‹ Correspondance secrète de l'abbé de Salamon chargé des affaires du Saint-Siège pendant la révolution avec le cardinal de ZeladaChapitre 11 sur 41 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

avec tant de zèle ne représentait, d'ailleurs, qu'une part de son activité, car les questions religieuses qui traversaient toutes les discussions du jour et passionnaient Fopinion étaient le plus sérieux objet de sa mission. Au moment où s'ouvre la correspondance, la situation d'Avignon inspirait à Rome de vives appréhensions. A là suite de troubles provoqués à dessein, l'Assemblée avait envoyé des médiateurs qui, sous prétexte d'apaiser les passions, les dirigeaient dans le sens d'une réunion du pays à la France. Le chargé des affaires du Saint-Siège s'employa, de concert avec l'abbé Maury, à lutter contre leur influence — on lira les détails qu'il donne sur ses entretiens avec le cardinal de La Rochefoucauld et avec M. de Glermont- Tonnerre, sur ses visites aux hommes puissants du jour — et lorsque l'Assemblée eut, comme on le sait, décrété l'annexion, ce fut lui qui reçut l'ordre de faire tenir à Leurs Majestés la protestation du Pape (1).

A lui aussi incomba (2) le devoir de faire parvenir à Lomënie de Brienne l'acte par lequel le Saint-Père informait officiellement ce prélat qu'il était déchu de sa dignité de cardinal et suspendu à cause de son adhésion au schisme. M. de Salamon^ à qui le secrétaire d'Ëtat recommandait de faire u le possible et l'impossible même n pour obtenir une preuve authentique que la pièce était bien aux mains du destinataire, déploya en cette occasion toutes les ressources de son esprit inventif. Aussi raconte-t-il avec une certaine complaisance les stratagèmes dont il se servit et leur'plein succès. Grâce à son habileté, en effet, les lettres des directeurs de la poste de Paris et de Mantes certifièrent la remise du pli et, expédiées à Rome^ eurent l'honneur inattendu d'être déposées dans les archives du Chiffre, comme pièces à conviction.

Mais des intérêt* d'un ordre plus général appelaient surtout l'attention de l'abbé de Salamon. Pour ne pas s'en tenir à ses propres lumières, tantôt il convoquait chez lui une sorte de petit conseil, composé à l'origine de l'abbé Bonnaud, grand

(1) Correspondance, p. 41, 151, 160.

(2) Ibid,, p. 44, 103, 210, 246.

INTRODUCTION. xxxi

vicaire de l'archevêque de Lyon, et de l'abbé de Montmignon, grand vicaire de Tévéque de Soissons, avec lesquels il étudiait les diverses matières qui prêtaient à discussion ; tantôt il allait voir des évêques influents ou invitait des théologiens renommés à « prendre le chocolat » afin de conférer avec eux. C'est ainsi que lorsque l'Assemblée législative eut repris la perse* cution contre le clergé inaugurée par la Constituante, frappé du danger que présentait la forme nouvelle et déguisée du serment civique , il s'employa à faire remettre une adresse au Roi et contribua à la condamnation du serment par le comité des évêques. La Sorbonne, secrètement réunie, fit de même, et Ton prit des mesures pour avertir les évêques absents du Royaume (1). Informé de ces résultats, le cardinal de Zelada en marqua sa vive satisfactioi\ à son correspondant (2), ce qu'il s'empressait de faire, du reste, dès que l'occasion s'en présentait. D'autre part, lorsqu'il semblait utile de répandre une nouvelle, ou de démentir un faux bruit, Tabbé de Salamon, qui avait ^ divers journaux même démocrates » à son service, leur faisait passer des notes, el il arrivait parfois, — détail piquant, — que le Spectateur et Modérateur insérait des lettres entières du cardinal secrétaire d'État, dont les lecteurs étaient certes loin de soupçonner l'origine.

Les qualités diplomatiques de l'agent pontifical eurent d'ailleurs bientôt à s'exercer sur un terrain singulièrement difficile. En effet, si la grande majorité du clergé était unie dans la résistance à la persécution, des divergences sensibles se manifestaient parmi ses membres sur la forme à donner à la défense. Le comité composé d'évêques députés à la Constituante s'était dissous avec cette assemblée, mais afin de maintenir à Paris un centre de correspondance et d'union, il fut reconstitué : MM. de Boisgelin, Dulau^ de Talleyrand-Périgord, de Béthizy de Mézières, de Bonal et de Lastic en furent les membres. Ces prélats n'avaient aucune mission officielle, et leurs avis étaient souvent contestés. On leur reprochait, principalement à l'ar-

(i) Correspondance, p. 163.

(t) Ibid,, p. 170.

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