INTRODUCTION. XIX
fois à Versailles, lui dit le Roi... Que puis- je donc faire pour le Pape ?
« — Sire, répondit-il, je n'ai présentement d'autres ordres de Sa Sainteté que de témoigner à Votre Majesté tout Tintérét qu^elle prend à sa situation, et de lui dire qu'elle conserve un tendre attachement pour sa personne sacrée, qu'elle compte encore, pour ce qui regarde la religion, sur sa puissante protection, et que, dans les circonstances actuelles, elle ne pouvait lui donner une plus grande preuve de sa confiance qu'en nommant un membre de son Parlement pour résider auprès d'elle... Et Votre Majesté peut être assurée que la fidélité que je dois au Pape comme son sujet n'altérera en rien celle que je lui dois à elle-même, et que j'ai jurée comme membre de son Parlement.
a Le Roi daigna me répondre, ajoute le narrateur, qu'il était recx>nnaissant au Pape de lui avoir donné cette preuve de confiance et de m'avoir choisi (!)->'
Cette démarche officieuse, en rapport avec le caractère de sa situation, mettait M. de Salamon en mesure de poursuivre avec fruit sa mission ; et c'est précisément à ce début que se rapporte la liasse des lettres aujourd'hui restituées à l'histoire.
La première est en date du 29 avril 1791, et les suivantes se succèdent de semaine en semaine. Chacune d'elles était accompagnée d'un important supplément de journaux, de brochures, parfois même de dessins et de caricatures de l'époque, en sorte que le courrier de l'abbé de Salamon emportait chaque fois à Rome un véritable journal politique. Les affaires spéciales de la nonciature y tenaient leur place, mais la poli- i
tique générale, qui absorbait alors l'attention de tous les esprits, remplissait le plus grand nombre des pages de cette
(1) Mémoires, p. 8, 9. Cette audience certainement antérieure aux lettres qu'on i
Ta lire, puiiqu'eUe n'y fifpire pas, ne semble cependant pas devoir être fixée à répoqne où la chambre des vacations siégeait encore (fin de 1790j, comme le texte poarrait l'indiquer, car le nonce officiel du Pape était alors à Paris; maïs M. de Salamon se considérait toujours sans doute comme faisant partie virtuellement du Parlement. De là le titre qu'il prend en parlant au Roi. D'ailleurs, si sa bonne foi
ne saurait être mise en doute, ses souvenirs le trahissent quelquefois, quant aux |
détails, dans les Mémoires écrits vingt ans après les événements.