‹ Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de BroglieChapitre 20 sur 58 · CCCLXVIII. — LE COMTE DE BROGLIE AU ROI ET RÉPONSE DE LOUIS X · texte numérisé non relu

CCCLXVIII. — LE COMTE DE BROGLIE AU ROI ET RÉPONSE DE LOUIS X

[Autofjr. Arcli. de l'Emp. K. 15".]

A Compiègne, 29 juillet 1773.

Sire ,

Il y a un peu plus de trois semaines que M. des Caris " me menant à Versailles, me dit en confidence qu'il estoit fort inquiet d'un ouvrage scandaleux plein des plus atroces calomnies qu'on estoit prest de publier en Angleterre, qu'il cherchoit quel moyen on pourroit employer pour en prévenir l'impression, et que, comme il avoit vu le sieur d'Éon, mon aide de camp à l'armée, il avoit imaginé que je pouvois avoir du crédit sur son esprit et estre par là à portée de le charger de cette commission ; il m'adjouta que, connoissant mon inviolable attachement pour Votre Majesté , il avoit pensé que je serois bien aise de contribuer à prévenir la publicité d'escrits infâmes, et qui, plus ils sont calomnieux, plus ils sont accueillis avec avidité par le public.

Je répondis. Sire, au marquis des Carts que j'avois autrefois beaucoup de crédit sur d'Eon, que je recevois

1 Tliovcncau deMorandc élait un Français réfugié on Angleterre, où, sous le titre de Gaze/ier cu/rnxsé, il publiait un recueil d'anecdotes scandaleuses sur des personnes vivantes. Il se faisait acheter son silence. Il avait préparc une vie de madame duBarry dont le rachat forme l'objet de la lettre suivante du comte de Droglie, et amena une longue négociation ii laquelle prit part, au nom du Roi, Beaumarchais. Voyez l'Etude préliminaire, t. I, p. ISG, Thevcneau rentra en France lors de la Révolution, exerça (piehpic temps sous le Directoire les fonctions de juge de paix, et mourut en 180 î à Arnay-lc- Duc, son pays natal.

2 II s'agit ici du marquis des Cars, premier maître d'hôtel du Roi, charge qui était entrée dans sa Himillc par suite d'une alliance avec les Paris.

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quelquefois de ses nouvelles, que je le croyois en effet très-propre à se bien acquitter de la commission dont il s'agissoit, mais qu'il falloit commencer par scavoir s'il y avoit bien lieu à s'en occuper, et que j'ailois luy escrire par une voie seure pour tascher d'y parvenir. Vostre Majesté trouvera cy-jointe sous le numéro 1 la lettre que j'escrivis le 6 dé ce mois au sieur d'Eon à ce sujet, sous le numéro 2 la première response introductive qu'il y a faite, et sous le numéro 3 le déchiffrement de la seconde response. J'ay reçu cette dernière pièce il y a peu de jours, et sur-le-cliamps j'ay dit à M. des Carts que je croyois pouvoir répondre par le moyen de d'Eon du succès du projet qu'il m'avoit communiqué, et qu'ainsy il ne s'agissoit plus que de scavoir l'espèce de récompense du sacrifice qu'on exigeroit du chevalier Morants, et si madame la comtesse du Barry avoit véritablement envie de l'en occuper.

M. des Carts a eu à ce sujet ce matin une conversation avec cette dame, dans laquelle, sans luy nommer ny moy ny le sieur d'Eon, il luy a dit qu'il estoit estonné de la voir si tranquille sur un objet qui devoit autant l'intéresser : que, quelque fabuleux que pust estre le roman scandaleux de l'impression duquel on estoit menacé, il luy paroissoit de la dernière importance de la prévenir; qu'outre les calomnies contre elle et toute la famille du Barry, il y en pouvoit avoir contre la personne sacrée de Vostre Majesté, et que cela rendoit cette affaire d'autant plus digne de son attention. Madame du Barry a paru particulièrement très-sensible à ce dernier objet; mais il a paru à M. des Carts qu'elle pouvoit faire traiter celte négociation par un autre canal, et qu'apparament on la tranquillisoit. Il luy en a témoigné son étonnement; elle a répondu qu'en effet il iaudroit s'en occuper, mais la matière n'a pas été traitée plus à fond.

Dans cet estât de choses, j'ay cru, Sire, devoir avoir l'honneur de rendre compte à l'ostre Majesté de tout ce qui est venu à ma connoissance ; c'est à elle à juger de l'importance de l'objet et à me donner ses ordres. Je ne scay si l'impression vive que j'en ressent» est dictée par la crainte que j'ai de voir répandre un escrit, à la vérité digne du plus grand mépris, mais qui intéresse des personnes honorées de sa bienveillance, et auxquelles, par ce motif, je me trouverois heureux de rendre un service de ce genre; mais il me paroît que rien ne seroit plus pressé que de s'asseurer de cet escrit et qu'il n'en resteroit aucune trace. Oh ! quel scandale ne seroit-ce pas que d'y voir Vostre Majesté elle-même compromise ! Malgré cette opinion, je n'ay pas voulu paroîtrc en rien, vis-à-vis de madame du Barry, dans cette affaire; je ne cherche pas à me faire valoir auprès d'elle, et je serois trop content de pouvoir la servir, mais à son inscu. Si Vostre Majesté pense qu'il convienne de suivre cette affaire par le moyen de d'Eon , j'auray l'honneur de lui proposer la marche que je pense qu'il convient d'y donner pour en assurer le succès. Si, au contraire, elle croit qu'il n'y faille pas songer, je lui escrirai de l'abandonner, et j'aurai celui de mettre sous ses yeux le projet de responsc pour qu'elle daigne l'approuver.

Je suis, etc. Le comte de Broglie.

A Compiègne, ce 29 juillet 1773.

P. S. Je supplie Vostre Majesté de me renvoyer cette lettre et toutes les pièces relatives à celte affaire.

Louis XV écrivit sur la première pafje de cette lettre ce qui suit :

Ce n'est pas la première fois qu'on a dit du mal de nioy dans ce genre ; ils sont les maîtres : je ne me cache

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pas. L'on ne peut sûrement que répéter ce que l'on a dit de la famille du Barry ; c'est à eux à voir ce qu'ils veulent faire, et je lesseconderes. Je vous renvoie tous vos papiers

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