XXXII INTRODUCTION
chevéque d'Aix qui en était la tête, de se laisser g^agner, sans
s'en apercevoir, par l'esprit du siècle, d'accepter « un petit
vernis philosophique », et de ne désirer partout a que le con-
a cours de la puissance civile, ce talisman qui depuis cinquante
tt ans a causé tant de prestig^es, et tant de maux à la religion
« en France » . Tel Tévèque de Langres qui voulait «faire invo-
tt quer par les catholiques pour leur état civil auprès des muni-
tt cipalités le bénéfice de Tédit des non-catholiques » , ce dont
d'autres s'indignaient, car « par cette démarche ils consenti-
« raient à n'être que tolérés en France » ... où « la religion
u catholique est la religion de l'État depuis Clovis y^ , disait-on
avec fierté. Quand l'abbé Bonnaud publie une Réclamation pour
l'Église gallicane contre l'invasion des biens ecclésiastiques et
l'abolition de la dime, ce même comité s'agite, interdit la vente,
puis achète toute l'édition. Sans doute, lesévéques approuvent
l'ouvrage, mais ils en blàrnent le titre; ils disent qu' » il
u donnera une grande défaveur aux assignats et que cela sou-
« lèvera contre le clergé, puisqu'on n'osera plus acheter des
» biens ecclésiastiques » . « Est-ce bien là le langage que
tt doivent tenir des évéques? » s'écrie l'abbé de Salamon (1),
assez justement surpris d'une telle sollicitude envers les
« envahisseurs » des biens de l'Église (2).
Semblables divergences de vues entre hommes de caractère également respectable se rencontrent à toutes les époques ; elles ne contribuent d'ailleurs qu'à faire ressortir la hauteur d'un principe supérieur à ces contingences ; mais qui ne connaît, d'autre part, la délicatesse des situations et l'âpreté des controverses qui naissent de ces dissentiments? L'abbé de Salamon, lui aussi, en fit l'expérience, et si j'ai cru devoir présenter quelques traits inédits de ce tableau rétrospectif, c'est afin de permettre au lecteur d'apprécier combien son rôle dut être parfois malaisé.
(1) Correspondance, p. 456, 458, 469.
(2) Le cardinal de Zelada ne blâma pas moins la « conduite répréhcnsible * et la » pusillanimité » de ces prélats. — L*abbé de Salamon parvint enfin à obtenir leur consentement à la publication. (Le cardinal de Zelada à l'abbé de Salamon, 13 juin-25 juillet 1792. — Francia, 583.)
INTRODUCTION. xxxiii
Soucieux de ménager la puissance civile, les mêmes évéques demeuraient davantage encore les gardiens jaloux des libertés de I Église gallicane. Aussi les brefs du Pape provoquaient-ils souvent leurs réserves; ils en retardaient la publication, discutaient la traduction qui en était donnée, ou ne les acceptaient qu'avec des clauses restrictives, » toujours ombrageux - sur nos libertés, disait Tabbé Bonnaud (l], comme si dans ce B moment où TÉglise de France est dans Tabîme, il était « question d'aller pointiller sur nos libertés ! » L'abbé de Salamon, que déjà au Parlement de Paris on appelait le « petit s nltramontain» , ne dissimulait pas sa désapprobation de ^<ces •^temporisations, ces palliatifs, ces faiblesses qui ont tout « perdu ». Il en écrivait longuement au cardinal, qui lui transmettait en retour les félicitations du Pape sur la justesse et la fermeté de ses observations.
On trouvera dans la correspondance les détails fort peu connus de ces discussions intérieures, dont la plus grave eut pour objet la bulle d'excommunication des Intrus. Les deux systèmes que représentaient alors à Rome l'abbé Maury, partisan d'actes immédiats, et le cardinal de Bernis, préoccupé surtout des tempéraments à prendre, avaient à Paris des soutiens d'autant plus ardents qu'ils étaient dans le feu de l'action. Le comité des évéques croyait nécessaire de rompre le silence en prenant des mesures contre les prélats jureurs, mais estimait en même temps que, si les conjonctures où se trouvait rÉglise de France ne permettaient pas de les renvoyer devant le concile de la province, du moins leurs personnes ne devaient pas être jugées a sans quelques mesures conservatrices des a formes établies pour ces sortes de procédures par le droit « canonique du Royaume (â)» . Certaine gazette assurait même que le Pape se décidait à appeler de France à Rome douze évéques pour déposer canoniquement ceux de Sens, Orléans, Viviers et Autun, coupables de schisme. Pour qui connaît tant soit peu les traditions romaines, il est aisé de deviner l'accueil
(1) L'abbé Bounaud à Tabbé de Salamon. [Correspondance, p. 483.) (î) Ibid.^ p. 8J.