CCCXCI\ . — LE COMTE DE BROGLIE AU CHEVALIER D'ÉOX
[Minute avec l'approuvé de Louis XVI. Arch. de l'Emp. K. 159.]
10 septembre 1774.
J'ay reçu. Monsieur, la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire en date du... de ce mois. J'y ai trouvé avec plaisir les assurances que vous m'y donnes de votre soumission à tout ce qui pourra être agréable à Sa Majesté. J'ai remis cette lettre à M. le comte de Vergennes pour la mettre sous les yeux de Sa Majesté, et j'ai profité de cette occasion pour la supplier de vous permettre de revenir en France, et l'assurance que vous continueres à y jouir du traitement de douze mille livres par an, qui vous avoit été accordé par le feu Roi. Sa Majesté a daigné agréer cette demande, et vous en serez instruit plus en détail par une lettre de M. le comte de Vergennes qui vous sera remise
avec celle-ci par une personne sûre que ce ministre envoie à Londres \ Il m'a confié que l'intention du Roi étoit qu'en recevant l'assurance que Sa Majesté daigne prendre la peine de vous donner de sa propre main, de ce traitement, ainsi qu'un sauf-conduit dans la meilleure forme pour revenir en France et y jouir de votre liberté, vous rendiez l'assurance que vous aviez reçue du feu Roy, que vous rapportiez avec vous tous les papiers tant ministériaux que ceux de la correspondance secrète, pour les remettre à M. le comte de Vergennes. La volonté du Roi est aussi que vous renonciez à jamais à faire aucune mention de ce qui peut avoir rapport à vos démêlés déplacés avec M. le comte de Guerchy et avec M. le duc de Praslin, et que vous observiez à l'avenir une conduite mesurée, propre à faire oublier les torts qu'on vous a reprochés, et qui mettent dans le cas de ne se rappeler que le zèle et l'utilité avec lesquelles vous avez eu l'honneur et le bonheur de servir le feu Roi.
Je n'ai pas balancé. Monsieur, à assurer M. le comte de Vergennes que vous vous feriez un plaisir et un devoir de vous soumettre en tout aux volontés du Roi, de vous rendre digne par là des grâces qu'il veut bien vous faire, et de mériter personnellement les bontés de ce ministre. En mon particulier, je suis charmé d'avoir pu contribuer à vous procurer une retraite aisée et honorable dans votre patrie, et à vous donner cette nouvelle preuve des sentiments avec lesquels je suis très-parfaitement, etc. ^
Au bas, de la main de Loua XVI.
Approuvés.
' Cette personne sûre était Beaumarchais.
2 Ce ne fut que quelque temps après que Louis XVI, persuadé bien à tort que d'Éon était une femme, ne lui permet de l'eutrer eu France et de jouir de sa pension qu'à condition de porter des vêtements de femme : il y a làdessous nn mystère qui n'est pas encore éclairci.
OORRESPOX'DAXCE SECRÈTE. 439