‹ Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de Broglie (volume 3)Chapitre 10 sur 253 · I. IL · texte numérisé non relu

I. IL

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mère, cl de raliéner enlièremeiit de la France. AI. de Sclieffer n'a pas pu ou n'a pas voulu me dire si celle vue fait du projjrès, et jusques à quel point rKinpcreur s'en montre susceptible. Mais il ne m'a pas dissimulé que l'aniraosilé du Hoi de Prusse contre la France est au plus haut point, que non-seulement il ne prend aucune peine de la cacher, mais qu'il l'exhale à tous propos, et que nous ("crions très-bien d'y veiller, et surtout à Vienne, où il seroit à désirer que nous eussions un ambassadeur plus à portée que ne peut l'être un ministre du second ordre d'éclairer et d'approfondir la façon de penser et la conduite de l'Empereur. Il est assez adroit au Roi de Prusse de vouloir tourner l'ambition de l'Empereur contre la France, mais il me paroît bien improbable que ce prince puisse s'égarer au point de méconnoître dans le Roi de Prusse lui-même le véritable ennemi de sa maison et de sa grandeur '. »

Le duc d'Aiguillon, qui n'avait aucune vue politique sérieuse, et qui, poussé au pouvoir par une intrigue, ne s'y maintenait que par une complaisance servile envers la favorite, appartenait, par des traditions de famille, au parti anti-autrichien. 11 avait des tendances vers l'alliance prussienne et montrait peu de confiance envers le Cabinet de Vienne. Il n'avait pas même nommé d'ambassadeur auprès de cette Cour, bien que l'Autriche eût pour représentant à Paris un de ses diplomates les plus habiles, le comte de Mercy-.Argenteau. M. de Kaunitz, qui interceptait la correspondance secrète et en avait des copies, voulut, pour savoir à quoi s'en tenir, s'adresser directement à celui qui jouait auprès de Louis XV le rôle de confident ; en

* Mémoires de V Académie de Lyon, 1837 , p. 36. — Mémoire de M. de Montherot sur la révolution de Suède en 1772 : Dépêche n" 7 , sans date , vrrs In mois de juin 1771, époque de l'avènement de M. d'Aiguillon au

ministère.

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conséquence, M. de Mcrcy rccnl l'ordre de s'aboucher avec M. de lîroglie. Ayant un jour rencontre le comte à Versailles dans le salon de M. de IVoailles, il lui parla comme par hasard des affaires du moment.

L'Kurope entière avait les regards fixés sur Constantinople : on était effrayé de l'extension probable de la Russie sur la mer Noire , et l'on était ému de la possibilité de voir Byzance devenir la capitale d'un nouvel empire grec qui compromettrait ré([uilibre du monde. L'Autriche avait le plus grand intérêt à ne pas laisser trop s'agrandir sa terrible voisine : c'était et c'est encore pour elle une question de vie ou de mort d'empêcher la Russie de s'emparer des Principautés danubiennes. Elle tenait donc à rétablir le plus promptement possible la paix entre la Czarine et le Sultan; la prolongation de la guerre ne pouvait qu'être funeste aux Turcs. Nous avons vu que Frédéric avait interposé ses bons offices et avait décidé l'Autriche à se joindre à lui. Son plan était d'amener la Russie à accorder à la Turquie de bonnes conditions moyennant un dédommagement en Pologne. Par ce moyen, les inquiétudes de l'Autriche étaient apaisées, la Prusse prenait sa part de la Pologne et empêchait la Russie de s'établir sur la mer Noire.

Mais l'Autriche n'était pas encore convertie à ce beau plan : elle tenta un rapprochement avec Versailles.

M. de Thugut, internonce autrichien, reçut ordre, pour plaire à la France, d'écarter les bons offices de l'Angleterre à Constantinople. M. de Mercy vanta beaucoup à , M. de Broglie cette marque de déférence et de sympathie, que des dépêches secrètes vinrent confirmer, mais il ajouta cette phrase significative, « que cela ne pouvoit aller tant que Von ne s'entendroit pas davantage. ' (25 juin 1770.)

IGV ETIDE SLR LOIIS XV.

Quelques jours après celte entrevue, M. de Mercy vin! rendre visite au comte de Broglie et reprit la conversation de Versailles ; il lui raconta que sa Cour l'avait chargé d'insister aupiès du gouvernement français pour l'envoi prochain d'un ambassadeur à Vienne : s'il n'obtenait pas satisfaction sur ce point, il devait se retirer à Spa ou dans le duché de Luxembourg. M. de lîroglie remercia M. de Mercy de la confiance qu'il lui marquait : « Sur les affaires, ajoute-t-il, je ne lui ai répondu que des lieux communs, et, en continuant de le remercier, j'ai aussi continué de l'assurer que je n'étois pas dans le cas de traiter avec lui aucune affaire de ce genre; à quoy il a réplique que cela ne l'empêcheroit pas de continuer à me les confier. ^'

M. de Mercy se le tint pour dit, et ayant trouvé dans M. de Broglie une discrétion à toute épreuve, se ligua contre lui avec M. d'Aiguillon. Dans son second entretien avec le conile, il avait prétendu que M. de Kaunitz « n'avoit pas caché à AI. Orlow la résolution de Leurs Majestés Impériales de ne pas permettre l'affaiblissement de l'empire ottoman ni aucun changement sensible dans les possessions des puissances du\ord. » Cette prétendue résolution de Leurs Majestés Impériales, au sujet de laquelle M. de Kaunitz n'avait pas été aussi explicite avec M. Durand, était subordonnée à une suite d'éventualités qui en diminuaient singulièrement la valeur.

Tout conspirait à la ruine de la Pologne. Du Mouriez fut battu '. Les confédérés ne purent résister à une armée

> «A Vienne, 12 juin 1771. L'échec qu'ont essuyé les confédérés csf beaucoup moindre qu'on ne l'a d'abord cru. Plusieurs officiers présents à cette affaire ne font monter la perte qu'à deux cents hommes. L'ennemi... a fondu sur la division (de cavalerie) qui a été battue, ou pour mieuxdire qui a Idché pied, abandonnant une poignée d'infanterie.... (Dépêche de M. Durand ; Vienne, 12 juin 1771.)

COKRKSPOXDAXCE SKCRKTE. 10,-)

aussi bien organisée que l'armée russe; la perle en lioniincs ne fut pas considérable, mais l'effet moral fut désastreux. Il fut acquis que l'on ne pouvait résister à main armée, surtout avec des corps indisciplinés.

Ce fut dans ces circonstances que M. deBroglie adressa à Louis XV une lettre remarquable, où l'intérêt de la France à préserver la Pologne était exposé dans toute sa force, en même temps qu'il éclairait le Roi sur les dangers prochains qui menaçaient ce pays infortuné. Après avoir raconté l'échec de du Mouriez à Landscron, il ajoutait: « Cet échec arrive bien mal à propos dans le début du ministère de M. le duc d'Aiguillon, qui m'en a paru un peu effarouché, et j'ai bien peur qu'il n'en résulte l'abandon total de ces malheureux Polonais. J'ose cependant supplier Votre Majesté de considérer les efforts qu'ils ont faits depuis trois ans sans être secourus de personne, et le bon usage qu'ils avoient fait du peu de secours qu'ils ont reçus. Le sieur du Mourier cherche à rejeter son imprudence sur leur lâcheté, même, dit-il, sur la trahison de quelques-uns des chefs; quelqu'un qui connoitroit mieux et les hommes et les affaires se seroit attendu à trouver de tout cela dans une multitude rassemblée au hasard, et, en conséquence , il ne se seroit pas commis vis-à-vis une milice nationale et enrégimentée. Le remède à tout cela ne seroit peut-être pas si difficile , si la cour de Vienne déslrolt le bien de cette malheureuse nation; mais Je soupçonne qu'elle l'aime mieux déhellée que victorieuse ; elle sera plus dans le cas de subir la loi qu'on voudra lui faire, et c'est là l'attitude oii ses ambitieux voisins la désirent. C'est dans Votre Majesté, Sire, qu'est leur unique ressource. Le nouveau ministère ne sauroit connaître encore combien le sort de cette république est politiquement intéressant pour la France, et le nouvel ambassadeur qu'on

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