‹ Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de BroglieChapitre 30 sur 58 · CCCLXXXIX. — MÉMOIRE DU COMTE DE BROGLIE A LOUIS XVI · texte numérisé non relu

CCCLXXXIX. — MÉMOIRE DU COMTE DE BROGLIE A LOUIS XVI

[Orig. Arch. de l'Emp. K. 159.1

OBSERVATID.VS QLK LK COAITE Dp liROGLIE PREND LA LIBERTÉ DE METTRE SOUS LES VEUX DU ROI, KM REPOXSE A LA LETTRE DOX'T IL l'a HONORÉ, EN DATE DU <i JUIN 1774.

!'<. juin 1774.

La correspondance secrète que le feu Roi a entretenue jusqu'à sa mort, ses deux billets étant l'un du 24, et l'autre du 26 avril , a toujours été présentée par les ministres et les maîtresses qui cherchoient à l'embarrasser et à la détruire, comme une intrigue sourde que le feu Roi permettoil plutôt qu'il ne l'ordonnoit, employant ce moyen pour rendre odieux ceux qu'on soupçonnoit de la diriger. C'est ainsi que madame de Pompadour en a usé tout le temps que M. le prince de Conti a été chargé de la suivre. La résistance que le Roi a opposée à la curiosité de cette favorite n'a servi qu'à l'aigrir : elle a cherché à traverser ce prince dans toutes les circonstances, et en multipliant les contrariétés et les dégoûts, elle l'a déterminé à prendre le parti non -seulement d'abandonner ce travail, mais même de se retirer presque entièrement de la cour, où il

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n'a paru depuis que très-rarement et dans des occasions indispensables.

Si l'établissement de la correspondance secrète avoit été uniquement l'ouvrage des instigations et des conseils de M. le prince de Couli, il est apparent qu'à l'époque de sa retraite le feu Roi y auroit mis fin et se seroit débarrassé de toutes les tracasseries intérieures qu'occasionnoit ce travail, d'autant plus assujettissant qu'il voulut s'en réserver le soin. Il est donc à croire que Sa Majesté y étoit attachée, et l'avoit supposé utile au bien de son service.

En effet, le feu Roi ordonna que tous les chiffres e! autres papiers relatifs à celle affaire fussent remis au sieur Tercier, alors premier commis des affaires étrangères, qui avoit eu précédemment l'ordre de Sa Majesté de communiquer à M. le prince de Conli tout ce qui arrivoit par la voie directe aux ministres, et de faire passer par les courriers de ces mêmes ministres les réponses de la correspondance secrète, quand elles exigeoient de la célérité.

Le sieur Tercier se trouva seul alors à la tête de ce travail ; il le suivit pendant quelques mois avec des ambassadeurs et ministres en assez grand nombre , qui avoienl l'honneur d'y être admis.

Le comte de Broglie étoit dans ce cas. 11 a déjà eu l'honneur d'observer au Roi qu'il n'y étoit entré qu'avec une peine infinie , et que sa résistance ne fut vaincue qa'au second ordre que AL le prince de Contilui remit de la part du feu Roi'. Ges deux ordres existent, ainsi que M. le prince de Conti, et prouvent invinciblement que le comte de Broglie n'a point recherché d'être chargé de ceHe correspondance. Il sentoit que son attachement inébranlable pour sou maitre le rendroit tôt ou tard la victime

1 Voyez cet ordre, t. I, p. J95.

de sa fidélité constante, et cette crainte ne s'est que trop justifiée.

Le comte de Broglie étoit à Dresde à l'époque de la retraite de M. le prince de Conti. La correspondance se suivoit toujours par la voie du sieur Tercier, comme si ce prince en étoit resté le directeur. Le comte de Broglie ne fut donc instruit de ce changement qu'à son arrivée à Paris, au mois de décembre 1756. Le sieur Tercier reçut alors l'ordre du Roi de lui en communiquer toutes les branches, et de se conformer à ceux du comte de Broglie, quand celui-ci seroit à Paris dans la même forme ci-devant observée par M. le prince de Conti. Le comte de Broglie obéit, écouta et lut tout ce qui lui fut présenté par le sieur Tercier; mais, évitant encore de se rendre le chef de la besogne , il continua à ne s'occuper que de ce qui concernoit la Pologne et la Saxe, et ne prit la liberté d'entretenir Sa Majesté que de ces objets.

Il chercha même alors à quitter la carrière politique pour celle militaire, et demanda avec instance à servir à la guerre dès la campagne de 1757, M. Rouillé s'y opposa toujours, et prit un ordre du Roi en plein conseil, pour lui enjoindre de retourner en Pologne '.

Son obéissance aveugle aux volontés du Roi , et sa juste reconnoissance du cordon bleu qu'il venoit de lui donner malgré madame de Pompadour, déjà déclarée son ennemie, ne lui permirent pas de balancer. Feu madame la Dauphinc, qui le combloit de bontés, voulut bien aussi le presser elle-même de retourner auprès du Roi son père, en lui disant qu'elle lui en auroit personnellement la plus grande obligation.

Il partit le 1" mai 1757, passa parvienne, où il resta près de deux mois sans autre ordre que celui des circon-

' Voyez la lettre du Roi du 11 mars 1757, t. I, p 219.

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stances. On Tavoit rendu suspect à cette cour, où il avoit été dépeint par madame de Pompadour et M. de Staremberg, comme opposé au traité de Versailles. Mais au bout de six jours M. de Kaunitz ayant reconnu son zèle ardent pour notre alliance avec la maison d'Autriche , lui donna les marques de la plus grande confiance, et Leurs Majestés Impériales ne cessèrent de l'honorer de toutes sortes de bontés et de distinctions.

Le comte de Broglie a déjà eu l'honneur de rendre compte du séjour qu'il y a fait, ainsi que des bontés dont il fut comblé par le feu Roi de Pologne , à son arrivée à Varsovie.

Il a obserré aussi que ce furent principalement ses succès qui déterminèrent madame de Pompadour à employer toutes sortes de moyens pour le retirer de la carrière politique. Les bontés de Leurs Majestés Impériales et du Roi de Pologne ne l'avoient pas entraîné à un abandon total aux vues et aux intérêts de ces puissances. Il les suivoit ardemment lorsqu'il étoit possible de les concilier avec ceux de son maître, qui ont toujours fait son unique loi; et comme dans les alliances même les plus naturelles et les plus intimes , les intérêts des puissances qu'elles unissent se trouvent souvent croisés, le comte de Broglie a toujours insisté pour que ceux de la France fussent suivis de préférence, et surtout jamais sacrifiés.

La vérité et la force de ses observations a quelquefois embarrassé le ministère, et a toujours déplu à madame de Pompadour. Il en a résulté le parti de le rappeler de l'ambassade de Pologne , oii le feu Roi vouloit au contraire le conserver. On ne trouva d'autre moyen pour en venir à bout que de susciter les représentations des cours de Vienne et de Russie. Madame de Pompadour qui avoit connoissance de toutes les expéditions, conimuniquoit aux

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ambassadeurs respectifs de ces deux puissances les réflexions contenues dans les dépèches du comte de Broglie, et sans doute leur donnoit une tournure propre à les indisposer contre lui. Il auroit d'ailleurs suffi qu'ils fussent instruits que c'étoit une occasion de plaire à la favorite pour engager ces ministres à se prêter à ses désirs. M. de Sfaremberg entra donc en scène pour demander le rappel du comte de Broglie , qui ne faisoit de son côté aucune résistance; et dès qu'il jugea que sa présence à Varsovie n'éloit d'aucune utilité pour le service, il demanda un congé qui lui fut aocordé au mois de janvier 1758. Mais à son arrivée à la cour, Sa Majesté résista encore pendant plus de quatre mois aux demandes pressantes dont on l'obsédoit pour nommer à l'ambassade de Pologne. Elle y céda enfin en donnant au sieur Tercie-r de nouveaux ordres pour continuer à recevoir ceux du comte de Broglie pour la correspondance secrète.

Ils ont toujours été exécutés dans la même forme. L'éloigncment du comte de Broglie pendant la guerre, même pendant son exil avec le maréchal, n'y a rien changé. On lui a toujours envoyé, soit à l'armée, soit à Broglie, la copie ou les extraits de la correspondance ; et Sa Majesté lui a demandé très-souvent son avis, mais sans cherchera être connu, comme en ayant la direction par les ministres ou ambassadeurs qui y étoient admis, dont le plus grand nombre ne croyoit avoir à répondre qu'au sieur Tercier, et plusieurs ignorant entièrement par qui les ordres du Roi leur parvenoient.

Les choses sont restées dans cet état jusqu'au moment de la mort subite du sieur Tercier. Le comte de Broglie étoit alors absent et se rendit promptement à Paris dès qu'il en fut instruit. En arrivant, le Roi lui donna ordre dé s'emparer de tous les papiers et de suivre la besogne.

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L'enlèvement des papiers de chez un homme qui avoit été longtemps premier commis des affaires étrangères étoit une opération délicate et difficile. Son exécution demandoit de la célérité, pour prévenir M. le duc de Choiseul. Ce ministre soupçonnoit depuis longtemps, avoit même la certitude d'une correspondance secrète, à laquelle le sieur Tercier avoit part. Il demanda en conséquence au Roi Tordre d'envoyer M. Durand, alors à la tète du dépôt des affaires étrangères, saisir les papiers en question; mais celui-ci, admis au secret depuis 1755, en donna avis au comte de Broglie, et à la faveur d'un délai prudemment ménagé, donna le temps nécessaire pour soustraire tous les papiers relatifs à la correspondance, ne laissant dans le cabinet du sieur Tercier que quelques mémoires et quelques extraits politiques que MM. de Choiseul et de Praslin avoient fait faire pour leur instruction à cet ancien premier commis. M. de Choiseul, à qui M. Durand rendit compte de l'exécution de ses ordres, voyant qu'on n'avoit rien trouvé de ce qu'il cherchoit, dit seulement : On s'est levé avant nous, et s'en tint là '.

Le comte de Broglie reçut alors de nouveaux ordres et la permission de faire part aux ambassadeurs et ministres initiés à la correspondance secrète , de la mort du sieur Tercier et du nouvel arrangement que Sa Majesté déterminoit, en ne confiant désormais qu'à lui seul comte de Broglie la direction en chef de l'affaire. Les expéditions furent faites en conséquence, et les nouvelles instructions envoyées, toutes approuvées de la main du Roi. Il ne fut rien changé d'ailleurs à l'ancienne forme établie par M. le prince de Conti, et suivie par le sieur Tercier. Le comte de Broglie eut seulement l'honneur de proposer au Roi de lui donner un homme de confiance pour remplacer ce pre-

» Voyez f. I, p. 252, 253 et 254.|

mier commis , ne pouvant lui-même s'occuper des cliiffrements, des déchiffrements, extraits, mémoires, etc.; étant nécessaire en outre d'avoir quelqu'un qui dirigeât la besogne pendant ses absences, qui étoient longues et fréquentes.

Le comte de Broglie n'ignorant pas qu'il étoit connu par M. le duc de Clioiseul comme ayant part à la confiance du Roi, et voulant calmer les inquiétudes de ce ministre et prévenir tous les mauvais offices qu'on cherchoit à lui rendre , avoit pris depuis la guerre le parti d'aller tous les ans passer six mois à Rufifec. Il crut devoir continuer; et sur l'observation qu'il en fit faire au Roi, Sa Majesté lui permit de chercher quelqu'un de bien sûr pour travailler en second à celte partie. Il n'étoit pas aisé de trouver une personne qui réunît la capacité à la probité. Heureusement le général Monnet avoit été admis au secret du Roi, et il réunissoit ces qualités. Le comte de Broglie jeta les yeux sur lui, le proposa : il fut accepté ; et on lui doit la justice de dire qu'il a parfaitement justifié l'opinion qui l'avoit fait choisir. Le détail pécuniaire, ainsi que la comptabilité de la recette et dépense, fut remis au sieur Dubois-Martin, secrétaire du comte de Broglie pour la correspondance secrète.

Le comte de Broglie ignore quand Sa Majesté a commencé à remettre des fonds pour cette partie : il sait que dès son premier départ pour la Pologne, M. le prince de Conti lui en fit passer pour être distribués dans cette république, indépendamment de ceux qui étoient envoyés par les ministres des affaires étrangères. Le sieur Tercier a depuis été chargé de cet objet, en en rendant compte comme du reste au comte de Broglie, qui mettoit un bon aux comptes, et les adressoit au Roi pour que Sa Majesté y mît son approuvé. Depuis la mort du sieur Tercier, c'est

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le sieur Dubois-Martin qui en a été chargé. Les comptes ont été successivement arrêtés par le comte de Broglie , et approuvés par le Roi jusqu'à une époque dont il n'a pas la date présente. Cet article exige une règle et une forme particulière, et ces comptes ne sauroient être brûlés sans avoir été rendus. Sa Majesté est trop juste pour ne pas en sentir la conséquence, relativement à la délicatesse et à la tranquillité du comte de Broglie. Ce point seul seroit un obstacle insurmontable à l'exécution entière des ordres que Sa Majesté a donnés dans sa lettre du 6 de ce mois.

D'après cet exposé, le comte de Broglie ose se flatter que Sa Majesté apercevra qu'il n'est pas question ici d'une correspondance d'intrigue, isolée des affaires, arrachée à la bonté ou à la facilité du feu Roi, et qui n'auroit eu d'autre objet que de lui donner des impressions sur les uns ou sur les autres ; enfin d'une besogne qui seroit plutôt relative aux intérêts de quelques ^particuliers , que le mouvement de la volonté du maître suivie pendant plus de trente années. Elle sera convaincue que cette correspondance a été entreprise par les ordres de son auguste aïeul. Quel motif plus fort pour la rendre respectable et pour qu'elle soit digne que son successeur daigne la faire examiner et s'en faire rendre compte par des personnes dont la probité et la vertu l'assurent de la vérité des rapports qui lui en seront faits ! Sa Majesté apprendra par ces rapports les véritables objets qui ont occupé cette correspondance, qu'on peut dire majeurs par leur nature, par la manière dont ils étoient traités, et qui seroient devenus plus utiles encore peut-être, s'ils eussent été communiqués au ministre des affaires étrangères : ce que le comte de Broglie n'a jamais cessé de proposer. Elle y trouvera des projets formés contre la Russie, celui qui a été conçu pour assurer la couronne de Pologne , soit à M. le prince

de Conti, soit à tout autre prince du sang, ou même de la famille royale de France. Elle saura tout ce qui a été proposé en faveur de l'alliance avec la cour de Vienne ; les projets préparés et suivis pendant trois ans pour prévenir de nouvelles surprises de la part des Anglois, et se venger des anciennes selon les circonstances. Elle sera instruite de tout ce qui a été représenté pour empêcher la tournure qu'ont prise, au grand détriment des intérêts de la France, les affaires de la Pologne. Enfin on pourra lui rendre compte du travail commencé pour reprendre en sous- <ruvre l'édilice total d'un système de politique générale dont le but étoit de procurer les moyens d'établir nos liaisons avec la cour de Vienne sur un pied qui pût rendre cette alliance aussi stable qu'avantageuse '.

Sa Majesté pourra prendre dans l'immensité de toutes ces relations la connoissance de quelques anecdotes au moins curieuses et propres à mieux saisir une partie des détails dont s'occupoit le feu Roi. Elle y verra entre autres qu'il paroît que Sa Majesté avoit eu en 1769 ou 1770 le j)rojet de se remarier et d'épouser une archiduchesse. Des ordres secrets envoyés par un courrier à M. Durand instruiront de ce fait, qui eut peu de suite ^, et dont le comte de Broglie n'avoil eu précédemment ni idée ni connoissance ; mais tout cela prouvera que cette correspondance ne ressembloit à rien moins qu'à l'intrigue de quelques particuliers.

C'est cependant le jour sous lequel les maîtresses et les ministres qui leur étoient dévoués l'ont toujours envisagée ou au moins représentée; mais aucune n'a poussé la hardiesse au même point que madame du Barry , et ou ne

' Oe sont les Aléinuircs rédiges par Kavior sous la direction du comte de Rioglic, et publiés t. I, p. 417 et suiv. , et t. II, p. 1 et suiv.

- Voyez l'ordredu Koi, t. I, p. 409, et la réponse de M. Durand, p. 410.

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peut pas dissimuler que M. le duc d'Aiguillon ii'ail encouragé ses démarches , ou au moins partagé le désir de détruire cette correspondance.

Le comte de Broglie avoit déjà eu l'honneur de rendre compte à Sa Majesté de tout ce que madame du Barry a fait pour lui faire avouer sa correspondance avec le Roi, jusqu'à lui offrir le ministère des affaires étrangères alors vacant. Ne pouvant le séduire, on a cherché les moyens de découvrir son secret , et la familiarité avec laquelle madame du Barry s'avisoit de mettre la main sur les papiers de Sa Majesté a sûrement procuré quelques notions dont le Roi n'est cependant jamais abolument convenu. Enfin, au commencement de 1773, M. le duc d'Aiguillon a redoublé d'efforts pour augmenter les embarras du Roi et l'obliger d'abandonner sa correspondance. Soit que le hasard lui ai! fourni les lettres indiscrètes que s'écrivoient les sieurs Ségur, Dumourier et Favier, soit que l'infidélité de quelqu'un les lui ait procurées, il n'en est pas moins certain que cette découverte fut saisie avec vivacité et donna une base aux manœuvres subséquentes qui ont été employées.

Le comte de Broglie u'avoit aucune part à ce commerce de lettres, et ne connoissoit de ces trois personnages que le sieur Favier, employé par lui, avec l'ordre du feu Roi, h faire des mémoires politiques, mais point admis au secret de la correspondance du comte de Broglie avec Sa Majesté. Mais, d'après l'embarras extrême qu'elle a marqué et que tout le monde a vu , il est vraisemblable que M. le duc d'Aiguillon l'aura poussée relativement aux papiers qui furent enlevés chez le sieur Favier deux jours après sa détention, papiers qui contenoient les minutes des mémoires politiques dressés par les ordres de Sa Majesté, et dont le sieur Dubois-Martin, à qui ils furent remis, eut l'honneur de rendre compte sur-le-champ.

C'est sans doute sur cette remise que M. le duc d'Aiguillon forma son plan pour impliquer le comte de Broglie dans l'affaire de la Bastille. Il proposa d'abord de faire arrêter le sieur Dubois-Martin et de faire saisir ses papiers. Le Roi n'ai/oit garde d'y consentir, dans la crainte de voir son secret entièrement dévoilé. Cependant M. le duc d'Aiguillon , qui l'avoit pénétré et qui en acquéroit une nouvelle conviction parle refus du Roi , revint encore plusieurs fois à la charge. Sa Majesté lui imposa enfin silence, et, pour se débarrasser de ses importunités trop pressantes, convint que le comte de Broglie lui avoit adressé en différentes occasions des mémoires sur la politique , ajoutant qu'il ne les lisoit pas, et il lui en remit quelques-uns. M. le duc d'Aiguillon vit bien alors qu'il n'avoit plus de moyens pour impliquer le comte de Broglie dans l'affaire de la Bastille, où il ne pouvoit en effet être pour rien : sur quoi il changea ses batteries; et suivant toujours son unique plar , celui de détruire le travail secret du Roi, il en fit confif'once à M. le comte de Mercy et le lui présenta comme d( idéraent nuisible et portant atteinte aux intérêts de la cour de \ ienue.

Cet ambassadeur, séduit par des apparences insidieuses et alarmé en proportion de son attachement pour le système suivi des deux cours , rendit compte à la sienne de l'état des choses d'après le dire de M. le duc d'Aiguillon. 11 ne tarda pas à recevoir des ordres de M. de Kaunitz pour porter des plaintes au feu Roi contre le comte de Broglie , en lui supposant des vues bien contraires à ses sentiments, qui ne sont et ne seront jamais que ceux de son maître; et cependant c'est d'après de pareilles imputations, qu'on peut dire aussi singulières que ténébreuses, que le comte de Broglie gémit encore dans une disgrâce qu'il n'a soutenue que par l'assurance de l'estime et de

la continuation des bontés de son maître, qui lui en a donné des témoignages constants jusqu'aux derniers jours qui ont précédé la cruelle maladie dont il est mort. C'est de grand cœur qu'il lui avoit sacrifié sa réputation presque compromise , son amour-propre humilié , pour soutenir im secret honorable que Sa Majesté ne jugeoit pas à propos d'abandonner; mais la cessation de la correspondance secrète et la retraite de M. le duc d'Aiguillon mettant fin à toutes les tracasseries qu'il avoit suscitées au comte de Broglie, il ne peut que s'en remettre, avec autant de soumission que de respect, aux éclaircissements ultérieurs que Sa Majesté jugera à propos d'ordonner sur ces différents objets.

En attendant elle rerra, par l'état ci-joint des ambassadeurs et ministres admis à la correspondance secrète, que MM. de Vergennes, de Breteuil, de Saint-Priest et Durand sont de ce nombre. Le choix que le Roi vient de faire du premier pour ministre des affaires étrangères, et la réputation excellente et méritée dont jouissent aussi les trois autres, suffiroient seules pour prouver au Roi qu'il ne se traitoit pas des choses suspectes par ce canal , et qu'ainsi le comte de Broglie n'étoit pas à la tête d'une bande de bas et plats intrigants , mais qu'il avoit l'honneur de diriger un travail suivi par les ministres les plus capables et les mieux famés qu'on puisse connoître. Il ose même avancer que c'est lui seul qui les a soutenus. M. de Vergennes avoit été nommément rappelé de Constantinople, parce que M. de Choiseul avoit eu des soupçons de la correspondance qu'il suivoit, et il fut à son arrivée entièrement mis à l'écart. Le comte de Broglie le recommanda aux bontés du feu Roi, fit connoître la perte que le service de Sa Majesté faisoit par l'éloignement auquel on condamnoitun sujet aussi distingué; et lorsqu'elle daigna lui demander

son avis pour le choix d'un ambassadeur en Suède , à l'ai énenient du feu Roi, il la supplia de choisir M. de \ert^ennes ', qui fut nommé le lendemain.

Quand madame du Barry voulut également faire ôter l'ambassade de Vienne à M. le baron de Breleuil , le comte de Broglie fit en sa faveur des démarches fortes et publiques qui déplurent beaucoup et qui ne sauvèrent pas M. de Breteuil. Il eut aussi l'honneur de représenter à Sa Majesté combien il importoit à son service de ne pas le perdre entièrement , ce qui empêcha au moins qu'il ne fût rais hors de la carrière politique.

Il peut également se flatter d'avoir placé M. le chevalier deSainl-Priest , qui étoit , à la vérité, porté par M. le duc

' Voici ce que Cliamfort, dans ses Cai'uctères et anecdotes, raconte sur la noralDation de M. deVergenncs à l'ambassade de Suède : a Le feu Roi étoil, comme on sait, en correspondance secrète avec le comte de Broglie. Il s'agissoit de nommer un ambassadeur eu Suède ; le comte de Broglie proposa AI. de \ergpnnes, alors retiré dans ses terres h son retour de Constantinople; le Roi ne vouloit pas : le comte insisloit. Il étoit d'usage d'écrire au Roi à rai-marge, et le Roi metloit la réponse à côté. Sur la dernière lettre le Hoi écrivit : i^ Je n'approuve point le cboix de M. de Vergennes : c'est vous qui m'y forcez; mais je défends qu'il amène sa vilaine femme avec lui. » (Anecdote contée par Favier, qui avait vu la réponse du Roi dans les mains du comte de Broglie.) — 11 ne faudrait pas prendre à la lettre ce que Louis X\ dit de madame de V'ergennes : il est important d'expliquer ce mot de vilaine, qui étonne de la part de Louis W. M. de Vergennes étant ambassadeur de France à Constantinople, avait épousé une belle Grecque ; ce mariage lui avait nui dans l'esprit du duc de Choiseul et de Louis XV ; ce fut même une des causes de sa disgrâce. Pour l'amant de madame du Barry, une mésalliance était un crime. Quand M. de Vergennes devint ministre des affaire-; étrangères, une cabale de cour prit prétexte de son mariage pour le renverser. On cliercba à dissuader Alarie-Antoiuette de recevoir madame de \ ergennes. Cette bumiliation devait amener la démission et la retraite de son mari. La Reine, qui avait le malheur d'écouter tous les sots et les méchants propos, consulta sur ce point Marie-Thérèse. Cela devint une affaire d'Etat. On demanda l'avis de M. de Kaunilz : il fut favorable. Madame de \ ergennes fut présentée. C'était une femme de mérite et avant tout estimable.

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de Choiseul, mais que le feu Roi trouvoit jeune, et dont il détermina la nomination à l'ambassade de la Porte.

Enfin il a soutenu AI. Durand contre tous les assauts qu'il a éprouvés, ayant été soupçonné sous les deux derniers ministères d'être dans quelque correspondance avec le comte de Broglie; et en le soutenant, il a rendu service aux affaires du Roi, qu'il a toujours conduites avec autant de sagesse que de fidélité.

Ces différents ambassadeurs ou ministres ont des ordres, des instructions et des lettres de Sa Majesté en grande quantité. Les minutes et originaux de ces pièces sont entre les mains du comte de Broglie ainsi que leurs réponses : c'est ce qui fait leur sûreté réciproque. Comment donc seroit-il possible qu'il brùlàt tout ce qu'il a cbez lui sans en avoir une décharge? Et n'auroit-il pas à craindre, surtout pour les objets envoyés en chiffre, qu'après qu'il auroif tout brûlé, on ne supposât des lettres chiffrées qui n'auroient pas existé, sans qu'il pût donnei* la preuve du contraire ? 11 paroît donc indispensable que , lorsque le tout aura été arrangé avec le meilleur ordre, il soit remis par lui au ministre des affaires étrangères, qui lui en donnera une décharge, et qui le gardera jusqu'au temps oii chacun des ambassadeurs ou ministres dans les cours étrangères aura envoyé de son côté tout ce qui a rapport à la correspondance secrète. ./\lors il pourra être fait un choix de ce que M. de Vergennes jugera devoir être gardé pour l'utilité du service du Roi, et le reste sera brûlé par lui avec la sûreté de tout le monde.

Le comte de Broglie supplie Sa Majesté de trouver bon qu'il ait aussi l'honneur de lui représenter que celui qu'il a eu d'être admis à la confiance du Roi pendant vingt-deux ans pourroit lui faire espérer l'avantage de finir d'une manière décente le travail dont il étoit chargé, et qu'ainsi

il paroîtroit que ce seroit par son canal que toutes les personnes qui ont été employées sous ses ordres devroient apprendre qu'à l'avenir ils ne doivent plus correspondre qu'avec le ministre des affaires étrangères ; et comme ils ont servi avec une fidélité, une constance et une exactitude qui ne sont pas sans mérite , vu les dangers qu'ils ont tous courus d'être sacrifiés au crédit et à la puissance des favorites et des ministres, le comte de Broglie oseroit proposer à Sa Majesté de lui permettre de leur témoigner de sa part la satisfaction qu'elle daigne avoir de leurs services dans cette partie et de leur fidélité à exécuter les ordres de son auguste aïeul; en quoi ils ont eu d'autant plus de mérite qu'ils en connoissoient tous les risques, ainsi que le comte de Broglie.

Il y a encore la correspondance avec le sieur d'Eon, qui ne peut pas être terminée sans de grands ménagements, dont les détails seroient trop longs à déduire ici, mais qui doivent être communiqués en secret au ministre qu'il plaira au Roi d'indiquer.

Le comte de Broglie n'a pas écrit un mot depuis la mort du Roi par la correspondance secrète , parce qu'il ne s'est jamais permis , même pendant sa vie , de rien faire par cette voie sans que cela fût signé ou approuvé par Sa Majesté : il en usera de même à l'avenir ; mais il supplie le Roi de trouver bon que les chiffres , tant anciens que ceux dont on se servoit actuellement, ne soient remis qu'à M. de Vergennes et brûlés par lui.

En attendant son arrivée , il supplie Sa Majesté de nommer ceux de ses ministres d'Etat qu'elle jugera à propos pour examiner les différentes parties de cette correspondance et lui en rendre compte. Il désireroit fort qu'il lui plût de choisir M. le maréchal de Soubise et M. du Muy. Le premier de ces ministres étant depuis très-longtemps

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dans le conseil aura peut-être connoissance d'une partie des faits que cet examen mettra au jour; et comme M, le coûite du Muy est également bien instruit de ce qui a trait à la politique et à toutes les matières d'Etat, il pourra mieux que personne juger du travail du comte de Broglie.

Il verroit avec un égal plaisir que M. le comte de Alaurepas fût joint à ces deux ministres pour examiner sa conduite , et il ne craindroit pas que ses liaisons de parenté avec M. le duc d'Aiguillon pussent influer sur l'équité du jugement qu'il en porteroit, sur lequel sa probité et ses lumières ne lui laissent aucune inquiétude. Il sera au contraire très-aise d'avoir pour juges les personnes dont il a le moins l'honneur d'être connu, pour que leur suffrage apprenne à tous ceux qui ont pu être prévenus la fausseté des accusations que ses ennemis se sont permises contre lui; qu'il n'y a pas une seule des personnes qui aient eu quelque part aux affaires qui soit aussi exempte du soupçon d'intrigue, la confiance secrète du maître ayant d'ailleurs toujours obligé le comte de Broglie de se tenir éloigné des ministres et des maîtresses, dont il n'ignoroit pas la mauvaise volonté pour lui.

Le comte de Broglie ose se flatter que la simple exposition de ces détails, dont il est en état de démontrer la vérité, engagera Sa Majesté à daigner mettre fin à sa disgrâce. Cette marque de sa bienveillance lui est nécessaire pour détruire les bruits injurieux répandus sur son compte. La prolongation de son exil qu'on attribuoit à la puissance de ses ennemis , terniroit une réputation intacte si elle continuoit après leur retraite. Le public auroit lieu de soupçonner qu'il a eu des torts réels dont il ose avancer avec toute l'assurance de l'innocence qu'il est exempt. Mais au cas qu'après l'examen qu'il prend la liberté de solliciter comme une grâce. Sa Majesté trouvât le plus léger indice

qu'il ait manqué à aucun des devoirs que prescrivent la plus scrupuleuse probité et la délicatesse la plus parfaite , elle est d'avance également suppliée par lui de le condamner à un exil éternel , et , ce qui seroit plus cruel encore, à la privation de son estime, qui est la récompensela plus flatteuse qu'il se promet d'obtenir d'un travail de vingt-deux ans, très-pénible et accompagné de toutes les contrariétés et de tous les dégoûts qu'il ose dire que peu de personnes auroient supportés avec la même constance que lui.

Le rappel du comte de Broglie est également nécessaire pour le rassemblement de tous les papiers, qui sont d'un volume énorme et qu'il avoit d ispersés dans différens dépôts, dans la crainte fondée qu'on ne surprît un ordre du feu Roi pour faire enlever le sieur Dubois-Martin, qui en étoit le dépositaire, et qui a eu besoin de toute sa fidélité et sa fermeté pour n'être pas effrayé des projets dangereiix qu'on formoit contre sa liberté.

Il est éf^alement indispensable que le conile de Broglie fasse mettre en règle tous les comptes qui n'ont pas même été arrêtés parle feu Roi, et qu'il y joigne l'état de tous ceux qui ont eu des pensions ou des traitements fixés par feu Sa Majesté, et auxquels il est apparent que le Roi, dont la bienfaisance, la bonté et la justice sont connues, ne voudra pas les retirer. 11 est même à observer que des personnes employées dans des affaires de cette importance et secrètes ne sauroient être privées des récompenses qui leur ont été accordées, que leur fidélilé a méritées, et dont la plupart ne sauroient se passer.

Le feu Roi avoit destiné dix mille francs par mois pour remplir ces objets. Comme ce qu'il plaira à Sa Majesté d'en conserver pourra être porté sur les fonds des affaires étrangères, il siifruoit pcul-èire qu'elle voulût bien encore

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ordonner la remise des dix mille livres pour le 1" juillet. D'ici au mois d'août tous les comptes seront en état; et comme M, de Vergennes sera alors arrivé, il pourra pourvoir aux payements ultérieurs.

Le comte de Broglie finira ses observations en se jetant aux pieds de Sa Majesté, pour la supplier de suspendre son jugement sur sa conduite jusqu'à ce que le compte im})artial lui en ait été rendu. La douleur de se voir soupçonné d'intrigues et d'envie de se mêler d'affaires sans y être appelé seroit extrême, s'il n'étoit aussi sur que ces soupçons seront détruits, et que lorsqu'il sera représenté à son maître tel qu'il est et qu'il a toujours été par des gens vertueux et honnêtes, elle le jugera digne de sa bienveillance et de sa protection.

C€CXC. — ÉTAT DES AMB.ASSADELRS, AIIXISTRES OU RliSIDE\TS yUI OXT ÉTÉ ADMIS A LA CORRESPOXDAXGE SECRÈTE PAR ORDRE DE EOLIS XV.

[Grig. Arcb. de lEmp. K. 150]

[Février 1775.]

Al. LE COMTE DE Verge.Xjves. Cet ambassadcur a été admis au secret en parlant pour l'ambassade de Constantinople en 1755. C'est par AL le prince de Conti qu'il a reçu les ordres du Roi, et depuis par AL le comte de Broglie partant pour la Suède.

AL LE BARON DE Breteuil. Il a été admis au secret en 1759. C'est AI. le comte de Broglie qui eut l'honneur de le proposer à Sa Alajesté.

AI. LE CHEVALIER DE Sai\t-Priest. Il a été admis au secret à son départ pour l'ambassade de Constantinople , pour laquelle il a été proposé par AI. le comte de Broglie, qui prit la liberté de représenter la nécessité de remplacer AL de Vergennes par quelqu'un de sur et de capable.

M. DuRAivD. Il a été admis au secret , en 1 755 , en partant pour la Pologne, où il fut envoyé en qualité de ministre. 11 reçut les ordres du Roi par M. le prince de Conti.

M. Hexnin. Il a été admis au secret en partant pour la Pologne avec M. le marquis de Paulmy, en qualité de secrétaire d'ambassade, parce que Sa Majesté ne jugea pas devoir y admettre cet ambassadeur; mais M. le comte de Broglie lui répondit de la fidélité du sieur Hennin, qu'il avoit eu pour secrétaire donné par la cour pendant toute son ambassade , mais qui alors n'avoit connoissance que des dépêches envoyées directement au ministre des affaires étrangères. Il est actuellement résident à Genève.

M. Gérault. Il a été admis au secret , en 1757, en qualité de secrétaire du comte de Broglie. Il a depuis resté avec tous les ministres ou ambassadeurs qui ont été en Pologne, où il est demeuré, depuis M. de Paulmy, chargé des affaires, et il est encore à Varsovie, d'où il donnoitdes nouvelles exactement , et au ministre et au comte de Broglie.

M. DES Rivaux. Il a été admis au secret comme secrétaire de feu M. le marquis d'Havrincourt , qui avoit été lui-même admis en partant pour la Suède , et recevoit les ordres du Roi par M. le prince de Conti. Le sieur des Rivaux a été placé consul à Raguse, où il est employé à faire passer quelquefois des lettres à Constantinople, et d'où ildonuoit le peu de lettrés qui venoient à sa connoissance.

M. d'Eon. Le sieur d'Eon avoit été mis dans le secret, en 1756, par M. le prince de Conti, qui l'avoit placé pour la correspondance secrète auprès du chevalier Douglas en Russie. II a toujours été admis à la correspondance secrète depuis ce temps-lâ ; et en Angleterre il a eu des ordres particuliers du Roi qui étoient de nature à mériter les ménagements qu'on a eus pour lui dans le temps de ses discussions déplacées avec M. le comte de Guerchy. II

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sera nécessaire que le comte de Broglie traite en détail ce qui regarde le sieur d'Eon avec M. le comte de Verq^ennes, pour qu'il en rende compte à Sa Majesté.

Le général Monnet. Il a été admis au secret quand il a été envoyé en Pologne par M. le duc de Praslin pour une commission particulière après la mort du roi Auguste IL Peu de temps après son retour à Paris , le sieur Tercier étant mort, le comte de Broglie eut l'honneur de proposer à Sa Majesté de le charger de la direction de la correspondance secrète en son absence; il en a toujours été occupé depuis cette époque.

Madame la générale Monnet. Elle avoit eu connoissance du secret à la mort du sieur de la Fayardie , son premier mari, qui y avoit été admis par M. le prince de Conti, en partant pour la résidence de Varsovie en 1753. Elle l'a toujours gardé très-fidèlement; elle a eu des grâces particulières du Roi, non-seulement par ce motif, mais parce qu'elle étoit née d'une famille distinguée en Suède, qu'elle s'étoit faite catholique, et que d'ailleurs sa fortune lui rendoit ces bienfaits nécessaires ainsi qu'à M. le général Monnet. Ils ont l'un et l'autre beaucoup de mérite, sont fort aimés et estimés de M. le comte de Vergennes, et sont trèsdignes des bontés de Sa Majesté. Le comte de Broglie aura l'honneur de lui proposer de leur accorder la conservation des bienfaits dont ils jouissent ; mais ce travail ne pourra être présenté, ainsi que pour tous ceux qui ont eu part aux bontés du feu Roi , que lorsque les comptes seront rendus.

M. Dubois-Martin. Il a été admis au secret au mois de juin 1764, lorsqu'il est entré pour secrétaire de la correspondance secrète auprès de M. le comte de Broglie , et il a été chargé depuis la mort du sieur Tercier de la recette et de la dépense des fonds envoyés par Sa Majesté.

Le général Mokronosry. C'est un célèbre patriote poloiiois, tort attaché de tous les temps à la France et à son pays ; il est du nombre de ceux qui avoient jeté les yeux sur \I. le prince de Conti pour lui donner la couronne de Pologne : il a été admis au secret dès les premiers moments de ce projet, et a toujours reçu des bienfaits assez considérables du feu Roi, et on ne sauroit plus mérités.

M. LE BRIGADIER Jakubosky. C'cst un autrc Polonois d'un ordre inférieur au premier. Il a été au service de France ' , mais c'est en Pologne où on l'a toujours employé. Il a commencé à marquer son attachement dès la seconde élection du feu Roi Stanislas. C'est un très-bon sujet, plein de zèle, et qui a bien mérité les bienfaits du feu Roi Stanislas.

Ce sont là toutes les personnes avec qui le feu Roi avoit autorisé d'entretenir la correspondance secrète. On présentera toutes les autorisations de Sa Majesté pour leur admission au secret, ainsi que celles de toutes les lettres qui leur ont été écrites et des instructions qui leur auront été remises ou envoyées.

11 y a encore plusieurs personnes admises au secret, mais avec lesquelles il n'existe pas de correspondance directe.

De ce nombre sont : M. le baron de Bon, qui , ayant été chargé à l'armée, et, depuis, d'objets relatifs à la politique, s'est trouvé dans le cas de procurer des connoissances utiles au service du Roi dans la partie dont le comte de Broglie avoit la direction;

AI. DE LA Rozière , brigadier des armées du Roi , qui a été chargé par le feu Roi de la reconnoissance des côtes d'Angleterre et de France, et a rempli cette com-

' Kn 1749, AI. Jakubowsky était au .service de la France en qualité de lieutenant-colonel à la suite de Royal-Allemand, jl/ewo/r^;* du duc de Luijnes, t. IX , p. :î89.

mission avec autant d'intelligence que de courage et de fidélité;

Le sieur de Xardin, lieutenant-colonel d'infanterie, qui a accompagné M. de la Hozière dans ce travail et qui a eu la participation du secret, et a depuis été envoyé par ordre de Sa Majesté pour une mission particulière en Angleterre ;

M. LE AiARQuis DE BoMBELLES , chargé du détail de la correspondance secrète avec M. le baron de Breteuil;

Et enfin tous les secrétaires chargés des chiffrements et déchiffrements auprès de tous les ambassadeurs et ministres qu'il avoit plu au Roi d'admettre à son secret; les secrétaires ont eu personnellement l'ordre du feu Roi de le garder et reçoivent des traitements de Sa Majesté.

Il y a aussi la veuve du sieur Tercier, le fils de ce premier commis, le sieur Drouet, ancien secrétaire du comte de Broglie , et le sieur Rossignol , ci-devant consul en Russie, qui ont des pensions ou des traitements. Tous ces objets seront présentés en détail avec les respectueuses observations du comte de Broglie sur le mérite de chacun. Elles seront dictées par la justice et par l'esprit de vérité qu'il doit à son maître et qui l'a toujours animé '.

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