‹ Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de BroglieChapitre 6 sur 58 · EXTRAIT DE LA CONVENTION · texte numérisé non relu

EXTRAIT DE LA CONVENTION

ou TRAITÉ SECRET IMRK LE ROI ET l'iMI'ÉRATRICE-REINE, SIGXÉ A VERSAILLES, LE 30 DÉCEMBRE 1758, PAR JIM. LE DUC DE CHOISEUL ET LK COMTE DE STAHREMBERG.

Article premier. Le traité de Versailles, du 1" mai 1756, renouvelé et confirmé '.

Art. 2. Le secours stipulé par ledit (raité de la France à la cour de Vienne sera fourni par le Roi à l'Impératrice, pendant toute la guerre, en troupes ou en argent, au choix de l'Impératrice, à déclarer par elle à la fin de chaque année.

Art. 3. Ce secours en argent évalué à 3,336,000 florins d'Empire (8,340,000 liv.) par année, en douze payements égaux de mois en mois.

Art. 4. Convention de Stockholm entre la France, la Suède et l'Impératrice, renouvelée et confirmée; les subsides promis à la Suède par ladite convention, et à payer conjointement par le Roi et l'Impératrice, seront, à l'avenir, payés en entier j)ar la France seule, à compter du l"juin précédent 1758.

Art. 5. Les troupes saxonnes seront aussi payées par la France seule, à la disposition de l'Impératrice.

Art. 6. Promesse et indication vague de satisfactions et

' Il n'est plus question ici du traité du I*^"" mai 1756. Quelque absurde qu'il fût, ridicule dans son plan et impossible dans son exécution , il conlenoit du moins des cessions éventuelles et conditionnelles, de la part de l'Impératrice , d'une partie des Pays-Bas à l'infant don Pbilippc, et du reste à la France, en échange des Etats de l'infant, de Silésie, etc. etc., et de plusieurs autres cessions, renonciations et garanties que la France s'engageoil d'extorquer à différents |)rinces, amis, alliiis, et même de la maison de Bourbon.

La cour de Vienne trouva plus commode de conserver à peu près tous les avantages qu'elle avoit stipulés par ce traité , et de s'exempter par celui-ci de tous les engagements réciproques qu'elle avoit pris. [A.)

de dédommacjements à faire obtenir, de concert, au Roi de Pologne, électeur de Saxe.

Art. 7. Le Roi s'eugage à tenir toujours, pendant toute la guerre, au moins cent mille hommes de ses troupes en Allemagne, contre le Roi de Prusse et ses allies.

Art. 8. Dépôt d'Oslende et de Xieuport confirmé.

Art. 9. Promesse cependant de restituer ces deux places à l'Impératrice, sur sa première réquisition, même avant la paix avec l'Angleterre.

Art. 10. Tous les pays et Etats du bas Rhin, conquis ou à conquérir par la France sur le Roi de Prusse, cédés en souveraineté à l'Impératrice; les revenus réservés par la France, pendant la guerre, à l'exception de 40 mille florins pour les frais d'administration.

Art. 11. Promesse d'accommoder tous les différends de limites aux Pays-Bas, l'affaire de l'abbaye de Saint-Hubert, etc. , etc. , par des commissaires à nommer dans l'espace de six mois : dette de la Lorraine à solder par la France.

Art. J2. La Silésie entière ' et le comté de Glatz assurés à l'Impératrice comme une condition préliminaire et sine qiui non de tous engagements et traités faits ou à faire.

Art. 1 3. Ni paix ni trêve sans le consentement réci- |)roque des deux parties contractantes au présent traité. Le Roi exigera du Roi d'Angleterre, électeur de Hanovre, d'engager le Roi de Prusse à faire une paix convenable avec l'Impératrice, ou du moins d'abandonner ledit Roi de Prusse; et l'Impératrice exigera du Roi de Prusse,

' Piir le Iraitc du l'"" mai 175G, le dticlié de Crossen, ancienne possession de la maison de Brandebourg, et le district de Zuliicliau étoient adjugés au Roi do Pologne, électeur de Saxe, pour une partie de ses dédommagements. Cet article lenoit fort au cœur à la cour de Dresde. Il lui donnoit comme nu pont sur la Silésie pour passer de Saxe en Pologne, sans toucher aucun territoire étranger; il fut supprimé par ers deux mots : la Silésie entière. {A.)

vice versa, la même chose, relativement au Roi d'Angleterre, électeur de Hanovre.

Art. 14. Les traités de Westphalie renouvelés et confirmés ; la Suède admise à la garantie '.

A«T, 15. Renonciation de l'Impératrice, en faveur de l'infant don Philippe, à son droit de réversion éventuelle sur les Etats de ce prince, en vertu du traité d'Aix-la-Chapelle", exceptant seulement de cette renonciation le cas de l'extinction de la ligne masculine ^.

Art. 16. Promesse et indication vague de démarches à faire auprès du Roi des Dcux-Siciles, de concert entre les deux parties contractantes et l'infant don Philippe, pour des arrangements aussi vagues, afin de fixer et assurer l'ordre de succession auxdits royaumes^.

1 FIlo l'étoit de droit. [A.)

- Ce prétendu droit de réversion éventuelle ne pouvoit être imaginé que pour le cas où l'infant don Philippe parviendroit au trône d'Espagne ou de Naples. Ce cas n'a point existé depuis; il ne pouvoit pas même exister ; et l'Impératrice renonce ici à un droit nul, imaginaire, pour en faire un équivalent ûctif à des droits réels, existants, dont elle exige la renonciation dans les articles suivants. Le cas où le Roi de Naples parviendrait et la , courontie d'Espagne est arrivé depuis; mais, dans ce même cas, le droit de réversion ne pouvoit pas avoir lieu pour l'Impératrice. Ou n'en trouve pas un mot dans son accession au traité d.Aix-la-Cliapelle. Il n'y avoit qu'à le lire. Ce fut seulement dans l'accession du Roi de Sardaigne qu'on laissa glisser cette clause, qui depuis a coûté au Roi 9,000,000 1. [A.)

•^ C'éloit le seul cas qui pùl exister et qui le puisse encore; le seul où, aux termes de l'accession , le droit de reversion éventuelle pourroit avoir lieu pour la maison d'Autriche. L'Impératrice se le réservoit ; ainsi, dans le fait, elle ne renonçoit à rien. {A.)

^ Cet article étoit au moins supcrllu et iosigniOaut, s'il u'étoit pas même dangereux et absurde. Personne n'avoit droit de s'immiscer dans cet ordre de succession, et moins encore la cour de Vienne. C'eloit lui en fournir des prétextes qu'elle auroit fait valoir si le Roi n'éloit pas mort pendant la guerre, et dans des circonstances où cette cour étoit trop occupée de ses affaires d'Allemagne pour empêcher le Roi don Carlos d'arranger lui-même à son gré la succession de ses royaumes. Quelques années plus tard, cet événement auroit occasionné une nouvrl!e ;uierre r n Italie. Le Roi alors se seroit trouvé.

Art. 17. Le Roi promet ses bons offices pour engager le Roi des Deux-Siciles à céder et à renoncer en faveur de l'Empereur, grand-duc de Toscane, à tous ses droits et prétentions sur les allodiaux de Médicis et de Farnèse, en dédommagement du droit de réversion acquis à l'Impératrice par le traité d'Aix-la-Chapelle.

AuT. 18. Pareille cession et renonciation promise par le Roi, de la part de l'infant don Philippe, ainsi qu'à tous ses droits et prétentions sur Bozzolo et Subionetta, condition sme quâ non de la renonciation de l'Impératrice à son prétendu droit de réversion.

Art. 19. Le Roi s'engage à concourir, avec l'Impératrice, pour faire élire Roi des Romains l'archiduc son fils aîné : les deux parties contractantes agiront aussi de con-

cngaf]é inspiisiblemcnt dans des mesures conccrlées avec la maison d'Aii- Iriche, et vraisemblablement opposées aux inlércis de sa propre maison. L'objet de la cour de Vienne, en faisant glisser cette clause dans le présent traité , ne pouvoit être que de semer la division entre ces deux branches régnantes (le la maison de îiourbon, et même dans celle d'Espagne, en poussant l'iniant don Pbilij)pe sur le trône de IVaples, au préjudice des entants du Roi don Carlos. Par là, elle n'auroit plus en à craindre l'intervention dci l'Espagne dans les affaires d'Italie; enfin elle auroit réuni la Lombardie autricliicnne, les Etals de Parme, Plaisance et Guastalla. La renonciation vague de l'article 15 n'auroit pas empêché celle réunion. Outre qu'elle ne portoit sur rien, le droit de convenance, fondé sur l'appui que l'Impéralrice auroit accordé ù l'infant pour le faire monter sur le trône de Aaplcs lui auroit fait obtenir de ce prince la cession de ses l'^lats de Lombardie. Ce droit de réversion au Roi de Sardaignc de la ville de Plaisance et du Plaisantin jusqu'à la Aura, <|u'il s'étoit réservé pour son accession au traité d'Aix-la-Chapelle, n'auroit pas non plus embarrassé la cour de Vienne, surtout si la Kiance avoit concouru à ses projets, ou lui avoit seulement permis de les exécuter. Ou elle se seroit emparée de Plaisance et l'auroit gardée; ou, au pis aller, elle en auroit été quitte pour la restituer au Roi de Sardaigne, à condition de concourir au nouvel arrangement, d'y acci'dcr et de le garantir; et ce prince, ne pouvant faire mieux, auroit du moins |)ro(ité de l'occasion pour ajouter à SCS Etats nue grosse ville, un grand terriloire et 500,000 I. de revenu. {A.)

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cert, eu cas d'élection d'un roi de Pologne, pour la faire tomber sur un prince de Saxe.

Art. 20. Même concert et union pour faire accomplir le mariage de l'archiduc Léopold avec la princesse de Modène, et accorder par l'Empire audit archiduc l'investiture éventuelle de Modène, Reggio, etc. '.

Art. 21. Accession à demander en temps et lieu à l'Empereur, au grand-duc de Toscane, à la Suède, à l'Impératrice de Russie, au Roi de Pologne, électeur de Saxe, et démarches à faire de concert pour y engager aussi le Roi des Deux-Siciles.

Art. 22. Sur le secret. Il sera gardé par les deux parties contractantes, nommément pour l'Impératrice de Russie et le Roi de Pologne, électeur de Saxe, jusqu'à ce qu'elles soient convenues de le déclarer en même temps aux j)arlies intéressées.

Art. 23. Sur l'échange des ratifications.

Art. 24. Article séparé, ordinaire, sur les titres et rangs respectifs".

' Cet article a été plus que rempli : l'investiture a été non-seulement accordée par l'Empire, aux termes du présent traité, mais encore étendue rtî;.r /lériliers collatéraux de l'archiduc Ferdinand , qui a pris la place de l'archiduc Léopold. Par là, dans le cas où l'archiduc Ferdinand ne laisseroit point de postérité mâle, ou même dans celui d'extinction de sa ligne masculine, les Etats de Modène seroient de droit réunis à la Lombardie autrichienne. On ignore s'il y a eu quelque nouvelle convention pour faire ajouter celte clause à l'investiture, et plus encore quel molit'a pu avoir notre ministère de s'y prêter et d'y concourir. {A.)

- Si une alliance avec 1' .Autriche pouvoit être avantageuse en 1756, et même devoit être regardée comme nécessaire par la crainte qu'excitoient le génie conquérant et la fortune rapide de Frédéric II , par la juste méfiance qu'avoit causée son abandon de noire alliance deux fois répété pendant la guerre, par l'humeur qu'inspiroient ses liens impolitiques avec l'Angleterre, et enGn par le désir que devoit éprouver la France de se donner la certitude de ne pouvoir être attaquée chez elle, tandis qu'elle combattoit la Grande- Rrclagnc, il faut convenir que la manière don! le second traité de 175S a été

corps germanique fnt compromis avec la France, irrité, irréconciliable; il falloit pour cela qu'une partie de l'Allemagne fût dévastée.

11 est triste de le rappeler : Louvois, par ses conseils injustes,, on oseroit dire atroces, surpassa même l'espérance et les vues de Léopold. L'incendie du Palatinat acheva de rendre la France plus l'horreur que la terreur de l'Allemagne et de l'Europe.

Depuis celte époque jusqu'à la mort de Louis XIV, celte plaie saigna toujours. Elle ne fut entièrement refermée et consolidée que par la confiance qu'inspira enfin au corps germanique la sagesse, l'équité et la modération de son successeur.

La guerre passagère de 1733, où l'Empire entra foiblement, fut terminée par une paix dont le vainqueur dicta la condition d'après les mêmes principes'. Celte confiance

' Pour l)icii faire aj)précicr quelle était avant le développement (le la puissance prussienne la position de la France vis-à-vis de la conlédcration germanique, nous citerons uu court fragment d'un opuscule bien ignoré composé en 173() par Frédéric II, encore prince royal, et intitulé : Considérations sur l'état du corps politique de l'Europe ; c'est un chef-d'œuvre de critique et d'impartialité :

(i II est évident (jue les vues de la cour impériale tendent à rendre l'Fmpire héréditaire dans la maison d'Autriche. C'est à cette fin qu'elle a fait la pragmatique sanction, qu'elle a sollicité tons les princes d'Allemagne, qu'elle a inséré un article dans la pacification, et qu'elle a fait une infinité de traités particuliers; tant il est vrai que la maison d'Autriche souhaitcroit d'ôler avec le temps à l'Empire le droit d'élection, de cimenter la puissance arbitraire dans sa race, et de changer en monarchique le gouvernement démocratique qui de temps immémorial a été celui de l'Allemagne. Comme le système du ministère impérial est assez simple, il n'est point difficile de l'exposer au jour; mais celui de la cour de Versailles est plus composé, et il e.vigera de nous plus d'étendue et plus de détail.

1) Le principe permanent des princes est de s'agrandir autant que leur pouvoir le leur permet; et quoique cet agrandissement soit sujet à des modifications différentes et variées à l'infini, ou selon la situation des Etats, ou selon la force des voisins, ou scion que les conjonctures sont heureuses, le

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éclata surtout lorsque après l'élection de François I", en 1745, on vit la cour de Vienne tenter pendant trois ans des efforts inutiles pour faire d'une (jucrre autrichienne une guerre d'Empire.

Malgré les fautes et les malheurs dont cette guerre ne fut presque qu'un enchaînement en Italie et en Allemagne,

principR n'en est pas moins invariable, et les princes ne s'en départent jamais : il y va de lenr prétendue gloire; en un mot, il faut qu'ils s'agrandissent.

" La France est bornée à l'occident par les inouts Pyrénées, qui la séparent de l'Espagne, et qui forment une espèce de barrière que la nature mèriie a posée. L'Océan sert de bornes an côté septentrional de la France, la mer ^léditerranée et les Alpes au midi; mais du côté de l'orient elle n'a d'autres limites que celles de sa modération et de sa justice. L'Alsace et la Lorraine, démembrées de l'Empire, ont reculé les bornes de la domination de la France jusqu'au Rhin. Il seroit à souhaiter que le Rhin pût contiiuier à faire la lisière de leur monarchie. Pour cet effet il se trouveroit un petit duché de Luxembourg à eniahir, un petit électorat de Trêves à acquérir par quelque traité, un duché de Liège par droit de bienséance , les places de la Barrière, la Flandre et quelques bagatelles semblables devroient èlre nécessairement comprises dans cette réunion; et il ne faudra à la France (jue le ministère de quelque homme modt'ré et doux, qui prêtant, s'il m'est permis de m'exprimer ainsi, son caractère à la politique de sa cour, et qui rejetant toutes les ruses et tons les détours de ses artifices sur le compte des ministres subalternes, conduise à l'abri de dehors respectables ses desseins à une heureuse issue.

1 La I^Vancc ne se précipite en rien. Constamment attachée à son plan , elle attend tout des conjonctures : il faut, pour ainsi dire, que les conquêtes viennent s'offrir à elle naturellement; elle cache tout ce qu'il y a d'étudié dans ses desseins, et il semble, à n'en juger que par les apparences, que la fortune l'a favorisée avec un snn tout particulier. \'c nous y trompons point, la fortune, le hasard sont des mots qui ne signilieut rien de réel. I-.a véritable fortune de la l'^rance c'est la pénétration, la prévoyance de ses ministres, et les b innés nu'surcs qu'ils prennent. Voyez avec quel soin le Cardinal se charge de la médiation entre l'ICmpereur et le Turc. L'Empereur, eu rcconnoissance de ce service, ne peut faire moins que de céder à Louis XV ses droits sur le Luxembourg. Ce duché, selon toutes les apparences, doit être une des premières acquisitions qui suivront la Lorraine ; car comme la France a eu des égards en toutes choses j)our les arrangements que l'Empereur a cru devoir prendre, il semble que la justice exige de semblables

les succès aux Pays-Bas en furent la cou>j)ensation ; et partout où le Roi parut, la France triompha.

Si la paix ne fut pas aussi avantageuse qu'elle auroit pu et peut-être dû l'être, elle fut du moins la plus glorieuse, et par l'héroïsme le plus pacifique du conquérant, et par la position brillante et solide où la France se vit alors dans

égard-i du côté de l'Empereur pour les arrangements de la France : ce n'est qu'un flux et reflux de reconnoissance que la politique de ces princes sait rendre utile à leur grandeur.

1) Quant aux autres pays (jue la France pourroit conquérir, il est de sa prudence de ne point trop se hâter, afin de s'affermir dans ses anciennes conquêtes et de ne point effaroucher ses voisins : un trop grand fracas de succès pourroit réveiller les puissances maritimes, qui dorment à présent dans les bras de la S('curité et au sein de l'indolence.

■a J'entrevois encore dans ce qui peut entrer dans le système de la France des projets plus grands et plus vastes que ceux dont j'ai parlé; et le moment que la Providence a marqué pour l'exécution de ces grands desseins semble èlre celui du décès de Sa Majesté Impériale. Quel temps plus propre pour donner des lois à l'Europe? quelles conjonctures plus heureuses pour pouvoir tout oser ?

T Tous les électeurs se trouvent à présent désunis par les intérêts qui les partagent; les uns, cherchant des avantages particuliers, se jetteront dans les bras de la France et sacrifieront l'intérêt commun ; d'autres disputeront entre eux à qui aura l'Empire; d'autres se déchireront pour la succession de 1 Empereur.; d'autres, enflés par les espérances que leur donnent de grandes alliances, porteront partout le flambeau de la guerre, le trouble et la confusion; et ceux qui pourroient s'opposer à la force majeure de l'ennemi commun n'entreprendront rien et abandonneront leur destinée au hasard.

I De plus, par le dernier traité de pacification, la France s'engage à la garantie de la pragmatique sanction ; cela l'oblige à se mêler indispensablement des affaires d'Allemagne après la mort de l'Empereur; et ce qui en cette occasion rendra les démarches de la France beaucoup plus dangereuses que dans d'autres, c'est qu'elles auront une apparence plausible de jusiice, et que leurs violences mêmes auront un dehors d'équité.

D Remarquons encore avec quel soin la France écarte les puissances maritimes de celte garantie. Croit-on que ce soit sans dessein qu'on les éloigne desafAiires? Pourroit-on s'imaginer que quelque pensée frivole d'orgueil y auroit donné lieu? et seroit-il possible de se figurer qu'un ministre (jui a donné jusque dans ses moindres démarches des marques d'une prudence consommée, qu'un pareil ministre, dis-je, ait des vues si peu étendues?

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le continent de l'Europe. Il en résultoitle maintien et l'accroissement de sa puissance fédérative.

Celle-ci se trouvoit le mieux établie dans l'Empire. Cette guerre avoit fait éclore le système d'un équilibre en Allemagne, dont la balance auroit toujours été dans les mains de la France.

Rendons justice à la politique Françoise; elle n'est jamais si bornée qu'on pourroit le croire.

n II seroit possible qu'on fût bien aise de procurer du repos aux ministres anglois, qui sont assez occupés par les brouilleries intestines du royaume; et avec cela on est bien aise de ne point mêler les puissances maritimes dans les traités secrets des deux cours contractantes , afin que, le cas de la succession venant à exister, ces puissances n'aient aucun prétexte quelconque de se mêler des troubles d'Allemagne.

» On pousse les précautions plus loin encore. On paye des subsides aux cours de Suède et de Danemark, ou pour les contenir simplement, ou pour qu'elles soient en état de s'opposer à ceux qui voudront prendre des mesures contraires aux intentions et aux arrangements de la cour de France.

i Autant la politique de la cour de France est excellente , autant faut-il avouer aussi qu'elle est favorisée par un concours de certaines circoiistances. Tous les princes dont la grandeur et la puissance pouvoient lui donner de l'ombrage se trouvent désunis. Il ne reste à la France qu'à ne point laisser éteindre le feu de la discorde et à l'attiser plutôt. Et en quoi la France a un* avantage infiniment plus grand encore, c'est qu'elle n'a presque personne en tête dont la profondeur d'esprit, la bardiessf et l'habileté puissent lui être dangereuses; à cet égard elle acquiert moins de gloire ({ue n'en acquirent les Henri IV et les Louis XIV.

I) Que diroit Richelieu, que diroit Mazarin , s'ils ressuscitoient de nos jours? Ils seroient fort étonnés de ne plus trouver de Philippe III et IV' en^ Espagne, plus de Cromwell et de roi Guillaume en Angleterre, plus de prince d'Orange en Hollande , plus d'empereur Ferdinand en Allemagne, cl presque plus de vrais .Allemands dans le Saint-Empire : plus d'Innocent XI à Rome, plus de Tilly, plus de AlontécucuUi , de Marlborough , d'Eugène à la tête des armées ennemies; de voir enfin un abâtardissement si général parmi tous ceux à qui est confiée la destinée des hommes dans la paix et à la guerre, qu'ils ne s'étonneroient point qu'on piît vaincre et tromper les successeurs de ces grands hommes. Autrefois les François étoient obligés de combattre contre toute l'Europe , liguée et conjurée contre eux , et c'étoit à la valeur seule qu'ils dévoient leurs conquêtes; à présent ils doivent leurs plus beaux succès à leurs négociations, et c'est moins à leur force qu'à la foiblesse de leurs ennemis qu'on peut attribuer le cours triomphant de leur prospérité. »

124 LOLIS \V.

Une puissance rivale s'éloit élevée presque au niveau de celle d'Autriche; elle ne sembloit cependant ni atteindre plus haut, ni se maintenir longtemps au même degré sans l'appui de la France. Quels qu'eussent été les motifs des deux défections que la France avoit reprochées à ce nouvel allié pendant le cours de la même guerre, soit qu'il eût eu de bonnes raisons à alléguer pour sa justification, soit que les circonstances eussent obligé de l'en dispenser, il n'en est pas moins certain qu'à Ta paix il obtint encore de la France la garantie de ses acquisitions, et l'intérêt commun sembloit être un garant encore plus sur de la durée (le celte alliance.

Elle paroissoit , en clfet , devoir être dans l'Empire la base la plus solide du crédit et de la considération de la France, fondés sur la puissance fédérative.

Quoique revêtue de la dignité impériale, la nouvelle maison d'Autriche ne pouvoit plus, comme l'ancienne , opprimer l'Empire, ni le soulever à tout propos contre la France. La nouvelle balance étoit encore fortifiée, de notre côté, par des liaisons particulières avec divers membres du corps germanique.

En part/mt de cette position, la France reprenoit déjà, dans les alfaires de ce corps, le degré d'influence qu'elle y avoit acquis autrement par les irailés de U'estphalie, que la Ligue dn Rhin, en 1G58, lui avoit conservé et assuré jusqu'à la paix de Nimègue, et que ses hauteurs et ses vexations, après cette paix, lui avoient fait perdre.

De là, pour elle, un nouveau surcroît de crédit, de considération et même de pouvoir. Pour l'augmenter encore, elle n'avoit, on le répète, rien à faire que de rester comme elle éloil. La France alloit redevenir pour l'Empire un point d'appui fixe, une protection assurée dans tous les cas d'atteinte soit aux lois, aux constilu-

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lions du corps entier, soit aux droits et prérogatives de chaque membre. Garant perpétuel de la paix de Westpbalie, le Roi étoit, en quelque sorte, le gardien et le protecteur-né de ces lois et constitulicfns.

Dans tous les cas, Sa Majesté restoit d'autant plus libre dans l'exercice de celte garantie, qu'elle n'avoit aucun engagement particulier avec la cour impériale, la seule de qui l'on peut craindre de pareilles atteintes ; et toutes les fois que la France n'auroit pas jugé à propos d'exercer sa garantie à la rigueur, dans les différends qui pourroient survenir, elle étoit sûre au moins de s'en réserver l'arbitrage.

On l'a déjà remarqué : la puissance nouvellement agrandie, et mise, dans l'Empire, en équilibre avec l'Autriche, ne sembloit pas avoir acquis une consistance assez ferme pour se maintenir elle-même, et pour soutenir sa balance sans l'appui, ou du moins sans le concours de la France.

D'autres membres puissants du corps germanique , la Saxe, la Bavière, la maison palatine, avoient un intérêt commun au maintien de cette balance et de la préj)ondérance de la France toutes les fois qu'il lui plairoit de la faire pencher d'un côté ou de l'autre. Par là elles étoient également à couvert des entreprises de l'une ou de l'autre des deux puissances opposées. Par là aussi elles pouvoient espérer de la France un appui solide dans leurs prétentions respectives.

A l'égard des trois électeurs ecclésiastiques et des autres princes et Etats du Rhin , ils tenoient déjà à la France j)ar des liens encore plus forts. Obligés de la ménager j)ar leur position topographique, quelques-uns d'entre eux fondoient aussi leurs liaisons avec cette couronne sur des vues d'intérêt présent et d'avantages éventuels. Quels garants plus sûrs de la foi des hommes et des princes que l'intérêt d'un côté et la crainte de l'autre !

De toutes parts donc, c'est-à-dire du corps germanique en général et de chacun de ses membres en particulier, à la France le recours du plus foible, de la France à l'Empire, à chacun de ses co-états, le secours du plus fort; ce qui fait le lien le plus fort de la puissance fédératiue. De là pour la France, dans le corps germanique, le plus grand crédit de considération.

Et ce crédit ne bornoit point ses effels à l'étendue de l'Allemagne, il les portoit au loin, et dans le Nord, et jusqu'en Italie.

Voyons à présent s'il a pu subsister au même point depuis la diminution ou plutôt l'anéantissement de notre puissance fédérative.

Dans l'Empire, elle étoit fondée sur deux titres : la protection et l'arbitrage.

Depuis le changement de ce système, il ne faut pas croire que le corps germanique ni aucun de ses membres attende encore de la France aucune protection : s'ils pouvoient s'en flatter un jour, ce ne seroit qu'après un retour, de sa part, vers les anciens principes.

Mais l'alliance de 1756 avec la cour de Vienne étoit, dira-t-on , purement défensive ; loin d'y déroger aux engagements des traités de Westphalie, les deux cours les prenoient pour base de leur union.

Rien n'est plus vrai selon la lettre; mais quel étoit l'esprit des nouveaux engagements? la suite l'a montré; et tant que ces liens subsisteront entre la France et l'Autriche, on restera persuadé que celle-ci pourroit toujours attenter impunément soit aux libertés du corps germanique, soit à l'indépendance, ou même aux possessions de chacun de ses membres.

On ne compte guère plus sur l'arbitrage de la France. Il auroit été au moins très-suspect.

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Mais autant la France perdit à ce changement, autant l'Autriche y gagna.

D'abord elle eut de quoi en imposer à tout l'Empire par la publicité et l'étalage de son étroite union avec la France,

Ensuite elle fit servir cette même intelligence à procurer enfin l'élection d'un roi des Romains.

Enfin elle tint par là en respect le Roi de Prusse , et se réserva les moyens de renouer avec lui, quand elle le jugeroità propos, pour des intérêts éventuels. Aussi qu'en est-il arrivé ?

Tous les princes et Etats de l'Empire se voyant sans appui, du côté de la France, contre la cour de Vienne, se jetèrent entre les bras de cette cour ou s'attachèrent au Roi de Prusse et à l'Electeur de Hanovre. Celui-ci, soutenu de l'argent d'Angleterre , forma dans l'Empire une troisième puissance du premier rang. La France n'y parut plus , dans la dernière guerre, que comme une puissance secondaire et auxiliaire de l'Autriche, une exécutrice aussi aveugle que zélée des décrets du conseil aulique.

Les princes et Etats autrefois alliés et dépendants de la France furent entraînés par elle-même dans la cause et dans la dépendance absolue de la cour de Vienne. Ils lui vouèrent l'obéissance et la soumission dont on a vu, sous Léopold, des exemples si funestes à la France. Ce fut, à la vérité, contre le Roi de Prusse; mais par Tassujettissement qui en résulta, celte cour se mit en mesure de les tourner avec plus de facilité encore contre la France même, si celle-ci lui en fournissoit le plus léger prétexte.

En attendant ils sont restés, à l'égard de celte couronne, dans l'état d'indifférence et d'indépendance oii l'Aulriche a toujours souhaité de les tenir en temps de paix pour en faire contre elle des instruments en temps de guerre.

L'archiduc Joseph fut élu roi des Romains. Devenu empereur', il a manifesté dans tontes les occasions cet esprit despotique à l'égard de l'Empire et de ses dépendances qui est en même temps exclusif de toute intervention de la part de la France. Il n'a plus entendu prononcer qu'avec peine le nom de cjarantie, ni souffert qu'avec humeur les démarches les plus mesurées de la part de cette couronne. L'heureuse distinction entre l'Empereur et V Impératrice a mis fort à l'aise le ministère autrichien lorsqu'il a voulu se déroher à V intercession de la France dans les affaires qu'il a^^qWg jmrement de l'Empire. AL de Kaunifz s'en étoit déharrassé en nous envoyant à M. de Perghen ; et celui-ci nous insinua « que ces affaires étoient » chatouilleuses, épineuses à traiter; que l'Empereur étoit 5) là-dessus d'une extrême délicatesse; qu'il regardoit 3> comme sacrés les droits attachés à la couronne impé- » riale ; qu'il ne souffriroit point qu'on entreprît d'y tou- 5' cher, et que Sa Alajesté Impériale s'éloit fait là-dessus 5' des principes dont elle ne s'écarteroit jamais; enfin que îj si de notre part on désiroit d'entretenir avec ce prince )5 une parfaite intelligence, il nous conseilloit fort (lui )i comte de Perghen , et c'étoit aussi l'avis de M. de Kau- 35 ni(z) de ne pas nous mêler de ces sortes d'affaires '^. »

l'oilà donc à quoi s'est réduite peu à peu l'influence de la France dans les affaires de l Empereur et de l'Empire! Nous avons parlé ailleurs de celle qui lui étoit restée dans

' l'^lii roi des Romains en 1764: empereur l'année snivanle, à la mort de son père, François de Ijorrainc.

- Tel a été , entre autres occasions , le lann[ajire tenu à M. de Durfort, ambassadeur de France, et depuis à \I. Durand. Ce l'ut au sujet de l'alfairc de Sun-Remo , (|ui, pour être en Italie et dans les Etals de Gènes, n'en est pas moins de l'Empire, suivant le protocole autrichien. ]\Iais nous parlerons, dans un autre article de ces prétentions surannées et de leurs conséquences. {A.)

CORRESPOXDAXCE SECRETE. 129

les négociations et les opérations de V Impératrice, ou, pour mieux dire, de l'ascendant que la cour de Vienne avoit sur la nôtre jusqu'à l'époque de son alliance avec la Russie et le Roi de Prusse '.

C'étoit le troisième objet de cette cour dans sa conduite à notre égard, ou plutôt par celle qu'on s'étoit laissé prescrire par elle. La sécurité, la confiance outrée qu'on nous avoit inspirée dans son alliance a tenu la France en sousordre, passive et désarmée, enfin dans l'état où il falloit qu'elle fut restée depuis la paix pour que l'Autriche pût lever le masque impunément.

Voyons à présent si, depuis la Ligne copartageante , la France peut et doit avoir encore quelque crédit, quelque influence dans l'Empire.

Jusqu'à cette époque, il est vrai qu'elle en avoit fort peu, parce qu'elle s'en étoit désistée en faveur de la cour de Vienne ; mais tant que celle-ci auroit été ou en froideur ou en défiance avec celles de Berlin et de Pétersbourg, le besoin qu'elle auroit de nous pouvoit au moins ramener des circonstances favorables ; et alors la France , guérie de son aveuglement, auroit profité de ces conjonctures pour reprendre sa supériorité et pour exercer dans l'Empire ses droits de garantie, de protection et d'arbitrage.

Aujourd'hui l'équilibre existe encore entre l'Autriche et la Prusse ; et c'est, dit-on, pour le maintenir que la première a dû s'agrandir à proportion de l'autre; mais la France autrefois en tenoitla balance, et la tiendroit encore si elle l'avoit voulu. Il n'est plus temps delà reprendre; les deux puissances principales d'Allemagne étant une fois d'accord entre elles pour y dominer de concert, celles du second ordre dans le corps «germanique n'ont plus que

1 Voyez t. I , p. 467 et suiv.

le choix de la servitude pour acheter à ce prix la protection de l'une ou de l'autre de ces deux puissances dominantes. Un tiers quelconque seroit fort malvenu à s'immiscer désormais dans les affaires de l'Empire; et les Etats mêmes qui désireroient son appui n'oseroient plus le demander, de peur d'être écrasés avant de pouvoir ê!re secourus '.

Ce fiers fut autrefois la Suède sous Gustave- Adolphe. La Ligue catholique emporloit la balance, il la fit pencher en faveur de la Ligue jwotestante. Richelieu, Mazarin survinrent, et, par une conduite adroite et impartiale, rétablirent l'équilibre entre les deux religions. La paix de W'estphalie posa des limites à l'ambition de la Suède, à celle de l'Autriche, et la France devint ce //ers dépositaire de la balance.

Ses malheurs et ceux de la Suède, au commencement de ce siècle, firent naître à la Russie le projet hardi de se mettre à la place qu'elles avoient occupée ; Pierre le Grand ne le perdit jamais de vue. Les maiiages de sa nièce avec un duc de Alecklenbourg et de sa tille avec un duc de Holstein n'eurent point d'autre objet que de lui fournir un prétexte de s'immiscer dans les affaires d'Allemagne. On sait même toutes les tentatives qu'il fit pour acquérir par échange ou à force d'argent quelque territoire dans ri'împire.

Depuis la mort du Czar, ce projet, quoique moins suivi,

' MM. cIo Vorgeniics et Durand ont déjà annoncé qu'il cxistoit im traité entre les deux Impératrices et le Roi de Prusse, dans lequel la cour de Vienne éloil excitée ù ne plus rcconnoîtrc l'entremise de la France dans les affaires de l'Empire, et à susciter sous main (|uclque affaire de ce «jcnre pour pouvoir manifester cette déclaration. [A.) — M. de Vergennes était l'agent de la correspondance secrète à Stockholm, d'où il suri cillait la Russie, et M. Durand à Vienne, l'un exi qualité d'ambassadeur, l'autre en qualité de minisire résident.

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ne fut jamais abandonné ; les Schouwaloff en avoient flatté rinipératrice Elisabeth vers la fin de la dernière guerre. Ce fut pour s'approcher de l'Allemagne qu'ils lui persuadèrent enfin de garder la Prusse, malgré ses déclarations précédentes; et lorsqu'il fut question du congrès d'Augsbourg, les instructions de M. Czernischeffportoient expressément cette clause : « Que la Russie serait garante du » nouveau système qui résulterait dans l'Empire des con-

V quêtes faites et à faire sur le Roi de Prusse et sur ses " alliés; que le traité conclu en conséquence serait une

V loi de l'Empire comme la paix de U'estp/ialie ; et que, si " la France s'opposait aux arrangements pris ou à prendre » là-dessus avec la cour de Vienne, elle serait exclue de la ■>i garantie. »

Quelque disposition que cette cour eût pu laisser entrevoir là-dessus à celle de Pétersbourg, elle n'avoit jamais compté de se prêter à ses désirs par l'admission d'un troisième garant, qui deviendroit le plus formidable. Aussi le congrès d'Augsbourg ne fut-il pour le ministère autrichien qu'une parade politique à laquelle il crut devoir se prêter, bien sur d'en prévenir la réalité.

Fidèle à son système, il a su, depuis, écarter la Russie des affaires de l'Empire; et dans le partage de la Pologne, il s'est arrangé de manière à lui fermer tout accès vers l'Allemagne.

La France, en conservant ses titres et ses droits dans l'Empire, en avoit suspendu l'exercice par sa déférence et même sa subordination aux vues, aux désirs de la cour de l'iennc ; cet exercice lui est devenu plus difficile, et même à peu près impossible, par l'union des deux puissances rivales, entre lesquelles la France avoit pu et dû tenir la balance.

L'Allemagne reste donc livrée sans défense à la discré-

tion de ces deux puissances réunies dans son sein; tout pouvoir étranger en est exclu.

Le corps germanique, considéré en général, n'existe donc plus que sous le bon plaisir de ces deux potentats, et n'a plus de rapport direct avec la France. Elle a donc perdu celte branche de ^n puissance fédérative. Elle ne doit pas pour cela y renoncer; c'est un point trop capital pour sa considération, sa dignité, sa prééminence. Nous parlerons ailleurs des moyens de la recouvrer.

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