‹ Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de Broglie (volume 3)Chapitre 9 sur 253 · KTlDi; SI K LOnS \V · texte numérisé non relu

KTlDi; SI K LOnS \V

rt on envoya quelques officiers franeais aux confédérés. Parmi ces officiers figure un lionime (jui a joué un ,'jn;uul rôle clans la Ilévolulion française, fin Mouriez, alors simple capitaine', du Mouriez, jeune et plein d'ardeur , ne tarda pas à gaf^ner la confiance des Polonais. La résistance s'organisait à merveille, et l'Autriche étonnée y donnait les mains ; M. Durand s'applaudissait de cet heureux résultat :

" Tous les poinls dont je vais rendre compte sont déjà convenus avec la généralité et avec la plupart des chefs de troupes qui agissent en Pologne. La facilité que M. du Mouriez a trouvée à la faire adopter ne peut être attribuée qu'à la reconnoissance de la nation pour les secours généreux de Sa Majesté, et nous nous servirons du même ressort pour maintenir avec la fermeté nécessaire l'exécution des choses convenues. — Le subside sera uniquement employé en munitions, solde d'officiers étrangers ou nationaux, et formation d'une troupe étrangère, composée principalement de Français, qui doit servir de modèle au plan de formation des compagnies à pied et à cheval

Report. . . .560,(100 liv.

1772. X° 28. Secours aux Confédérés de Pologne.

(Quartier de janvier.).

K° lOC).

Idem .

(Quartier d'avril. . . .

Idem .

(.luillet, août*.). . . .

Total. . . 1,040,000 liv.

• Extraits du Litre rottt/e :

1770. X" 95. M. du Mourier, 0,000 liv.

1771. X" 122 !VI. le baron de Vioiiienil, 52,000 liv.

— X" 185. Alisi^ion de AI. de Viomenil, 12,000 liv.

1772. X" 190. Entretien d'olûcicrs irançais en Pologne, 12,000 liv.

— X" 298. Dépense concernant la mission de M. de Viomenil en Po-

logne, 42,201 liv.

Il n'est pas fait mcnlion dos sulisides dis nuis de mai et juin.

CORRKSPONDAXCE SECRMTK. l.'T

Celle troupe esl ahsolumcnl nécessaire, [)arce qu'il ne seroit pas possible sans cet appui de faire obéir les chefs, de leur donner de rensenil)le et surtout de tirer du pouvoir arbitraire des |)articuliers les trouj)es (jue chacun d'eux s'est appropriées personnellement, quoiqu'elles appartiennent aux différents palatinats qui les ont fournies ))ai* contiufjcnt '. v

On était parvenu à former une armée.

« M. du Mouriez est entré le 7 en Pologne Les

troupes sont belles, bien entretenues. Il ne leur manque (jve de la discipline, et elle ne tardera pas à se rétablir. Ces troupes montent actuellement à dix mille honmies. Elles se joindront dans le mois de mai sur trois points. Nous occupons, ajoute M. du Mouriez, la campagne depuis Bochnia jusqu'à la Silésie, ce qui fait environ vingt-cinq à trente lieues d'un pays qui est au reste tellement ruiné , qu'il n'y a pas de quoi vivre. « (Dépêche de M. Durand. Vienne, le 2i) avril 1771.)

Notez cette phrase : Il ne leur manque que la discipline ; c'est-à-dire que tout manquait à cette armée, ou plutôt que ce n'était pas une armée. L'événement ne tarda pas à le prouver.

On voit que la France n'abandonnait pas entièrement la Pologne; mais les événements vinrent entraver le peu de bonne volonté que l'on avait pour elle à Versailles. M. de Choiseul ayant été renvoyé du ministère, ainsi que nous l'avons dit, la direction des alfaires étrangères fut, après un intérim de quelques mois, remise à M. d'Aiguillon, qui s'attacha , par haine pour M. de Choiseul, à prendre le contre-pied de son prédécesseur.

Pendant que cette révolution s'opérait en France, l'orage se formait contre la Pologne. Le prince Henri de

' I)('j)L'clie de M. Durand, en date de Vienne, 2 mars 1771.

158 KTIUE SIR LOUIS \V.

Prusse, frère du Roi, s'élanl rendu à Sainl-Pélersbourj], s'cHorra de persuadera Callicrine de conclure la paix avec la Turquie, en lui monlrant l'Autriche prêle à soutenir la Porte par les armes. Sur ces entrefaites, l'Impératrice Marie-Thérèse iit occu])er militairement le comté de Zips et quatre slarostiesdu palalinat de Cracovie. Il serait assez difficile de connaître au juste le motif réel de cette démarche : le cabinet de Vienne invoquait une donation j^/Ve en 1238 par Boleslas le Chaste au roi Bêla IV ; il mettait en avant aussi des réclamations pécuniaires.

Ce qui se passa ensuite, Frédéric II va nous le dire, revendiquant avec franchise, et non sans quelque satisfaction, l'idée du partage de la Pologne. Il s'exprime ainsi ' :

« L'Impératrice de Russie, irritée de ce que d'autres troupes que les siennes osaient faire la loi en Pologne, dit au prince Henri que si la Cour de Vienne voulait démembrer la Pologne, les autres voisins de ce royaume étaient en droit d'en faire autant. « Cette ouverture se fit à propos; car après avoir tout examiné, c'était l'unique voie qui restât d'éviter de nouveaux troubles et de contenter tout le monde. La Russie pouvait s'indemniser de ce que lui avait coûté la guerre avec les Turcs , et au lieu de la Valachie et de la Moldavie qu'elle ne pouvait posséder qu'après avoir remporté autant de victoires sur les Autrichiens que sur les musulmans, elle n'avait qu'à choisir une province de la Pologne à sa bienséance , sans avoir de nouveaux risques à courir. On pouvait assigner à rimpératrice-Reine une ])rovince limitrophe de la Hongrie, et au Roi ce morceau de la Prusse polonaise qui sépare les États de la Prusse royale; et par ce nivellement politique, la balance des pouvoirs entre les trois puissances demeurait à peu près la même. ?)

^ Mémoires , de 1764 à 1775, édition de Berlin, t. V.

Voilà l(î j)laii tel qu'il fut couçu par le Koi de Piusse : il le fit proj)oscr à la Czarine par M. de Solnis. M. de Pauin, premier ministre , l'accueillit avec froideur, mais Catherine II l'adopla avec enthousiasme. Frédéric II fut chargé de sonder l'Autriche. Laissons-lui la parole.

« Celte ouverture, toute cordiale qu'elle étoil, ne fut point accueillie par la cour de Vienne comme on s'en étoit flatté. Le prince Kaunitz répondit sèchement que si sa Cour avait fait occuper quelques parcelles de la Pologne sur les confins de la Hongrie, ce n'étoit pas à dessein de les garder, mais uniquement pour obtenir justice sur quelques sommes que la maison d'Autriche réclamoit de la République, et qu'il n'avoit pas imaginé qu'un objet d'aussi peu de valeur put faire naître l'idée d'un plan de partage dont l'exécution seroit hérissée de difficultés insurmontables, à cause qu'il étoit autant qu'impossible d'établir une égalité parfaite entre les différentes portions des trois puissances; qu'enfin un tel projet ne pouvant servir qu'à rendre la situation de l'Europe plus critique encore qu'elle n'étoit, il déconseilloit Sa Majesté Prussienne d'entrer dans de pareilles mesures, v

Frédéric ne se tint pas pour battu. Il résolut d'imposer, en se liant intimement à la Russie, le partage de la Pologne à l'Autriche.

<■<■ Pouvant prévoir que la cour de Vienne changeroit de sentiment sitôt que la Prusse et la Russie seroient bien d'accord, parce que les Autrichiens préféreraient d'avoir part à ce partage à tenter les hasards de la guerre contre aussi forte partie. •>•>

L'aveu est assez explicite. Le Roi de Prusse s'adressa donc à la Russie; on fut longtemps avant de s'entendre, car la Czarine voulait tout prendre; enfin, le 17 janvier 1777, un accord secret fut signé à Saint-Pétersbourg :

ICI) lOTl I)K Si; H LOLIS W.

on convint d'invilcr l'Inij)cralrice-Reinc à consentir nu paiia;}e.

Revenons un peu sur nos p.as, et citons quelques documents ([ui confirnieinnl cl compléteront le récit du Roi de Prusse '. Les premières propositions de Frédéric I! au cabinet de Vienne n'avaient pu échapper à l'œil de la diplomatie, bien que leur objet ne put être exactement connu.

Notre ambassadeur à Berlin recevait des confidences qui devaient donner à rélléchir et en faisait part au n)inislère français : « Le ministre de Suède, avec lequel je suis très-lié , m'a parlé avec l'air d'assurance qui suppose qu'on est bien instruit, et voici sa réponse au sujet du j)rince Lobkovilz ", dont je j)rétendois la négociation incertaine pour le succès : « Tout est déjà fini; le Roi de V Prusse a tout arrangé, et la paix sera signée avant 5) quatre mois. La Pologne sera la victime de tout : c'est 11 vous dire assez, v (Dépêche du 2 avril 1771.)

Quelques jours après, le môme diplomate donnai! des renseignements plus précis sur la participation de la cour de Vienne aux projets qui se formaient dans l'ombre contre la Pologne.

(Berlin, 21) avril 1771.) «M. de Scheffer, ambassadeur de Suède, paroit dans la plus grande inquiétude sur la position actuelle des cours de Vienne et de Berlin. 11 m'a demandé avec un très-vif intérêt sij'avois les yeux ouverts sur leurs mouvements secrets, et m'a chargé particulièrement, Monseigneur, de vous marquer que le moment devenoil très-sérieux. Il n'a j)as pu s'explicjucr

1 Ces (locumcnls ont i-té tirés des dépôts des affaires étrangères par Padhières pour la composition de son Histoire de l'aniirchie de Pologne. Uaunoii et M. Ostrouski n'en ont pas assez tiré parti.

- Ce prince élait ambassadeur d'.^ulriche à Saint-Pélersboiir{[.

CORRESPOXDAMCK SKCHKTi:. Ifil

entièrement à cet égard : ce n'est qu'à la volée que j'ai trouvé le moyen d'obtenir un instant de conversation de confiance, et c'étoit dans un moment où nous étions trop observes; mais par ce que ce sénateur m'a dit, il m'a parn persuadé des arrangements sccrels pris entre la Cour de Vienne et Berlin relativement à la Pologne, au détriment de cette dernière. Peut-être cette conviction n'est-elle que la suite de la façon de penser de M. le baron de Zdge : j'ai eu l'honneur de vous en rendre compte, Monseigneur, dans ma dépêche n" 15, et il est certain que les propos de M. de Scheffer et celui du ministre suédois se rapportent parfaitement '. »

En même temps, M. de l/ergennes, notre ambassadeur en Suède, affilié à la correspondance secrète, recevait du Roi Gustave et de AI. de Scheffer, sénateur, des renseignements du plus haut intérêt sur les rapports des Cours de Vienne et de Berlin et en faisait part à Louis XV.

« Le Roi de Suède m'ayant fait l'honneur de me dire, dans une promenade, qu'il avoit écrit au Roi depuis son retour, et que, faute de chiffre, il n'avoit pu lui faire part d'une remarque intéressante qu'il avoit faite à Berlin, mais que nous étions trop observés pour qu'il pût m'en parler lui-même , et que si je voulois m'adresser au baron de Scheffer il m'en instruiroit avec détail ; j'ai saisi l'occasion de rencontrer celui-ci , qui est rarement en ville, pour tirer des notions si intéressantes. Suivant ce qu'il m'a confie, il y a une correspondance très-amicale et très-suivie entre le Roi de Prusse et l'Empereur. Un certain abbé Bartiani, chanoine de Breslau , qui est souvent à Potsdam, en est le centre, et l'on ne doute pas que l'objet ne soit de dégoûter l'Empereur et l'Impératrice, sa

' Voyez plus bas dépèche de septembre 1771 et lettre de AI. de Broglie du 16 février 1775, article Suède.

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