‹ Correspondance secrète de l'abbé de Salamon chargé des affaires du Saint-Siège pendant la révolution avec le cardinal de ZeladaChapitre 15 sur 41 · XXX VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX VIII INTRODUCTION

fièvre, était à ce moment-là même accoudé sur son oreiller pour prendre un verre de limonade.

— Que me voulez-vous? demande-t-il aux étrangers.

— Oh ! rassurez- vous, lui répond-on, nous ne voulons pas vous déranger; nous savons que vous êtes le ministre du Pape, donnez-nous votre correspondance.

— Eh bien, répliqua le malade, si vous savez que je suis le ministre dift Pape, vous devez savoir aussi que ma personne est sacrée, et cependbat vous venez violer mon domicile à main armée... Quant à ma correspondance, j'y attache si peu d'importance que je m'en sers pour chauffer mes chemises avant de les mettre, et vous pourres ett apercevoir des bribes trainant dans quelque méchante envefe|^e, sur le sol de mon cabinet... Au reste, cherchez vous-mêmes (I) » .

Et il reposa la tête sur son oreiller.

Mais la plaisanterie ne dérida pas les commissaires, et s'ils ne parvinrent pas à trouver la correspondance que Moie Blanchet avait eu la prudence de cacher sous les pigeonniers, ils s'emparèrent de la caisse contenant les archives de la noncia* ture, et l'emportèrent en triomphe. Arraché de son lit, M. de Salamon lui-même fut entraîné au comité de la section, puis au comité de surveillance de la Commune, par des gardes qui criaient : « Voilà le calotin ! voilà le ministre du Pape ! » enfin écroué au dépôt de la mairie. Là il prit aussitôt des mesures pour informer le cardinal secrétaire d'État de sa situation. A Rome, du reste, l'inquiétude n'avait pas tardé ù naître dès la nouvelle des événements du 10 août : Zelada indiquait pour sa correspondance une adresse détournée ; il ne signait plus ses lettres, bientôt il ne les écrivait qu'en italien. La dernière pièce de la série est une note anonyme, en date du 26 septembre (2), qui, répondant au message du captif, suspendait toutes les communications et se résumait ainsi : a Mettez tous vos soins à vous conserver, et pour vous- « même et pour nous. »

(1) Mémoires, p. 9 et siiiv.

(2) Correspontiance, p. 47 <V.

INTRODUCTION. xxxix

On coanait les aventures de Tabbé de Salamon dans sa prison et le bonheur avec lequel il parvint à en sortir. Le Saint-Père lui écrivit h cette occasion une lettre pleine de bontià cà A'affrt Ifam^ et h» mojmdm les paonmr» spinÉ«ftk les

plvs étendus pour tout le royaume et pour le Brabant (l). Dès lors, il entretint des rapports suivis avec les nonces de Bruxelles et de Lucerne, sans préjudice de la correspondance de Rome qui fut toujours Tobjet principal de ses soins. De nouvelles précautions s^imposaient. Aussi était-ce sous le couvert deFabbé François Evangilisti (2) qu'il écrivait au cardinal, et celui-ci répondait au citoyen « Blanchet » ou « Eysseri » , se servant ainsi tour à tour du nom de sa servante ou de sa mère. Le contenu des lettres devait, autant que leur enveloppe, dérouter les indiscrétions, car le correspondant du Pape s^adressait parfois à lui en style jacobin : a Per > Bacchoj s'écriait-il, vive la République ! Il y a eu un grand a combat, et ces scélérats d'Autrichiens ont fait mordre la a poussière à un grand nombre de nos braves patriotes; mais u nous allons bientôt prendre notre revanche sur ces vils i^ soldats de la tyrannie. » Et le cardinal, amusé sans doute du déguisement^ mais quelque peu effrayé de Taudace, répondait en recommandant la prudence : u Sa Sainteté craint toujours que son petit jacobin.,, ne vienne à tomber entre les mains des buveurs de sang. »

Peu s'en fallut que cette inquiétude ne se réalisât, car, impliqué dans le procès des membres du Parlement de Paris, Tancien conseiller-clerc fut condamné à mort par contumace avec quarante-neuf de ses confrères, qui, à la suite du président Bocbard de Baron et du président de Rosambo, portèrent leur tète sur l'écbafaud, lejour de Pâques 1794. M. de Salamon n échappa à pareil sort qu'en se cachant, et en errant pendant

f'I) Je rapporte, d'après les Mémoires, ce fait au sujet duquel je n'ai encore rien trouvé aux Archives du Vatican.

[Vj Le cardinal de Zelada à l'ahbé de Salamon, 29 août 1792. Le» Mémoirvs '^p. 217 j conHrinent le fait, mais avec une erreur sur le prénom d'Evnn{*ilisti. i*e personnage devait, peu après, jouer lui-même un r<i!<' «hin;* le» é\t'*ncmcnt8, car il accompagna Pieracchi à Paris, lors des néf;ocialion» «le 1796.

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