‹ Correspondance secrète de l'abbé de Salamon chargé des affaires du Saint-Siège pendant la révolution avec le cardinal de ZeladaChapitre 9 sur 41 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

rhistoire présentent un intérêt plus profond et plus amer que cette session de onze mois, pendant laquelle une poignée de factieux monte à Tassant d'une monarchie vieille de quatorze siècles et la culbute dans le sang. « Je ne connais point d'asn pect plus désespérant que Tintervalle du départ de FAsn semblée nationale à la journée du 10 août consommée par u celle du 2 septembre » , a écrit un historien (1).

Tel est le drame dont les dépêches de M. de Salamon déroulaient les diverses phases sous les yeux de ses augustes correspondants. L'abbé avait soin de joindre a chacun de ses courriers les pamphlets, gravures, voire même les caricatures du moment, de raconter les anecdotes « pour faire un peu rire a Sa Sainteté " , de répéter les mots même un peu gaillards, le tout avec cette vivacité et cet enjouement que lui avait départis une nature heureuse. Aussi ses missives n'avaient-elles pas tardé à être hautement appréciées. Le Pape ne pouvait se lasser défaire son éloge, ni le cardinal de « renchérir» {2], a Un Maury à la tribune et un homme tel que vous dans la « ville '^ , c'est notre plus grande ressource, lui écrivait-on (3). Parfois même le ton s'élevait encore davantage, et le cardinal débutait ainsi : « 11 faut convenir que vous êtes. Monsieur, un « admirable correspondant : variété, multiplicité, authentiu cité des détails, réflexions judicieuses, conséquentes, justes, « tout vous mérite la satisfaction la plus accomplie, et les « éloges les plus marqués du Saint-Père. Vous en serez convaincu u par la réponse que le Pape fera lui-même et probablement « aujourd'hui à la lettre que vous lui avez écrite (4). » La gravité des événements donnait chaque jour plus de prix à ces

(1) Lacretelle, Dix an^ tC épreuves.

(2) Le cardinal de Zelada à l'abbé de Salamon, 17 août 1791.

(3) Correspondance^ p. 42.

(4) Le cardinal de Zelada à l'abbé de Salamon, 3 août 1791.

INTRODUCTION. xxvii

messages: «Je ne les lis pas, mais je les dévore » , s'écriait enfin Zelada.

l<e lecteur contemporain trouvera aussi, j*en ai la confiance, quelque curiosité à les parcourir. Si, en effet, Ton a pu dire que toute correspondance vraie et sincère offre par rechange même des idées un réel intérêt, combien plus ce jugement doit-il se vérifier dans la circonstance présente ! Il nous est donné ici de voir Thistoire, pour ainsi dire, se former sous nos yeux, et d'en suivre le développement, non dans un tableau d'ensemble, ni dans des éphémérides rédigées après coup, mais bien dans des feuillets écrits et envoyés sur Theure. L^ncertitude de l'avenir laisse plus d'imprévu au récit, tandis que la connaissance des suites éclaire d'un nouveau jour les causes qui les ont provoquées. Les erreurs elles-mêmes, assez nombreuses, les illusions, espérances chimériques, ou découragements outrés, tout contribue à présenter l'image de la vie et de ses fluctuations. Joignez à cette mobilité d'impressions la variété des milieux où elles sont puisées. M. de Salamon pénètre au Château, auprès du Roi et de Madame Elisabeth, et de là se rend chez Barnave — « Moi chez Barnave ! » s'écrie- t-il tout surpris. 11 est assidu à l'Assemblée ainsi qu'aux Jacobins, visite les chefs des groupes, descend dans la rue et se promène aux entours des cafés. Tantôt, pour voir la fête donnée aux galériens du régiment de Ghàteauvieux, il s'aFfuble d'une mauvaise redingote bleue et roule ses cheveux sous un grand chapeau ; tantôt, a passant le soir en habit de campagne

& sous les arcades du Palais-Royal » , et apercevant le prince de Hesse qui cause avec Chapelier, il se glisse derrière lui, enfonce son chapeau et le suit, » puisqu'il est reçu à présent

« de prêter l'oreille à ce que les gens disent en groupe (1) » . Aussitôt rentré, il note les faits et les impressions recueillies, n^achève quelquefois ses lettres qu'à deux heures après minuit, d'interrompant pour écouter la générale qui bat et Témeute qui gronde. D'autres fois, c'est dans l'hôtel même où il

(1) Correspondance, p. 219.

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