MEIICY V JOSi:i>ll II
Paris, Iv tj janvier ij'jài- — Loi'.s(|iit' les Iri's {jriiciuux ordres de V. M.l. (Il dalc du 5 me sont parvenus, j'étais malade, et me Iroiivanl hors d'élat d'aller à Versailles, je me liàtai d'envoyer à la Ilciiie les lettres qui Lui étaient adressées, en ajoutant de ma part quel(]ues remarques sur le lanj;njje qu'il me paraissait convenable (ju'KUe tint lors<ju"en sa présence il pourrait être question de l'événement relatif à la Bavière. Le surlendemain la Heine me fit savoir (|u'Klle daijjnait adopter mes remar(|ues, et ([u'HIle ('lait fort contente de la tournure (jue prenaient à Versailles les idées et les propos sur l'allaire de Bavière; malgré cette opinion de la Reine il n'est pas douteux (|ue les mesures prises ])ar V. M., ainsi (]ue l'arrangement arrêté avec ri']iec(cur Painlin ne sont pas vus ici de trop bon d'il; mais dans le moment présent la France a tant de inolifs à devoir ("tre modérée et sage, qu'elle ne pourrait guères se livi'er à de grands érarls; peut-être que la circonstance donnera ici Un peu plus de jeu aux macliinationsdu roi de Prusse, et à quelques petites intrigues avec ta Cour Palatine; c'est ce ([ue j'aurai à ('clairer de près, et j'espère que rien ne nrécliap|)cra à cet ('gard.
.le mets aux j)io(ls de V. M. mes 1res humbles actions de grâce pour la communicalion (|u'Klle a daigné nie faire de la lettre de la Beine, de celle du Boi et de sa réponse à ce monarque; il sera intéressant de savoir si cette dernière lettre aura été montrée au comte de Maurepas; je lâcherai d'en être informé et en lendrai com|)le à V. W.
Deux jours après le di-part du courrier de décembre la lieine me confia la substance de ce qu'Elle avait mandé à V. iM.; j'observai que cette ré- [)onse se fondait sur un ('cliapp.iloire (jui consistail à dire (|ue le duc de (Chartres n'avait pas jouii à Fontainebleau au jeu de la Heine, ce i|ui était vrai, mais (]ue ce prince étant intéressé au jeu des autres, et tenant une contenance aussi indécente que bruyante, méritait à tous égards l'i'pitlièle que V. M. avait donnée à sa conduite, que quanta rinexacliliule des femmes au jeu, la Reine ne pouvait se dissimuler qu'il y avait des plaintes graves et réitérées à cet égard. J'ai rcmanjué cependant avec joie (pie la Beine avait été fort fra|)péc de cette lettre de V. M., et (]ne c'était [lour l'ille une idée douloureuse d'avoir démérité dans l'espril de son auguste frère; malgré cela, ainsi queV. M. daignera le voir dans mon très humble rapporta S. M. rim|)('ratrice, je ne suis malheureusement pas encore dans le cas de pouvoir auiKuicer un changement favorable relativement au jeu; il est des moments où j'en espère, et ne cesse de réiti-rer mes instances là-dessus.
En rovaiiciie il esl constant (jiie la Heine se conduit très bien vis-à-vis (lu Roi, et qu'à cet égard les avis de V. M. ont conside'rablenient IVuctillc'; l'ascendant de la Reine sut- son époux a infiniment augmenté, et rien ne résisterait au crédit de cette auguste princesse, si Elle en voulait faire un usage un peu |)lus rélléchi et mieux adapté. La Rein(! a avec le Roi des conversations nocturnes où Elle Lui parle de toutes les manières, les plus sérieuses et les plus l'rivoles, en Le ramenant toujours à son avis sur chaque objet. Je ne cesse de représenter l'immense parti qu'il y aurait à tirer de pareils entretiens s'ils étaient diiigés avec système et méthode et non pas, comme ils le sont, par les impulsions de la comtesse de Poiignac ou par d'autres tèles légères de cette espèce. La favorite susdite, qui s'est réconciliée avec les Choiseul, est un peu séduite et souillée parce parti; cependant il lui convient aussi de ménager celui du comte de Maurepas. Tout ce contraste opère dans le langage qu'elle tien! à la Reine et qui ne peut induire qu'à des inconséipiences et des absurdités. Nous ne sommes occupés, l'abbé de Vemiond et moi, qu'à les découvrir et à en faire l'analyse à la Reine; Elle daigne toujours nous écouter avec bonté et nous laisse l'espoir de voir un jour le fruit de noire zèle.
D'après les ordres de V. M. je suspens toutes recherches d'un sujet propre à employer à son cabinet, et je suis. . .
31 S. — JOSEIMI il V MERCY.
Ce 3i janvier ijji^. — Mon cher Comte, j'ai été vraiment peiné d'apprendre voire incommodité, je me flatte (ju'elle n'aura été d'aucune consé(|uence, et qu'actuellement vous ne vous en ressentie/, plus. La Reine m'éciil la Icthe ci-jointe^ Nos affaires bavaroises ont pris la tournure jusqu'à présent la plus heureuse. Ln mois l'ElecIcurest mort et nous avons signé, ratifie' une convention, nous sommes en possession de tout le district avec les fiefs qui nous échoient, et personne jusqu'à présent nous en a encore dit un mol. Nos palenles sont publiées, le serment de fidélité est prêté et tout e-t trancpiilie; reste à voir comment et (piels échanges que nous ferons par la suite pour la convenance des deux parties. Voilà tout ce que je sais pour W présent, et, ne voulant pas vous ennuyer de mon bavardage, je crois pouvoir seulement dire que cela nous a fait, à ce (pi'il me semble, honneur parla promptitude de son exécution. Marquez-moi par curiosité ce (|ue le public raisonnable de Paris en pense.
KALMTZ A MERCY.
Vimtic, le i" février i~~8. — Mon cher Comte, je vous inlonne aiijourd'iiiii par mes Irltres d'ollice ilc tout ce que nous avons t'iiil juMju'iiM, et nous proposons de faire par la suite dans limporlant objet de la succession bavaioise, afin de vous nieltiv en état de jioiivoir faire usaj^e des notions ijue je vous donne plus ou moins et à l'avenant de la nécessite' ou de futilité que vous jugei'ez qu'il pourra y avoir à faire l'un ou fautre. C'est à vous à voir, si dans l'incerlitiidc du [jenre d'échange auquel nous pourrons déterminer l'Electeur Palatin, sans en iudividuer jus(ju"ici positivement les objets, il pourrait suffire quant à présent de donner à la France les assurances géne'rales de l'esprit dans le(]uei nous comptons traiter et que j'ai détaillé dans ma lettre d'ollice.
Mais je vous répète cependant encore une fois que je vous abandonne entièrement le choix du ])arli an(|uel vous jugerez devoir donner la prélérence.
Je crois cependant vous prévenir que j'ai engage' l'Impératrice à écrire à la Reine que, s'il arrivait (jne vous Lui demandassiez femploi de son crédit dans la crise actuelle. Elle se llaltait (lu'Elle ne laisserait rien à désirer à son nom et à sa maison dans une occasion aussi essentielle, et que dans celle confiance Elle La priait de vouloir bien se conduire en conséquence des insinuations (|iie vous [lourriez Lui faire.
Paris, le . .février ij'jS. — \. M. I. daigne m'ordonner de Lui exposer ce (juc les gens raisonnables pensent ici sur l'événement relatif à la Bavière. Au premier aspect le public de Paris a témoigné généralement rendre la justice (jui est due aux bonnes mesures, à la fermeté et à la proniplilude a\ei' les(|uelles il a élé pourvu à la sûreté des droits de l'auguste maison sur une partie de la succession bavaroise; mais bientôt ce même public n'a plus vu dans Tobjet susdit que les fantômes inquiétants (\in: lui ont préseiil(!s Ions les propos absurdes de jjuerre et de bouluversemcnl général en lùirope. Ces idées ont exciti' de la joie parmi le militaire, mais beaucoup d'humeur dans l'ordrf- civil; les émissaii'es jjrussiens SI! sont donni- carrière, et en débitant avec un adiaruement incrovable leur dangereux orviétan, ils sont parvenus pour le moment à étourdir iiu'uie le ministère français.
FliVRIER 1778. 523
Depuis dix jours lous mes entreliens avec la Reine porlenl sur cette matière; Elle a daignd me communiquer la lettre de V. M. et le commeacenienl de la réponse qu'Elle y fait. La Reine en marquant à V. M. quEIk est (raccord sur le chapitre du roi de Prusse, et bien re'solue à ta- • cher de barrer ses mesures, met à ce projet un de'sir très vif, mais qui a besoin d'être un peu réglé dans les moyens de le remplir, .le m'occupe sans relâche à pre'senter ces moyens et si la Reine daigne en adopter la pratique, il en résultera deux grands avantages, celui d'opérer un bien réel dans l'occasion présente, et celui de l'accoutuuier à entrer avec méthode dans les grands objets, de s'en occuper et d'établir par là l'influence solide que la Reine doit et peut avoir ici. Les dissipations du carnaval contrarient un peu mes remontrances; le très humble rap|)ort que j'adresse à S. M. l'Impératrice contient quelques détails à cet égard; cependant j'ai lieu, plus qu'en aucun temps, d'espérer et de bien augurer des dispositions actuelles de la Reine.
V. M. avec sa clémence accoutumée daigne me parler de ma santé; elle n'a pas cessé d'être dérangée cet hiver; mais elle ne me détournera pas un seul moment de mes devoirs, et rien ne sera omis de ma part de ce qu'exige le service de V. M.
La comtesse de Rrionnc et le prince de Marsan ont reçu les letlresqui leur étaient adressées; j'en joins ici une de laquelle je me suis chargé, parce qu'elle paraît avoir trait à quelque ordre donné par V. M. au nommé Dassart, que je ne connais point d'ailleurs.
V. M. avait emporté une mauvaise carie de Paris, el j'ai cru devoir Lui eu présenter une très bonne qui vient d'êlre gravée celte année.
.le suis . . .
Vicniw, le ttj Jcvricr ijjS. — Je m'étais flatté, mon cher Comte, qu'il ne me resterait plus rien à ajouter aujourd'hui au contenu de mes lettres d'oflîce, mais iM. le baron de Rreleuil, dont la destinée parait être de ne pouvoir terminer aucunede ses ambassades sans (pielquescènedésagréable, me met dans la nécessité de devoir vous informer encore par cette lettre particulière de ce (pii vient de se |)assei- entre lui et moi. Le baron de Breteuil m'ayant lu entre aulres aussi une lettre de M. le comte de Vergennes, par laquelle ce ministre l'iaformait fort en détail d'une espèce de dispute qu'il avait eue avec vous, sur ce que vous lui aviez soutenu (jue tout ce que nous avions fait jusqu'ici au sujet de la succession bavaroise s'était fait d'accord avec la France, je lui ai dit très honnêtement et très
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KAUNITZ À MEliCY.
aniicnIcMioiil, (jue je m; pouvais pas in'ciii pécher de lui téiuoijjiier (jiie jetais pciii • de celle es|)èee de coiileslalioii que vous aviez eue avee .M. le comte de Vcrgenncs, et cpie je fêtais d'autant plus qu'il me semblait qu'elle n'avait ét(! oceasiomiee ipie pni'im niésentcudu; ipi'il était viai que lorsque iM. l'Electeur Palatin et la cour de \ieune s'étaient mis dans la possession des districts de la Bavière, occupés aujourd'hui départ et d autre, navnnt eu, ni ]ui avoir connaissance de la convention en coiisi'cpn'nce (h^ lacpielle tout avait «'té l'ail, à la rijjueur des ternies la France pouvait dire (|ue cela n'avait |)as l'té lait d'nccoi'd avec ell(^; mais (pi'il nie paraissait non moins vrai aussi, (pi'avanl éti' d'avis (pic la voie d'iiiie néj[ociation et d'un arrangement avec M. l'Electeur Palatin l'Iail préierahie à toute autre, et y avant même exhorté la cour de Vienne, lorsque celle-ci par bonne amitié et par confiance lui demanda son avis, il y a plus d'un an, an sujet de la succession éventuelle de la Bavière, en lui oIVrant même de ne se déterminer qu'en conséquence, ainsi qu'elle a l'ait ellectivemcnt, la France, ayant approuvé moyennant cela l'idée d'un accouimodement avec M. l'Electeur Palatin, ne p ouvait (|u'èlre censi'e d'avoir approuvé de même d'avance tout ce que les parties intéressées, et seules en droit de prononcer sur leurs prétentions réciproques, auraient jugé à propos d'établir entre elles à cet égard, ne pouvant pas natuiellenient leur en contester la l'aciilté et par conséquent beaucoup moins encore en avoir la volonté. Que c'était vraisemblablement pour avoir envisagé la chose dans ce point de vue (]ue vous auriez tenu à iM. le comte de Vergennes le propos (pi'il avait cru devoir contredire, etfjue comme il n'avait rien ni d'ollensanl ni d'insidieux, j'étais d'autant plus fAché qu'il eût donné occasion à une discussion désagréable;, (pie je no voyais jias (pie Ton puisse supposer à ma cour un intérêt majeur à accréditer celte opinion à celui ipie pouvait avoir la France à désirer (pie l'on croie le contraire, attendu que je n'en vovais pas l'utilité; mais (pie bien au contraire j'y voyais en échange le très grand inconvénient d'accri'diler par là l'opinion, ipiil ny a pas autaiil (1 inlimili' dans l'alliance (pie Idn pouvait le penser, et qu'il serait, ce me semble, tout aussi (b'sirabJe pour la l"'iMnre ([lie pour nous, qu'on le pensât, à moins ([u'elie n'eùl des iiilenlions (jiie je ne croyais pas même devoir nie permelire de lui supposer.
M. le baron de liicleiiil me n'iKiiidil d'niiord avec vivacité, (ju'il ne pouvait pas conveiiii'de ce (pie j(> venais de lui dire, altendu que, (pioieju'il lut vrai (pie sa cour eut conseilli» la voie d'un accommodement pre'alable, elle avait loujoiirs pensé (pie la cour de Vienne lui ferait aii|)aravant commiinicalion d(; ses droits et pr('tentions cl les soiinietirait à son jugement cl (pi'il s'en ('lail niêiiie e\pli(pié sur ce pied vis-à-vis de moi. .le lus Tort surpris, comme vous pense/, bien, d'un propos tout an moins très
singulier, je no ])us pas jiar consiMjiienl m'enipècher de lui en lémoigner mon etonnemen(, cl h; prier d'iiltscrver que ma cour, qui n'avail élé délerminée à la de'marclic amicale qu'elle avait laite vis-à-vis de la France, que par un eflet de son amitié' et de sa confiance pour le Roi Très Cli., son allie', et qui ainsi que toute puissance indépendante aurait pu entamer une ne'gociation avec M. TElecteur Palatin, et conclure avec lui de gre' à gré, ainsi qu'il eut jugé à propos de le faire, sans en avoir demandé ni obtenu la permission de personne, on ne pouvait pas même supposer qu'elle ait jamais pu vouloir acheter un simple conseil au prix de l'obligation de devoir soumettre ses droils et ses prétentions au jugement et à la décision de qui que ce soit; que, si sa cour l'avait pensé, la mienne au moins ne l'avait jamais pensé, et que pour ce qui était de la f;içon dont il prétendait s'èlrc expliqué vis-à-vis de moi sur ce sujet, ma mémoire ne me le rappelait en façon quelconque, et que ce qui me persuadait qu'il ne devait jamais m'avoir aiticulé le propos (]u'il venait de me tenir, c'était que très certainement je lui eusse répondu dès alors tout de suite ce que je venais lui dire à jiréseut, qu'il devait sa l'appeler d'ailleurs, que dès que notre négorialion eut élé entamée vis-à-vis de la cour de Mannheim,je lui avais confiéquenous avions donné communication de nos prétentions à M. l'Electeur Palatin et que nous lui avions proposé, s'il voulait traiter, pour préalable l'aveu et la reconnaissance de nos droils respectifs; que l'arrangement avec M. l'Elecleur avait eu ce principe |)our base, et que par conséquent la France savait au fond d'avance quelle serait la convention qui, niovennanl le serré du tenqis et des circonslances, n'a pas pu lui être communiquée plus tôt qu'elle ne l'a élé. Malgré tout ce que je venais de lui dire, M. le baron de Breteuil, d'un ton qui me déplaît très fort, parce que je ne le prends pas volontiers et que, depuis plus de vingt ans que se soutient heureusement noire alliance, il est le premier qui m'ait obligé à le prendre, a voulu soutenir son opinion par un fatras de paroles très embrouillé et vide de sens, et il m'a forcé enfin de lui dire : que, si sa cour ainsi que lui se croyait en droit de décider de la validité de nos droits et de notre arrangement avec M. l'Electeur Palatin, elle pensait et s'expliquait en tous cas comme le roi de Prusse et nullement moyennant cela comme une puissance amie et alliée, que je voulais bien en douter encore, mais que je devais chercher naturellement et chercherais à éclaircir un fait aussi important.
.l'ai jugé à propos apiès cela de rompre la conversation, qui aurait pu de pari et d'autre nous entraîner au delà de ce que j'eusse voulu, mais je ne saurais vous cacher qu'il est déjà quelque temps que je me suis aperçu que M. de Breteuil ne pouvait plus tenir à la contrainte qu'il s'était iuiposf'e jusqu'ici, qu'il élail redevenu ce(ju'ila toujours élé, c'esl-à-dire un
526 KAUNITZ A MERCV.
houinio beaucoup moins conriliaiil (|ut' propre à l)i-ouiller les cours; iju'il ne nous aime pas el que par conséquent je dois avouer que je me suis lourdement trompe', lorsque j'ai pensé qu'il était par conviction dans Je système de i'aliiance, et pro[)re à en cniliverot assurer la durée.
Vous prierez S. M. la Heine, à lacpielle il doit importer de connaître ses gens, de vouloir bien lire celte lettre, et vous ferez d'ailleurs de son contenu l'usage que vous jugerez devoir en l'aire.
5. d. — Mon cher Comte, je n'ai pas le temps d'entrer avec vous dans des détails, mais tout ce que je puis vous assurer, c'est que nous nous croyons très heureux d'avoir un homme comme vous actuellement à Paris qui connaisse si bien leurs tripotages et qui leur sait si bien faire entendre raison. La commission dont vous êtes chargé par ce courrier est très importante, vous l'apprécierez vous-même. J'écris à la Keine une assez longue lettre arrangée de façon qu'elle peut la l'aire voir au Roi; je n'ai pas le temps de la copier; je l'ai priée de vous la donner à lire. L'année passée au temps que nous avons passé ensemble, peut-être celle-ci nous nous battrons. Je vous préviens d'avance que volontaires d'aucune espèce je ne les tolérerai à l'arnif'e, afin i[ue si (pieslioii vous fût faite, vous puissiez y répondre. Adieu, mon cher Comte, croyez-iimi bien sincèremenl votre ami. Je suis tellement obéré d'affaires que je n'ai pas un moment à moi.
Vienne, le 9 titai ij-jS. — Mon cher Comte, des trois façons de vous acquitter des ordres, que je vous adresse aujourd'hui, et dont je vous laisse le choix, celui de convertir la dépèche et le post script ostensible dans un mémoire convenable, serait sans doute, ce me semble, celui qui conviendrait davantage à M. de Vergennes, selon la louniure d'esprit et ses circonstances personnelles; mais c'est à vous à juger d'après celles du moment, si ce serait la meilleure. Je vous répète cependant, que je ne prétends pas vous gêner du tout à cet égard et que vous ferez absolumenl comme vous l'entendre/..
En gros, je juge coinnu! vous de la conduile du ministère Irancais à noire t'gard , el (|uoiqueje ne me dissimuh' pas (piil n'y ail un |ieu de
mauvaise volonté et d'anciens restes de jalousie dans son fait, je pense (ju'il est encore j)liis la suite dosa pusillanimité et d'une mauvaise logi(|uc. Mais je ne saurais vous cacher que j'ai bien de la peine à faire envisager à nos maîtres la conduite louche et peu amicale des gens à qui vous avez à faire, avec la même indulgence, et que, comme pareilles clioses laissent au moins souvent de longues impressions, je désirerais bien fort que Messieurs de Maurepas et de Vergennes, bien loin de continuer à les accréditer, se déterminassent à se conduire d'une façon propre à ramener la confiance, et il ne serait pas mal de le leur insinuer de ma part, si vous en trouvez l'occasion. J'ai fait mes preuves vis-à-vis de la France, et ces Messieurs doivent prendre en bonne part, par conséquent, pareilles insinuations de ma part, pour peu qu'ils soient raisonnables.
D'ailleurs l'ignorance parfaite dans laquelle j'ai resté si longtemps sur ce que M. de Vergennes pouvait vous avoir communiqué, ou ne vous avoir point communiqué de sa soi-disante dépêche ostensible au baron de Breteuil, m'a mis, je vous favoue, dans un grand embarras, et je vous prie moyennant cela, mon cher Comte, lorsque vous vous trouverez n'avoir point de courrier, de ne pas épargner au moins des exprès jusqu'à Bruxelles, afin que je sois promptemenl informé de tout ce qu'il peut m'étre utile ou nécessaire de savoir dans des circonstances aussi critiques que le sont celles dans lesquelles nous nous trouvons actuellement, et qui exigent des combinaisons que je suis dans l'impossibilité de pouvoir faire, lorsque j'ignore ce qu'il me serait important de savoir.
S. M. la Reine a témoigné bien du nerf dans l'esprit dans tout ce qu'Elle a dit et fait vis-à-vis du Roi et de son ministère, je vous prie de Lui en faire compliment de ma part, et d'y ajouter mes vives instances pour qu'Elle veuille bien continuer à influer dans les grandes affaires, attendu l'utilité incalculable dont cette influence peut être.
P. S. Au cas où vous vous détermineriez à faire un mémoire, ayez grand soin, je vous prie, de bien mesurer les ternies, afin qu'ils n'aient pas sujet de pouvoir s'en plaindre. Mais quant aux bonnes raisons que nous avons à leur dire, il n'est pas nécessaire pour cela de leur en faire grâce; pourvu que, comme vous ferez sans doute, cela se fasse avec les ménagements convenables.
KAUNITZ A MEIICY.
KALMTZ A MEllCï.
Al? iG mni ijjS. — J'ai été' peu t'difié, ((iiiiuie vous pensez, mon cher Coinle, tle la coiiduilc <lii niiiiislùrc IVaiirais. Il ])eiil y avoir eu de la faiblesse et de la pusiHanimité dans le commencement; mais on y voit nianifestemenl dans ce momcnl-ri le projet de nous en|;aj;er à achelcr la paix avec ijjnoaiinie, et à des conditions plus humiliantes, |)lu' injustes et plus déraisonnahles encore que celles qu'a osd proposer le roi de Prusse dans son second mémoire, en nous demandant do ronimencer par reiiiclire les choses dans létat où elles étaient au moment du décès de l'eu M. l'Électeur, sauf toutefois à nous faire y entrer après par les voies légales ou par un nouvel arfcuiimodemcnt avec la maison palatine. Au lieu de cela qu'ose-t-on nous proposer? Ue commencer par rendre une partie du tout, que nous croyons nous appartenir en vertu du double titre fondé sur nos droits et sur la convention du 3 janvier, et de donner ensuite encore par-dessus le marché l'équivalent de ce que nous pourrions être tentés de garder en Ba\ière, c'est-à-dire : de tout rendre dès à présent et irrévocablement, tout comme si par un jugement légal nous eussions déjà perdu notre procès avec dépens, ce qui est, comme vous voyez bien, manifestement beaucoup plus encore que le roi de Prusse n'a osé nous proposer.
Vienni;, le i" juillcl i']']^- — Mou cher (lomte, (|iie le mi de Prusse, mauvaise tête comme il est, injuste et déraisonnable au delà de ce ([ue jamais homnK' n'a été, |)ersiste de lionne ou de mauvaise foi à ne vouloir voir les choses que comme il voudrait (ju'eiii's fussent, et ni de loin ni de près comme elles sont, cela m'i'toniie peu. Mais que cet homme, (pji ne peut pas ignorer que jauiais nous ne fûmes ni ne pouvons être dans le cas de moins appréhender une rupture avec lui, ose dans cet étal des choses nous proposer de donner à l'Klecteur Palatin 700,000 florins de revenus au lieu de ^00,000 (jue nous garderions, de sacrilier jtardessus le marché tous nos droits de féodalité et de retrait, et de consentir en même temps à un agrandissement aussi considérable que serait l'acquisition des deux maigr'avials ou des deux Lusaees, qui serait encore pis pour nous, taudis que sur le pied de ses honnêtes propositions que je viens d'analyser en peu de mots, non seulement nous n'aurions rien, iumIs donnerions du nôlrc, el (pie nous di'li'norions noire condition de
lous points, il faut êlre, le diable m'emporte! le roi des fous pour faire de pareilles propositions, et des imbéciles, comme Messieurs de Maurepas el de Verjjennes, pour ne point avoir senti fabsurdite' de pareilles propositions. D'honneur! on ne sait que penser de rbomme, cet animal raisonnable par excellence, celle merveille de la cre'alion, lorsque l'on voit pareille chose. On ne peut que hausser les e'paules et se dire en ge'missant ce que disait jadis un sage : nescis, mifili, quam parva regitiir sapicnlia mundus. Aimez toujours un peu votre bon ami.