XVI INTRODUCTION
fait même transmettre aux Marais Pontins quand il s'y rend. Ces préludes étaient trop encourageants pour que la pensée ne vînt pas, lorsque la marche des événements fit présager une rupture, de donner à un aussi précieux concours une forme plus déterminée. En effet, à peine la révoltante scène du mannequin est-elle connue à Rome, que le cardinal secrétaire d'État écrit à Tabbé de Salamon la dépêche suivante, elle inaugure et détermine, pour ainsi parler, ses nouvelles fonctions :
<« Rome, 25 mai 1791.
«Je reçois. Monsieur, votre numéro 42. II est inutile de vous dire combien il a été agréé et plus encore de vous en remercier : ce serait répéter toujours la même chose... Vous voyez que nous sommes bien proches à n'avoir plus ici aucune personne avouée, et, par conséquent, dans ce cas vous nous allez devenir toujours plus utile et plus nécessaire. Le Pape est persuadé que vous ne manquerez pas dans une telle hypothèse de redoubler de zèle et d'activité pour nous tenir exactement au courant des affaires, et pour ne pas nous laisser ignorer (surtout avec précision et exactitude) ce qu'il peut nous être essentiel pour éclairer nos démarches en des tems si malheureux. C'est par ordre exprès du Saint-Père que je vous fais part de ses souhaits, et je suis intimement persuadé que cela vous suffira pour voir sa confiance pleinement justifiée.
« Eu attendant, Monsieur, agréez... (1). »>
Par le courrier suivant c'est le Pape lui-même qui adresse à (i son cher abbé » une longue lettre de six pages, u des plus émouvantes n , joignant aux éloges sur les services passés des instructions pour la conduite à tenir dans les circonstances du moment (2).
(1) Arch. Vat. Francia, 583.
(2) V. Mémoires, p. 4. J'ai in Utilement cherché le texte de cette lettre, confirmée, (lu reste, par certains passages de la correspondance du cardinal de Zelada. C'est alors sans doute que l'abbé de Salamon fut investi des pouvoirs auxquels le chanrolicr Pasquier fait allusion dans ses Mémoires : « La bénédiction nuptiale nous fut donnée par l'abbé de Salamon, cônsciller-clerc au parlement de Paris. Il était
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tt Je baisai avec respect la lettre du Grand Pontife » , écrit avec quelque solennité Tancien conseiller-clerc (1), » et me consacrai sans réserve à son service, bien résolu à souffrir la mort plutôt que de Tabandonner. » Enfin, quelques jours après, Quarantotti recevait (2), en même temps que son rappel de Paris, Tordre de déposer les archives de la nonciature qu'il n'emporterait pas chez Tabbé de Salamon, et celui-ci était prié de continuer Tenvoi de toutes les feuilles périodiques que le nonce avait coutume d'adresser à Rome, ainsi que « toutes ■ les brochures du jour les plus piquantes, les plus intéres* fi santés, et de toutes deux exemplaires (3) ^ , Tun pour le Pape, Tautre pour son secrétaire d'État. Un compte spécial lui était ouvert pour le couvrir de ces dépenses.
Grâce à ces dispositions, à peine les relations officielles se trouvaient-elles interrompues, que le Saint-Siège, dans sa prudence, y suppléait en quelque manière, et le départ de Tauditeur marque vraiment les débuts du chargé des affaires.
Ce titre, (4) qu'il m'a semblé devoir adopter, en précise du reste le caractère. Le terme d'internonce employé dans les Mémoires n'est sans doute qu'indicatif des fonctions, car la nonciature de Paris occupait dans la hiérarchie diplomatique un rang qui ne comportait pas d'internonce, et encore moins alors que Mgr Dugnani, absent, mais non rappelé de son poste, en demeurait officiellement titulaire. L'abbé de Salamon ne
originaire du Cointat d*Avi{>non et avait ro(;u ^ectètement de In cour de Rome les pouvoirs de la nonciature. Il nous donna ]e-< dispenser dont nous avions besoin, attendu le âeçiré de parenté qui nous unissait <iéjà. » Et un peu pltH loin : « Cet acte de dévouement (les démarches de l'ahlié de .Salamon pour sauver plusieurs de ses collègues recherchés par le comité de sûrctr {^rnérale} rtait d'autant plus méritoire que personne ne courait plus do dan^jcr» ipir Ini. attenilu les fonctions reli^euses qu'il remplissait secrètement depuis plusieurs mois... » y^femo^rt'^ du chancelier Pasquier, publiés par le duo D'ArniniiKT-pAsniiEn. Paiis, 1893, t. I, p. 90 et 92.)
{!) Mémoires y p. 6.
(2) Le cardinal de Zelada à Quarantotti, 13 juillet 1791; Quarantotti au cardinal de Zelada, i*' août 1791.
;3) Le cardinal de Zelada à Tabbé de Salamon, 17 et 24 août 1791. - -
(V) C'est celui-là même par lequel M. de Salamon désigne ses fonctions dans une lettre au cardinal Joseph Doria du 30 frimaire an VI >20 décembre 1797 \ On trouvera cette lettre au M S : Francia, 582. (Arch. Vat.)
XVIII INTRODCCTION.
pouvait /ion plus être « chargé d'affaires >> , car il n'appartenait pas à la carrière. Sa commission fut essentiellement secrète. La cour romaine estimait avec raison que le rôle de Tinforniateur serait d'autant plus libre qu'il serait moins avoué, et que les messages dont ce simple prêtre devait être chargé en de délicates occurrences, soit pour le Roi, soit pour les évéques, leur parviendraient ainsi sans offenser les règles, ni blesser les susceptibilités. Cette action mystérieuse était insolite sans doute, mais « tant mieux. . . si on l'ignore, ou l'on fait semblant u de l'ignorer en France >» , répondait (1) le cardinal à une observation de son correspondant. La discrétion que de justes ménagements avaient tout d'abord inspirée, était d'ailleurs impérieusement commandée par. la situation, et le représentant de celui que la populace venait de brûler en effigie au Palais-Royal devait s'envelopper d'ombre, sous peine de graves dangers.
Prenant à cœur dès le premier jour le succès de sa mission, M. de Salamon estima qu'il convenait d'abord de répondre à la note désobligeante du ministre sur le rappel de l'auditeur, et il rédigea « un petit article simple et naïf... qu'une personne très prudente se chargea de distribuer à d'autres, lesquelles l'envoyèrent à leurs journaux respectifs, de telle façon qu'il fût impossible d'en connaître la source... »
Mais ce qui importait surtout, c'était d'arriver jusqu'au Roi. M. de Salamon lui fit parvenir par l'entremise d'une des dames de la Reine, la princesse de Berghes, une note secrète pour l'instruire avec plus de détail des vexations exercées contre le Saint-Père à Rome (2); enfin il sollicita l'honneur d'être reçu de lui, car c'est à cette époque sans doute que doit se placer l'audience royale dont les ifemo très nous ont conservé le récit.
Le duc de Brissac, après avoir pris les ordres du Roi, l'introduisit dans son cabinet, où il était seul.
« — Je vous connaissais de nom, car vous êtes venu une
(1) Correspondance y p. 162, 170,
(î) Correspondance y p. 21, 37. (V la note secrète. Appendice, p. 479.)