CCCXCIII. — LE COMTE DE VERGEXXES A LOUIS XVI
[Minute. Autogr. Arch. do l'Emi). K. 164.]
Sire,
Jg reçois la correspondance interceptée du Roi de Prusse que Votre Majesté veut bien me renvoyer et la lettre chiffrée du sieur d'Eon. Celui-ci s'y montre tel qu'il est, une tête chaude, exaltée et souverainement dangereuse ; il a franchi toute mesure dans sa conversation avec Wilkes.
M. de Muy et moi avons déjà vu toute la correspondance que M. le comte de Broglie a entretenue avec le sieur d'Kon depuis qu'il s'est fermé le retour dans sa patrie; nous travaillons au raport que nous devons avoir l'honneur
1 M. de \ ergcnncs était alors iiiiiiistip des allaircs étrangères.
de mettre sous les yeux de Votre Majesté, et nous aurons celui de lui exposer les moyens de rappeler un homme qu'il ne seroit pas sans inconvénient de laisser en Angleterre.
11 est sensible, ainsi que Votre Majesté le remarque, que la vue favorite du Roi de Prusse est de brouiller Votre Majesté avec l'Empereur. C'est même son intérêt de tous les tems. L'alliance de Votre Majesté avec Vienne étant d'une convenance réciproque et d'une utilité mutuelle, il y a lieu d'espérer que cette dernière ne se laissera pas prendre au piège. M. le baron de Breteuil sera instruit à l'en préserver ; et en attendant qu'il puisse être rendu à sa destination, nous ferons ici tout ce qui sera possible pour augmenter la défiance qui semble s'établir entre Vienne et Berlin.
Je suis avec le plus profond respect, etc.
Compiègne, le 22 août 1774.