‹ Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de BroglieChapitre 31 sur 58 · CCCXCI. — LE DUC DE LA VRILLIÈRE Al COMTE DE BROGLIE · texte numérisé non relu

CCCXCI. — LE DUC DE LA VRILLIÈRE Al COMTE DE BROGLIE

[Orig. Arch. de l'Emp. K. 159.]

A Versailles, le l^i" juillet 1774.

Le Roy vient de me charger. Monsieur, d'avoir l'honneur de vous mander qu'il vous permettoit de revenir à Paris et à la cour lorsque Sa Majesté sera à Compiègne. Je me flatte que vous ne doutez pas du plaisir que j'ay de

1 V oyez plus bas, p. 440, au 10 septembre 1774, une liste des agents de la correspondance secrète à qui, sur la proposition de AL te comte de Broglie, Louis XVI accorda, à titre de pension, la continuation du traitement qu'ils touchaient sur les fonds secrets.

m'acquitter des ordres du Roy, et que vous rendes justice aux sentimens d'ailachemenl avec lesquels je suis, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Le duc DE LA Vrillière'.

M. le comte de Broglie à Broglie.

GCCXCII. — LE CHEVALIER D'ÉOM AU COMTE DE BKOGLIE.

[Mém. de d'Éon, t. II, p. 158.]

Londres, \c T juillet 1774.

Monsieur, feu Sa Majesté et vous avez daigné approuver par vos lettres du 22 août 1766, etc., la façon dont je me suis conduit autrefois envers M. Durand et M. le baron de Breleuil, en leur remettant tous les papiers secrets que vous avez désirés. Vous avez également approuvé, par votre lettre du 10 février 1767, ma conduite vis-à-vis le prince de Alasseran dans la découverte que j'ai faite à cet ambassadeur du dessein de l'Angleterre d'envahir à la prochaine guerre le Mexique et le Pérou, d'après les plans et projets du sieur Caffaro , c'est-à-dire du marquis d'Aubaret, et pour lesquels le ministère anglois paye à ce dernier une pension de 600 livres sterling. Et pour cette importante découverte l'Espagne ne s'est jamais intéressée à mon sort, malgré les belles lettres et promesses du prince de Masseran et de M. Durand.

Vous avez aussi approuvé, par votre lettre du 23 septembre 1760, l'attention que j'ai eue de vous faire part huit mois d'avance du projet d'expédition maritime de la Russie contre les Turcs dont vous avez vu l'expédition.

Sa Majesté, ainsi que le Roi d'Angleterre, ont encore daigné approuver la manière dont je me suis conduit dans

' La signature sente ( sf aiilrgrnplie. Le duc de la Vrilliire avait dans son département les lettres de crchct. 11 ne resta pas longtemps ministre de Louis XVI et fut remplacé par M. de Malcslierbes.

CORRESPOXDAXCE SECRÈTE. 435

l'affaire du docteur Mulgrave, par rapport à la paix, et qui a causé tant de tumulte à Londres en 1769 et 1770. Je ne vous ennuierai pas d'un plus long détail sur les divers témoignages d'approbation que vous avez daigné me donner de la part de Sa Majesté sur mon zèle à vous instruire et à vous découvrir plusieurs événements intéressants passés, présents et à venir.

Je me contenterai de vous dire qu'il est temps, après la perte cruelle que nous avons faite de notre avocat général à Versailles ', qui au milieu de sa propre cour avoit moins de pouvoir qu'un avocat du Roi au Chàtelet ; qui par une foiblesse incroyable a toujours laissé ses serviteurs infidèles triompher sur ses fidèles serviteurs secrets, et a toujours fait plus de bien à ses ennemis déclarés qu'à ses véritables amis; il est temps, dis-je, que vous instruisiez le nouveau Roi, qui aime la vérité et qu'on m'a dit avoir autant de fermeté que son illustre aïeul en avoit peu ; il est temps, et pour vous et pour moi, que vous instruisiez ce jeune monarque que depuis plus de vingt ans vous étiez le ministre secret de Louis XI, et moi le sous-ministre sous ses ordres et sous les vôtres ; que depuis douze ans j'ai sacrifié en Angleterre toute ma fortune, mon avancement et mon bonheur pour avoir voulu obéir strictement à son ordre secret du 3 juin 1763, et aux instructions secrètes y relatives ; que par des raisons particulières connues uniquement du feu Roi , il a cru devoir me sacrifier en public à la fureur de son ambassadeur Guerchy, à celle de ses ministres et aux vapeurs hystériques de la Pompadour ; mais que sa justice et son bon cœur ne lui ont jamais permis de m'abandonner dans le secret, et qu'il m'a donné au contraire par écrit, de sa propre main, sa promesse royale de me récompenser et de me justifier un jour à venir.

' Louis XV . •

Quant à vous, Monsieur le comte, vous saurez mieux peindre que moi par quelle jalousie, quelle perfidie, quelle bassesse et quelle noire vengeance du duc d'Aiguillon , vous vous trouvez encore en exil à RufFec, sans avoir cessé d'être l'ami et le ministre secret du feu Roi jusqu'à sa mort. Jamais la postérité ne pourra croire de tels faits, si vous et moi n'avions pas toutes les pièces nécessaires pour les constater, et de plus incroyables encore. Si ce bon Roi n'eût pas chassé les jésuites de son royaume et qu'il eût eu quelque Caramonel Saa ou quelque Malagrida pour confesseur, cela ne surprendroit personne, mais, grâce à Dieu, j'espère que le nouveau Roi nous tirera bientôt du cruel embarras où vous et moi sommes encore plongés. J'espère qu'il n'aura pour confesseur, ni pour ami, ni pour ministre, aucun jésuite, soit en habit deprêlre, soit en habit de chancelier, soit en habit de duc et pair, soit en habit de courtisan, soit en habit de courtisane.

Je suis avec respect... Le chevalier d'Éon.

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