilc ou impossible tout movcu de remédier au mal, et quand, après les représentations les plus énergiques, la Reine répond que rien n'arrive sans le bon plaisir et l'avis du Roi et (pi'll est parfaitement content, toute r('[)lique perd une jiartie de sa force. Quand la Reine a écrit la lettre que V. M. daigne me communiquer, celte princesse était certainement de bonne foi; j'ai eu tout récemment bien des occasions de remarquer qu'Elle a pour V. M. une vraie tendresse et confiance; que. persuadée par la force de la raison, Elle est intérieurement honteuse d'y mau(|uer, et sachant trop bien (ju'Elle ne réussirait pas à masquer les objets vis-à-vis de\. M. Elle évite d'entrer eu détail. Il est un point sur bvpiel la Reine paraît s'écarter de sa sincérité naturelle; car il est incontestable que c'est par sa faute que le Roi l'ait lit à part et (|ue ce sont les veillées du jeu qui en sont cause. Le 9 de ce mois le Roi avait recommencé à passer la nuit chez la Reine; le '.\ cette auguste princesse alla jouer chez la princesse de Lamballe jusqu'à trois heures du malin, et le li l'allé se rendit au bal masqué de la Ville et y passa une partie de la nuit, ce qui ramena nécessairement le lit à part. L'alibé de Verinond se trouvant à Versailles, je me suis concerté avec lui sur (juelques nouvelles tentatives pour ramener la Reine à des réflexions sérieuses, mais dans l'étal des choses telles iju'elles .se trouvent, il semble ni'cessaire de niellre de la riiroiispecliou et
19 NOVKMBRE 1777. 51.Ï
(le la patience dans les moyens à employer, justprîi ce i[ue rétat de grossesse procure plus de calme et de facilités.
Je ne mets aux ])ieds de V. M. les deux lettres ci-jointes de l'abbé de Vermond que pour qu'Elle daigne voir que nous ne cessons de faire la recherche du sujet que V. M. ordonne. Je vais m'adresser au maréchal de Contades et à l'intendant d'Alsace pour tâcher de découvrir dans cette province le sujet en question; ces informations prises de loin deviennent encore plus lentes, mais avec un peu de temps, j'espère que V. M. sera obéie et je ferai l'impossible pour en accélérer le moment.
Je remplirai ce que V. M. daigne m'ordonner sur les témoignages de sa satisfaction par rapport aux tapisseries et porcelaines qui Lui ont été présentées par le Roi; n'osant point importuner V. M. sur de trop petits objets, j'en adresse aujourd'hui les détails au lieutenant-colonei de Weber, tant sur l'envoi des arbres fruitiers que sur celui de quelques caisses de fruits de Touraine et de quelques lettres qui y sont relnliv(?s.
Je suis. . .
Ce 3 décembre ijjj- — Vous m'avez aguerri, mon cher comte Mercy, avec l'amitié et le zèle dont vous exécutez et voulez bien vous charger de mes commissions, à ne plus craindre presque de vous en donner, mon obligation et ma reconnaissance n'en sont pas moindres pourtant. Les nouvelles de ce vilain séjour à Fontainebleau me font vraiment de la peine. La Reine ne m'écrit que deux mots insignifiants, hors (pi'elle pn!vient que probablement l'on fera bien des comptes à son sujet, et qu'elle assure l'hupératrice de vouloir modérer et arranger les jeux d'hasard d'une façon plus décente. Pour moi je lui écris par ce courrier avec force, et je lui fais le tableau en court de ce que les Anglais à Vienne disent du s('jour de Fontainebleau qu'ils comparent pour le jeu à Spa. 11 faudra voir ce que Versailles produira d'ici au carnaval, où la dissipation sera derechef terrible. Pourvu que l'on obtienne du mieux et plus d'assiduité au[)rès du Roi; ce point est d'une si grande importance qu'il n'est pas concevable que ma sœur ne le sente pas et puisse le négliger.
Par ce courrier arrivera à Paris un jeune homme chirurgien qui a très bien étudié, qui marque du talent et de l'envie de s'instruire. J'ai engagé S. M. à l'envoyer passer une couple d'années chez les meilleurs chirurgiens de l'Académie, aûn de devenir, comme je l'espère, un sujet supérieur au courant de ceux que nous avons en Allemagne. Je vous prie donc de le recommander et protéger, afin qu'il puisse s'iuslriiire le plus |)ossiblo
KAUMTZ À MKRC.V.
nvipn'S de ros !\lcssieiirs. Je suis jiclucllcniciil aussi en rpclicrclic (riiii suji-l propio à allci- prendre leroii rlip/. l'abb:' de TlCpi-e poiii- riiisliiiclloii des sourds et muets; cl je suis près d'en trouver un qui sera, je crois, un exje'suit(' (]iii se vouera à relie partie, si la besogne ne le rebute pas. Je lui fais lire el étudier en attendant le livre qui en traite.
Pour mon lectL'ur et ('rrivain en français je crois que je devrai tâcher de trouver quelqu'un ici, puis(|ue |)()tir les deux langues il v aurait trop de difTîrulte, et j'ai même (|uel(ju"iiu en vue, de façon que si vous n'aviez point quel(|u'un de bien bon dt-jà eu vue, vous pouvez ralentir vos recherches, el vous te'moignerfz aussi, je vous piie, à l'abbé Verinoud ma peine de ce qu'il s'en donne tant pour me faire avoir un honinie propre à l'emploi. Voici ses lettres qui lui font honneur, elles caractériseni un honnête homme.
KAllMTZ A MEHCV.
Vienne, ce 5 décembre ijjj. — J ai vu olTeclivenienl , mon cher Comte, votre dernier grand rapport à l'Impératrice, et même avec beaucoup d(! plaisir, car vous avez parlé comme un livre. Il faut espérer que toutes ces bonnes semences jetées dans un bon fonds germeront plus tôt ou plus tard. Il faut saisir les occasions, revenir à la charge, mais toujours, comme sans doute vous ne manquerez pas de faire, de façon ;i ne rendie odieuses ni vrttre personne ni vos remontrances, ce qui di'pend beaucoup du ton et du uKJUienl favorable, et d'autant plus beaucoup de ménagement dans les expressions el beaucoup de patience, (]u'au bout du compte, si nous en usions autrement, un beau matin ou pourrait se fâcher et nous prier de nous dispenser de nos conseils par la suite. Espérons du temps et tirons parti de la Reine, en attendant, du côté de la poliliquc.
.le suis ciiarmé que vous ayez commencé et je vous exhorte à continuer, uiais surtout tâchons de maintenir en place M. de Vergennes; c'est un homme piécicux pour ralliaucc, je le répèle, jwrce que j'en ai des preuves, qui ne sont pas douteuses, et je désirerais fort que vous trouvassiez moyen de persuader la Reine de cette vérité. Elle ne saurait employer son crédit |)lus ulilenu'ul, pane que \i: ne vois ])ersonue, à la rigueur du mot, par qui on jiourrait remplacer iM. de Vergennes aujourd'hui sans le plus grand risque pour l'alliance el pour \('. maintien de la Iranquillilé générale, dont la l'rance a grand besoin, au moins pour bien longtemps encore.
Paris, le aa décembre ijjj- — Mon très humble rapport à S. M. l'impe'ralrice exposera à V. M. I. le peu que jai à dire aujourcriiui sur ce ([ui concerne la Reine; la nouvelle l'orme que cette aujjusie princesse vient (rétablir à son jeu, en diminue un peu les inconve'nients, mais aussi longtemps que le fond du mal subsistera, on ne pourra jamais se tranquilliser sur le nombre et la variété des fàcbeux effets qu'il ne saurait manquei' de pioduire. J'indique la circonstance qui me fait espérer que le jeu pourrait finir faute de joueurs, et ce serait une grande entrave de moins au bien de la Reine. Elle a paru occupée et sc'rieuse à la réception de la lettre de V. M.; Elle ne m'a cependant rien témoigné encore, et ce n'est ordinairement qu'après le départ des courriers (ju'Elle daigne me parier des objets dont Elle a été affectée.
Je prendrai toutes les mesures nécessaires pour ([ue le cbirurgien Hunczowsky ait les moyens de profiter dans l'étude et la pratique de son art; il est déjà installé chez le sieur Louis; après le départ du courrier je concerterai avec les plus fameux chirurgiens de Paris tout ce qui «onviendra le mieux à l'instruction du jeune élève dont il s'agit.
Le maréchal de Contades, ni le sieur de Blair ne m'ont encore pu indiquer aucun sujet en Alsace qui parut propre à remplir les vues de V. M. L'abbé de Veimond de son côté et moi du mien, nous avions trouvé deux personnes qui annonçaient quelques qualités, mais nous avons reconnu ensuite qu'elles ne pouvaient convenir, ainsi je m'en tiendrai pour le moment à l'ordre (jue V. W. daigne me donner de ralentir mes recherches, sans les discontinuer tout à fait.
Je préviendrai l'abbé de fEpée sur l'élève qui lui sera envoyé et auquel il donnera tous ses soins.
Je viens d'acquérir à très peu de frais un ouvrage qui a été vendu ici à un prix énorme et qui a excité les plus grandes censures et recherches de la part du gouvernement. C'est un mélange d'hoi'reurs, de choses sales et d'observations assez judicieuses sur les pays d'Etat, sur les parlements et sur le clergé de France. Plusieurs personnes sont indignement traitées et calomniées dans cette critique; Laborde est du nombre de ces derniers, et il n'y a rien de plus faux que ce que le libelle annonce sur sa prétendue origine, ainsi que sur son caractère personnel. La mention que cet ouvrage fait de l'Ambassadeur d'Espagne et de moi, est plutôt une absurdité plate qu'une méchanceté, mais en total j'ai cru que cet ouvrage pourrait
518 KM MTZ À MEUCV.
l'tfc mis sous les yeux de \. M. et il se trouve joint .lu piuiuel des journaux et feuilles ordinnircs.
Je me mets nu\ |>icd8 de V. M. et suis, . .
Ce 5 janvier ijyS. — Mou cher Comte, je vous suis infiniment oblige' pour vos nouvelles, .le souliailo plus que je n'espère (|uc la l'iireur du jeu et tous les inron\énieuts (|ui en sont toujours la suile, viennent à s'éteindre. Ma sœur m'a érril la lettre ci-jointe et le Roi l'autre. Je reponds au dernier ce que vous trouverez aussi ici. La mort do cet électeur de Bavière nous donne beaucoup d'occu[)ation; c'est une de ces époques qui ne viennent (|ue dans des siècles et qu'il ne l'aut point négliger. Le prince Kaunitz vous marquera sans doute nos airangements préalable.^; un corps de 19,000 hommes va au plus tôt être mis en marche poui- se mettre en possession de ce-(]ue nous appelons la Basse-Bavière, et je crois que nous nous arrangerons même là-dessus avec TLlecteur Palatin. Cela ne plaira |ias trop là où vous êtes; mais je ne vois ])as ce qu'on y pourra trouver à redire et les circonstances avec les Anglais y paraissent très favorables.
Le commis (|ue je cherchais, je viens d'en découvrir un ici qui est Strasbourgt'ois. Il sert comme bibliothécaire déjà douze années chez le prince de Paar. On le loue beaucoup, il sait bien les deux langues et je viens de le prendre; ainsi, en vous rendant bien des grâces pour vos rechei'ches, je vous prie de les suspendi'e pour le présent.
Vienne, ce 5 janvier ^77^'. — L importance de la plupart des objets dont il s'agit dans ma lettre d'oflice de ce jour, m'engage à Vous la faire passer en droiture, et je ne vous en paileiai plus dans cette lettre ])articulière, parce (jue cela serait superllu.
Vous pouvez penser (juc je dois attendre avec (juelque im|)aticnce le retour du courrier que j'ai (hqièché hier à l'Llecleur Palatin, .le viens d'apprendre qu'il était déjà arrivé à Munich le jour de l'an. Je me llatte, moveniianl cela, ((ue mon courrier poun-a être ici dans (|ualre ou cinq jours, et je souhaite fort (|u'il nous rapporte la ratification de la convention signée avec le baron flellitli'c. jiaicc (jne je serais l'àclu' de devoir fhasseï- ri'^lerlcur
Palatin de la lotalilé de sa prise de possession, ce que nous no pourrons pas nous dispenser de faire s'il ne ralifiail pas.
Il m'a paru par le conlenu de votre dernière que M. de Ver;>ennos vous avait un peu impatienté, et je conviens ([iie ce n'était pas tout à fait sans raison, mais je vous prie cependant instamment, mon cher Comte, de faire en sorte; (pi'il ne se mette pas de l'Iiunieur entre vous deux. Il faut aimer sesamis avec leurs défauls, et M. de Vergennes me paraît un homme essenlicl à l'alliance.
Vous observerez par la tournure que j'ai donnée au mémoire que j'ai fait à la hàle au sujet de Juliers et de Berg, que, sans me prêter à la réquisition que ce bonhomme a paru exiger de nous, ains au contraire, en lui faisant même sentir l'absurdité de son idée dans une alfaire qui ne nous intéresse pas plus qu'elle ne doit intéresser sa cour, j'aurai satisfait pourtiinl son goût pour le méthodique, et je com[)te moyennant cela qu'il sera content et qu'il le sera aussi du parti que j'ai pris ex arena, sur la réquisition de la Russie, et qu'il viendra, je crois, fort à propos comme un nouveau coup de ])islon, à ra[)|)ui de la démarche dont on a chai-gé en dernier lieu M. Lebas. Proximc jAtim.
Vienne, le ij janvier ijjS. — Vous comprenez bien, mon cher Comte, que nous vous dépéchons ce courrier cxlraordinaire pour donner à la France, notre alliée, une marque d'attention de préférence à toutes les autres cours de l'Europe.
La convention a été ratifiée purement et simplement telle qu'elle vous a été envoyée en dernier lieu.
Vous pourrez en laisser lire encore une fois la traduction française que je vous ai transmise alors, à M. le comte de Vergennes, et vous pourrez même lui en laisser prendre copie, si cela peut lui être agréable, en lui en demandant le secret cependant, mais en l'assurant en même temps dès à présent, que nous en userions avec la même confiance dans tout ce qui pourrait se passer par la suite sur cet objet.
Je suis persuadé que vous partagerez la satisfaction que doit me causer ce nouveau succès, précédé par tant d'autres, aux(jucls la postérité rendra vraisemblablement [)lus de justice (juc leur eu ont peut-être rendu nos contemporains.
520 MKUCV À JUSKPII II.