XXXIV INTRODUCTION
que devait rencontrer ce réveil de gallicanisme. Ce serait a roma pre en visière avec le Saint-Siège » , écrivit Zelada, « de « répandre. . . que le Pape a besoin de la coopération d'un corps « d^évéques nationaux pour déposer ceux qui sont malheureuft sèment devenus schismatiques » . Dans un langage ferme et prudent, sans heurter les a prétendues libertés » de TÉglise gallicane, mais sans laisser atteindre les prérogatives du Siège apostolique, le cardinal fit à Tabbé de Salamon une réponse dont on ne saura trop remarquer la mesure et Thabileté (1); le Saint-Père lui-même parlait par la bouche de son ministre, afin de rétablir au moyen d'une entremise discrète, et sans la violence d'un ordre, Tunité dans le corps épiscopal.
Aussitôt qu'il reçut ce précieux document, Tabbé Tétudia,
en retint « Télixir dans sa tête » et se rendit chez plusieurs
évéques, entre autres chez Tarchevéque d'Aix. Le prélat était
avec deux dames, et la visite paraissait intempestive; mais,
« comme des affaires d'une aussi grande importance passent
a avant les dames n , Salamon n'en tint pas compte. « 11 faut
a un peu de vivacité avec ces Français » , disait le sujet du
Pape ; (c il faut un peu les presser, et on obtient ce qu'on
M veut. » — 11 obtint en effet, à force d'insistance, que le
mémoire adressé par les évéques au Pape ne fit pas mention
de la clause gallicane qui inquiétait Rome.
Quant à son opinion personnelle dans la circonstance, le caractère ardent que nous lui connaissons la fait pressentir; elle était tout en faveur de l'excommunication frappant ceuxlà même qui s'étaient rétractés. Enfin, considérant que le peuple qui .( avait été égaré par des sensations physiques « devait être ramené de même, il ne craignait pas de proposer que, lors du retour de la paix, la dégradation épiscopale fût rétablie et pratiquée selon les règles de l'ancien pontifical romain.
Entre ces deux opinions extrêmes le Pape, suivant les traditions du Saint-Siège, prit une décision qui ne devait, il est vrai, pleinement satisfaire ni les uns ni les autres, mais était seule
(1) Correspondance, p. 91, 128.
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de nature à concilier le devoir de la justice avec lesdrMls de la miséricorde. Par le bref du 19 mars I79!2, il n'exconranmiait point immédiatement les constitutionnels, mais leur accordait deux délais, de soixante jours chacun, pour se rétracter. Cet avertissement était le dernier. Il importait donc qu'il fut introduit sûrement, et rapidement répandu en France. La chose toutefois présentait des difficultés, car les postes étaient étroitement surveillées, et r Assemblée nationale avait décrété la peine du carcan contre tous imprimeurs, colporteurs ou distributeurs des brefs de Rome. Ce fut encore Tabbé de Salamon qui parvint à déjouer ces menaces.
Le vendredi saint, 6 avril 17912, TAssembiée tint une séance de scandale : à rheure où, au château des Tuileries, la famille royale se prosternait devant le crucifix, sur la proposition d'un évéque intrus elle abolit les costumes des ordres religieux, dépouillant ainsi les moines au jour anniversaire de celui où le Christ avait été étendu nu sur la Croix. Ce jour-là même, pendant que les théâtres, sans respecter la solennité de la date, ouvraient leurs portes pour la première fois « depuis le commencement de la Monarchie » , comme une réponse du Ciel, arrivait à Paris le bref solennel qui suspendait sur la tête des coupables les foudres de Texcommunication. En vingtquatre heures deux impressions en furent faites, et bientôt vingt mille exemplaires en étaient répandus dans la capitale ( I ).
L'abbé de Salamon s'était hâté en effet, et — les plus graves affaires présentant parfois un côté plaisant — ce fut sous un déguisement bien inattendu qu'entrèrent à Paris les expéditions officielles du bref. Un gros paquet d'aspect ordinaire, semblant renfermer des marchandises, et adressé par M. Girard, de Lyon, à MM. les députés des Ardennes, chez le chevalier de Blignières (2), tel est le pli pontifical qui contient les
^1) Correspondance, p. 382. Quelques hiitorîens ont mis en doute que ce bref etôt reçu des rori(;îne une grande publicité ; les détails que nous donne l'abbé de Salamon ont donc une particulière importance.
1^2} L*abbé de Salamon recevait encore ses dépêches sous le couvert de Mme Leblanc, directrice de poste, de Mme Pasquier, la mère du chancelier^ et de M. Gautier, frère de cette dernière.